|
précédente |
|
Récit de Jean LAURENT qui se souvient de son enfance à La Verrerie-de-Portieux
Une Petite Balade en Forêt : On dit que les Verriers sont « des hommes des bois » qu'ils ne sont heureux que lorsqu'ils sont dans leurs forêts.... (ces descriptions un tantinet péjoratives sont exprimées par certains habitants des communes voisines qui les jalousent... Rassurez -vous il ne s'agit pas d'une querelle de clochers , non ! tout simplement d'une petite entité toute bénigne). Il est vrai que ces forêts sont très attirantes et qu'elles permettent de faire ressentir un certain bien-être de liberté chez ceux qui passent de longues heures de travail près de leurs fours contenant le verre en fusion. Contemplant les arbres séculaires qui peuplent ces belles forêts, ils pensent philosophiquement que tout n'a qu'un temps, et que même les plus forts succombent sous les coups de butoir de l'existence. Vers ces merveilleux endroits que sont "la Barbelouse... le Rond... la Vierge... ", ils pouvaient s 'y rendre sans carte et sans difficulté, quelques soient l'heure ou la saison, car ils vivaient en symbiose avec cette nature qui se montrait si généreuse envers eux. Avant de s'engager dans les bois qui avaient vu passer tant de générations, ils se préparaient un petit casse-croûte agrémenté d'une chopine et une fois la musette bien en place, ils partaient en sifflotant un petit air joyeux tout en interrogeant le ciel et les nuages. Je crois encore les entendre traduire le résultat de leurs observations météo en langage local : « Salut Maurice (Mura) ! Où t'vas "seugner" de si bon matin ? - O t'sais j'vais faire un tour jusqu'à "la Vierge" ça m'fera du bien de respirer la fraîche ; y fait pas beau oué là-bas... du coté "du cul de la mère Lamé" on dirait que c'est noir, mais ça fait rien, je me mettrai sous les arbres si ça tombe de trop... épis regarde, j 'ai pris mon parapluie " le gros bleu " comme le Monmon quand il allait aux escargots. Souvent on voyait revenir ces amoureux de la nature chargés comme des mulets de montagne, ils portaient sur leurs épaules d'énormes branches de bois mort grosses comme des cuisses, et s 'interpellant entre eux ils disaient en rigolant : « avec ces "radis" on va pouvoir se les chauffer... épis ce soir la Marie va pouvoir nous faire cuire "des patates rondes", épis une "quiche" si elle s'est levée du bon pied ce matin » Je me souviens de cette belle histoire qu'un ancien me raconta au cours d'une sortie en forêt : « Puis-je me permettre Arthur (Henquel - photo ci-dessous) de venir troubler votre sommeil en vous citant dans ce petit recueil ? Collection Brigitte Mura...//... Passez le curseur sur les têtes pour connaître les noms
![]() - Mais oui mon gamin ... au contraire, je serai content, parce que tu sais, ici, dans le « carré blanc » on est un peu oublié, et avec le Maurice (Maurice Mura, son gendre décédé) on parle souvent de toi et de ton père, que le Maurice estimait beaucoup.... Te sais comme on dit "à force d'être en vacances au royaume des taupes" on finit par trouver le temps long. Allez ! Vas Janot, j 'vas avec toi faire un tour jusque sur la route de Damas ». Maurice Mura
Collection Brigitte Mura
C'est ainsi que nous sommes partis Arthur Henquel et moi faire une balade et ramasser des bises dans cette "forêt de Charmes". Ce brave Arthur avait l'art de raconter des histoires qui me permettaient de voyager dans le passé. Après une heure de marche à travers bois, nous sommes arrivés dans une sorte de clairière où de-ci de-là, s 'élançaient vers le ciel des arbres d'une envergure exceptionnelle, parmi lesquels se trouvaient des chênes séculaires. C'est vers l'un d'eux qu'il se dirigea et me dit : « Viens voir mon gamin, j'vais te montrer quelque chose de beau.... Te vois le creux qu'il y a dans le tronc de ce chêne ? Et bin t'sais, chaque fois que j'arrive devant j'me découvre le chef, et sans que personne ne m 'entende, j'demande à la Sainte Vierge qui se trouve dans le tronc... Te vois la p 'tite statue blanche là dans le fond ? Et bin j'y demande de protéger "la Fifine" (l'épouse d'Harthur) épis tous les jeunes goué!....Pour moi j'lui demande de pouvoir