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Mercredi 6 juillet 1994
Licencié en 93 après sa « période d'essai » de l’usine où il travaillait depuis 1958, le chef de fabrication Robert Didelot demande aux prud'hommes d'ordonner une enquête.
En lutte pour survivre
Passez le curseur sur les têtes pour connaître les noms. Photo de Juillet 1992

Le 13 août 1993, trois mois après la reprise de la Cristallerie de Portieux par MM Demey, Malige et Geoffroy, le leader CGT « historique » des verriers, Robert Didelot, se voyait signifier la rupture de son contrat de travail, à l'issue d'une période d'essai qui « n'avait pas donné satisfaction » aux nouveaux propriétaires.
En mai, comme 30 autres anciens de la verrerie, le chef de fabrication avait retrouvé son poste antérieur à la liquidation judiciaire de juillet 92. C'était l'aboutissement d'une carrière, commencée en 1958, qui l'avait fait passer du statut d'ouvrier à celui de cadre administratif, puis de chef de fabrication, enfin de chef de production. Parallèlement à son action syndicale nourrie, au fil de quatre dépôts de bilan.
Robert Didelot est aujourd'hui stagiaire aujourd’hui de l’AFPA qui avec l’association pour l'emploi des cadres, lui permet de se livrer à un travail de recherche sur les législations sociales européennes et la loi quinquennale pour son syndicat. Mais depuis un an, il s'estime victime d'un licenciement abusif et a porté l'affaire devant les prud'hommes.
Hier, l'ex-chef de fabrication, qui assurait sa propre défense, s'est en particulier interrogé tout haut sur la nécessité d'une « période d'essai » dans une entreprise qui n'a pas changé d'activité, ni de procédé de fabrication, ni de produits, pour quelqu'un qui y travaille depuis trente ans...
« Eliminer un militant actif de la CGT »
Chef de fabrication depuis 1983, Robert Didelot a notamment, rappelle-t-il, recréé à la verrerie les techniques de gravure à l'acide, d'incrustation à l'or, et monté de nombreuses collections pour la réunion des Musées nationaux, relais et Châteaux, Geneviève Lethu, etc...
Pour lui, il ne fait pas de doute que son licenciement était programmé pour « éliminer un militant actif de la CGT ». La preuve, dit-il, c'est que le cadre destiné en fait à le remplacer lui avait été présenté comme étant chargé d’informatiser la gestion de la production.
Robert Didelot, qui a l'impression d'avoir été maintenu à son poste pour assurer l'intérim jusqu'à ce que son successeur soit opérationnel, réclame à la société Cristal et Arts de Portieux 150.000 F de dommages intérêts, mais aussi plus de 151.000 F à titre d'indemnité pour le non respect de la clause de non-concurrence figurant dans son contrat de travail.
Avant de trancher sur ce sujet, les prud'hommes devront se pencher de près sur la jurisprudence de la Cour de Cassation.
« Allégations démentielles »
Mais avant, le leader CGT leur a également demandé d'ordonner une enquête sur « la condition non écrite, mais connue, faite par le tribunal de commerce de Mirecourt, de n'accorder la cession de la cristallerie qu'aux repreneurs qui s'engageraient à éliminer les militants les plus actifs de la CGT », dont lui...
Robert Didelot aimerait aussi que les juges paritaires s'interrogent sur l'absence d'un accord sur le bail avec le propriétaire des murs (M. Louis Catherine), sur les conditions dans lesquelles son successeur a été embauché, en principe dans le cadre d'une mission ARDAN génératrice d'avantages financiers. Et plus généralement sur la situation économique actuelle de l'entreprise.
L'avocate nancéienne qui défendait hier la cristallerie a jugé les « allégations » de Robert Didelot « aberrantes, démentielles » et « le procès d'intention inadmissible ». « L'ancienne société était morte depuis neuf mois, et ceux qui ont racheté la cristallerie étaient libres de choisir 31 salariés parmi tous les anciens. Si leur but avait été de se débarrasser des syndicalistes, ils ne l'auraient pas embauché à l'essai », dit-elle, expliquant que le chef de fabrication a été licencié tout simplement « parce qu'il ne donnait pas satisfaction, qu'il n'était pas l'homme de la situation ».
Verdict le 12 septembre.
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20 septembre 1994
Suite et fin de "l'affaire" du licenciement de Robert Didelot.
Les Prud'hommes ont tranché le 20 septembre le litige qui opposait Robert Didelot à la Cristallerie de Portieux.
L'ancien chef de fabrication, licencié en 1993 après sa période d'essai, a été débouté de sa demande d'enquête et condamné à verser 1.000 à la partie adverse.
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