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Vendredi 14 mai 1993
Abus de biens sociaux, liquidation « illégale »: l'avocat spinalien dépose deux plaintes. Contre l'impunité.
« Pourquoi personne ne veut-il répondre à nos questions ? Pourquoi y a-t-il obstruction ? Cela n'a que trop duré, nous exigeons des réponses ».
Avocat de Pierre Genay, ancien directeur de la cristallerie, évincé en octobre 89, Me Laurent Bentz part en croisade pour qu'éclate enfin la vérité sur une affaire qui date de trois ans.
Une lettre au doyen des juges
Dans une plainte adressée le 5 mai au doyen des juges d'instruction d'Epinal, il met en cause des abus de biens sociaux, des irrégularités dans la gestion et l'administration de l'entreprise depuis 1989. Il demande que soient clairement établis les liens unissant les différentes entreprises (Manufacture Vosgienne de Napperons de Moyenmoutiers et Cristallerie de Portieux) de l'ancien PDG, Louis Catherine. Il s'étonne que les actifs immobiliers de la Cristallerie n'aient pas été transférés dans la liquidation, conformément à ce qui était pourtant prévu par le Tribunal de Commerce.
Il s'interroge sur l'utilisation de subventions publiques. Bref, une série de petites bombes à retardement : « Qu'on réponde enfin aux questions que M. Genay pose depuis trois ans ! »
Liquidation illégale
Mais le bouillant avocat exigé aussi « des réponses et des explications » sur la façon dont est réalisée la liquidation des biens de la Cristallerie. Depuis la liquidation du 17 juillet dernier, s'indigne-t-il, les créanciers sont lésés, car la procédure légale n'est pas respectée.
« Quand une société est en liquidation, rappelle-t-il,on désigne un liquidateur pour payer les créanciers et faire rentrer le maximum d'argent. Les produits de l'entreprise sont obligatoirement affectés aux créanciers. Tout argent qui ne va pas là, qui ne sert pas à payer les dettes, entraîne une fraude. »
« Nous voulons des explications »
Or, en l'espèce, relève Me Bentz, la liquidation d'actifs est réalisée par des gens qui n'ont pas qualité pour le faire : « Elle est illégale, dénonce l'avocat. A quoi sert le produit des ventes sauvages du stock d'actifs ? Qui en sont les bénéficiaires ? Nous voulons des explications: quel est le montant des sommes recueillies par le Comité d'Etablissement ? Celui-ci a un tel sentiment d'impunité -aucune enquête préliminaire n'a été ouverte- qu'il ouvre des comptes à son nom ! A quoi sert cet argent ? Le CE et le syndicat CGT doivent s'expliquer et se justifier vis à vis de la masse des créanciers, dont M. Genay fait partie. »
Manifestement, les explications avancées par le secrétaire du CE n'ont guère paru convaincantes à l'avocat. Lequel balance un pavé dans la mare alors que le Tribunal de Commerce de Mirecourt doit se prononcer sur un repreneur. Parmi les candidats potentiels, on sait aujourd'hui qu'il y a un certain Pierre Genay.
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