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Casse-croûte nostalgique aux abords des "gouttes", à La Verrerie

Le lien pour les 42 photos du jour se trouve en bas de la page

A dix heures je décide d'aller « faire un tour ». où ? Je n'en ai aucune idée, bien que... quelques minutes auparavant j'avais pensé me rendre à La Verrerie, plus précisément à l'entrée de la tranchée de Châtel.

Pourquoi ? La réponse est simple. Vers 1930 / 40, dans le parc situé à gauche de l'entrée de la tranchée qui n'était pas encore goudronnée, à 20 / 30 mètres de la route reliant Portieux à Moriville, se dressait un bâtiment fait de planches de bois, et vous savez quoi ? Cette construction abritait, presque chaque week-end, un bal, oui, un bal dans lequel presque toute la population venait se dégourdir les jambes, en toute simplicité.

Il en venait, à pied ou à vélo, de La Verrerie toute proche, car, les quelques voitures qui circulaient, appartenaient, soit aux patrons de la verrerie, soit aux commerçants, ou encore au curé Andlauer, celui-ci avait même inscrit sur le côté de son engin et en grosse majuscules blanches M.O.C, ce qui voulait dire « marche ou crève ! »

On y voyait également des « Badadis », c'est le surnom des habitants de Moriville. Moriville est un petit village situé à 3 km de la baraque où se déroule les bals. L'entente entre les danseurs des deux villages n'était pas toujours parfaite. Quoi qu'il en soit, le bal était toujours animé par un orchestre composé de musiciens de La Verrerie.

Voilà ce que, inconsciemment, je m'étais fixé comme objectif : prendre quelques photos de cette baraque-bal en ruine, détruite voici deux ans par un fort coup de vent, qui l'a « ratamée » et étalée à terre aussi sûrement qu'un jupon convoité. Car la belle, aujourd'hui aplatie, est toujours-là et, jusqu'en 2004, année de sa décrépitude, elle servait d'abri à un troupeau de moutons.

Vous savez maintenant pourquoi je me suis rendu, à l'aide de mon VTT, jusqu'auprès d'elle. Evidemment, j'ai grimpé péniblement (bof !) la fameuse côte dite « de la chapelle », puis, arrivé à « la Base Lacail - Base Tacail pour les verriers-», j'ai quitté la route pour m'engouffrer dans la tranchée forestière et, ainsi, rejoindre la « Première tranchée » que j'enfile sur ma gauche, ce qui me permet, quelques 250 mètres plus loin, de déboucher sur la tranchée goudronnée de Châtel, où j'ai pu, enfin, prendre quelques photos du fameux bal réduit à néant par la vieillesse et les intempéries.

Comme j'avais emporté avec moi un sac à dos contenant un casse croûte, je me suis dit "pourquoi ne pas le déguster aux abords des  gouttes", un de ces endroits merveilleux où j'ai passé toute ma jeunesse. Car mon enfance s'est passée entre les jeux dans les baraques à poules, et les jeux dans la forêt toute proche. Surtout dans les "gouttes". Les anciens verriers se souviennent certainement des attaques, à la fronde, ces jeux stupides entre jeunes de différents quartiers. Ou encore des bouteilles de carbure lancées inconsciemment dans les gouttes au risque de se les faire exploser en pleine face. Plus cool étaient les parties de chiques et de cachette à la boite, toujours autour des barques à poules.

Je suis donc remonté sur mon V.T.T et me suis dirigé, après avoir traversé la route Portieux / Moriville, et être entré dans la forêt par un sentier boueux, vers la tranchée Noire, qui n'est autre que la tranchée du château d'eau, sur laquelle j'espérais, comme au temps de mon enfance, emprunter un agreste sentier entretenu, pour me diriger vers les "gouttes". Las, hélas ! de sentier il n'y avait plus. Tous disparus ! La forêt semblait avoir été retournée par une horde de sangliers. Que c'était-il passé ?

