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SITUATION DE L’USINE DE LA VERRERIE

Suite à sa réunion extraordinaire du mardi 29 septembre 1981, le conseil municipal, publie ses vœux et condamne le coup de force de la Compagnie Française du Cristal.

Maurice Chaffard souffleur de grande place

Collection © Gérard Triboulot
Maurice Chaffard souffleur de grande place


Le 29 décembre 1981

Voici ces vœux :

Département des Vosges

Commune de PORTIEUX

JC / AD

Le conseil municipal attire l’attention de la population tout entière sur la situation dramatique de l’usine de la VERRERIE. Il appelle à soutenir massivement les Verriers en lutte pour que soit sauvé à tout prix, LA VERRERIE. Il lui rend compte de ses travaux lors de sa séance extraordinaire de ce jour, et lui donne ensuite un aperçu de l’impact, financier du fonctionnement de l’Usine pour les finances communales.

VŒU DU CONSEIL MUNICIPAL

Le Conseil Municipal de la Commune de PORTIEUX réuni le 29 décembre 1981, en session extraordinaire, condamne le coup de force de la Direction Générale de la COMPAGNIE FRANCAISE DU CRISTAL qui a déposé le bilan le 17 décembre 1981, en envisageant la fermeture de l’usine de PORTIEUX.

De gauche à droite : Maurice Chaffard souffleur ; Robert Triboulot ouvreur et Claude Babon souffleur

Photo © Gérard Triboulot


Le Conseil Municipal estime avoir été trompé par la COMPAGNIE FRANCAISE DU CRISTAL car, le 12 novembre 1981, un mois avant le dépôt de bilan, son Président Général avait encore tenu des propos rassurants à Monsieur le maire et à ses adjoints qui s’étaient déplacés à BAYEL, pour s’entretenir avec lui de la situation de l’usine de PORTIEUX.

L’Assemblée Communale est scandalisée par la légèreté avec laquelle la Direction Générale de la COMPAGNIE FRANCAISE DU CRISTAL décide purement et simplement de fermer une usine, et ainsi de priver des centaines de familles de leur revenu quotidien, d’anéantir la vie d’une agglomération, et de ruiner une Commune toute (tout) entière déjà durement touchée par la situation économique actuelle, puisqu’elle perd, par la fermeture de B.S.F. VINCEY, quelques 20 millions de centimes.

Le Conseil Municipal se déclare entièrement solidaire des verriers en lutte, et prêt à entreprendre tout ce qui est en son pouvoir pour sauver LA VERRERIE. Il souhaite enfin la plus large concertation entre les Pouvoir Publics, les Elus, les Syndicats de l’Entreprise, les Ouvriers et la Maîtrise, afin de poursuivre l’activité de LA VERRERIE sans licenciements, en contraignant LA COMPAGNIE FRANCAISE DU CRISTAL à annuler sa décision.

ASPECT FINANCIER

En 1981, le Budget Primitif de la Commune s’est élevé à 1 821 634 francs. La Taxe professionnelle versée par BOUSSAC SAINT FRERES (Filature de VINCEY) a été de 183 740 francs, soit 10, 09 % du Budget.

La Taxe professionnelle versée par la COMPAGNIE FRANCAISE DU CRISTAL (Verrerie) a été de 208 504 francs, soit 11, 45 % du Budget.

Les impôts locaux payés par les administrés se sont élevés à 622 298 francs, soit 34, 16 % du Budget.

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Suite à la fermeture de la Filature, les 10, 09 % que B.S.F. payait devront être mis en recouvrement au moyen des impôts locaux. Ceci ajouté à la progression du coût de la vie, l’augmentation des impôts locaux sera d’une importance considérable.

Si les impôts locaux devaient encore supporter la perte de recettes qu’entraînerait la fermeture de LA VERRERIE, la pression fiscale sur les Administrés serait alors intolérable, puisque les impôts locaux représenteraient alors 55, 70 % du Budget...

Pour toutes ces raisons, et pour l’avenir de nos concitoyens Verriers, l’Usine doit continuer à vivre. Le Conseil Municipal appelle donc la population à se regrouper derrière lui pour aider au maintien de l’activité de LA VERRERIE qui est capitale pour la vie de la Commune toute (tout) entière.

Usine en grève

Collection Jean-Pierre Triboulot


Le conseil municipal chiffre également ce que coûterait à la population la perte de la Verrerie.

La séance du conseil municipal est présidée par le Maire, M. Robert Vincent, qui accueille ses collègues mais aussi M. Gilbert Didierjean, conseiller général.

