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Samedi 15 mai 1993
Ils veulent retrouver la confiance du personnel et redorer le blason de la cristallerie.
« On veut être Auxerre et pas Milan A. C et Marseille. On sera trois Guy Roux, des gens humains. On n'est pas en désaccord avec la CGT, il va y avoir de la concertation, on va travailler en bonne intelligence ». Sonnez les cloches pour cet événement !
Management supérieur
Dessin sur les tribulations des "Portieux"

Directeur administratif de la future société « Cristal des Arts de Portieux », Jean Geoffroy ne ménage pas l'huile dans les rouages. Hier soir, à peine rendue la décision du tribunal de commerce de Mirecourt, il dialogue avec Robert Didelot, le représentant du CE de l'ancienne entreprise, liquidée le 17 juillet 1992. Saluant « la compétence des gens » qui ont « maintenu l'outil de travail impeccable », Jean Geoffroy motive sa candidature à la reprise par « le savoir-faire » et le potentiel d'une entreprise « qui doit continuer à vivre ».
Même parcours pour ses associés dans l'aventure, Jean-Paul Demey, le PDG, et Bernard Malige, le directeur commercial : « Nous avons tous fait un cycle de management supérieur à l'Institut Français de Gestion, avec le soutien de la Région, de Gérard Longuet, et de Jean-Pierre Thomas. Ils ont trouvé en nos candidatures une possibilité de reprendre l'affaire ».
Pas un TGV
Dans un premier temps, les nouveaux dirigeants veulent axer leurs efforts sur le commercial. Pour lancer la production et retrouver la confiance, ils vont investir dans l'outil de travail. Soucieux de paix sociale ( ?), ils se proposent d'embaucher en fonction d'un calendrier: « Dès lundi, on va parler pour que la société redémarre sur de bons rails. Pas pour qu'elle sorte de la gare et déraille. Ce ne sera pas un TGV ».
M. Bernard Peignier, le juge-commissaire éclaire la décision du tribunal de commerce de Mirecourt par deux facteurs : la disponibilité des nouveaux dirigeants, et leur proximité géographique : deux sont de Meurthe-et-Moselle, un de Meuse.
Robert Didelot : inquiet et soulagé
Nullement impressionné par l'action en justice intentée par Pierre Genay, le représentant de la CGT-Portieux se déclare avant tout préoccupé du devenir des verriers « laissés sur le carreau ».
Manifestement, le ton conciliant de la nouvelle direction convient au syndicat qui a « gardé » l'usine durant ces derniers mois. Et dont le délégué affirme avoir remis, à ce jour, 1.900.000 F à M. Delattre ! C'est le fruit de ventes sauvages, bien plus juteux que celui qu'auraient permis « le circuit traditionnel d'une liquidation rapide, qui aurait rapporté 500. 000 F ».
« Tout peut se justifier »
Selon Robert Didelot, ces sommes ont permis d'entretenir l'usine, mais surtout de dédommager en priorité les Assedic et l'Urssaf: « Tout peut se justifier, dit-il. Les ordonnances de M. Peignier ont toujours autorisé les ventes. Les deux comptes du CE sur lesquels ont été versées les sommes existent depuis longtemps. Si j'avais voulu planquer de l'argent ( y aurait-ils eu des bruits ?), je n'aurais pas été assez fou pour le mettre sur un compte de CE ! Tout ce qui a été fait l'a été pour maintenir l'activité de la cristallerie et un maximum d'emplois. On n'a pas à rougir ».
Souhaitant « éviter la polémique », Robert Didelot se déclare à la fois « soulagé de l'aboutissement de la lutte » et inquiet : « Qui va être sur le carreau, dans ce projet ? Quand y aura-t-il une reprise d'activité normale ? »
Un trio de repreneurs pour la Cristallerie de Portieux Le tribunal de Commerce de Mirecourt a choisi trois cadres qui vont embaucher 31 des 43 salariés licenciés.
En liquidation judiciaire depuis le 17 juillet, la Cristallerie de Portieux a trouvé de nouveaux repreneurs qui l'ont rebaptisée « Cristal des Arts de Portieux ».
Le Nancéien Jean-Paul Demoy ingénieur Enir de formation, consultant PME-PMI du ministère de l’ndustrie, directeur de production chez Louis Vuitton, sera le PDG de la future SA. Le Meusien Jean Geoffroy, cadre d'une filiale de Saint-Gobain et Sopalin, en sera le directeur administratif et Bernard Malige, de Mont-le-Vignoble, venant du groupe Nestlé, le directeur commercial.
Les repreneurs vont investir « plus de 650.OOOF », dans un premier temps, dans le redémarrage de la plus ancienne entreprise vosgienne. Ils envisagent deux types de production : du véritable cristal fait main, le seul a être estampillé Portieux, et du cristallin, commercialisé sous la marque « Vosges cristallin ».
Dans un premier temps, ils reprennent 31 salariés. D'où la déception de la CGT qui préférait le plan de Norbert Domenici et Maurice Klotz incluant une participation majoritaire du personnel au sein du capital.
Pour Robert Didelot, secrétaire du CE : « Dix personnes restant se le carreau, ça pose un problème moral (à qui ?). Il risque d'y avoir des réactions violentes de leur part. C'est un point d'interrogation. Trente et une personnes, c'est nettement insuffisant pour fabriquer ce qui est demandé par 1a clientèle. A terme, ça ne peut pas marcher, sauf si les repreneurs se rendent compte qu'il faut plus de monde pour travailler normalement ».
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