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« Cristal et Art de Portieux » la liquidation

 
Samedi 23 septembre 1995

Le tribunal de commerce de Mirecourt s'est prononcé hier pour la liquidation judiciaire de "Cristal et Art de Portieux" avec poursuite d'activité jusque fin octobre. Un repreneur s'est d'ores et déjà fait connaître. Le personnel est aujourd'hui partagé entre la satisfaction et l'inquiétude.

D'anciens salariés de l'entreprise Bernard Moine, le délégué cégétiste « malgré une certaine satisfaction, on ne peut dire que ce soit bon »

De gauche à droite :
Robert Didelot, Bernard Moine


"On a gagné". Une ouvrière de "Cristal et Art de Portieux" réagit ainsi à l'annonce de la liquidation judiciaire de son entreprise en cessation de paiement depuis une semaine. Étonnante réaction à l'heure où le chômage s'impose pour beaucoup comme la plaie sociale de cette fin de siècle. "En 13 ans, on avait connu des patrons durs, mais lis respectaient les ouvriers", glisse une deuxième, pour justifier le point de vue quelque peu outrancier de sa collègue.

A la "Verrerie de Portieux" dont la cristallerie est en proie depuis près de deux ans à des relations sociales pour le moins tendues, la décision du tribunal de commerce de Mirecourt qui a prononcé hier sa cinquième liquidation en 13 ans, est loin à prime abord de perturber la majorité des salariés. A peine s'interroge-t-on sur les raisons de "la poursuite d'activité jusqu'au 31 octobre", l'autre décision des juges consulaires qui, hier, ont également nommé M' Delattre de Saint-Dié comme liquidateur.

"Un candidat à la reprise s'est fait connaître auprès du président du tribunal", répond Bernard Moine, le délégué syndical cégétiste, qui voit là l'explication de ce sursis. En fait le premier et instinctif mouvement de satisfaction cache difficilement une légitime inquiétude pour l'avenir. "Ça fait un peu peur" ; glisse un verrier, alors que Robert Didelot, l'ancien délégué syndical licencié invite, lui aussi, à la prudence et à davantage de circonspection. « Personne ne peut se réjouir d'une telle issue. C'est lamentable de terminer comme ça ! »

"La conséquence de mauvais choix"

"Pour moi, poursuit-il, c'est la conséquence des mauvais choix de 1993. Celui du tribunal pour ce qui est du repreneur et celui du repreneur pour ce qui est de la diversification". "On ne peut pas dire que ce soit bon et nous souhaitons bien sûr la poursuite de l’activité dans le domaine des Arts de la Table", reprend Bernard Moine.

Car il est bien question d'évoquer l'avenir ! La reprise éventuelle aussi. Là encore la prudence est de mise, d'autant plus que la missive reçue par le président Bernard Peignier n'est pour l'heure qu'une lettre d'intention. "S'il y a un repreneur, commente Maxime Leroy, le secrétaire général de l'U.D.-C.G.T. qui, on le sait, suit avec passion ce dossier, il faut quelqu'un de sérieux, qui tienne compte des capacités des gens".

"En fait la décision de liquidation aurait da tomber il y a un an, lorsque j'ai dit qu'on courait à la catastrophe, mais la liquidation va permettre de repartir sur de bonnes bases".

Reste à savoir si le temps laissé par les juges aux éventuels candidats pour peaufiner de véritables plans sera suffisant. En attendant, Jean-Paul Demay, le P.-D.G., qui a choisi, lui, de garder le silence, préfère "travailler à faire tourner les ateliers jusqu'au 31 octobre". La conclusion d'un pari perdu ?