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Mercredi 31 janvier 1996
Pour la sixième fois en treize ans, la Cristallerie de Portieux dépose son bilan ce matin, cette fois à Metz, puisque la verrerie vosgienne ne fait plus qu'une avec celle de Vallerysthal. Triste épilogue d'une rocambolesque reprise par un homme d'affaires déjà poursuivi pour banqueroute et interdit de gérer une entreprise, qui arrosait en octobre la « résurrection » de Portieux, quinze jours avant de se retrouver en prison.
Claude Lerognon souffleur

Le cristallerie de Vallerysthal-Portieux et la manufacture de Niderviller déposent le bilan aujourd’hui à Metz : une sixième liquidation judiciaire en vue.
Trois mois et une semaine après le buffet campagnard offert par Jean-Charles Pascolini pour fêter la « résurrection » de Portieux, la dernière et plus vieille cristallerie des Vosges (fondée en 1705) va encaisser aujourd'hui son sixième dépôt de bilan en treize ans.
Passez le curseur sur les têtes

Seule variante au scénario devenu habituel : cette fois, c'est à Metz et non plus à Mirecourt que se jouera son destin, avec celui de ses 23 derniers salariés, puisque Portieux n'existe plus qu'en tant qu'établissement de la Cristallerie de Vallerysthal en Moselle.
L'escroc et les brebis
Bien au chaud devant leurs fours, alors que dehors il gèle à pierre fendre, les verriers réembauchés le 23 octobre poursuivent leur paisible ballet. Que faire d'autre ? « Rien
On n'a pas le choix... », dit Michel, 27 ans de métier, confirmant que ses collègues et lui sont au courant de la situation depuis la semaine dernière.
« L'ouvrier, c'est une brebis. Il n'y peu rien si le patron est un escroc. Le principal, c'est que l'usine tourne quand même », philosophe «Johnny», l'adepte des T-shirts flamboyants.
De fait, elle tourne et plutôt deux fois qu'une, puisque l'on déballe de leur papier de soie et de leurs cartons « Vallerysthal» des verres rentrés au bercail parce qu'ils n'étaient pas assez cuits.
Gérard Wirtz cueille le verre
Photographie © Gérard Triboulot 14 mars 2003

Au menu du jour, côté fours, Portieux affiche des carafes pour le restaurateur Bernard Loiseau et le directeur de production, désormais seul à la barre, se met en colère contre ceux qui osent émettre des doutes. Contre Maxime Leroy, le secrétaire de l'UD-CGT, en particulier.
Trouver un « actionnaire industriel »
« Aucune machine n'est partie de à Vallerysthal Depuis trois mois, ici, nous n'avons eu aucun problème. Le magasin est ouvert, nous honorons une grosse commande pour l’hôtellerie-restauration, et vous voyez bien que les gens n'ont pas l'air malheureux de travailler, alors qu'avant ils l'étaient », assure Vincent Benoît, auquel la gravité de la situation n'échappe pas, mais qui espère encore une solution évitant le pire, à savoir une autorisation de poursuite d'activité après le dépôt de bilan.
Le cristal de Portieux peut-il survivre en reprenant son indépendance, après avoir été entraîné dans sa chute par celui de Vallerysthal ? Le directeur de production veut encore y croire. « Peut-être trouverons-nous un actionnaire-industriel. Nous avons du travail et ici, tous nos fourisseurs ont été payés », plaide Vincent Benoît, qui ne croit pas du tout à la solution
« touristique ».
Vincent Benoît à droite

« La Rochère s'en tire grâce à ses fabrications mécaniques, comme les tuiles, et non grâce aux verres à la main. Je le sais, j'en viens », assure-t-il. Le plaidoyer est à double tranchant : faute de solution industrielle, et comme cette fois il est impossible de réduire davantage l'effectif, les verres de Portieux seront définitivement cuits.
La chambre commerciale du tribunal de Metz examinera ce matin la déclaration de cessation des paiements des faïenceries de Niderviller, des cristalleries de Vallerysthal et de la verrerie de Portieux.
