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Suivante : Opérations «villes Mortes» à Portieux et Charmes

La verrerie de Portieux au cœur des débats du Conseil général : 5 Février 1982

Les élus du Conseil général ont longuement débattu de la situation de la Verrerie de Portieux en règlement judiciaire. En fin d'après-midi, après une longue interruption de séance, le président Poncelet et l'assemblée reçurent les délégations CGC et CGT de la verrerie de Portieux. Les délégués, MM. Lacroix et Didelot, montèrent même à la tribune pour parler de leurs difficultés après que M. Didierjean eut centré le problème de l'entreprise et celui de la localité de 1.000 habitants qu'elle fait vivre «La verrerie, dit-il, doit demeurer une unité bien vivante. L'usine mérite toute la sollicitude des pouvoirs publics. Ceux-ci doivent lui trouver des créneaux de marché. Une cessation d'activité serait une catastrophe pour Portieux, commune déjà touchée par la baisse d'activité à Boussac-Saint-Frères et Vincey-Bourget».

M. Lacroix (CGC), explique quel potentiel humain, artistique et économique est attaché à l'activité de la verrerie. Pour lui l'industrie du verre à la main peut vivre pour peu que l'on fasse des études de marchés lors des sentiers battus et que l'entreprise reçoive des pouvoirs publics des aides à l’investissement, bénéficie d'une publicité adaptée, d'une réduction des cotisations sociales comme d'autres industries de main-d'oeuvre.

Promotion de la verrerie pendant la saison touristique

M. Didelot (CGT) lançe, de son côté, un appel aux élus pour qu’ils participent à la promotion du verre de Portieux et dénonce : «La volonté de destruction de la dernière verrerie du département». Il regretta aussi que le changement n'ait pas encore gagné les pouvoirs publics, notamment le négociateur du CIASI qui n'a pas donné l'impression aux syndicalistes de croire aux chances de la verrerie de Portieux.

Fort opportunément, le président Poncelet présenta l'exemple de la verrerie de la Rochère qui assure avec brio la promotion de ses produits et l’inertie de celle de Portieux : «Pourquoi, par exemple, ne pas faire connaître le verre à la main vosgien lors des opérations d'accueil réalisées pendant la saison touristique ?». Les interventions de MM Blanck, Bresson, André Valentin soulignèrent aussi les carences de la stratégie commerciale, mais aussi l'urgence qu'il y a à utiliser le délai de deux mois pour trouve des solutions.

M. Blanck a alerté M. Jobert et M. André Henry a sensibilisé M. Dreyfus, ministre de l'Industrie, sur le cas de Portieux. Le maire d'Epinal proposa éventuellement la création d'une coopérative ouvrière. «Oui, dit M. Poncelet, mais à condition qu'il y ait un débouché et que l'état offre des crédits pour maintenir l'usine jusqu'à ce que de nouveaux marchés».

M. Valentin propose que le bureau du conseil général et M. Didierjean, l'élu concerné, se réunissent sans tarder pour faire des propositions concrètes aux instances gouvernementales.

Le préfet, M. Hubert Blanc trace un bilan très précis de la situation de la Verrerie. Il met en évidence le fait que les solutions commerciales doivent surtout être recherchées au plan national, sans toutefois négliger l'image de marque locale. Enfin, il annonce que le syndic s'apprête à désigner quelqu’un pour assurer la direction.

Le bureau de l'assemblée se réunira donc le 9 février à 14 h 45, pour se pencher sur le cas de Portieux. En attendant, un télégramme a été adressé à M. Dreyfus pour «assurer la pérennité de la verrerie de Portieux».

Actualités départementales

6 février 1982

Conseil général

La verrerie de Portieux les 39 heures... Priorité aux problèmes économiques

Session extraordinaire hier au Conseil général avec au programme quatre points proposés à l'étude des commissions et au vote de l'assemblée départementale [...] Mais cet ordre du jour fut quelque peu bouleversé par l'introduction dans ces débats de deux points de l'actualité: le sort de la verrerie de Portieux et [...], ce qui devait entraîner le report des trois derniers points de l'ordre du jour.

Ouvrant la séance, le président Poncelet [...]

Verrerie de Portieux

Un télégramme à M. Dreyfus

Un double courrier reçu par M. Poncelet a été à l'origine de l'intervention au cours des débats de représentants du personnel de la verrerie de Portieux. En effet, le 19 janvier le syndicat C.G.C. de l'entreprise avait demandé au président du Conseil général à être reçu par l'assemblée au complet pour l'informer de l'état du dossier et faire appel à son aide. Souhait qui rejoignait celui exprimé par la C.G.T. par le truchement de M. Blanck qui aussitôt alertait le président le 23 janvier.

Dès lors, l'assemblée départementale a eu l'occasion de faire un tour d'horizon très complet de la situation de cette unité verrière. II revint au conseiller général du secteur M. Didierjean la tâche de présenter à ses collègues toutes les répercussions désastreuses sur le plan humain qu'une fermeture entraînerait pour cette cité de plus de 1 000 âmes où la tradition de verrier est tricentenaire. Pour la cité certes, mais également pour un canton que l'affaire Boussac n'a pas épargné.

