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Arts de Portieux : dépôt de bilan 2 juin 1983 2 juin 1983 Inaugurée officiellement le 30 avril de l'année dernière, dans l'enthousiasme, par ses 255 salariés-actionnaires, la société anonyme « les Arts de Portieux » s'apprête à déposer son bilan dans les jours qui viennent. La décision en a été prise hier à une large majorité (210 voix sur 221) lors d'une assemblée générale tendue, au cours de laquelle les verriers vosgiens ont dû tirer la conclusion de leur situation financière catastrophique, qui n'a fait qu'empirer ces derniers mois. Alain Thomas cueilleur
![]() Faute d'avoir été suffisamment aidée lors de son redémarrage, avec un capital (500 millions de francs) constitué par les indemnités de son personnel licencié par la Compagnie française du cristal, la société ne peut plus assumer ses 3 millions de charges mensuelles avec un carnet de commandes variant de 1,2 à 1,7 million de francs. Toutes les autres solutions envisageables suspension provisoire d'une centaine de contrats de travail, demande de suspension provisoire de poursuites, ont dû être abandonnées : elles ne réglaient pas le problème de fond de la verrerie vosgienne, installée à Portieux depuis deux cent cinquante ans, et dont les salariés, après le dépôt de bilan de la CFC en décembre 1981, avaient décidé de reprendre le flambeau. Dégraissage d'effectif Nouvelles collections, dessinées par Claude Becker, ancien directeur de la création de la CFC, élu président du directoire, réorganisation du réseau commercial, modernisation de l'outil de travail : ni les projets ni l'ardeur ne manquaient l'an dernier, à la naissance de la SA baptisée « les Arts de Portieux». Mais les appuis espérés n'ont pas suivi. Pour s'imposer sur le marché extérieur (qui absorbe 40 °h de la production de Portieux), reconvertir les verriers dans de nouvelles productions, le plan établi par M. Becker comptait sur quelque 10 à 12 millions d'aides de l'Etat qui ne sont jamais arrivées. Motif : la société créée par les verriers n'était pas propriétaire de ses murs, que la Compagnie française du cristal devait lui céder le 31 juillet dernier. La signature n'a été obtenue qu'avant-hier. Dans quelques jours, les salariés-actionnaires de Portieux - qui ne cachent pas leur amertume devant le désintérêt des Pouvoirs Publics - se retrouveront face su syndic nommé par le tribunal de commerce, avec un plan de redressement qui ne pourra pas éviter un dégraissage d'effectif. Ce qu'ils avaient refusé l'an dernier et qui, pour leurs interlocuteurs, constituait sans doute un péché originel. Vie Sociale Toujours le 2 juin 1983 Par 210 voix sur 221 dépôt de bilan voté hier par les Verriers de Portieux Votants : 221. Bulletins blancs ou nuls : 8. Contre le dépôt de bilan : 5. Pour un dépôt de bilan assorti d'un plan de redressement : 210... Il était 13 h hier après-midi, dans la cantine de la Verrerie de Portieux, lorsque s'est achevé le dépouillement d'un scrutin que nul ici n'envisageait il y a un an. A une écrasante majorité, les salariés actionnaires (251 au total) de la jeune société «les Arts de Portieux», aujourd'hui en état d'asphyxie financière, ont voté pour la seule solution envisageable économiquement et socialement, mais qui met un terme sans doute définitif à une expérience enthousiasmante. Déçus, amers, et pour quelques-uns, les larmes aux yeux, les verriers ont tenu hier l’assemblée générale la plus poignante de leur histoire, sous les lampions et les guirlandes du Nouvel An. Face à eux, contenant mal aussi leur émotion : Claude Becker, le président, entouré de Robert Didelot et François Georges, membres du Directoire élu le 21 avril 1982, Maxime Leroy, maire-adjoint de Portieux, Jean-Pierre Ferry, secrétaire de l'UD CGT et ancien verrier lui-même. A l'ordre du jour : l'urgence de la décision à prendre, face à une situation financière désormais impossible à maîtriser, après l'échec de la table ronde tenue le 27 mai à la Préfecture des Vosges. La société qui ces derniers mois a vu se creuser l'écart entre son carnet de commandes et le niveau de ses charges salariales n'a pu obtenir le moindre découvert des banques nationalisées. Les chiffres crient : 1,7 million de commandes pour les quatre premiers mois de cette année, et trois millions de dépenses. Pas de suspension de contrats La solution envisagée la semaine dernière - la suspension pour six mois d'une centaine de contrats de travail pour restaurer la trésorerie - a été annulée dés le lendemain, 28 juin, par le comité d'entreprise car elle ne réglait pas le problème de fond, pas plus que la proposition faite hier par M. Becker (quinze jours de travail, quinze jours de chômage technique), ou encore la demande de Suspension Provisoire de Poursuites. (SPP) qui ne fait que geler les dettes. Pour les verriers hier l'alternative était simple : ils étaient logiquement contraints à