Mise en redressement ou liquidation judiciaire ? La chambre commerciale du tribunal de Metz décidera après l'examen du dossier de déclaration de cessation des paiements déposé lundi par la manufacture des faïenceries de Niderviller et par la société des cristalleries Vallerysthal, toutes deux en Moselle, laquelle a racheté depuis quelques mois la verrerie de Portieux, dans les Vosges. Le passif est évalué entre 2 et 3 millions de F. Quelque cent vingt salariés mosellans et vosgiens sont concernés.
Les trois entreprises lorraines ont été rachetées entre janvier 1994 et octobre 1995 par la filiale française de la holding suisse Emeraude (cosmétiques et produits de luxe) de Jean-Charles et Jean-Pierre Pascolini avant de devenir des entreprises autonomes, en novembre dernier, lorsque les nouveaux patrons de ce petit empire lorrain du verre, du cristal et de la faïence eurent quelques ennuis avec la justice.
Condamné et recherché
Jean-Charles Pascolini, 52 ans et son fils Jean-Pierre, 34 ans, ont été mis en examen le 13 novembre 1995 par le juge parisien Zanoto chargé d'instruire une plainte du groupe Altus-Finance, filiale du Crédit Lyonnais, pour escroquerie et abus de confiance. La banque avait accordé un prêt de 200 millions de F aux sociétés des MM. Pascolini sur la foi de pièces comptables qui, depuis, sont apparues douteuses. Une autre plainte avait été déposée contre le groupe Emeraude par un ancien administrateur. Horst Schneider a émis des doutes sur la façon de gérer des Pascolini, évoquant une kyrielle « d'anomalies et d'irrégularités, de factures bidon et de marchés utopiques » dans le but d'obtenir des crédits bancaires. Jean-Charles Pascolini a été écroué, durant six semaines et son fils placé sous contrôle judiciaire.
Cette affaire a permis aux lorrains de découvrir le passé peu reluisant du patron de la holding suisse Emeraude, condamné en 1990 par le tribunal de Blois à 18 mois de prison dont 13 avec sursis et 10.000 F d'amende pour « banqueroute et escroquerie ». Il était interdit de gérer une entreprise en France. En outre, Jean-Charles Pascolini faisait l'objet de trois fiches de recherche après plusieurs condamnations pour malversations fiscales.
La responsabilité des juges
Bien que débiteur d'une somme 3,8 MF envers le Trésor Public et inscrit su fichier des personnes recherchées, Jean-Charles Pascolini n'a eu aucune difficulté à racheter les parfums Jean-Pierre Sand-Parincos de Sainte-Marie aux Chênes (57) devenus par la suite Copetra-France (société mise en redressement judiciaire ainsi que la société Emeraude-France, le 30 novembre 1995 par le tribunal de commerce de Paris).
Puis, curieusement, Emeraude-France a eu l'aval de la chambre commerciale du tribunal de Metz pour reprendre (au prix de 800.000 F) la cristallerie de Vallerysthal (25 salariés) réputée pour « son cristal le plus pur ».
En janvier 1994, Emeraude-France rachète la SCOP Faïenceries de Niderviller (environ 80 salariés aujourd'hui) pour 2,4 MF. Dix mois plus tard, selon la CFDT, les actes de cession n'étaient toujours pas signés et on ignore s'ils le sont aujourd'hui. Mais personne ne s'en est ému.
Enfin, en octobre 1995, le tribunal de commerce de Mirecourt autorisait la reprise de la verrerie de Portieux par la société anonyme Vallerysthal. Vingt-trois emplois étaient en jeu.
A chaque fois, Jean-Charles Pascolini se présente lui-même au palais de Justice pour défendre ses dossiers. Comme il traite directement avec ses fournisseurs et ses clients.
Dès lors, on comprend mal la légèreté des juges consulaires et des magistrats de la chambre commerciale de Metz. Comment pouvaient-ils ignorer le passé judiciaire de J.C.Pascolini ?
