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Récit de Jean LAURENT qui se souvient de son enfance à La Verrerie-de-Portieux Les verriers et les petits houhou Les verriers et les petits "houhou"
Le Verrier "homme des bois " il l'est pour se détendre de son rude travail auprès des fours ; il aime la forêt et tout ce qu'elle produit.
Chaque fois qu'il peut le faire, il rapporte sur ses épaules la charge de bois qu'il appelle dans son parler "des râdis ou des bossottes". Ls râdis" sont de grosses branches de bois mort détachées des arbres ; les bossottes sont des de petites branches sèches parfois en forme de "pattes de poules ", que nous allions ramasser dans la forêt pour en construire des fagots que l'on entreposait dans le grenier, et qui servaient à allumer les bûches dans la cuisinière, dans le four de laquelle se cuisait parfois une bonne quiche au lard ou une tarte de mirabelles. Durant la période des "grandes vacances" nous allions ramasser, avec les copains, de ces fagots de bossottes, à la suite de quoi nous étions parfois gratifiés de quelques de vingt ou quarante sous qui venaient alimenter notre tirelire. Avec ce menu trésor nous allions pouvoir nous laisser aller à de multiples tentations au cours de cette fête patronale, qui avait lieu sur l'ancien terrain de foot la première quinzaine de septembre. Cette fête de La Verrerie nous l'attendions toute l'année avec impatience, et la préparions chacun à notre manière suivant nos générations. Comme les festivités commençaient le dimanche et se poursuivaient les lundi et mardi Nous, les gamins, avions l'habitude d'aller au-devant des forains qui, dés le jeudi, transportaient sur leurs emplacements respectifs leurs roulottes ainsi que les matériaux et les animaux du cirque, le tout faisant du terrain de foot un vrai parc d'attraction, où pendant trois jours nous allions devenir "pilote de bolide " Aviateur " ou tireur d'élite à la carabine etc... etc. Impatients de voir se concrétiser nos rêves, dés le lundi, tels de vrais aventuriers ou chevaliers mythiques, nous allions à la rencontre de ces mages, parfois jusqu'à dix kilomètres de notre lieu de résidence. Nous cheminions sur cette petite route qui va de La verrerie à Portieux, à proximité du petit ruisseau "le Mori » qui serpente au milieu des prés, et qui , en passant près de l'abbaye de Belval, va caresser ses vieilles ruines qui nous faisaient penser à ces fiers chevaliers du Christ qui avaient certainement construit cet édifice, et qui, la nuit tombée, venaient en quête de souvenirs perdus. Passant à la hauteur de l'abbaye de Belval, nous avions parfois l'honneur de saluer dévotement le vieil aumônier (l'abbé Axelaire. Ce vieil aumônier était un peu sourd, ce qui convenait à certaines personnes prudes qui au moments des fêtes de Pâques, venaient de la Verrerie pour être entendues en toute quiétude en confession lol lol !) affecté à cette ancienne abbaye, transformée en hospice pour les vieux verriers qui achevaient-là, la fin de leur existence. De ce refuge, ils pouvaient apercevoir les cheminées de cette Verrerie où ils avaient tant donné de leur vie et ce, depuis leur plus jeune âge. Ce vieil aumônier portait une grande barbe blanche. Il était vêtu d'une soutane qui jadis devait être noire et qui avec le temps commençait à lui dire "Adieu". D'un geste protecteur ce vieil aumônier nous bénissait, c'était beaucoup plus tonifiant que la trogne du Père fouettard qui le jour de la Saint-Nicolas nous faisait vibrer de trouille (sic). Après cette bénédiction nous étions réconfortés, (Dieu était notre allié) mais au retour, c'était plutôt le diable qui était à nos cotés. Après six ou sept kilomètres de marche, apparaissaient souvent les premières roulottes, dont certaines étaient attelées de chevaux haletants. Pour nous, c'était le début d'un "western ". Ventre à terre nous courions à la rencontre de ces « pionniers » en criant comme des iroquois déchaînés : une baraque ! une baraque ! Arrivés à la hauteur de ces