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Portes ouvertes sur un métier et sa survie à la verrerie de Portieux

3 juillet 1983

Joël Bastien à la décoration d'un verre
Joël Bastien à la décoration

Près de trois siècles de travail n'ont pas altéré l'enthousiasme des verriers de Portieux en leur métier. Un métier qui s'affirme quotidiennement comme un art. C'est vrai. Quand les portes s'ouvrent sur l'activité fébrile des mailloches, dans l'atmosphère étouffante du four central, la découverte dépasse largement ce que l'imagination aurait pu faire naître, à la vue des bâtiments acculés à la forêt. L' « autre monde» n'est pas seulement le lieu d'un labeur aux conditions difficiles, mais aussi tout un univers de formes, de finesse, de savoir-faire unique.

Deux mille personnes ont répondu hier à l'appel des verriers des "Arts de Portieux". Cette journée portes ouvertes a permis en fait la découverte d'un métier qui s'affirme quotidiennenent comme un art. Une façon aussi pour les verriers en lutte pour la survie de leur outil de travail d'en présenter l'originalité et l'utilité sociale et culturelle.

Jean-Pierre Triboulot pose les jambes lors des portes ouvertes du 23 juillet1983
Jean-Pierre Triboulot poseur de jambes

Rien à voir avec les produits manufacturés des verreries modernisées. Comme quoi il est bon parfois de franchir les seuils, attentif seulement aux passions des hommes et non plus aux exigences de l'économie moderne. Plus de deux mille personnes l'ont fait, hier, lors de la journée portes ouvertes, organisée par des ouvriers luttant avec la plus grande des énergies pour sauvegarder leur outil de travail. Ne joue pas qui veut du verre, en effet. Tel était du moins le message de cette journée dont le succès a été largement assuré. Un message qui voulait souligner à la fois qu'un travail n'a pas de prix et qu'il peut, par sa particularité, relever les défis d'une époque.

Serge, 32 ans, entré à 14 ans « par la force des choses » à la verrerie, ne lésine pas sur l'énergie dépensée. Verrerie de 5 h du matin à 13 h, bûcheronnage l'après-midi. Mais sa prise de contact avec le verre, comme la majorité de ses camarades, est désormais plus qu'une seule et insipide occupation rémunératrice. II y a comme une communion entre la matière savamment dosée, mangeuse d'hommes, par saturnisme interposé, et les souffleurs, cueilleurs et autres porteurs à l'arche. Un travail essentiel d'équipe, sans lequel jamais la matière en fusion ne se laisserait apprivoiser. Comme une énergie contenue, ne s'exhalant que par les pores cuits et recuits, les visages en sueur, les mouvements sûrs et précis de la main.

Serge et les autres, attachés non seulement à leur activité, mais aussi à la vie d'une localité, îlot communautaire aux relations privilégiées. Comme ils le rappellent volontiers ; leur action veut qu'« au-delà du geste qui crée un produit dont chacun peut mesurer l'utilité économique, le métier de verrier à la main faisant vivre toute la cité de Portieux, soit mil habitants, soit pris en considération ». Et du même coup, qu'un patrimoine culturel soit préservé. Une exigence qu'ils partagent avec d'autres « ouvriers créateurs » et qui, il n'y a pas si longtemps, a mobilisé à quelques dizaines de kilomètres les « Daum nancéiens ».

Le pari est d'importance, mais c'est surtout de survie dont il s'agit. Elle passe parfois par l'étranger et les exportations, mais elle dépend aussi des goûts lorrains et nationaux.


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3 juuillet 1983

Les verriers licenciés lancent un comité de soutien aux «Arts de Portieux»

N°1 ? N°2 François Georges N°3 Sous la neige ou le soleil, les journées «portes ouvertes» se ressemblent à la Verrerie de Portieux, où les héritiers d'une longue tradition ont désormais l'habitude d'allier le geste à la parole pour prouver leur attachement à leur métier. Hier toutefois, deux jours après l'arrivée des dernières lettres de licenciement qui mettent fin à l'expérience des «Arts de Portieux», les files de visiteurs étaient plus fluides qu'à l'heure de la grande lutte de l'hiver 81-82.

Toute la journée, les travailleurs bénévolement ont renoncé à la fraîcheur des prés et des bois voisins pour prendre leur poste devant la chaleur d'enfer des fours. Avec Robert Didelot, membre de l'ex-Directoire de l'entreprise (et toujours de la CGT, bien qu'ayant renoncé à son mandat de délégué) et Maxime Leroy, maire-adjoint de La Verrerie, ils ont guidé les néophytes le long du chemin qui mène du silice, du minium, de l'arsenic, des colorants et des opacifiants jusqu'au creuset d'où les verriers, au bout de leurs longs tubes, sortent les boules de pâte incandescente.

Les «Montefibre» étaient là

Visiteurs remarqués : les «Montefibre» qui, avec leur délégué Gilbert Formet, se sont succédés dans les vastes hangars de Portieux. La rencontre des défenseurs d'une industrie de pointe et d'une activité de tradition, toutes deux sur la touche aujourd'hui, a évidemment pris valeur de symbole. «Nous souhaitons des contacts pour que la lutte s'intensifie, pour la défense de l'emploi», a résumé Gilbert Formet. Maxime Leroy, citant le président de la République, souhaitant, lui, que «Les Pouvoirs Publics mettent leurs paroles en concordance avec leurs actes»...

A tous leurs hôtes, les verriers de Portieux ont annoncé la création d'un comité de soutien au sujet duquel on en saura plus dans les jours à venir, et qui a déjà recueilli de nombreuses adhésions.

En attendant, peut-être, la naissance d'une nouvelle société, la production et la commercialisation continuent aux Arts de Portieux. Le magasin d'usine est ouvert tous les jours de 8 h à 12 h et de 13 h à 17 h 30.