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Formidable encouragement pour la verrerie de Portieux 1996

 
1996

"Jamais je n'ai vu autant de monde à la Verrerie !" dit Claude Didon, le vétérant devenu directeur de production. Le personnel y croit, le public aussi.

A droite Renée Clop, une habitante de la Verrerie, admire les nouvelles fabrications


Le 15 mai, Jean Jacquet, 63 ans, président de l'usine d'électricité et des transports en commun de Metz, reprend les Faïences de Niderviller, la Cristallerie de Vallerysthal, et la Verrerie de Portieux. Une nouvelle page se tourne pour « la plus vieille entreprise des Vosges,», maintes fois menacée de disparition.

Hier, la direction organisait une opération « portes ouvertes » couronnée de succès. L'affluence s'est révélée dense et ininterrompue jusque 18 h. Les achats ont été nombreux, surtout en Arts de la table. Et les visiteurs ont découvert un atelier enfin mis aux normes : plus de gouttière avec la nouvelle toiture, plus de composition approximative avec la bascule électronique, plus de pollution avec le bac de rétention qui récupère le plomb. Le plomb, « c'était la bête noire des écologistes », commente Claude Didon, qui énumère le montant de chaque investissement.

800.000 F d'investissements.

Ces premiers investissements atteignent un montant de 800.000 F, avec les compresseurs neufs, les machines effectuant les mélanges : « On les attendait depuis longtemps, mais ils n'avaient jamais été réalisés précédemment. Car ils ne rapportent pas d'argent. On vient également de financer toutes les tranches d'électricité, y compris la mise en sécurité du four », ajoute le responsable du site, qui garde l’œil fixé sur le tableau de bord de l'entreprise.

Un symbole, les deux verres Paramé de Portieux : à gauche, une reproduction
des années 50, à droite, une réédition contemporaine en couleur.
Jean Jacquet

Le « seuil de redéploiement positif » a été fixé à 7 MF par an : « On a travaillé deux mois pour cerner nos prix de revient - gaz, électricité, matières premières - et connaître le point mort de l'entreprise, confie Claude Didon. Cela donne le chiffre d'affaires à atteindre tous les mois. En octobre, on a pulvérisé les objectifs. Le mois dernier, avec la Toussaint et le 11 novembre, on s'est quand même bien tenu... »

Formation avec les anciens verriers

Une bonne santé qui ouvre la voie à un véritable événement pour une entreprise qui n'a jamais cessé de « dégraisser ». Un plan de formation de 240 heures par personne va être mis en place au début de l'année. Les anciens seront sollicités pour transmettre leur savoir-faire à un personnel qui va ressortir des pièces des années 50, revenues furieusement à la mode. Le tout avec l'aval de la direction du travail, et l’appui logistique de l'APFA et du centre de formation de Vannes le Châtel.

Les portes ouvertes d'hier ont été sanctionnées par de nombreux chèques qui permettront de regonfler une trésorerie qui sera encore sollicitée pour la suppression des friches.

Jean Jacquet le repreneur de Portieux « Certain de maintenir nos trois sites »

Il veut recentrer Portieux sur son savoir-faire des arts de la table et de la décoration, et « réduire la dimension » de Vallerysthal.

Guilleret, Jean Jacquet. La foule se presse danses ateliers et surtout le magasin de Portieux. Nombre de visiteurs repartent un paquet sous le bras. L'opération portes ouvertes se prolonge. Le PDG regrette seulement l'absence de son fils Marc, cloué au lit par une mauvaise grippe. C'est pour ce fils, passionné comme lui par le cristal, qu'il s'est porté repreneur, en mai. Un pari « jouable », la journée d'hier, assure-t-il, lui en a apporté la démonstration.

-Pouvez-vous rappeler qui vous êtes ?

- « J'ai été patron de la sidérurgie française - produits longs - de 1984 à 1988. A ce titre, j'ai conduit la restructuration massive de la sidérurgie. On n'en sort jamais intact... Je suis aussi président de l'Union Nationale des négociants en aciers spéciaux de Paris. Je préside les transports en commun et l'usine d'électricité de Metz. »

- Ce qui vous laisse beaucoup de temps pour reprendre un groupe spécialisé dans les arts de la table.

- « C'est la récompense d'une vie d'homme d'avoir un fils en qui l'on croit et à qui l'on met le pied à l'étrier ; c'est le pari de sa vie. J'ai voulu l'accompagner. »

- Entre sidérurgie et verrerie, il y a en commun un grand passé industriel.

- « Oui, il y a une réelle continuité dans les métiers du fer. Je ne me suis jamais senti étranger dans la cristallerie. Dans les deux cas, le poids du passé est immense. Ce qu'il faut faire, c'est garder de ce passé ce qu'il a de grand, beau et bon. C'est aussi évident que de faire disparaître ces ruines, spectacle vivant de l'échec et de la mort. Il faut savoir recomposer le paysage, réhabiliter notre usine. »

- Et investir ?

- « Avant d'investir, il faut remettre notre outil en état de fonctionnement normal. On s'est mis en état de conformité réglementaire, on a fait une fosse de décantation, on s'est mis en règle pour les installations électriques et la mise hors d'eau de l'usine. Nous investirons tout ce qui est nécessaire pour assurer l'équilibre industriel et l'évolution technologique. »

Le savoir-faire des verriers va encore être complété par 240 heures de formation, accomplie avec l'aide des Anciens.

Collection Jean-Pierre Triboulot
Jean-Pierre Triboulot pose les jambes

- Et la politique commerciale ?

- « La reconstruction de l'image ne se fait pas en un jour. Il nous faut à la fois être bon tout près de chez nous, dans notre magasin d'usine et à la grande exportation. Dès les premières semaines, nous avons repris nos clients japonais ; on a un distributeur au Japon, à Singapour, à Taiwan, en Australie, en Egypte... »

- Pourquoi ces portes ouvertes ?

- « Parce que je voulais réaffirmer a la face de la Lorraine que nous étions là avec nos hommes, notre savoir-faire, nos produits, notre activité. Nous sommes là, vivants, unis... Même si les cieux ne sont pas cléments, les bons équipages savent traverser les tempêtes. On a une bonne assise financière de départ qui nous permet de tenir le coup dans la tourmente. »

- Etes-vous assuré de la pérennité des trois unités du groupe ?

- « Nous sommes certains de maintenir nos trois sites. Nous visons à une spécialisation accrue, afin d'éviter les doublons d investissements ou de gamme. Les choix seront effectués en fonction du savoir-faire des équipes. On va réduire largement la dimension de Vallérysthal. Portieux sera centré sur les arts de la table et la décoration, qui font son image. Notre souhait absolu, c'est de nous développer ici. »

- vos projets ?

- « Nous voudrions travailler en commun sur un projet global de redynamisation du site, avec la mairie, le Conseil Général, les entreprises. La verrerie fait l'alliance de l'histoire, de l'art et de l'industrie. Si on arrive à bien traiter notre problème immobilier, la cristallerie pourrait être sauvegardée et se développer, en synergie avec d'autres sites. Elle pourrait être le point de rencontre des artistes qui travaillent les formes, la décoration, les faïences et le cristal. Nous avons la surface pour créer, fabriquer, exposer et vendre. Pour les visiteurs, voir la fabrication du cristal est magique, mais ils pourraient aussi découvrir des expositions de peintres et sculpteurs lorrains, trouver une aire de restauration, disposer de desserte en autocar qui ont disparu. Un développement à réaliser en osmose. »