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Mesure conservatoire pour les Arts de Portieux :
une centaine de contrats de travail suspendus

27 mai 1983

La situation difficile dans laquelle se trouvent «Les Arts de Portieux» et qui a conduit, le 17 mai dernier les Verriers à Investir la SNVB à Charmes devra se dénouer, d'une façon ou d'une autre, dans les tout prochains jours. C'est la conclusion qui s'imposait, hier soir, à la préfecture des Vosges au terme d’une longue séance de travail au sommet.

Participaient, autour de M. Hubert Blanc, les membres du directoire de la société, notamment M. Claude Becker son président, M. Didierjean, conseiller général, les représentants de plusieurs banques (SNVB, Crédit Lyonnais, Banque de France), la direction départementale du travail, et Jean-Pierre Ferry, secrétaire de l'union départementale CGT.

Trois heures et demie durant, le dossier des Arts de Portieux a été passé au peigne fin «dans un effort de clarification», s'est borné à déclarer le préfet des Vosges. La trésorerie exsangue de l'entreprise, dont les salariés actionnaires n'ont perçu qu'un acompte de 1000 F sur leur salaire d'avril, n'a pas permis cependant d'éviter la mise en œuvre d'un plan de restructuration qui se traduit dès maintenant par la suspension des contrats de travail pour plusieurs dizaines de verriers.

Déçus, amers, et pour quelques-uns, les larmes aux yeux, les verriers ont tenus ce jour l'assemblée générale la plus poignante de leur histoire.

L'ordre du jour : l'urgence de la décision à prendre face à une situation financière désormais impossible à maîtriser. Les chiffres sont là, bien réels ! 1,7 millions des commandes pour les 4 premiers mois de cette année, et… 3 millions de dépenses.

Analyse :

Mauvaise politique de gestion, ambitions démesurées de la part de certains, mauvais calcul ou inconscience des dirigeants de la société qui ont voulus mettre « la charrue avant les bœufs », chacun, une fois de plus jugera selon sa conscience et ses convictions du jour. La décision de suspension pour 6 mois d'une centaine de contrats de travail pour restaurer la trésorerie, a été annulée dès le lendemain 28 mai par le comité d'entreprise. Est-ce raisonnable, un pari fou, c'est ainsi !

Pourquoi les aides ne sont-elles jamais arrivées ? En évitant de justesse les règlements de comptes, l'assemblée générale a fait éclater le désenchantement des verriers. A cette assemblée des poings furent levés, des pouilles furent prononcées, des « sacs » se sont vidés de leurs mauvaises graines, de leurs calomnies, celles-là même qui font si mal, qui laissent des traces dans les cœurs, en provoquant des rancunes tenaces. Les intérêts des uns et des autres sont défendus avec beaucoup de paroles blessantes. Les jalousies longtemps étouffées éclatent au grand jour comme des œufs pourris lancés contre une façade immaculée...laissant les plus sensibles salis, pantelants.

Unanime, Claude Becker et Jean Pierre Ferry, mais aussi Maxime Leroy au nom du conseil municipal de Portieux accusent : "Les dix millions de francs attendus pour permettre à l'entreprise de se moderniser, de prospecter des marchés étrangers ( un seul voyage au U.S.A coûte de 15 000 à 20 000 francs) ne sont jamais arrivés."

Les verriers ne sont pas loin de penser que des rapaces guettent l'agonie de leur société pour faire main basse sur ses collections. Les prochaines semaines seront dures à la Verrerie, Selon le mot de Jean Pierre Ferry : "Ce n'est pas foutu ", " mais pour se battre, on n'à pas le choix des armes !"

Restaurer les finances

Ils seraient près d'une centaine, sur un effectif total de 258 personnes, à être touchés par cette mesure, la « moins pire » des solutions envisageables, l'autre étant le dépôt de bilan pure et simple. Au plan social, c'est également la plus acceptable pour les verriers ainsi mis sur la touche pour une période indéterminée (qui ne pourra excéder un an), puisqu'ils seront indemnisés par les ASSEDIC à 60 % de leur salaire.

Ce dégraissage temporaire qui toucherait 35 femmes et 60 verriers, ne règlera pas cependant le problème de fond. L'effectif ramené au niveau du carnet de commandes, il reste à la société des Arts de Portieux à opérer un rétablissement énergique pour restaurer ses finances : c'est-à-dire cesser de perdre de l'argent chaque mois, et regonfler sa trésorerie pour faire face aux échéances. C'est cet espoir de nouvelles perspectives d'exploitation que chacun exprimait, hier soir, à la préfecture.