chariots, nous allions à l'abordage ; les moins chanceux ou les moins habiles qui n'avaient pu se hisser à bord se contentaient de courir derrière le convoi en maugréant : "ouste" c'est dur, j'ai mal aux pattes ! Fiers tels des pionniers d' Alabama, c'était ainsi que nous abordions l'entrée de La Verrerie en criant à tue-tête :... une baraque.... une baraque... bravo ! C'est un manège... Les copains qui n'avaient pas osé se lancer dans cette aventure étaient-là, le museau en l'air, et nous posaient des questions auxquelles nous condescendions quelquefois à répondre. Question : "c'est un manège de quoi ? Réponse (qui ne se faisait pas attendre et qui était pleine de sollicitude) : Mais non "ducon "... c'est un cirque ... lève ta tronche, tu verras la tête de la girafe qui te dira: « Bonjour chéri ! mouche ton nez et chausse tes lunettes ». Tels des empereurs romains nous faisions notre entrée triomphale ; hélas ! notre prestige commençait petit à petit à pâlir au fur et à mesure que nous approchions de la conclusion. Notre aventure avait pris beaucoup de temps, et à la maison allait se jouer un autre "western ". Nos rôles de conquistadors des temps modernes, allaient un tantinet perdre de sa flamme. L'heure du repas ayant été annoncée, depuis longtemps par le "gueulard" (la sirène de l'usine) arrivait alors le moment des explications laborieuses. Arrivés à la maison, la tête rentrée dans les épaules, les "Lucky-Luc hou-hou » allaient avoir à se justifier, non pas devant le shérif, mais devant le "Pater" ou son assesseur. Saisis au lasso dés la porte franchie, ils furent accueillis non pas avec des fleurs mais par "le chat à neuf queues "qui allait mettre un bémol à leur enthousiasme. Le tribunal «Jeunes de romanichels.... bohémiens .... vous allez entendre ce que va vous chanter votre père ... il va vous brosser le poil... quelle idée d'arriver à ` c'te heure... tout déguenillés ... vous allez être de la fête pour de bon, c'est moé qui vous le dis ». Avant d'avoir à subir la sentence paternelle, je filais en vitesse dans ma chambre et atterrissait sur mon lit en me disant ... C'est terrible ... ils n'ont jamais ressenti le frisson de l'aventure ces gaulois de parents. Puni avec comme seul viatique un croûton de pain sec, je pensais à mes copains d'expédition qui eux aussi avaient certainement eu droit au même cérémonial en arrivant au bercail. Je savais que les baraques allaient s 'installer, et que le bruit des masses enfonçant les pieux des chapiteaux du cirque était le prélude d'un spectacle "son et lumière" en gestation. Dans mon purgatoire je rêvais de gaufres sucrées... de nougat enrubanné de rouge sur robe de papier d'argent. Après m'être mis au diapason, bon gré mal gré, je me suis mis à songer à mes camarades de cavalcade. Dés la punition levée, avec eux, et beau dans mon costume marin du dimanche j'irais passer l'inspection du campement. Je les entendais déjà me dire : « vingt dieux ! J'ai pris une drôle de "rouste" et toi ? - comment moi ? Vous ne voyez pas les galons qui ornent ma casquette les gars ? Figurez-vous que ma rentrée au port fut périlleuse, mais j 'ai louvoyé, et après quelques intimidations, j'ai rejoint mon port d'attache... en grignotant mon croûton de pain sec (grosses rigolades de la part de mes copains forbans). Et pour vous les gars, malgré la réussite de cette opération quelle suite vous fut réservée ? » - Pour nous ce fut un véritable "rodéo". Le lasso nous a cinglé les mollets et les taloches nous tombaient sur le museau comme à Gravelotte. J'en ai encore les oreilles rouges, voé ! - Et moi don !... qui dit l'autre condisciple...j'ai le cul talé comme une pomme rénette ! Ah j 'te dis Jean qu'ine comprennent rin, je dis bien "rin "... y va falloir qu'on r'fasse le monde oué ! - Allez les gars mais sans moi ! J'aime mieux lire Saint François d'Assise et écouter chanter les oiseaux. Salut! les conquérants , et surtout faites gaffe passer à 1'ombre ». |
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