Je sors du magasin de vente de la cristallerie de Portieux, j'en profite pour me rendre sur le four aujourd'hui complètement arrêté. En marchant le long de l'ancien magasin général, je constate que pas un véhicule qui emmenait les verriers sur leur lieu de travail, ne se trouve-là. Et pour cause, il n'y a plus que deux verriers encore en lice pour assurer l'avenir de la cristallerie de Portieux, dans les Vosges, cette petite équipe de verriers est toutefois complétée par un groupe de quatre personnes, la secrétaire, la responsable du magasin, une employée à l'atelier à froid et enfin un ancien verrier qui vient chaque jour depuis Vallérysthal. Cet ancien verrier sera employé à l'atelier des finitions, mais il pourra servir également sur les deux petits nouveaux fours qui doivent être installés sous peu à la « gare », c'est ainsi que nomme ce local les anciens verriers. Une impression bizarre m'envahit lorsque je passe la porte symbolique du four. Plus de bruit, pas un son, plus de cris vibrants dans la chaleur du four entre verriers au travail, plus d'histoires entre verriers, plus d'engueulades, plus rien... rien que le silence seulement perturbé par le ronronnement d'un chauffage poussif poussant sa plainte lancinante dans l'atelier des finitions presque vide de tout occupants, car ce jour j'ai seulement rencontré une employée qui montrait le travail à une stagiaire, toutes les deux était occupées à pousser une petite charrette, pour se rendre d'un point à un autre de l'atelier, sans bruit, presque sans aucune parole. À cet instant j'aurais pu me prendre pour l'acteur d'un film muet tourné en noir et blanc, un film burlesque quoi ! Dans cet atelier ou la vie s'édulcorait des rires et des conversations des employées jusqu'à ces derniers jours, le silence est pesant comme dans un cimetière. C'est pourtant-là que seront terminés les derniers objets fabriqués par les verriers de Portieux, avant que le four ne soit éteint définitivement. Mais c'est également-là que seront traité les objets qui sortiront des deux nouveaux petits fours lorsqu'ils seront opérationnels, pour l'heure, ils n'ont pas encore été livrés à la cristallerie. Ces petits fours seront implantés dans l'endroit appelé « la gare » à la cristallerie. Il s'agit d'une pièce contiguë au magasin. Cette pièce longe un vieux pont fissuré que les vieux verriers empruntaient pour se rendre sur les fours implantés rive droite du Mori. Ces fours, la salle des compositions et l'ancien quai de chargement, mais également la salle de cinéma dite du « Grand tour », la distillerie du « Chiponogoutte », tout cela a été détruits en 1998 / 1999. La place laissée libre a donné naissance à un champ bosselé dans lequel paissent de chevaux. Cela devait pourtant devenir un endroit agréable pour les promeneurs, puisque à la place de cette friche industrielle éradiquée, l'endroit devait être transformé en parc paysagé, on ne peut que constater ce qu'il est devenu en 2011, un vulgaire parc sans aucun intérêt pour les habitants de La Verrerie-de-Portieux.
Gérard TRIBOULOT