Préavis et congés non payés. Les verriers sont en colère. Ils
séquestrent le PDG de la Compagnie Française du Cristal
Les verriers vosgiens de Portieux ont mené une «opération-commando » hier matin à la Cristallerie de Vannes-le-Châtel, séquestrant le PDG de la Compagnie Française du Cristal et trois de ses cadres. Par ce geste ils entendaient obtenir le règlement immédiat des deux mois de préavis et des cinq semaines de congés payés qu'ils réclament, soit une somme totale de l'ordre de près e 30.000 F, à répartir entre les deux cent cinquante-trois salariés concernés.
Après environ huit heures de face à face, une solution de compromis a pu intervenir et les verriers ont libéré leurs otages.
A priori bien informés des déplacements de M. Marquot, les verriers de Portieux ont fait irruption dans les locaux administratifs de l'usine de Vannes, à 11 h, alors que le président-directeur général de la Compagnie Française du Cristal tenait réunion en compagnie de MM Barbelin, directeur de la cristallerie de Vannes-le-Châtel, Deas, directeur de la verrerie de Bayel (Marne) et Mannevy, directeur financier de la CFC.
Le siège de la Compagnie Française du Cristal
Venus à quelque cent vingt environ, en compagnie de M. Jean-Pierre Ferry, secrétaire général de l'Union départementale CGT des Vosges, les verriers de Portieux, profitant de l'effet de surprise, investissaient très rapidement le bâtiment administratif.
Seule victime à déplorer la vitre du standard téléphonique qui ne résistait pas à la pression.
Face-à-face de plusieurs heures
Quant à l'occupation proprement dite, elle ne se traduisait par aucune incidence sur l'activité de Vannes, dont les cristalliers poursuivaient normalement leur travail.
Entre le PDG de la CFC, ses cadres et les travailleurs de Portieux, s'engageait alors un face à face de plusieurs heures. Les premiers se trouvant séquestrés dans leur bureau, du moins tant qu'ils n'auraient pas satisfait aux revendications.
Ces revendications, quelles sont-elles ? Les délégués CGT, Mmes Yvette Grandmaire et Francine Ganier ainsi que MM Lucien Savoy, Thierry Leroy et Jean Mura, les résument ainsi :«La CFC société à laquelle nous n'appartenons plus, doit encore régler aux travailleurs de Portieux les deux mois de préavis et les cinq semaines de congés payés auxquels ils ont droit. Le préavis arrive à échéance le 17 juin, et il est même terminé depuis le 16 mai pour un certain nombre de jeunes. En deux mois, nous n'avons touché que la moitié d'un salaire, c’est-à-dire une moyenne de 1500 F par personne. Depuis le 16 avril, nous n'avons rien perçu. C'est pourquoi nous avons dit à M. Marquot que nous venions chercher nos sous. Pour l'instant on n'avale que des paroles, le PDG et le syndic se renvoyant la balle...
Selon les délégués syndicaux, M. Becker président du directoire de la nouvelle société de Portieux et ancien cadre de la CFC, est à Paris depuis trois jours, où il essaie d'obtenir le chèque déposé par le syndic, M Pernot, et il a proposé une solution qui a été refusée.
Ils paient avec nos sous
En fin de matinée, une solution de compromis intervenait : la nouvelle société de Portieux, ayant vendu pour 980 000 de francs à la CFC, un chèque équivalent allait être immédiatement versé par le syndic.
Une délégation composée de trois délégués, MM François Mangeonjean, Raymond Ferry et Robert Didelot, prenait la direction de Paris a 12 h 30, dans la voiture de M. Marquot, que conduisait le directeur financier, M. Mannevy.
Cette délégation avait pour mandat de ramener un chèque certifié de 980.000 F, ainsi qu'une attestation du syndic, M. Pernot, garantissant que le solde serait versé pour le 17 juin.
«Ils paient avec nos sous, remarquaient toutefois nombre de verriers, ajoutant que les préretraités n'étaient pas comptés : trente et un sont déjà partis, et sept se trouvent en pourparlers. Quant à obtenir le point de vue de la direction de la CFC, il était hors de question de le recueillir en dehors de sa garde vigilante.
Le journaliste ayant l'incongruité d'estimer qu'une interview n'avait aucun rapport avec un interrogatoire, se vit aussitôt éjecté sans douceur. A 18 h 45, la délégation envoyée à Paris annonçait téléphoniquement qu’elle avait obtenu satisfaction. Les verriers de Portieux levaient alors leur siège, libérant ainsi leurs otages et regagnant leurs pénates.
Le PDG: « Le patronat est le bouc émissaire »
«Une fois de plus, je constate que le patronat est le bouc émissaire de problèmes créés par l'administration et les établissements publics» : tel est le sentiment de M. Marquot joint hier soir par téléphone.
En ce qui concerne le paiement des préavis et congés des deux cent cinquante-trois salariés de Portieux d'un montant de 2,8 millions selon le PDG de la. CFC, celui-ci a déclaré : «C'est le fonds national de garantie qui avance l’argent à la CFC, laquelle paie alors le personnel licencié et doit ensuite rembourser sur plusieurs années. Depuis un mois et demi, je discute dans ce sens, mais on ne paie toujours pas... »
Enfin, à propos de la dette de la CFC devant couvrir les 980.000 F de produits fournis par la nouvelle société de Portieux, M. Marquot a précisé :« Ils ont eu un billet à ordre d'un montant de 980.000 F qu'ils auraient d'ailleurs sans ce cirque. C'est pour cette raison que j'étais venu à Vannes-le-Châtel ».