Trois cent nouveaux modèles en trois mois : L’imagination habite les verriers des « Arts de Portieux » 1983
L'opaline et le verre ont été mariés pour réaliser ces vases originaux
Le modèle Danse du feu vendu en exclusivité par Cartier à New-York


A Noël la «Verrerie de Portieux» était condamnée avec ses 300 ouvriers. Aujourd'hui, les verriers des «Arts de Portieux en Vosges» la nouvelle société qui a pris le relais et dont le personnel est actionnaire partent en vacances en ayant créé ou modifié, en l'espace de trois mois, près de 300 modèles. L'imagination semble habiter cette entreprise qui compte encore 255 salariés. Tout le monde s'est attelé à cette tâche prioritaire, du verrier au directeur, M. Becker.
« L'un de nos modèles de verre, explique M. Becker avec un brin de fierté, la « danse du feu » a été retenu par Cartier qui va le diffuser en exclusivité dans ses boutiques, à New York et aux USA». Ce n'est qu'un exemple. Le magasin d'exposition recèle des centaines de pièces qui constitueront la collection d'automne. Elle sera alors présentée à la presse et aux revendeurs spécialisés.
«Les verriers de Portieux sont extraordinaires reconnaît M. Becker, l'un des spécialistes du marché du cristal et du verre en France. Ils ont découvert récemment un procédé de fabrication pour le verre à bulle (une décoration du pied contient une bulle d'air) que les fabriques de cristal mécaniques ne sont pas à la veille de pouvoir faire avec les machines».
Tout le problème de Portieux verrerie à la main, est en effet là. Il s'agit d'occuper des créneaux interdits au cristal mécanique comme les verres à pied étiré à partir de la matière du gobelet. Dans le même esprit, les verriers qui ont repris la fabrication d'opaline avec
les teintes qui étaient celles du 19e siècle, associent cette matière au cristallin et au verre.
Cette performance qui nécessite le coup de main du verrier est un atout.
En constante recherche
M. Becker et ses collaborateurs sont en constante recherche pour être les premiers à fabriquer l’objet qui sera à la mode.
Ils visitent les marchands de tissus et de meubles, décèlent les tendances pour être prêts à accompagner ces ventes. «Actuellement, dit M. Becker, les styles Restauration Louis Philippe et Napoléon III marchent bien. Donc il faut prévoir des objets de décoration en opaline qui étaient les produits de grande diffusion au siècle dernier. Nous avons repris les teintes anciennes, plus appuyées que celles actuelles et nous jouons de l'opposition des couleurs. Les anciens modèles sont repris, modifiés, remis au goût du jour. D'autres sont totalement créés dans le style design».
Des verres pour Sa Gracieuse Majesté
M. Becker a dans ses placards des modèles qui sortiront dans deux ans trois ans ou davantage. «Aujourd'hui, précise-t-il, ils arriveraient trop tôt sur le marché. Il faut attendre que le public prenne goût à d'autres formes intermédiaires, avant de les lancer».
Le directeur des « Arts de Portieux» est optimiste. Le marché étranger répond bien.
Bientôt, les verres dégustation commandés par une chaîne de magasins de luxe de Grande-Bretagne permettront à Sa Gracieuse Majesté de déguster les grands Bordeaux, le marché Américain est prometteur grâce à l'envolée du dollar, les Italiens réagissent bien, comme les Sud-Africains que M.Becker a rencontrés voici quinze jours à Johannesbourg.
«La grande inconnue ajoute-t-il et le marché français avec cette période de blocage des prix».
La seule déception de M. Becker vient des ASSEDIC. Celles-ci devaient verser les primes de chômage correspondant à six mois d'indemnités pour chacun des 255 salariés afin de compléter le capital social de la nouvelle société. Les fonds ne sont pas encore débloqués. Nous n'avons pas pu faire les transformations et adaptations qui nous auraient permis de gagner de 15 à 20 % le productivité, regrette-t-il ! ».
Semaine de trente-sept heures et demie
Cela n'a cependant pas empêché l'entreprise d'avancer au plan social : certains reclassements professionnels ont été opérés. A titre d'expérience l'horaire hebdomadaire a été ramené de 40 heures sur 6 jours à 37 heures et demi sur 5 jours. Les Verriers ont accepté de partager malgré cette nouvelle charge. Malgré cela l'entreprise, qui n'aura son véritable rythme de croisière qu'en septembre équilibre recettes et dépenses «c'est bien la preuve que l'entreprise était fiable» conclut en souriant M. Becker.