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9 novembre 1995
Le 6 octobre, Jean-Charles et Jean-Pierre Pascolini célébraient en grande pompe la reprise de la cristallerie de Portieux.

L'interpellation de Jean-Charles Pascolini et de Jean-Pierre va faire un bruit de vaisselle cassée dans la Lorraine du cristal et de la faïence.
Nouvelle menace sur Portieux
L'avenir de la cristallerie de Portieux apparaît à nouveau compromis. Depuis hier, son nouveau patron est placé en garde à vue à Sarreguemines. Désigné le 6 octobre, Jean-Charles Pascolini, 52 ans, est poursuivi pour escroquerie et abus de confiance par une filiale du Crédit Lyonnais. Un événement qui pourrait stopper le redressement à peine amorcé.
Roger Jobert cueille la jambe, Bernard Magnier la pose. Derrière Jean-Claude Savoy pose le pied

Jean-Charles Pascolini, 52 ans, patron de la holding suisse Emeraude, son fils, Jean-Pierre, 34 ans, PDG de la société Emeraude-France, propriétaire de la faïencerie de Niderviller et des cristalleries de Vallerysthal (57) et Portieux (88) ont été placés en garde à vue, hier, à Sarreguemines par les policiers de la brigade financière de la DCPJ de Paris.
Agissant sur commission rogatoire du juge parisien Zanoto, une demi-douzaine de policiers enquêtent depuis quelques jours en Lorraine sur les activités du groupe. Cette descente fait suite à une plainte pour escroquerie et abus de confiance déposée par le groupe Altus-Finance, filiale du Crédit Lyonnais qui avait octroyé un prêt de 200 MF aux sociétés de MM. Pascolini.
Les policiers parisiens auraient procédé à plusieurs interrogatoires et à quelques perquisitions. Ils pourraient interpeller d'autres responsables du groupe dans les jours qui viennent.
Interdit de gérer en France
Jean-Charles Pascolini n'est pas inconnu de la justice. Cet homme d'affaires très entreprenant, né en 1943 à Gubbio, en Italie est à la tête de la holding suisse Emeraude spécialisée dans les cosmétiques et les produits de luxe. Il gère également de fait la société Copetra-France établie à Sainte-Marie-aux-Chênes, en Moselle, présidée par Brigitte Amadieu.
Dès le début des années 80, Jean-Charles Pascolini fut mêlé à différentes procédures judiciaires comme dirigeant des sociétés Scientelec à Mer (41) et Industria à Oucques (41). Il fut poursuivi pour infraction à la loi sur les sociétés, puis pour escroquerie (1981) puis pour banqueroute et escroquerie (1988) et fut condamné par le TGI de Blois en 1990 à 18 mois de prison dont 13 avec sursis. Interdit de gérer une entreprise, JeanCharles Pascolini a laissé une ardoise de 3,6 MF au trésor public et son nom était inscrit, il n'y a pas si longtemps, sur deux fiches de recherches émanant de la recette générale des Finances de Paris et de la Trésorerie du Loir et Cher.
Ce qui n'a pas empêché Jean-Charles Pascolini de poursuivre ses activités de chef d'entreprise par le biais de la filiale française Emeraude-France présidée par son fils, Jean-Pierre.
En 1990, Emeraude-France a d'abord racheté la société des parfums Jean-Pierre Sand-Parincos de Sainte Marie-aux-Chênes (57) produisant notamment les eaux de la marque Capucci. En mai 1992, Emeraude-France a aussi racheté pour 800.000 F. la cristallerie de Vallerysthal réputée pour «son cristal le plus pur».
Il faudra attendre janvier 1994 pour que le groupe Emeraude étende sa puissance de feu en Lorraine en rachetant la SCOP Faïenceries de Niderviller pour 2,4 MF. Le repreneur s'engageait à conserver 62 des 103 salariés de l'entreprise. Mais tous les délégués CFDT furent « virés » sans ménagement, d'où les procédures engagées par le syndicat contre le nouveau patron. Au cours d'une conférence de presse, le 17 octobre 1994, la CFDT révélait que « neuf mois après la décision de la chambre commerciale du TGI de Metz du 21 janvier 1994 les actes de cession n'étaient toujours pas signés alors que les formalités auraient dû être effectuées dans le deux mois ».
Enfin, en octobre 1995, le tribunal de commerce de Mirecourt, dans les Vosges, autorisait la reprise de la Verrerie de Portieux (88) par la société Vallerysthal.
Les ennuis judiciaires de la famille Pascolini pourraient fragiliser ce petit empire du cristal et de la faïence. D'autant qu'une autre plainte a été déposée à Paris, au mois d'avril dernier, par un ancien administrateur du groupe Emeraude-France qui reproche aux Pascolini d'avoir mis en place « un système complexe de facturation et d'avoirs » entre plusieurs sociétés, de « présenter des marchés utopiques » pour obtenir des crédits auprès des banques, notamment d'Altus-Finance.
Selon la plainte de cet ancien administrateur « la banque aurait consenti un abandon de créance de 90 MF et le solde de 110 MF étant payable sur dix ans ». Il faut croire que, depuis, les banquiers se sont ravisés. Et ont préféré s'adresser à la justice pour récupérer leur argent.
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