| |
Mardi 12 septembre 1995
Suivi à 100% selon la l'UD-CGT des Vosges, par 15 des 35 salariés selon la direction, ce mouvement survient à un moment délicat de la vie de l'entreprise.
De coutume, le personnel de Cristal et Arts de Portieux récupère le 15 août le lundi de la fête patronale. Devant la charge de travail et l'urgence des délais à respecter, la direction a demandé aux secteurs de la production de travailler cinq jours cette semaine : soit du lundi au vendredi, soit du mardi au samedi.
« Déstructurations du travail »
Vendredi, ayant eu écho de réactions défavorables des ouvriers, deux cadres organisent un vote : surprise, une majorité vote nul. La direction tranche et décide que les ateliers tourneront lundi. Hier, quinze personnes affectées autour des fours n'ont pas rejoint leur lieu de travail : « Ce mouvement fait suite à la dégradation du climat social, à la déstructuration du travail par le travail à la carte », dénonce MD CGT dans un communiqué. « Chômage et heures supplémentaires se côtoient. »
Hier matin, le PDG, Jean-Paul Demey, ne cachait pas son abattement : « J'ai constaté quinze absences irrégulières. La grève a été déclenchée sans préavis, à un moment particulièrement malvenu. »
Jean-Paul Demay
 |
Difficultés financières
« Actuellement, explique l'industriel qui a repris la cristallerie il y a deux ans et demi, le secteur de la verrerie se trouve plongé dans de graves difficultés, qui n'épargnent ni Daum ni Baccarat. L'entreprise vosgienne est confrontée à de graves difficultés financières. Elle doit notamment 400.000 F à l'Urssaf ».
Si le partenaire avec lequel elle a réussi à nouer des contacts se désengage, cela signifie l'arrêt de mort de l'entreprise : « Chacun m'interroge non pas sur le catalogue, ni sur les commandes, mais sur l'état d'esprit des salariés », note le PDG, en soulignant l'importance de la polyvalence et de la flexibilité des horaires.
« Cristal et Arts de Portieux » s'est diversifiée des arts de la table vers des pièces techniques à haute valeur ajoutée et non saisonnières : «Peu de gens savent faire du rouge en verrerie », souligne M. Demey en saluant le travail du chimiste, M. Benoît.
Des créations bien accueillies
Cette année, en raison de l'atonie du marché français, la cristallerie ne s'est pas rendue à Bijhorca. Mais au salon de Francfort, l'entreprise a
|
engrangé d'importantes commandes - « environ deux mois de chiffe d'affaires. Les délais sont courts : il faut livrer en septembre et octobre, avant le Ramadan, pour l'Arabie Saoudite, le Liban, Doubai, Singapour, l'Indonésie, la Malaisie.
Seules deux entreprises françaises sont capables de faire des candélabres à trois branches : Baccarat et Portieux », précise le PDG.
Autres perspectives prometteuses celles qu'ouvre le verre joliment baptisé « Du vent dans les branches », élaboré par Mathias, un créateur bourré de talent pour la Boutique des Arts Décoratifs. Le verre vient d'être exposé su salon « l'Invitation », au Carrousel du Louvre. Une nouveauté bien accueillie par la critique (« coup de coeur du «Figaro ») comme par les clients. Déjà 500 commandes à honorer !
**********
Portieux : les verriers prennent leur "lundi de la fête" !

Le climat social à la cristallerie de Portieux se dégrade à vitesse grand V. Dernier coup d'éclat en date : les salariés se sont mis en grève hier suite à la décision de la direction de ne pas leur accorder le "lundi de la fête". La direction invoque des commandes urgentes à réaliser.
On aurait pu penser - du moins tout le monde souhaitait qu'Il en soit ainsi - que la reprise de la cristallerie de Portieux, en 1993, allait donner un souffle nouveau à la vieille entreprise... Manifestement, deux ans après, les salariés continuent plus que jamais à nourrir une profonde inquiétude quant à leur avenir.
Le climat social a en tout cas le moral à zéro. « On nous traite comme des chiens, résume Bernard Moine, délégué du personnel (C.G.T.). Tout le monde est sur les nerfs ».
Dernière manifestation en date de cette tension persistante : les quinze ouvriers du four ont décidé hier matin de se mettre en grève. A 9 h 30, tout le monde quittait le site tandis que Jean-Paul Demey, le P.-D.G. de la société, menaçait dans ces conditions de « mettre la clé sous la porte ».
Le lundi de la fête
C'est le " lundi de la fête " qui a déclenché cette nouvelle crise. L'union départementale C.G.T., qui révèle l'information, annonce en effet que « devant le refus de la direction d'accorder au personnel le lundi de la fête patronale, comme de coutume, les salariés ont décidé de se mettre en grève pour prendre cette journée ».
