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Jeudi 31 janvier 1996
La verrerie de Portieux dépose son bilan
La chambre commerciale du tribunal de Metz examinera ce matin la déclaration de cessation des paiements des faïenceries de Niderviller, des cristalleries de Vallérysthal et de la verrerie de Portieux.
Mise en redressement ou liquidation judiciaire ? La chambre commerciale du tribunal de Metz décidera après l'examen du dossier de déclaration de cessation des paiements déposé lundi par la manufacture des faïenceries de Niderviller et par la société des cristalleries Vallérysthal, toutes deux en Moselle, laquelle a racheté depuis quelques mois la verrerie de Portieux, dans les Vosges. Le passif est évalué entre 2 et 3 millions de F. Quelque cent vingt salariés mosellans et vosgiens sont concernés.

Les trois entreprises lorraines ont été rachetées entre janvier 1994 et octobre 1995 par la filiale française de la holding suisse Emeraude (cosmétiques et produits de luxe) de Jean-Charles et Jean-Pierre Pascolini avant de devenir des entreprises autonomes, en novembre dernier, lorsque les nouveaux patrons de ce petit empire lorrain du verre, du cristal et de la faïence eurent quelques ennuis avec la justice.
Condamné et recherché
Jean-Charles Pascolini, 52 ans et son fils Jean-Pierre, 34 ans, ont été mis en examen le 13 novembre 1995 par le juge parisien Zanoto chargé d'instruire une plainte du groupe Altus-Finance, filiale du Crédit Lyonnais, pour escroquerie et abus de confiance. La banque avait accordé un prêt de 200 millions de F aux sociétés des MM. Pascolini sur la foi de pièces comptables qui, depuis, sont apparues douteuses. Une autre plainte avait été déposée contre le groupe Emeraude par un ancien administrateur. Horst Schneider a émis des doutes sur la façon de gérer des Pascolini, évoquant une kyrielle « d'anomalies et d'irrégularités, de factures bidon et de marchés utopiques » dans le but d'obtenir des crédits bancaires. Jean-Charles Pascolini a été écroué, durant six semaines et son fils placé sous contrôle judiciaire.
Cette affaire a permis aux lorrains de découvrir le passé peu reluisant du patron de la holding suisse Emeraude, condamné en 1990 par le tribunal de Blois à 18 mois de prison dont 13 avec sursis et 10.000 F d'amende pour « banqueroute et escroquerie ». Il était interdit de gérer une entreprise en France. En outre, Jean-Charles Pascolini faisait l'objet de trois fiches de recherche après plusieurs condamnations pour malversations fiscales.
La responsabilité des juges
Bien que débiteur d'une somme 3,6 MF envers le Trésor Public et inscrit au fichier des personnes recherchées, Jean-Charles Pascolini n'a eu aucune difficulté à racheter les parfums Jean-Pierre Sand-Parincos de Sainte-Marie aux Chênes (5?) devenus par la suite Copetra-France (société mise en redressement judiciaire ainsi que la société Emeraude-France,le 30 novembre 1995 par le tribunal de commerce de Paris).
Puis, curieusement, Emeraude-France a eu l'aval de la chambre commerciale du tribunal de Metz pour reprendre (au prix de 800.000 F) la cristallerie de Vallérysthal (25 salariés) réputée pour « son cristal le plus pur ».
En janvier 1994, EmeraudeFrance rachète la SCOP Faïenceries de Niderviller (environ 80 salariés aujourd'hui) pour 2,4 MF. Dix mois plus tard, selon la CFDT, les actes de cession n'étaient toujours pas signés et on ignore s'ils le sont aujourd'hui. Mais personne ne s'en est ému.
Enfin, en octobre 1995, le tribunal de commerce de Mirecourt autorisait la reprise de la verrerie de Portieux par la société anonyme Vallérysthal. Vingt-trois emplois étaient en jeu.
A chaque fois, Jean-Charles Pascolini se présente lui-même au palais de Justice pour défendre ses dossiers. Comme il traite directement avec ses fournisseurs et ses clients. Dès lors, on comprend mal la légèreté des juges consulaires et des magistrats de la chambre commerciale de Metz.
Comment pouvaient-ils ignorer le passé judiciaire de J.C.Pascolini 7
Comment pouvaient-ils ignorer l'existence des trois fiches de recherche, connues de tous.
Leur responsabilité est aujourd'hui très lourde. Car les trois entreprises lorraines spécialisées dans le verre, la faïence ou le cristal laissent une ardoise de plusieurs millions de francs, su préjudice d'autres entreprises. Et cent vingt salariés au bord du gouffre.
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