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Récit de Jean LAURENT qui se souvient de son enfance à La Verrerie-de-Portieux Souvenirs d'une sage-femme de notre pays La Marie ANTOINE prend la parole :
- Comment t'appelles-tu ? - Je m 'appelle Jean Laurent. Je suis à l'école de Monsieur Cussenot. - Ton papa ne s 'appelle pas Adrien et ta maman Jeanne ? - Si Madame ! Mais qui êtes-vous s 'il vous plaît ? - Je suis la Marie ANTOINE, la sage-femme, celle qui a mis au monde ton père, ta mère, toi, épis ton frère Robert. Je regardai cette femme âgée et plantureuse avec étonnement , et je me suis pensé : c 'est elle qui nous a mis au monde, mais alors... c'est presque une ambassadrice du Bon Dieu ? A cette époque, je devais avoir quatre ou cinq ans, et mes rêves d'enfant étaient très éloignés de la réalité. Une certaine question commença à germer dans mon cerveau de petit têtard... on m'a toujours dit que les garçons naissaient dans les choux, et les petites filles dans les roses. Alors, quel rôle jouait cette femme ? Allait-elle chaque matin à l'aube se promener dans les roseraies pour assister à la naissance filles ? Et dans les grands champs plantés de choux pour protéger les petits garçons qui au moment de la récolte risquaient de se voir passer au couteau à choucroute ? Cette dernière interrogation me glaçait d'effroi, et je me souviens que chaque fois que je voyais des gens qui au pays utilisaient cette planche garnie de multiples lames servant à trancher les choux en fines lamelles en vue de la préparation de le choucroute, je regardais avec inquiétude cette guillotine en appréhendant de voir tomber dans le grand tonneau, les restes morbides d'un petit garçon que l'ogre venait de sacrifier ,et je me disais : les filles ont beaucoup plus de chance ; elles sont placées précieusement dans un joli vase ; nous les garçons, nous risquons beaucoup plus, quelle chance que nous avons Saint Nicolas qui veille sur nous. Non satisfait des renseignements que m'avaient donnés cette dame toute habillée de noir ,et portant à son bras un gros panier de même couleur, je fis appel à ma grand-mère en vue de savoir qui elle était, et que représentait sa profession. Les grands à l'école parlant de cette Dame m 'avaient dit : « Tu ne connais pas cette grosse bonne -femme ? Les anciens 1 'appellent "la Marie-guette-au-trou". J'interrogeai donc ma grand-mère en vue d'en savoir plus, mais pour ce faire mes moyens se sont avérés vraiment pointus. « Dis mémère, c'est vrai que c 'est la Marie ANTOINE qui m 'a mis au monde ? Ma grand-mère : « Je t'ai déjà dit que ce jour là il gelait à "pierre fendre". La sage-femme (la Marie Antoine) est arrivée tout essoufflée tellement elle s'était dépêché et elle m'a dit : « Te sais Marie je crois bien que je vais choper "la couéche" et qu'un petit coup de gniole de mirabelle ... si t'en as, me ferait du bien. Ça me donnerait du courage voué !»... Elle s 'en versa une bonne rasade, et elle enchaîna : « Laousqu'elle est la Jeanne ? Elle regarda, réalisa subitement, et lui dit : C'est pour toi Jeanne que je viens oué ! Ousque j'avais la tête neum don ? Ma grand-mère : « Mé dis Marie te pensais tout d'même pas que c'était pour moi que j't'ai fait venir ? Et ma grand-mère de poursuivre : « Te sais mon gamin... quand tu viens me voir j'suis contente ... t 'sais... mais te mets le bazar de partout ; si bien que j 'sais pu où j 'en suis ....Qu'est ce que je te disais déjà ? Ah! Ça io. Ce dix février je m 'en souviendrai toujours, on venait de tirer un "sacré" numéro ! Lorsque t'es v'nu au monde ton pépère t'a pris dans se bras et t'a mis dans son tablier de jardinier ; épis, il est v'nu près de la cuisinière pour que tu n'chopes pas froid... après on t'a emmailloté ; te faisais une drôle de trogne, et le pépère a dit : « Ca c'est le père Justin Laurent tout craché, bin ! I va pas être commode le monsieur ! Et c'est pour s'annoncer qu'il commence déjà à nous engueuler écoute le... » Au moment où ton grand-père faisait cette réflexion, on a entendu quelqu'un qui montait en vitesse dans le corridor, et qui entra sans "toquer" ... C'était ton père qui arrivait, il s'empara de sa créature, et dit :« Voilà un beau petit Chasseur ». Il félicita la sage-femme qui lui répondit : « Te v'la Adrien, t'es beau comme un Bon Dieu dans ta belle tenue, dire