Concrètement, les verriers estiment être dans leur bon droit. "Dans un premier temps, raconte Bernard Moine, le patron était d'accord pour nous accorder ce lundi. C'était normal dans la mesure où il nous devait un jour de repos".
Dans leur argumentaire en effet, les verriers expliquent que le 15 août dernier tombant au beau milieu des congés payés, ils n'ont pu bénéficier d'un jour férié et que ce jour leur reste donc du. « Et puis, il est revenu sur sa décision » ; poursuit Bernard Moine.
Jean-Paul Demey, le P.-D.G., n'est pas tout à fait d'accord avec cette version. D'abord, II réfute le terme de grève. « Je n ai pas eu de préavis. Je considère cette situation comme l'absence irrégulière de 15 salariés sur 35 ». Voilà pour la forme. Sur le fond, Il concède que le 15 août est effectivement dû aux salariés. Mais donner le lundi de la fête me paraissait difficile cette année. J'ai donc proposé aux ouvriers concernés une alternative : soit ils travaillaient ce lundi et le jour dû était reporté à une date ultérieure. Soit ils prenaient leur lundi mais travaillaient samedi et ils avaient six jours payés dans la semaine. Jeudi, cette formule semblait avoir 1’aval des délégués du personnel, mais ce n'était plus vrai vendredi".
Un vote à bulletins secrets a donc suivi. "Quasiment tous les bulletins étaient inexploitables, car raturés, reprend le P.-D.G. J’en ai donc tiré la conclusion que nous travaillerions normalement ce lundi".
Hier matin pourtant, le ton a monté. "Je leur ai dit de prendre leurs responsabilités. Cela ne les a pas empêchés de rentrer chez eux".
"Le client lait la paie"
Dans un climat social ordinaire, l'incident ne se serait peut-être pas soldé par une grève. Mais ce qui se passe à Portieux n'est pas ordinaire, reprend-on à la C.G.T. Quels salariés accepteraient d'être continuellement pris pour des fainéants ? Qui supporterait de voir se côtoyer du chômage et des heures supplémentaires ?"
Je reconnais employer parfois des mots forts, reprend Jean-Paul Demay. Mais il ne faut pas oublier que c'est le client qui fait la feuille de paie ! Or des clients, nous en avons ".
De retour d'un salon des arts de la table à Francfort, la société affirme « avoir rapporté des commandes importantes - pour Dubaï, le Liban, l'Arabie Saoudite ou encore la Malaisie - mais urgentes. Après un début d'année difficile, nous ne pouvons nous permettre de manquer de telles commandes ou d'être obligés, pour cause de retard, d'acheminer notre Production par avion, à nos frais ».
Enfin, le souci de Jean-Paul Demay réside dans le fait que cette dégradation du climat social risque de faire passer la cristallerie de Portieux devant certaines opportunités de développement.
******************
Trois licenciements à la cristallerie de Portieux
Aux prises avec une conjoncture difficile, la direction a conclu un plan de dix-huit mois avec la direction du travail.
Dans un communiqué plutôt alarmiste rendu public hier, la CGT se pose la question « de la pérennité de l'entreprise ». Le syndicat monte en ligne après l'annonce par la direction « de trois licenciements économiques et d'un programme de chômage étalé sur 26 semaines et dépassant 350h ou 552h pour certains salariés ». La CGT dénonce en outre « des tonnes de mauvaises fusions à cause d'erreurs techniques et la transposition du travail des souffleurs vers des objets en verre pressés en sous-traitance, avec 75 % de pertes, etc. »
Interrogé, M. Demay, le PDG de la cristallerie relativise les choses. « Nous venons de terminer nos deux premiers exercices de façon bénéficiaire et notre chiffre d'affaires atteint les 10 MFH annonce-t-il. Evoquant « la crise du moment, à laquelle il est vraiment difficile d'échapper», M. Demay explique « que les résultats du premier trimestre 95 sont inférieurs de 20 % à ceux de l'année précédente dans la branche arts de la table ».
Précisant que la branche hôtellerie est satisfaisante, M. Demay poursuit : «Nous avons lancé une diversification sur des produits techniques comme les verrines d'éclairage pour lesquels nous sommes en phase d'apprentissage. »
Confirmant le plan de 18 mois avalisé le 6 avril par la direction départementale du travail, le PDG de la cristallerie, qui emploie 36 salariés, annonce « que la pérennité de son entreprise est liée à l'épaisseur de son carnet de commandes ». Actuellement celui-ci est de huit mois.
|
|