En fait, les sangliers n'étaient pour rien dans ce paysage de désolation. Par contre, les engins de débardage s'en sont donné à cœur joie pour laminer la forêt. Pourquoi ? A cause de la tempête de 1 999 qui a ravagé ce coin dédié aux jeux de notre enfance. Ici la forêt n'est plus que plaies et bosses. Les « gouttes » sont méconnaissables. En découvrant cette vision irréelle, mon cœur s'est pincé. C'est un véritable désastre pour ma gibecière aux souvenirs. Alors, prenant mon courage à deux mains et mon VTT sous le bras, car il m'était impossible de rouler dans ce cahot de branchages, j'ai traversé péniblement la dernière partie de forêt qui me séparait de mes chères "gouttes" abandonnées à leur sort.

Après bien des difficultés dues aux franchissement des branches enchevêtrées, je me suis enfin assis sur une plaque de mousse, verte et épaisse, sur le bord des "gouttes", "comme quand j'étais p'tit", et j'ai entamé mon casse-croûte avec avidité. Il était alors 13h 30. Le soleil brillait. La température de 8°. Le vent très faible était inexistant sous les frondaisons. Une véritable journée de printemps avant l'heure.

Au-dessus de ma tête, soudain, un « bec bois » se fit entendre. Ce Pic-Vert donnait du bec contre le tronc d'un arbre conciliant. Avaient-ils, tous les deux, le choix ? L'un pour subir, l'autre pour agresser.

Aucun bruit humain ne parvenait à mes oreilles. A 14h 50, une mobylette sans pot d'échappement, lance soudain son joyeux refrain. Inutile de s'inquiéter, je suis seulement à cinquante mètres des premières HLM de La Verrerie. Exactement à la place où, enfants, nous jouions au foot en bordure de forêt. D'ailleurs, depuis l'endroit où je me trouve, j'aperçois les minables HLM de ce qui fut La Verrerie de Portieux.

L'ancienne Verrerie de Portieux. La vraie ! Celle des cités et, justement, c'est dans la cité N° 2 qui se trouvait presque à la place de l'HLM que j'entrevois, que je suis venu au monde. Maudits soit ceux qui, à l'époque, ont initié la destruction de notre vieille Verrerie. Eux, se sont bien gardé d'aller loger dans ces "modernes HLM", c'est l'expression qui a été employé à l'époque, en 1966, juste avant que les nouveaux locataires ne prennent possession des premiers appartements terminés. Nous sommes alors en 1967.

Qu'en est-il aujourd'hui en 2006 ? La moitié est vide (plus de 100 logements) et personne ne sait quoi en faire.

Il est 15h 30. Je vais m'en retourner chez moi, non sans avoir jeté un dernier et triste coup d'oeil sur ce que fut le terrain de jeux à jamais disparu de plusieurs générations de jeunes verriers, dont la mienne. Un jour, peut-être, je reviendrai !

Mais avant de m'en retourner, j'avise une fumée qui provient de l'étang dit de la Houbette. Je pensai alors que les anciens du CSVP devaient nettoyer cet étang en vue d'un prochain concours de pêche. Ma curiosité étant attisée, il a bien fallu que j'aille me rendre compte "pourquoi cette fumée".

Les quelques mètres qui me séparent de l'étang sont vite avalés. Il me reste à traverser le petit étang pour approcher du gros qui se trouve juste accolé au petit. Une pauvre grille rouillée et branlante posée sur des moellons presque aussi vieux que La Verrerie, sépare les deux bassins.

Le petit étang est méconnaissable. Pratiquement rempli de toutes sortes de détritus, comblé par la vase avec laquelle un de mes pieds fait connaissance, encore encombré, au niveau de la source qui l'alimente, d'arbres couchée et pourris issus de la tempête de 1999, il semble servir aujourd'hui de terrain de jeux à des enfants avides de petites sensations. En effet, une tyrolienne est installée de part et d'autres de ses berges dégarnies. Heureux temps de la jeunesse !

