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La cristallerie de Portieux prépare Noël

 
Mardi 19 décembre 1995

23 verriers travaillent encore à la cristallerie de Portieux, reprise le 23 octobre par le groupe Emeraude-France, présidé par Jean-Pierre Pascolini et dont le tribunal de commerce de Paris a prononcé le redressement judiciaire le 1er décembre. Avec prolongation d'activité jusqu'au 30 mai.

Christian Dautel coupe le verre, Claude Lerognon le cueille


Pour les fêtes de Noël, la Cristallerie a agrandi sensiblement la surface de son magasin pour y présenter des associations de services en faïence de Niederviller de cristal de Vallerysthal... et de Portieux.

La cristallerie de Portieux prépare Noël

Un tournant, pour ce week-end, articles de Portieux, Nidervillers et Vallerystahl sont proposés ensemble dans le magasin de 800 M2 aménagé dans la zone de stockage de la verrerie.

Ce qui frappe, en arrivant à l'usine, c'est la superficie du nouveau magasin. Et le dallage de béton : les verriers l'ont réalisé avec les moyens du bord, pour les fêtes de Noël. Une période stratégique, car la morosité générale n'épargne pas la cristallerie.

De la soupière ventrue au poivrier, en passant par les saucières délicatement ouvragées, les Vosgiens vont pouvoir découvrir les faïenceries de l'usine-sœur de Niederviller. Ils se verront même offrir une pièce pour tout achat de cristal de Portieux. Les services de cristal de Vallerysthal, remarquables par la finesse de leur taille, atteignent parfois des prix à la hauteur de leur taux de plomb : plutôt élevés...

Emeraude-France en redressement judiciaire

A l'atelier, une poignée de verriers continue sa sarabande ailée autour de la place. Le four tout neuf fonctionne, l'ancienne arche de recuisson est remise en marche une seule fois par jour. Des sacs de ciment annoncent la construction d'un deuxième «petit four». Mais cette gâterie verra-t-elle le jour ?

M. Benoît, qui dirige la maison depuis le récent départ en retraite de Bernard Malige, n'en doute pas. Car les hommes du verre font beaucoup par eux-mêmes. Comme ils sont en train d'aménager un four à Vallérystahl.

Vincent Benoît


Moins de cadres, mois de charges, un effectif réduit à 23 personnes: la Cristallerie poursuit son activité avec un train de vie minimum. Le groupe Emeraude-France est en redressement judiciaire depuis le 1er janvier; une procédure simplifiée, assortie d'une autorisation de poursuite d'activité jusqu'au 30 mai. Principal actionnaire de la «cristallerie de Vallerysthal et Portieux », cette société anonyme sise 37, rue de Courcelles à Paris, affichait un capital de 18,5 MF.

Vincent Benoît « objectifs dépassés de 20 % »

Pour Vincent Benoît, ces difficultés n'influent pas sur la nouvelle unité de Moselle et des Vosges. Rationalisation de la production, économie d'énergie, investissement dans le commercial à travers un nouveau magasin : l'effort porte ses fruits. Vincent Benoît souligne que « les objectifs fixés pour novembre et décembre ont été dépassés de 20 % ». Les résultats financiers locaux sont positifs, précise le directeur de la production qui dit ne pas en savoir davantage sur la situation générale de la société. Et d'ajouter que les salaires de novembre ont bien été versés. Ce que confirme un salarié, qui déplore, par contre, le non versement de l'indemnité de licenciement : « Les papiers n'ont pas été faits ! », peste-t-il.

Maxime Leroy « Du travail gratuit »

Pour Maxime Leroy, secrétaire général de la CGT, il en va tout autrement : en se remettant aussitôt au travail, ce qu'il comprend, les ouvriers se sont mis dans leur tort vis à vis des AGS, ce fonds de formation et de gestion versé par l'Etat en cas de défaillance de l'employeur : « Ils ont fait du travail gratuit pendant un mois et demi », dit-il, en évoquant la visite de salariés à la CGT : « Ils n'ont reçu qu'une avance de 1.500 F en novembre ! »

Moyenmoutier : une vente exceptionnelle

Louis Catherine expose et vend depuis hier un millier de verres taillés, guillochés, carafes, cruches, fioles de liqueur, provenant des greniers de la Verrerie de Portieux : « je les ai achetés quand j'étais PDG de la cristallerie », raconte-t-il. « 17 y a là toutes sortes de pièces anciennes, reconnaissables à la couleur violette qu'elles ont prise ; de quoi se faire une belle vitrine ou reconstituer des services dépareillés. »

A Charmes, M. Catherine a attiré nombre d'amateurs, collectionneurs, antiquaires, à une vente semblable : « Certaines pièces valent 1.000 F, mais je propose la plupart à un prix modeste, autour de 100-120 F. L'acheteur et moi, il faut que tout le monde soit content ! »

Certaines pièces sont de véritables curiosités : ainsi ces «Portieux» gravés « Mac Donald », « Cocktail Manhattan», ou illustrés de cow-boys.

En vente tous les jours à l'usine Rabodeau, ex-manufacture vosgienne de napperons, à Moyenmoutier.