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Plein feu à la cristallerie de Portieux Vendredi 16 juillet 1993

 
Vendredi 16 juillet 1993

Après trois liquidations judiciaires en dix ans, la cristallerie de Portieux a une fois de plus retrouvé des patrons, le 14 mai dernier, et une existence normale. « Nous sommes opérationnels depuis le 1er juin », expliquait hier le directeur général Jean Geoffroy, membre du triumvirat de repreneurs avec le PDG Jean-Paul Demay et Bernard Malige, le directeur commercial, qui arrivera en octobre.

Quant au moral, même s'ils ne sont plus qu'une quinzaine dans les ateliers (sur 35 salariés en tout), les verriers ne l'ont jamais vraiment perdu, tant ce noble et dur métier leur tient au cœur. Comme ils l'avaient fait à plusieurs reprises tout seuls, en attendant la décision du Tribunal de Commerce, ils offrent avec enthousiasme depuis hier matin une démonstration de leur savoir-faire aux visiteurs, qui ne s'en lassent pas.

1.416 degrés

Pour cause de portes ouvertes, les horaires de travail ont été modifiés : 8 h - midi, 13 h 30 - 17 h 30 au lieu de 5 h - 13 h. Heureusement, hier, il ne faisait pas trop chaud dehors. Car à l'intérieur de l'atelier, les « pots » du four qui ne s'est jamais arrêté affichaient une température variant de 1.315 à 1.416 degrés. Et les verriers, tout contents de montrer pour la énième fois la « cueillette » de la boule de verre rougeoyante, le geste auguste du souffleur, le moulage des pieds de coupes, hier ornés d'un paon.

« Au bout de dix mois, je suis content de travailler ! ». Entré à la cristallerie voici vingt-deux ans, à 16 ans et demi, Gérard Fève-Wirtz traduisait le sentiment général de ses collègues, hier à midi et demi. A cette heure là, il n'y avait plus que lui dans l'atelier, pour surveiller le grand tableau de bord du four et arrêter à temps le tapis roulant sur lequel les verriers posent les pièces sorties du four, pour les faire cuire une dernière fois dans « l'arche », d'où elles surgissent, brillantes et fraîches, deux heures plus tard.

Dauphins et verres de couleur

« Regardez comme elle est belle ! ». Gérard a abandonné son sandwich au saucisson pour faire admirer une coupe à fruits au pied en forme de paon. « C'est un dur métier, mais un métier d'artiste », dit ce fan de Johnny. « Cet après-midi, on va faire des carafes à cordon et demain des coupes à pied-dauphins. Ce ne sont pas les moules qui manquent: il y en a 7.000 ici... »

Les tentations ne manquent pas non plus dans le magasin d'usine, qui va casser les prix tout l'été : ce sont toujours les dauphins qui ont le plus de succès (1000F les six verres au lieu de 1.900) et les services de couleur (bleu saphir, bleu azur, ambre, rosaline, vert Empire). Mais Portieux offre aussi des bougeoirs, des sucriers (coq, poule, chou) ; des coquetiers, des presse-papiers, de splendides vases (300 F), des baguiers, boîtes à poudre, gobelets à dents et même des tour Eiffel... Le plus difficile est de choisir.

Portes ouvertes dans les ateliers aujourd'hui de 8 h à midi et de 13 h 30 à 17 h 30. Magasin ouvert sans interruption.