Je suis maintenant face à la grille qui me sépare du "gros" étang. C'est de-là que provient le feu qui achève de se consumer sur l'île où les verriers, lors des fameux concours de pêche, ont laissé d'innombrables bouchons, hameçons et autres leurres en tout genre, car, disaient-ils "le poisson se tient juste contre l'île". Comme l'île est inaccessible, ont lance les appâts le plus prés possible de ses berges. Seulement les berges sont encombrées d'un fouillis de branches du à l'abondante végétation qui se développe sur son sol. En réalité, le poisson est partout dans cet étang dit "de la Houbette". Mais vous connaissez les pêcheurs, pour épater le voisin, ils veulent encore approcher au plus prés de l'île, d'où les innombrables perte de matériels. Avec quelques fous-rires prime, évidemment ! On est bien à La Verrerie de Portieux. Ici l'amitié n'est pas un vain mot !

Occupé à scruter l'étang, des personnages arrivent inopinément par la rive droite.Je les reconnais instantanément. Il s'agit du "Gros Dabec" accompagné de Robert Martin et du nouveau propriétaire de l'étang de la Houbette, Yannick Martin, patron charpentier-couvreur de son état, installé dans l'ancienne boulangerie de La Verrerie de Portieux, qu'il a acheté voici quelques années. Tout comme il a acheté, l'an passé, l'étang de la Houbette qui avait toujours appartenu à l'usine de verre. L'étang étant accolé aux bâtiments de l'ancienne boulangerie, le cadre est champêtre, très sympathique.

Seuls les habitués de la pêche gratuite qui venaient s'approvisionner dans l'étang en toute impunité et à tous moments de la journée, auront du mal à s'y faire. Dorénavant l'accès au plan d'eau leur est interdit.

Notons la belle initiative de Yannick Martin qui a accepter de laisser à la disposition des anciens du CSVP, son étang, gratuitement, pour les quelques journées de pêches annuelles, dont les concours des anciens du CSVP. Ces concours sont toujours la source de franches rigolades.

Yannick l'entreprenant va monter une association, justement pour gérer efficacement la pêche dans son étang. Tous les futurs membres sont les bienvenus ! Yannick a aussi d'autres projets d'extensions de locaux pour sa société, mais cela est une autre histoire pas encore concrétisée, alors, motus !

Puisque Yannick m'y invite, je saute par dessus la palissade en fer qui clôture son étang, et je l'accompagne sur son île, fraîchement raccordée à la terre ferme. Car le pont fait de planches et de deux poteaux qui, à l'origine supportaient des fils électriques et étaient implantés sur les berges de l'étang, le pont disais-je, a été construit ce samedi 18 mars 2006 par Yannick aidé de ses amis. Pour l'occasion, ils se servent d'un radeau fait maison avec différents matériaux de récupération comme, par exemple, des tonneaux qui servent de flotteurs.

La traversé de la passerelle ne pose aucun problème. Je découvre alors l'étang de la Houbette sous un autre jour. Planté au milieu de l'île, ma vue s'enrichie de nouveaux regards dans toutes les directions.

Yannick et ses amis ont fait un travail remarquable. L'entourage de l'étang est maintenant une des priorité du propriétaire pour le sécuriser. Les travaux se poursuivent au grès des heures libres de Yannick.

Je souhaite à Yannick beaucoup de courage et lui adresse toutes mes félicitations pour le travail accompli et à venir !

Les anciens verriers peuvent dormir tranquilles, grâce à Yannick Martin, ils auront toujours leur étang pour tremper le fil dans l'eau.

Gérard TRIBOULOT samedi 18 mars 2006

Les 42 photos du jour sur La Verrerie en cliquant ici

Une vue panoramique des HLM samedi 18 mars 2006

Une vue panoramique des HLM lundi 20 mars 2006