encore "arquer" (marcher) quelques temps... j'ai bien la respirote qui va pas bien, mais ça fait rien oué, je suis un vieux machin mon pove gamin. Quand parfois mon horizon se bouche, je me remémore cette belle histoire, je retrouve un peu de ce bonheur qui faisait vivre d'espoir ces braves gens qui ont tant peiné en travaillant devant les fours brûlants de La Verrerie. Certes ce n'était pas le feu de la "Géhenne biblique" car ils avaient au cœur cette sagesse qui leur faisait apprécier le plus petit instant de bonheur qui leur était offert. Dés l'âge de onze ou douze ans, ils avaient été appelés à affronter la destinée des travailleurs du verre. Dans la chaleur cuisante des fours, ils allaient cueillir à l'aide de canne en fer ce magma laiteux dans les pots, ils avaient les mains brûlées et la peau racornie, leurs yeux étaient rougis par cette fournaise, mais ils n 'avaient plus de larmes à verser. Paix à vous les anciens... votre souvenir nous habite. Avant de conclure je voudrais vous raconter une petite histoire qui me trotte dans la tête, et que je trouve attendrissante, car elle me replonge dans la grande rue qui partait de "la pension" et remontait jusque chez "Maillard". Un logement transformé en bistrot où on se faisait servir une bonne bière de Charmes (c'était le siège du Monmon Véron que j'aimais tant rencontrer, car le jour du concours de pêche, il me portait sur ses épaules pour traverser la vanne du Stani ; à cette époque j'avais 5 ou 6 ans. Je vais me permettre de vous raconter ce que j'aimais voir lorsque j'étais un petit môme, et que je considérais les gens âgés d'une vingtaine d'années comme des anciens. Ainsi que je le racontais un peu plus haut, cette forêt qui entoure la Verrerie subvenait en ce temps là à beaucoup de besoins. A certaines période de l'année, elle fournissait le crin végétal que les Verriers appelaient "crin foin", ces grandes herbes croissaient dans les clairières et les sous-bois humides. Une fois récoltées, ces herbes étaient entassées sur des charrettes à quatre roues, que des hommes et des femmes poussaient ou tiraient au prix de gros efforts en empruntant des sentiers forestiers boueux et remplis d'ornières. Telles des fourmis ouvrières, ils traînaient leurs lourdes charges jusque dans les rues descendant verticalement le long des cités et qui servaient de voies d'accès aux gens du pays pour se rendre aux divers endroits de leurs habitations. Souvent ces braves gens ne disposaient que de passages très étroits pour circuler, mais personne ne grognait. Une fois étalé ce foin séchait, et les femmes munis de râteaux le retournaient plusieurs fois dans la journée, au désenchantement des petits canards et poussins qui vivaient en liberté dans les rues et qui se prélassaient sur ces couches douillettes. Le séchage terminé ,ces vaillantes femmes faisaient tourner un sorte de roue de brouette qui était montée sur un siège à quatre pieds et dans l'axe central de laquelle était fixé un crochet qui en tournant torsadait le crin végétal qui prenait la forme de gros écheveaux qui étaient stockés, et appelés à servir de rembourrage aux literies. J'arrive au bout de cette histoire. J 'ai rêvé... "Merci fidèles souvenirs" ******* Extrait de l'ancien site sur Portieux : En famille et au coin de la cité N° ?. On file le "crinfoin", cette herbe dont on bourrait les matelas de nos grands-parents. Le coq en liberté comme ses poules et poussins, semble admirer les travailleurs. M.Brunel a stationné sa voiture dans la rue de terre battue. Mon ami Régis Mangeonjean apporte des précisions pour cette photo. "Il s'agit de la cité de l'autre côté de chez Chauvelot, la cité où habitait Mr Auguste Houpert ( Régis -> c'est avec lui que j'ai cueilli mes premières jambes, il était craint par tous les jeunes qui débutaient, les pauvres ils devaient en voir car Auguste n'était pas un cadeau ) on voit sa baraque, la voiture est à Mr Brunel. C'est Madame Faron ( la Dadine ) qui guide et tresse le " crin foin ", Jeannot Faron qui tourne la manivelle, mon copain Claude ( hélas décédé ) Didon debout les bras croisés et Alain son frère qui est assis. Collection Gérard TRIBOULOT
|
|