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Que font-ils donc pendant leurs vacances ? 20 juillet 1983

« Prenez-vous des vacances cette année ? », « Où allez-vous ? », « Que faites-vous pendant cette période de repos ». Ces quelques questions, « La Liberté de l'Est » les a posées à des personnalités vosgiennes qui, tout au long de l'année, font la une de l'actualité départementale. Après Mgr Vilnet (nos éditions de lundi 11 juillet), et le président du conseil général des Vosges, Christian Poncelet (nos éditions d'hier), voici un syndicaliste, Maxime Leroy Numéro 2 de l'Union départementale C.G.T. des Vosges. Il est adjoint au maire de Portieux et en charge, à l'U.D.C.G.T des problèmes du textile. Autant dire qu'il est au cœur des deux affaires de cet été 83 : la liquidation de Montefibre et ses 570 suppressions d'emplois, l'arrêt de la Verrerie de Portieux et ses 250 lienciements.

Maxime LEROY : bricoler et profiter de la nature, dans les Vosges

Maxime Leroy  
Maxime Leroy, dans son bureau, à l'U.D.-C.G.'T. Des vacances dans les Vosges, avec, en arrière-plan, les difficultés d'emploi à Portieux qui touchent les siens et plus largement, tout un village.

Cette année 83 est, pour Maxime Leroy, son épouse et ses deux enfants, une année sombre. Deux licenciements, rien de moins, frappent la famille du permanent de l'U.D.C.G.T.: son épouse, Renée, et son fils âgé de 22 ans, tous deux travaillant à la Verrerie de Portieux.

«Partir en vacances cette année ? Non, ce n'est pas possible. Certes, on peut toujours partir, mais dans mon cas, ce serait dans des conditions matérielles qui ne seraient pas dignes de vraies vacances, qui ne permettraient pas d'en profiter pleinement » nous explique Maxime Leroy.


« Amoureux de la tranquillité et de la nature», ainsi qu'il se qualifie lui même, il va rester, dans les Vosges. Entre Portieux, où il demeure, et Domèvre, où il aime bricoler dans la maison de ses parents. « Dans les Vosges, dit-il, il y a ce qu'il faut pour se régénérer, se reposer, prendre son temps, perdre son temps aussi. J'ai horreur de la programmation, et les vacances, pour moi, c'est savoir jouir d'une liberté pleine et entière, échapper aux contraintes.»

Baignade et pique-nique au bord de la Moselle

Des vacances dans les Vosges, ce ne sont pas les premières que passent Maxime Leroy et sa famille. Les petits salaires ne favorisent pas, on s'en doute, les grandes évasions. Ouvrier à la BTT pendant quelques années, puis chez Boussac à Vincey pendant quinze ans jusqu'à la fermeture de cette entreprise en 1978, il n'a jamais pu véritablement constituer « une enveloppe vacances » digne de ce nom.

Son épouse, Renée, native de Saulxures, entrée à la Verrerie de Portieux à l'âge de 14 ans, fut pendant de nombreuses années rémunérée au SMIC. Aussi, les vacances, pour les Leroy et leurs enfants, ont toujours été simples. « Elles se passèrent le plus souvent au bord de la Moselle, raconte-t-il, entre Châtel et Portieux, avec les copains : baignade, pique-nique, pêche, etc. Dans la forêt aussi » que Maxime Leroy aime et connaît bien.

Ah, si, iI y eut une année bénie. Maxime Leroy et son épouse avaient 25 ans et leurs enfants 5 ans. Ils sont allés, en location, au bord du lac Léman. « Cela nous avait fait un bien énorme », se souvient-il avec une émotion qu'il tente de dissimuler.

Ce furent les seules vraies vacances, avec un départ et un retour, bref, un dépaysement de Maxime Leroy. Avec celles qu'il passa, adolescent, à Briec, près de Dinard, dans un colonie de vacances de la BTT où travaillait son père. Le reste du temps, les vacances scolaires du jeune Maxime se passaient à aider un oncle, charpentier-menuisier à Domèvre-sur-Durbion.

La préoccupation première de la famille Leroy, en cet été 83, sera centrée sur la Verrerie de Portieux, qui assurait jusqu'ici deux salaires dans la famille. Renée Leroy, membre du directoire des « Arts de Portieux », où elle s'occupe de l'administration et des finances, fera le sacrifice de ses congés et, en juillet comme en août, va œuvrer pour assurer la continuité de la marche de la verrerie. Avec le ferme espoir que, en septembre, l'activité de l'entreprise pourra être assurée, avec une centaine de salariés.

Maxime Leroy, entre ses promenades en forêt et ses travaux manuels à Domèvre, ne s'en désintéressera évidemment pas. Premier adjoint au maire de Portieux depuis mars dernier, syndicaliste, il ne peut évidemment être en reste dans ce combat pour la survie d'une entreprise centenaire, détentrice d'un savoir-faire qui fait partie de notre patrimoine. Ainsi, hier, était-il de la délégation qui a souhaité rencontrer le président de la République dans les Vosges mosellanes pour remettre deux vases de Portieux à François Mitterrand mais surtout pour attirer son attention sur les difficultés de cette entreprise.

De vraies vacances, Maxime Leroy en rêve, et d'ailleurs ne désespère pas dans les années qui viennent, en prendre. « En montagne », dit-il, car il déteste «la bousculade et les entassements » des côtes, qu'elles soient d'azur ou pas.