Représentant la C.G.C., M. Lacroix définit les conséquences d'une fermeture par ces mots : « La perte de la dignité pour 300 personnes, la mort lente pour 1 000 habitants ». « Sachez, précisa-t-il, que Portieux perdrait en l'occurrence 12 % de son budget s'ajoutant aux 10 que la perte de B.S.F. (Boussac Saint-Frères) a déjà entraîné. » et de conclure : « Nous espérons une aide financière à l'investissement, un financement pour une publicité adaptée et un dégrèvement pour certaines charges financières ».

Prenant le relais au nom de la C.G.T., M. Didelot lança à l'adresse des conseillers généraux : « Nous attendons de vous une opération publicitaire en faveur du verre à la main et en particulier, celui de Portieux. Certains d'entre vous nous ont déjà assuré de leur appui. Quel est le résultat de leurs démarches ». II ajouta : « Il faut que vous sachiez qu'il y a une véritable volonté de destruction de la part du patronat ».

Le problème de l'absence de publicité est certes un élément qui a joué en défaveur de Portieux ainsi que plusieurs conseillers le soulignèrent, M. Poncelet le premier qui rappela l'exemple de La Rochère où « la promotion du produit a entraîné la visite régulière à Passavant d'un public d'acheteurs potentiels ». « L'assemblée départementale pourrait donc, a-t-il poursuivi, engager une démarche dans ce sens. L'opération-accueil, faite annuellement dans le département pourrait par exemple servir de tremplin. » Le président ne manqua d'ajouter : « Ce n'est là qu'un élément de contribution. Mais c'est insuffisant. Des interventions à un autre niveau que le nôtre sont nécessaires pour sauver l'usine ».

« On ne peut parler de Portieux sans nostalgie et crainte », c'est par ces mots que Pierre Blanck évoqua à son tour cette affaire : « Nous avons vu disparaître Hennezel-Clairey et Portieux reste le dernier bastion du verre dans notre département ».

Les propositions du conseiller général d'Epinal-Est sont de trois types :

- développer la vente directe et les circuits à l'exportation (« on pourrait ainsi subventionner un organisme qui ferait des affiches, macarons et autres formes publicitaires. Quant à l'exportation, j'ai écrit au ministre du Commerce extérieur dont j'ai reçu ce matin la réponse. Le dossier a été confié à M. Bernard Millet ») ;
- renouer les rapports avec les grossistes ;
- se faire les ambassadeurs auprès des secteurs commerciaux (« ce que nous avons fait avec succès lors des difficultés de Manuest à Châtenois »). « On ne peut créer une scoop à chaque fois », lui répondit M. Poncelet. » La précaution préalable, c'est l'assurance d'un débouché, ce qui était le cas pour Manuest avec le contrat passé pour l'équipement des établissements scolaires. »

Intervenant à son tour, M. Bresson regretta certes l'absence de publicité et le fait que la verrerie était perdue au fond des bois et son accès très mal indiqué, mais il insista d'abord sur le fait que des moyens tels que la vulgarisation du produit doivent être largement dépassés et que sont nécessaires des mesures « pour contrecarrer les manœuvres de la Compagnie Française du Cristal ». II proposa ainsi d'utiliser ce nouvel outil qu'est le contrat de solidarité pour relancer l'entreprise et d'y ajouter des aides substantielles à l'investissement.

« II y a urgence à intervenir » précisèrent de concert MM. Poncelet et Bidaud, « car la situation est gelée jusqu'au 31 mars ».

On déboucha donc sur la proposition de M. André Valentin qui demanda que le bureau du Conseil général auquel s'adjoindra M. Didierjean se réunisse rapidement « afin de faire des propositions concrètes pouvant être proposées dans un délai rapide aux instances gouvernementales ».

M. Blanc fit quant à lui un exposé de l'évolution de la situation : « Le dépôt de bilan aurait pu se traduire par la fermeture totale et définitive de l'entreprise. Les actions menées ont fait qu'aucune décision définitive ne soit prise avant qu'une étude fouillée soit faite sur les possibilités d'avenir de cette unité. Cette étude est désormais financée par le ministère de l'Industrie et le C.I.A.S.I. et c'est le cabinet Orgex associé à la Fédération des scoops de production qui en est chargé ».

Et le préfet de conclure : « Dans l'immédiat, c'est dans le cadre de cette étude que doit s'inscrire votre action. Aussi vais-je demander aux chargés d'étude de rencontrer le bureau du Conseil général. II est important que dans les solutions puissent apparaître l'apport propre du département, même si ce n'est pas à ce seul niveau que peut être réglé le problème ».

Le Conseil général s'accorda sur la nécessité d'envoyer le soir même un télégramme au ministre de l'Industrie qui fut rédigé en ces termes : « Le Conseil général des Vosges vous demande d'arrêter d'urgence les mesures appropriées pour, dans un premier temps, permettre le sauvetage de la verrerie de Portieux et dans un deuxième temps d'assurer la pérennité de cette entreprise ».

Le 9 février à 14 h 45, le bureau du Conseil général se réunira pour examiner les propositions à adresser à M. Dreyfus au sujet de cette entreprise.