Comme on s'en doute, une assistance exceptionnelle d'auditeurs est présente. Le délégué syndical M. Robert Didelot intervient en sa qualité de conseiller municipal ; il dénonce notamment : « la volonté délibérée du PDG de fermer 1'usine, malgré les assurances de soutient financier donner par le C.I.A.S.I. et les banques. »

M. Didierjean de renchérir :

« Les Verriers et la verrerie d'art doivent rester à Portieux ; Verriers ou pas, c'est toute la population qui est concernée, le moment est venu de se serrer les coudes sans aucun relâchement. »

Effectivement, dans les mois qui vont suivre, de spectaculaires revirements d'opinions vont se faire jour parmi quelques verriers considérés comme hostiles jusqu'à présent à la C.G.T.

Les événements, les crises imprévues rapprochent parfois les êtres humains qui oublient toutes les querelles passées.

Cette espèce de phalanstère que représente la grande famille des verriers, en ces moments difficiles, retrouve ses racines profondes. Racines souvent mises à mal du fait des conflits perpétuels qui se déroulent au sein même du lieu sacré de la production ... la halle

Plus d'un verrier qui n'avait pas avant la crise les mêmes idées que les dirigeants syndicaux ... se découvrent, brusquement, des affinités avec ceux-ci. Ne dit on pas que la faim chasse le loup hors du bois ; de même, l'angoisse des jours qui s'annoncent libère les hommes de toutes les réserves qu’ils s’imposaient !

Ainsi, toute la masse salariale se rapproche, elle peut comme le dit M. Didierjean : «Se serrer les coudes».

Remisées les animosités ! Vive la camaraderie ! Et la foule des verriers applaudi les paroles diffluentes de Didelot l'orateur, le sauveur (pour les verriers), de l'empêcheur de tourner en rond (pour les patrons).

Collection Jean-Pierre Triboulot
N°1 Biette ? N°1 Aïsa ? N°3 Robert Martin N°4 Philippe Gachenot

Celui-ci ne ménage pas ses efforts ; d’ailleurs, en a t-il le choix ? Porté par la masse populaire, il se retrouve dans la tourmente comme tous les verriers. Mais lui, est délégué syndical, ce qui, dans ce genre de situation, est un énorme avantage pour se hisser au premier plan.

Un exemple très récent nous vient de Pologne où, de délégué syndical, un simple ouvrier électricien accède à la gloire, pour se retrouver hisser par la force du peuple : président de la république de son pays !

Ici rien de tel, mais enfin, une fois la situation décantée, cet orateur barbu, à l'éternelle casquette de marin vissée sur la tête, saura se ménager une porte de sortie ! Une confortable place de dirigeant est à prendre au sein de la nouvelle société qui va être créée de toutes pièces ; il sera un des cinq élus. Juste récompense ? Place usurpée ? Manœuvre adroite ? Plébiscite des ouvriers envers leur sauveur ? Il est difficile de répondre à cette délicate question.

M. Vincent, maire de Portieux, ne peut dissimuler la gravité du problème et ses incidences catastrophique sur le budget communal qui souffre déjà d'une perte de 20 millions de centimes du fait de la situation économique de Boussac St Frères de Vincey.

Avec la disparition de la Verrerie, cela ferait 40 millions de centimes amputés sur un budget de 62 millions.

Hier en fin d'après midi la vente directe à la Verrerie a cessé. Nous avons pu, au cours de ces ventes sauvages, nous rendre compte de l'intérêt que porte la grand public pour les objets en verre. La foule, toujours plus nombreuse, est venue en masse admirer la production des verriers de Portieux. Pour la circonstance les greniers de l'usine furent vidés de leur contenu.

Les visiteurs pouvaient admirer toute sorte de beauté… du simple verre vendu à la pièce qu'il suffit de dépoussiérer quelque peu afin de lui rendre son éclat… au magnifique sulfure artistement travaillé : présenter sur des étals de fortune. Ceux-ci, formés de quelques planches recouvertes d'un linge, reposent sur des tréteaux installés à la hâte dans l'ancienne cantine de l'usine située dans le premier bâtiment de la Verrerie de Magnien : l'ancienne poterie...symbole, coïncidence? Toujours est il que ces ventes sauvages obtiennent un franc succès. Le public encourage les verriers à persévérer dans leurs efforts. Cependant, les encouragements ne suffisent pas. Alors, une nouvelle réunion, le samedi 2 janvier à 10 heures à lieu à l’usine. Réunion d'information à l'adresse de tout le personnel.

La reprise du travail est fixée au lundi 4 janvier à 5 heures du matin. D'après le syndic, les paies de janvier et février seront assurés.

Le vendredi 8 janvier, réunion au ministère de l'industrie auquel participera la C.F.C., le syndic, le C.I.A.S.I. et les syndicats.