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Jeudi 1er février 1996
Les 120 salariés des Faïenceries de Niderviller, de la Cristallerie de Vallérysthal et de la Verrerie de Portieux bénéficient d'un sursis.
Christine Ferry trie les verres à la sortie de l'arche, son métier "choisisseuse"
Photographie © Gérard Triboulot 14 mars 2003

Comme il fallait s'y attendre, la chambre commerciale du tribunal de Metz a ouvert, hier matin, une procédure de redressement judiciaire à l'encontre de la faïencerie de Niderviller et de la cristallerie de Vallérysthal, en Moselle cette dernière ayant racheté depuis quelques mois la verrerie de Portieux, dans les Vosges.
Me Pierre Bayle a été nommé administrateur provisoire et Me Paul Nurdin représentant des créanciers. Le tribunal a donné un sursis de deux mois et demi aux sociétés lorraines, jusqu'au 18 avril, avant de statuer définitivement sur leur sort. Ou bien elles seront reprises par des industriels, ou bien elles seront mises en liquidation judiciaire. Cent-vingt salariés, dont 80 pour la seule entreprise de Niderviller, attendent avec angoisse le sort qui leur sera réservé.
Des problèmes de trésorerie
Ces trois entreprises sont devenues des entités autonomes au mois de novembre après les démêlées judiciaires de Jean-Charles et Jean-Pierre Pascolini. Ces deux industriels, le père et le fils, étaient à la tête d'un groupe important, la holding suisse Emeraude, spécialisée dans les parfums et les produits de luxe, avec vitrine sur les Champs Elysée à Paris, quand un juge parisien a mis son nez dans leurs affaires.
On ne sait pas trop ce qu'il y a trouvé mais sans doute quelques graves anomalies dans la gestion puisqu'il a jugé bon de mettre les deux hommes en examen pour escroquerie et abus de confiance et de placer le père en détention durant six semaines et le fils sous contrôle judiciaire.
Depuis, la société Emeraude-France, présidée par Jean-Pierre Pascolini a été mise en redressement judiciaire, le 30 novembre par le tribunal correctionnel de Paris. Or, c'est Emeraude-France qui avait racheté, entre janvier 1994 et octobre 1995 les trois entreprises lorraines spécialisées dans la faïence, le cristal et le verre. D'où les récentes modifications intervenues aux greffes des tribunaux de commerce de Metz et d'Epinal.
Reste que les ennuis judiciaires de la famille Pascolini ne pouvaient pas ne pas avoir de conséquences sur la marche des affaires. Dès le 21 novembre, les soixante salariés de la société Copetra (ex Jean-Pierre Sand) de Sainte-Marie aux Chênes, se sont opposés à la vente aux enchères de ce qu'ils considéraient être leur trésor : les stocks de parfum et de cristal.
Plus récemment, la manufacture de Niderviller a été menacée de paralysie totale. EDF envisageait de couper le courant car les factures étaient impayées depuis trop longtemps.
Actuellement, le passif des trois sociétés est estimé entre deux et trois millions de francs.
Toute la question, aujourd'hui, est de savoir si un ou plusieurs repreneurs pourraient être intéressés par l'une ou l'autre de ces sociétés qui ont fait la réputation de la lorraine du verre et de la faïence. Des noms circulent. Mais les intéressés refusent de confirmer.
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Portieux onze semaines de sursis
La cristallerie a échappé hier à la liquidation judiciaire. Les verriers peuvent souffler jusqu'au 18 avril.
Contrairement à ce que l'on craignait dans les Vosges, la chambre commerciale du Tribunal de Metz n'a finalement pas tranché brutalement dans le vif, hier matin, après le dépôt de bilan de la Manufacture de Niderviller et de la Cristallerie de Vallérysthal - Portieux.
Les deux sociétés ont été placées en règlement judiciaire, avec autorisation de poursuivre leur activité jusqu'au 18 avril, sous l'autorité de l'administrateur judiciaire nancéien, Me Pierre Bayle.
Les verriers pas au courant
Même si ces onze semaines sont bien peu par rapport aux presque trois siècles d'existence de la Cristallerie, le sursis accordé va faire pousser un gros soupir de soulagement aux derniers verriers des Vosges. Car paradoxalement, eu égard au curriculum de leur dernier repreneur, les rescapés de Portieux sont contents de travailler depuis trois mois dans une « ambiance bien meilleure qu'avant ».
Hier après-midi à 14 h, leur travail terminé, ils ont pourtant quitté leur usine sans savoir s'ils y reviendraient ce matin : personne ne les avait informés du verdict, rendu hier matin à Metz !
Reste maintenant à savoir si un énième volontaire se décidera à reprendre en mains le fragile destin de Vallérysthal et Portieux d'ici au 18 avril. Ou si, dans le cas contraire, la verrerie pourra tirer son salut de sa longue histoire qui en fait un élément du patrimoine. Les prédictions relèvent aujourd'hui de la boule de cristal.
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