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Cristallerie de Portieux : une affaire de transparence

 
10 février 1993

Yves du Petit-Thouars, ancien directeur général des Cristalleries de Baccarat, apporterait 600 000 F en fonds propres pour reprendre l'entreprise en liquidation. Mais Bernard Peignier, le président du tribunal de commerce de Mirecourt, ne veut pas précipiter les choses.

« Tout est prêt pour la reprise »… Mais comme sœur Anne, les quarante-trois ex-salariés de la Cristallerie de Portieux ne voient rien venir. Du moins attendent-ils un signe du tribunal de commerce de Mirecourt. II faut dire que leur impatience va grandissante depuis qu'ils savent que leur sort ne dépend plus que de la volonté d'un seul homme : en l'occurrence le magistrat Bernard Peignier.

Le 24 décembre dernier, le président du tribunal charge un expert nancéien d'effectuer un diagnostic de la compatibilité du plan de reprise déposé par M. du Petit-Thouars. L'objet de cette vérification porte notamment sur l'estimation du chiffre d'affaires à réaliser, le plan de financement, et les aspects commerciaux et techniques du dossier.

Le projet de reprise s'articule autour d'une participation conjointe entre le repreneur et les salariés. II passe par la création d'une Société anonyme pour laquelle M. du Petit-Thouars disposerait au sein du capital des 30 % nécessaires à la minorité de blocage, les verriers conservant la majorité des actions de la future société.

Détails d'importance

Dans une ordonnance adressée lundi aux ex-salariés de la verrerie, consécutivement aux conclusions de l'expertise financière du dossier de reprise examiné, Bernard Peignier justifie la poursuite de l'instruction de l'offre faite par M. du Petit-Thouars. « ll est trop tôt pour se prononcer » ; explique le magistrat qui argue de la complexité du dossier pour réclamer du temps. Ainsi l'acceptation du plan de reprise est conditionnée à l'accord de la Direction départementale du Travail qui doit se prononcer sur l'attribution de la prime à la création d'emplois réclamée par le candidat à la reprise. A raison de 40 000 F par employé, la somme porterait sur 1,6 million de francs.

II restera en outre à régler quelques détails d'Importance, comme la reprise des biens immobiliers. Les bâtiments ont en effet été cédés pour le franc symbolique en 1988 à la Société civile immobilière Catherine, lors du rachat de l'entreprise par Louis Catherine.

Une nouvelle cession de bail apparaît donc indispensable à la conclusion du dossier. « Elle devra se dérouler dans les conditions analogues à la précédente », précise Bernard Peignier à toutes fins utiles. A ceci près qu'il conviendra auparavant de tirer au clair les conditions précises dans lesquelles a été bouclée l'opération de reprise en 1988 ou comment a pu être possible l'attribution des biens immobiliers à Louis Catherine (21 juillet 88) alors qu'une ordonnance prise quelques mois auparavant par le tribunal (16 mars 88) prévoyait la cession des actifs à la cristallerie de Portieux ?

Indifférent aux innombrables mystères qui accélèrent depuis plus de dix ans l'agonie de la cristallerie de Portieux, la voix syndicale s'élève pour hâter le dénouement du dossier. S'appuyant sur « Le sérieux et les conditions exceptionnelles » de l'actuel plan de reprise, la C.G.T. managée par Robert Didelot s'indigne de la décision du tribunal de commerce de Mirecourt de réclamer un complément d'enquête. « II y a, explique le syndicat, un repreneur qui connaît le métier et le marché ; sa maîtrise des données techniques et commerciales est un atout de premier plan qui renoue avec une nécessité qui avait fait défaut ces derniers temps »... (Merci pour les précédents !). « De plus ajoute-t-on à la CG.T., il apporte une caution financière appréciable ». Sans compter « La volonté des verriers à s'investir dans le plan de reprise apportant ainsi le maximum de garanties. Il faut donc aller vite. Les clients s'impatientent et les contacts nouveaux doivent pouvoir se matérialiser rapidement ». A suivre.