Comment pouvaient-ils ignorer l'existence des trois fiches de recherche, connues de tous.
Leur responsabilité est aujourd'hui très lourde. Car les trois entreprises lorraines spécialisées dans le verre, la faïence ou le cristal laissent une ardoise de plusieurs millions de francs, au préjudice d'autres entreprises. Et cent vingt salariés au bord du gouffre.
Pour la sixième fois en treize ans, la Cristallerie de Portieux dépose son bilan ce matin, cette fois à Metz, puisque la verrerie vosgienne ne fait plus qu'une avec celle de Vallerysthal. Triste épilogue d'une rocambolesque reprise par un homme d'affaires déjà poursuivi pour banqueroute et interdit de gérer une entreprise, qui arrosait en octobre la « résurrection » de Portieux, quinze jours avant de se retrouver en prison.
Portieux : les verres sont-ils cuits ?
Le cristallerie de Vallerysthal-Portieux et la manufacture de Niderviller déposent le bilan aujourd’hui à Metz : une sixième liquidation judiciaire en vue.
Trois mois et une semaine après le buffet campagnard offert par Jean-Charles Pascolini pour fêter la « résurrection » de Portieux, la dernière et plus vieille cristallerie des Vosges (fondée en 1705) va encaisser aujourd'hui son sixième dépôt de bilan en treize ans.
Seule variante au scénario devenu habituel : cette fois, c'est à Metz et non plus à Mirecourt que se jouera son destin, avec celui de ses 23 derniers salariés, puisque Portieux n'existe plus qu'en tant qu'établissement de la Cristallerie de Vallerysthal en Moselle.
L'escroc et les brebis
Bien au chaud devant leurs fours, alors que dehors il gèle à pierre fendre, les verriers réembauchés le 23 octobre poursuivent leur paisible ballet. Que faire d'autre ? « Rien
On n'a pas le choix... », dit Michel, 27 ans de métier, confirmant que ses collègues et lui sont au courant de la situation depuis la semaine dernière.
« L'ouvrier, c'est une brebis. Il n'y peu rien si le patron est un escroc. Le principal, c'est que l'usine tourne quand même », philosophe «Johnny», l'adepte des T-shirts flamboyants.
De fait, elle tourne et plutôt deux fois qu'une, puisque l'on déballe de leur papier de soie et de leurs cartons « Vallerysthal» des verres rentrés au bercail parce qu'ils n'étaient pas assez cuits.
Au menu du jour, côté fours, Portieux affiche des carafes pour le restaurateur Bernard Loiseau et le directeur de production, désormais seul à la barre, se met en colère contre ceux qui osent émettre des doutes. Contre Maxime Leroy, le secrétaire de l'UD-CGT, en particulier.
Trouver un « actionnaire industriel »
« Aucune machine n'est partie de à Vallerysthal Depuis trois mois, ici, nous n'avons eu aucun problème. Le magasin est ouvert, nous honorons une grosse commande pour l’hôtellerie-restauration, et vous voyez bien que les gens n'ont pas l'air malheureux de travailler, alors qu'avant ils l'étaient », assure Vincent Benoît, auquel la gravité de la situation n'échappe pas, mais qui espère encore une solution évitant le pire, à savoir une autorisation de poursuite d'activité après le dépôt de bilan.
Le cristal de Portieux peut-il survivre en reprenant son indépendance, après avoir été entraîné dans sa chute par celui de Vallerysthal ? Le directeur de production veut encore y croire. « Peut-être trouverons-nous un actionnaire-industriel. Nous avons du travail et ici, tous nos fourisseurs ont été payés », plaide Vincent Benoît, qui ne croit pas du tout à la solution
« touristique ».
« La Rochère s'en tire grâce à ses fabrications mécaniques, comme les tuiles, et non grâce aux verres à la main. Je le sais, j'en viens », assure-t-il. Le plaidoyer est à double tranchant : faute de solution industrielle, et comme cette fois il est impossible de réduire davantage l'effectif, les verres de Portieux seront définitivement cuits.
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