Règlement judiciaire pour « les Arts de Portieux » : « Un sursis pour 130 salariés »
Un auditoire attentif dans la salle du tribunal

1983 juillet
« Un sursis », c'est en fait tout ce qu'a accordé, hier, le tribunal de commerce de Mirecourt, à la Société coopérative « les Arts de Portieux », une firme riche de trois cents années de traditions et d'une année d'expérience coopérative.
En accordant le règlement judiciaire aux verriers de Portieux, le président Schneider et ses adjoints, MM. Peignier et Venner ont encouru les quolibets d'une centaine de salariés venus entendre la sentence du tribunal. Un jugement qui laisse les ouvriers « maîtres de leur sort » sous la surveillance de M. Peignier, juge-commissaire, et de Me Dellatre, de Saint-Dié, syndic.
Un espoir « made in USA »
En arrivent « en force » dans la salle d'audience du tribunal de commerce, les ouvriers entendaient « peser de tout leur poids » sur la sentence et éviter cette liquidation de biens qui aurait sanctionné l'échec de la solution coopérative tentée depuis le 1er mai 1982 de par la volonté des 335 salariés, laissés pour compte par la Compagnie Française du Cristal.
A l'atmosphère tendue et aux visages fermés s'ajoutait le fait que le tribunal avait souhaité entendre, avant de se prononcer, les quatre membres du directoire de l'entreprise, MM. Becker, Didelot, Georges et Mme Leroy.
Leur intervention fut sans doute déterminante. L'annonce d'un contrat de dix mille verres et d'un montant voisin de 40.000 F par mois, et d'une dizaine de projets avec la même firme américaine, a pesé sur le procureur Zevaco et les juges du tribunal. D'ailleurs, le président Schneider a lui-même interprété son jugement : « votre situation est très fragile, l'avenir dépend d'éléments prévisionnels et d'espoir... à vous de donner vie à ces espoirs en les réalisant ».
Et si, à l'image de M. Leroy, adjoint au maire de Portieux, les verriers n'ont pas semblé comprendre la décision du tribunal, ils sont aujourd'hui conscients que leurs trois cents années de traditions et l'âme de la verrerie de Portieux sont entre leurs mains et entre celles d'un syndic qu'ils contestent déjà.
L'hypothèse d'un plan de restructuration, indispensable à la survie d'une entreprise, prévoit la disparition de la moitié des emplois, une meilleure étude des circuits de production et la recherche de partenaires comme de marchés.
Le constat récemment établi par un employé du ministère de l'industrie témoigne de la créativité des verriers, de leur souci d'innover mais ne propose aucune solution. Ce sera donc au syndic de les trouver. Il est vraisemblable qu'il ne bénéficiera, sur place, d'aucun soutien de la part des délégués syndicaux ni des membres du personnel qui affirment eux-mêmes : « nous ne voulons pas porter la responsabilité de l'échec » et pour tenter de s'en sortir, il s'apprête déjà à se tourner vers les pouvoirs publics avec l'espoir d'obtenir des aides de l'Etat.