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Portieux la CGT décapitée

 
1993

Pour des raisons professionnelles, selon la direction, le contrat de travail de Robert Didelot n'a pas été reconduit. Un tournant économique et syndical pour la Verrerie.

Gérard Wirtz avec Gérard Guittré à la pose de l'anse


La Cristallerie de Portieux est-elle encore le bastion de la CGT? L'entreprise qui vécut tant d'occupations de locaux, le commando qui effectua un raid fameux dans une banque de Charmes, le magasin régulièrement squatté par des ventes sauvages, tout cela appartient-il au passé ?

Il y a quinze jours, la nouvelle direction de la cristallerie a annoncé à Robert Didelot, chef de la production et représentant du personnel, qu'elle ne renouvelait pas son contrat de travail avec période d'essai.

« Le vrai propriétaire »

Un véritable défi. Toutes ces dernières années, la CGT de la Cristallerie considère avoir assuré la pérennité de l'entreprise. Si les bâtiments, l'outil de travail, les stocks et les moules ont été sauvegardés, estime-t-elle, c'est grâce à la vigilance du syndicat.

Dépositaire du patrimoine, le personnel perpétue un savoir-faire qui lui permet de revendiquer le statut de « véritable propriétaire de l'usine. »

Autant d'arguments qui n'ont, semble-t-il, pas convaincu la nouvelle équipe dirigeante, de l'impérieuse nécessité de maintenir les syndicalistes au sein de la Cristallerie. Après François Mangeongean, Yvette Grandmaire, Renée et Nathalie Leroy, c'est le chef historique de la CGT de Portieux, Robert Didelot, qui passe à la trappe. Dans une indifférence quasi générale.

« Des craintes »

Pour Maxime Leroy, le patron de la CGT dans les Vosges, cet acte ne relève nullement d'une chasse aux sorcières. Il participe de la stratégie de dirigeants qui « mettent la barre très haut, cherchent â se débarrasser de tout ce qui les empêche d'atteindre leurs objectifs, et veulent avant tout sauver leur propre peau, leurs propres emplois. » Et de rappeler les craintes exprimées lors de la reprise de l'usine, le 1er mai. Pour le secrétaire fédéral de la CGT, le tribunal de commerce de Mirecourt « porte une lourde responsabilité ».

« Rien d'anti-syndical »

Tel n'est évidemment pas le point de vue de la nouvelle équipe, qui annonce quatre mois d'intense activité administrative et commerciale à son actif : « Dès la reprise, nous avons fait un effort en embauchant 33 personnes au lieu de 31, dit Jean Geoffroy, directeur administratif. Ce que nous regardons, ce sont les qualités professionnelles des gens. Nous n'avons pas le droit de dire pourquoi on licencie. Nous sommes tenus par le secret professionnel vis à vis de Robert Didelot, qui n'a pas été licencié pour des raisons syndicales. »

Au demeurant, rappelle le directeur administratif, il ne saurait légalement y avoir de représentant syndical qu'au bout d'un an d'existence de la société.

Nouvel envol à Roissy

« Cristal et Arts de Portieux » présente ses nouveaux logos et catalogues lundi soir à l'aéroport Charles De Gaulle.

Troisgros, Menaux, la presse spécialisée, les importateurs tous seront présents au salon des Arts de la Table, lundi à 18 h à l'hôtel Charles De Gaulle Airport. Ils découvriront le nouveau catalogue des produits de la société « Cristal et Arts de Portieux. »

La « nouvelle identité visuelle, la nouvelle signature de l'entreprise » sera présentée par Jean-Paul Demey, président directeur général, Jean Geffroy, directeur général, Bernard Malige, directeur administratif et financier.

Changer l'image

Pour la nouvelle équipe, il s'agit là d'une étape importante dans la vie de l'entreprise. En deux mois et demi, il a fallu dépoussiérer et réorganiser l'outil de travail, recontacter les clients, étudier de nouveaux produits et réseaux commerciaux. Un travail de titan, selon Jean Geoffroy : « Il fallait changer l'image externe de l'entreprise, tout en jouant la communication avec les gens. Nous essayons de nous adapter au mieux au client, à ses besoins et désirs. Nous travaillons d'arrache-pied et nous nous battons pour honorer de nouveaux contrats. Nous voulons que ça marche, nous y mettons toute notre peine, tout notre cœur. Nous ne sommes pas les sous-marins de quelque société que ce soit. Nous avons mis nos biens propres dans l'affaire et le personnel en est conscient. »