M. Vincent, alors maire de Portieux, annonce que l’assemblée communale tiendra une réunion extraordinaire jeudi matin, au lendemain de celle du comité d’entreprise. Chacun à la Verrerie attend ce dernier avec impatience et inquiétude, mais aussi avec détermination.
Robert Martin réchauffe la pièce sortie de la presse
photo © Gérard Triboulot 9 novembre 2002
Car l’ouvrier tient à son métier. Dur métier où, dans l’immense bâtiment de la halle et selon la saison « où l’on cuit où l’on gèle ». Le verrier est fier de son métier et de son contact avec le verre, son œuvre : « Qui fait vivre toute une population et qui a même donné son nom à tout un pays ».
21 décembre 1981
Occupation 24 h sur 24 à la verrerie de Portieux
Les verriers décidés à aller jusqu'au « actions de commando »
Dans un décor d’hiver Polonais, la Verrerie-de-Portieux, aux rue désertes en enneigées, est figée, immobile, dans l’attente.
Accroché au grilles de l’usine les grandes pancartes des « Verriers en lutte » sont là pour soutenir le moral. Il faut tenir jusqu’à mercredi, date à laquelle le syndic M. Pernod réunira le C..C.E. de la C.F.C. et le comité d’entreprise de la verrerie-de-Portieux.
Le 21 décembre 1981, les ouvriers reçoivent le soutien des agents de maîtrise C.G.C. du S.L.E.C. (syndicat lorrain de l’encadrement de la chimie) qui, comme eux, s’étonne d’avoir reçu leur convocation « sur papier libre et NON SIGNE. » et « regrettent de n’avoir jamais été tenus au courant de la situation réellement. »
C’est une manière comme une autre de se mettre du côté des opprimés ; en clair de « retourner sa veste ».
Cependant, trois agents de maîtrises participeront activement à l’occupation de l’usine, menée 24 heures sur 24.
Le casson attend d'être enfourné. Contre le mur des pinces pour poseur de jambes.
photo © Gérard Triboulot 9 novembre 2002
Ceux-là se déclarent solidaires de ce « blocage de l’usine dans la mesure où l’outil de travail est respecté. »
Après celle de mai 68 et de 1976 (menée pour obtenir des augmentations et des garanties de salaires ) c'est la troisième oc occupation de l'usine en treize ans.
Jean Ledrapier se souvient ( nous sommes le 21 décembre 1981) : « En 1948, on était trente à la cour (la manutention ) il reste aujourd'hui un manœuvre. Le seul fondeur de l'usine (Jean L.) qui charge le four à pots après avoir chaque matin véhiculé des charrettes pesant leur 600 Kg de débris de verre, de sable, de chaud, de carbonate de soude et de plomb. »
Pour lui, comme Pour M. Raymond Magnier, le travail est dur, pénible. Raymond est conducteur de four Il dit lui-même : « On ne gagne pas grand chose, mais nous sommes indispensable alors le moral, on le tient ! »
Raymond Magnier conducteur de four
On ne s'intéresse guère aux affaires des autres que lorsqu'on est sans inquiétude pour les siennes. Aujourd'hui, les affaires des autres, c'est nos affaires ! En ces temps agités les verriers sont au coude à coude (enfin presque.)
Le 20 décembre 1981, les grévistes décident de frapper un grand coup, en mettant en vente dès le 21, dans l'après -midi, tous les articles du magasin et du stock de l'usine : Verres, vases, etc ... qui seront « soldés » au prix d'usine diminué de 30%.
Comme le dit Jean Pierre Ferry, pour les Verriers ; ils s'agit de « populariser leur lutte et leurs produits, et de faire profiter le grand public de ces prix exceptionnels ».
L’argent ainsi obtenu constituera le « trésor de guerre » des ouvriers, mais sera évidemment restitué si une solution favorable intervient.
Un constat sera établi chaque soir par un huissier. Le 22 décembre 1981, un message arrive à une agence de presse qui dit à peut près ceci : « Voici quelques indications sur le C.C.E. de la C.F.C. qui se tiendra mercredi, 68 rue d’Hauteville à Paris.
1) Le C.C.E. se réunit à onze heures
2) Le C.E. de la verrerie de Portieux se réunit au même endroit ) 14 h 30
3) Voici les noms des délégués vosgiens qui participeront à la fois au C.C.E. et au C.E.
4) Pour la C.G.T. Robert Didelot, Raymonde Ferry, François Mangeonjean, Yvette Grandmaire, Renée Leroy, René Grandmaire, Lucien Savoy, Denis Tisserand.
Pour la C.G.C. Jean Hingray, Jean Oberlé, Henry Clop, et peut-être invité : François Georges, adjoint du directeur de Portieux.
Le même jour, radio Vosges Lutte émet dès ce soir à partir de la verrerie de Portieux (depuis la mairie annexe).
Robert Didelot à gauche et Jean-Pierre Ferry à la mairie annexe lors des grèves de 1981, parlent au micro de radio CGT.
Collection Jean Marchal Passez le curseur sur les têtes

Le 23 décembre 1981
Situation gelée à la Compagnie Française du Cristal
Tous les efforts seront tentés pour sauver Portieux
Au C.C.E. de la C.F.C. les choses sont un peu bousculées. D’abord les délégués du personnel au comité d’établissement des usines de Vannes et Portieux ont forcé les portes du C.C.E.
La situation est gelée. Les mesures qui devaient être annoncées, fermeture de Portieux, licenciements, mises à la retraite ou en préretraite, etc. sont suspendues.
Collection Jean Marchal Passez le curseur sur les têtes
Est-ce que les ouvriers se seraient affolés pour rien ? (Pas si sûr !)
Mais la question méritait d’être posée. Bien sûr que non, il faut, plus que jamais être vigilant. Il est indispensable maintenant de faire vite ! Le préfet, le syndic, les syndicats, le ministère de l’industrie, le CIASI, et éventuellement les services du premier ministre, tous vont être mis à contributions, afin de trouver les moyens de débloquer la situation dans un premier temps, de la redresser par la suite.