voter le dépôt de bilan, assorti ou non d'un plan de redressement. S'ils ont choisi la seconde solution, "pénible et difficile", parce qu'elle entraînera fatalement des suppressions d'emplois, c'est qu'ils ne s'avouent pas définitivement battus : avec un effectif allégé, et des encouragements tangibles, l'entreprise pourrait être viable. On est tétu à la Verrerie. Des aides jamais arrivées Pourquoi ne l'a t-elle pas été jusqu'à maintenant ? Sans refaire l'histoire, et en évitant de justesse les règlements de compte, l'assemblée générale d'hier a fait éclater le désenchantement des verriers - dont la décision est à l'évidence «politique» - et qui ces derniers mois ont attendu en vain l'appui espéré des Pouvoirs Publics. Jusqu'ici, la Société "Arts de Portieux" n'a vécu que grâce au capital (5.150.500 F) constitué par ses salariés-actionnaires, avec leurs indemnités de licenciement de la Compagnie Française du Cristal. Les aides de l'Etat attendues (primes de l'Aménagement du Territoire à la création d'emplois, prêts participatifs...) ne sont jamais arrivées à Portieux : elles étaient conditionnées par la signature de l'acte de cession des murs de l'usine par la CFC, prévue pour le 31 juillet 82 et qui est intervenue... avant hier 31 mai. Unanimes, Claude Becker, Jean-Pierre Ferry, Maxime Leroy au nom du conseil municipal de Portieux accusaient, hier : les dix millions de francs attendus pour permettre à l'entreprise de se moderniser, de reconvertir les verriers dans les productions autres que les services de table concurrencés par les productions mécaniques, de prospecter les marchés étrangers. (Un seul voyage aux USA coûte de 15.000 à 20.000 F), ne sont jamais arrivés. «Les rapaces»... La jeune société a fait ce qu'elle a pu, reconstituant un siège social, achetant photocopieuse et ordinateur arrêtant un des fours par économie... mais sa volonté de garder l'ensemble du personnel au travail a sans doute pesé lourd dans la balance. Ces six derniers mois, le conseil municipal de Portieux a tiré en vain plusieurs sonnettes : le Ministère des Finances (un accusé de réception) ; le Conseil général, le ministère de l'Industrie (pas de réponse). Seul Jack Ralite, secrétaire d'Etat à l'Emploi a répondu trois fois... Et les verriers ne sont pas loin de penser que des "rapaces" guettent l'agonie de leur société pour faire main basse sur ses collections. Paie d'avril assurée Pour eux du moins, les prochaines échéances sont claires : dépôt de bilan sans doute la semaine prochaine devant le Tribunal de Commerce de Mirecourt, et nomination d'un syndic. La paie d'avril pourra être assurée : la société dispose pour cela de 780.000 F. Ensuite, le dépôt de bilan se traduira certainement par un inévitable dégraissage d'effectif, si le plan de redressement fait apparaître crédible la poursuite de l'exploitation, les ASSEDIC prenant le relais de la société. Les prochaines semaines seront dures à la Verrerie de Portieux. Selon les mots de Jean-Pierre Ferry "ce n'est pas foutu". Il s'agit d'avoir un sursaut d'orgueil. Mais pour se battre on n'a pas le choix des armes. « Les Arts de Portieux » déposent leur bilan 8 juin 1983 Après Boussac-Saint-Frères, dont l'usine d'Igney est condamnée à plus ou moins long terme, après Montefibre-Saint-Nabord, dont le tribunal de commerce d'Epinal a annoncé hier la liquidation de biens, la vallée de la Moselle prend des allures de sinistrée économique, avec le dépôt de bilan, rendu effectif hier, de la société «Les Arts de Portieux», née le 30 avril 1982 de la volonté de ses 255 salariés, licenciés par la maison-mère, la Compagnie Française du Cristal. Pour vivre - ou plutôt survivre - pendant un an, l'entreprise qui avait rallumé ses fours dans l'enthousiasme, et envoyé ses verriers en stages de formation, n'a pu compter que sur l'apport de ses salariés-actionnaires : un capital de 5 millions de Francs. Mais un effectif trop lourd - les charges salariales actuellement absorbent 80% du chiffre d'affaires, 1 à 1,3 million de francs - une gestion trop peu rigoureuse, et surtout l'absence totale d'aides à la création d'emplois, ont conduit les verriers eux-mêmes, le 1er juin dernier, à décider le dépôt de bilan. C'est chose faite depuis hier, devant le tribunal de commerce de Mirecourt, qui pourrait rendre son jugement vendredi. Pour repartir du bon pied, il faudrait à la jeune société des «Arts de Portieux » trouver d'urgence des partenaires susceptibles d'apporter un indispensable ballon d'oxygène financier. Et sans doute, sacrifier une partie de ses effectifs. Sur place depuis plusieurs jours, un envoyé du ministère de l'Industrie, tout en reconnaissant la valeur de la résurrection opérée par les verriers vosgiens (innovation, créations dans le domaine des arts de la table), n'a proposé aucune solution de reprise industrielle. Pour les 270 familles qui font vivre toute une localité, il y a pourtant urgence. |