que c'est moi qui t'a mis au monde... Bon sang ! quand j'y pense ça ne me rajeunit pas. - Te vois Jeanne (c'est la sage-femme qui parle) c'est le père Justin tout chié j 'te dis, je crois qui n'faudra pas le chatouiller, car s'il ressemble au grand-père qui était le copain de la Rosine... t'as qu 'à lui en parler... Môn, qu'est ce que j'raconte quand même voé. Réponse de mon Père : « Ne vous faites pas de souci Marie ! On en fera un chasseur Alpin, et en attendant qu'il coiffe la tarte (coiffure des chasseurs alpins), on va arroser ça, n'est ce pas Marie ? Réponse de la brave sage-femme : - Ô c 'est pas de refus Adrien, à la guerre comme à la guerre ! De paroles de réconfort en congratulations, le niveau de la mirabelle commença à amorcer une vraie descente, et une heure après, c 'était la vraie marée basse. Ma grand-mère reprend la parole - L 'intervention de la sage-femme s'étant terminée, ta mère prit un peu de repos, ouf... ton pépère et moi venions de prendre un drôle de coup d'vieux tandis que toi, saucissonné dans tes langes, tu commenças à nous faire entendre ta première romance. (un petit Verseau était né, et allait-être confié à la société qu'allait-elle en faire ?) Prenant congé, la Marie Antoine avala un dernier p'ti coup de mirabelle, et accompagnée de ton père, elle tenta de regagner sa maison. C'est alors que se cramponnant au bras de ton père elle lui dit : « Vas doucement Adrien, on pourrait glisser, j'crois qu'ia du verglas, et ton père de lui répondre : « Avec tout ce que l 'on a dans le coco on ne risque pas de geler, je suis certain qu 'il n'y a pas plus de verglas qu 'il y en avait dans la bouteille de gniole qu'on a cheulée. » Tout est bien qui finit bien puisque plus d'un demi-siècle et quelques étoiles après, c'est ce Jean Laurent qui a tenté de vous faire partager ses bons souvenirs. Chaque fois que je remonte à La Verrerie, je tente en vain de retrouver la tombe où repose cette brave Marie Antoine. Mais nos pensées franchissant les frontières de l'univers, laissez-moi espérer quelles rencontreront dans une allée fleurie du paradis, l'âme de ceux que je viens de citer dans ce recueil. La marie Antoine rencontrant mon père lui dira : « T'sais Adrien il y a été fort ton gamin dans l 'histoire de la mirabelle, on était tout d'même pas "raides comme balle" le jour où je l'ai mis au monde ? Mon père : « Ne vous en faites pas Marie, Saint-Pierre ne l'a même pas remarqué, il a tellement de boulot dans son job.... gardons nos ailes au pays des anges... bye bye. N.B : je me souviens que ma grand-mère m'a beaucoup étonné. Comme tout le monde elle employait ce vocabulaire usité à la Verrerie, mais au comble de ma surprise, je me suis aperçu qu'étant une simple ouvrière, ses écrits étaient pratiquement sans faute d'orthographe. Née le 1er février 1880 elle avait obtenu son C.E.P le 1er juillet 1880 à Hennezel-Clairey canton de Darney, où étaient également déjà implantées des Verreries. Le père Fremiot, beau-père de l'instituteur Mr Cussenot, et époux de la mère "chichet", celle qui vendait du munster et des harengs en poussant une charrette dans les rues de la Verrerie, était également d'Hennezel. Il avait passé son certif au même endroit, et s'était distingué en qualité de 1er du canton (les problèmes de trains ou de robinets à résoudre par l'arithmétique ne leur posaient aucun souci) C'était l'école Jules Ferry, à cette époque ils pratiquaient une gymnastique intellectuelle très rationnelle, et je suis absolument certain qu'ils auraient pu également par la suite résoudre des problèmes d'une plus grande complexité (équation du 1er et second degré, calcul de discriminant) etc. etc. qui ne les auraient pas affolés. Cela renforce encore plus le respect que je leur dois. j'ai dans un coffret les médailles d'argent et de vermeil avec rosette que la république leur a remise après de longues années de travail et de petites pensions. De tout mon être je leur dis Merci ! Pardonnez-moi ce coté pseudo-romanesque que j'ai extirpé de la construction de mon "arbre généalogique". C'est volontairement que je l'ai pratiqué afin que ceux qui me feront le plaisir de le lire une fois ma satellisation effectuée (paix à l'âme de Jean), fassent un petit effort afin de ne pas oublier. J'en doute beaucoup ! |
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