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Les paies de février pas encore virées. Situation délicate aux « Arts de Portieux » 12 mars 1983

Répondant à l'appel de Robert Didelot, responsable syndical C.G.T., devenu en avril 1982 membre du directoire de la nouvelle société « Arts de Portieux » (née de la relance de la verrerie de Portieux), une centaine de salariés de l'entreprise se sont (s’est réuni) réunis hier en assemblée générale. Le climat est à l'inquiétude à la verrerie de Portieux, car les paies de février ne sont pas encore virées. Est-ce un clignotant, annonçant des difficultés plus importantes pour les « Arts de Portieux », ou est-ce au contraire un incident de parcours dans la relance de l'entreprise ?
Pour Robert Didelot, la seconde question est la bonne. Pour lui, « Arts de Portieux » a des atouts : ses nouveaux produits, sa percée à l'exportation. Mais des obstacles sont, explique-t-il, placés sur la route de l'entreprise. Ces obstacles sont essentiellement au nombre de deux : tout d'abord, l'Etat et les clients doivent de l'argent à l'entreprise. « Les autorités gouvernementales ont admis nous devoir plus d'un million de francs, sous forme de prime d'aménagement du territoire, et réaffirment leurs engagement de nous prêter quatre millions de francs à long terme », écrit Robert Didelot dans une lettre qu'il a adressée aux salariés le 10 mars. C'est le 23 mars que, selon lui, le C.O.D.E.F.L, présidé par le préfet, doit « nous attribuer les sommes qui nous sont dues ».
Mais l'obstacle numéro un, et le plus immédiat, est, selon Robert Didelot, « l’attitude incompréhensible » de la banque d'« Arts de Portieux », un établissement pourtant nationalisé.
Cette banque, explique Robert Didelot, « refuse d'assurer le relais de trésorerie, de nous accorder le moindre découvert et de mobiliser nos créances export, alors que cela est de droit ».
« Nous ne nous laisserons pas faire »
Ces deux obstacles montrent que la situation à la verrerie de Portieux n'est pas aussi rose que l'on avait bien voulu le dire en mai 1982 lorsque fut célébrée en grande pompe le redémarrage de l'entreprise. Cela dit, la partie n'est pas perdue, estime Robert Didelot. Exhortant hier le personnel de la verrerie à produire mieux, à réduire les pertes (15 %) dans les ateliers, il considère que les « Arts de Portieux » doivent atteindre 3 millions de chiffre d'affaires mensuel pour pouvoir s'en sortir, supporter les charges sociales qui pèsent désormais à plein depuis janvier sur l'entreprise.
Un prêt participatif, permettant de constituer deux mois de stock, un fonds de roulement, et assurant la possibilité d'investir, serait le bienvenu, plaide Michel Didelot.
« Arts de Portieux » qui a investi en 1982 les 500 millions d'anciens francs que constituait l'apport des A.S.S.E.D.LC. (Indemnités de licenciement, etc), présentait un bénéfice d'exploitation de 84 millions d'A.F. fin décembre 1982. Alors qu'elles ne l'avaient pas été au départ, les charges sociales doivent, aujourd'hui, être prises en compte (70 millions d’A.F. par mois), de même que la volonté des fournisseurs d'être « payés cash », ce qui rend la situation financière d'« Arts de Portieux » très tendue. D'autant que « le carnet de commandes n'est pas. très euphorique en ce moment » note Robert Didelot.
Au delà de la froideur des chiffres qui tempère les enthousiasmes de l'année 1982, les salariés de la verrerie font cependant preuve de détermination. « II faut que l'on sache que nous ne nous laisserons pas faire », écrit Robert Didelot dans sa lettre au verriers. « En un an, nous avons réussi ensemble de grandes choses. La réussite est au bout. Nous n'accepterons de la part de qui que ce soit une quelconque remise en cause ». Et d'appeler les verriers à « se tenir prêts à engager s'il le faut toute action susceptible de faire valoir nos droits ».
Cette situation a engendré de vives tensions dans l’entreprise. Les verriers poussés dans leur dernier retranchement pécunier, ont du mal à s’en sortir, beaucoup de mal. Plus d’argent dans les portes monnaies, alors il faut « faire les coures » à crédit. Les commençants comprennent la situation et acceptent l’effort à fournir, bon gré ou mal gré.
Les inévitables heurts arrivent les uns après les autres. Quelques personnes veulent à tout prix être payées, toucher leur dû ! Alors elles vont trouver M. Didelot puisque c’est le « chef ». Aux demandes pressentes des ouvriers plus fauchés qu’un champ de blé après la moisson, Robert Didelot, depuis son bureau installé dans le bâtiment des « Grands Bureaux » répond agaccé, énervé : « Moi non plus je ne touche rien ! ( ?) »
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