M. Didelot ne mâche pas ses mots
M. Didelot ne mâche pas ses mots (c'est le seul qui prend la parole, les autres restent dans l'ombre!) : « La C.F.C. a toujours voulu fermer Portieux. Elle a invoqué, tour à tour l'absentéisme, la baisse de production. Aujourd’hui le manque de commandes.»
Les verres dans l'arche à recuire
photo © Gérard Triboulot 9 novembre 2002
M. Didelot est très virulent dans ses harangues. Pendant que d’autres camarades s'évertuent à régler le son du porte-voix lui, son inséparable casquette de marin vissée sur la tête ; la barbe en bataille ; les sourcils ténébreux ; vêtu de son inséparable caban noir qui le protége du grand froid ; ayant à la main les tracts que lui et ses camarades viennent de mettre aux points dans la salle qui leur est réservée... lui vit ses paroles, debout, bien campé face à l’auditoire qui boit le calice jusqu'à la lie.
Cependant tous s'interrogent sur leurs devenir... comment pourrait-il en être autrement ? Le préfet des Vosges M. Hubert Blanc est alerté par Robert Didelot. Ensemble ils conversent au téléphone.
La salle d'entretien des moules
photo © Gérard Triboulot 9 novembre 2002
Suite à cette conversation M. Didelot déclare : « M.Blanc nous a révélé que le C.I.A.S.I. n'avait pas rejeté le plan de restructuration déposé par la direction de la C.F.C., il l'avait même accepté, de même que la somme demandée, deux milliards de centimes. Toutefois, la C.F.C., prétextant une aggravation de la situation, a réclamé une aide supplémentaire de 1,4 milliard de centimes. La C.F.C. n’a pas attendu la nouvelle réponse de C.I.A.S.I. pour déposer son bilan. »
Pour M. Robert Didelot conclut : « voila une preuve supplémentaire du bien-fondé de notre action. On nous a toujours trompés. M. Marquot le P.D.G. se moque de notre usine... Peu lui importe que la fermeture soit synonyme de mort pour notre village.»
Pour M. Jean Oberlé de la C.G.C., le Noël qui viendra sera « celui des Verriers sacrifiés »
M. Jean Pierre Ferry secrétaire de l’U.D.C.G.T. (un ancien verrier) s’écrie en larmes :« Il faut sauver vos vies, celles de vos enfants.» Tout comme M. Maxime Leroy, conseiller municipal qui conseille à ses amis de continuer le combat :« Il ne faut pas que les fours s'arrêtent. La solution est entre vos mains de verriers.» C’est facile à dire lorsque, comme ce monsieur, on ne fait pas partie des effectifs de l’usine en crise, seule son épouse Renée y travaille.
Grève devant le magasin de vente de l'époque à la verrerie
Collection Jean Marchal Passez le curseur sur les têtes
Il est vrai que pour les verriers ce sont des heures perdues. Ils ne savent pas quoi faire. Comment réagir face à une direction décidée à fermer à tout prix leur usine ; jamais pour la plupart ils n'ont été confrontés à ce dilemme.
Aussi, celui qui osera s'opposer au patronat, sera écouté par une grande majorité. Il sera loué et décrié ! Loué par un peuple en détresse ; décrié par les opposant à la grève. Mais que faire ? ... Il faut un messie pour guider le troupeau égaré. Robert Didelot peut être ce sauveur. C'est donc lui qui guidera le troupeau égaré dans les méandres juridiques, faute de mieux.
Lui qui avec l'appui de la section C.G.T. d’Epinal, galvanisera tous ces pauvres hères déboussolés ; lui qui s'appliquera a sauver les emplois, autant que faire ce peut.
Mais aujourd'hui l'orateur c'est Jean-Pierre Ferry. C'est à lui que revient le mot de la fin :« Tous ensemble nous sauverons notre Verrerie. Ensemble nous nous en sortirons ! Hurle-t-il dans le micro du porte-voix juché sur l'épaule d'un syndicaliste convaincu.»
Pour terminer Jean-Pierre Ferry annonce qu'il va saisir le procureur de la République :« Celui-ci en vertu dune loi du 15 octobre 1981, peut, dit-il, demander au tribunal de commerce d'interdire l'arrêt des activités.»
Jean-Pierre Ferry édition du 19 décembre 1981. M. Jean-Pierre Ferry au micro :
"Tous ensemble nous sauverons notre Verrerie. Ensemble nous nous en sortirons"
Sous la neige de ce mois de décembre les visages sont graves. Les verriers se réuniront à nouveau pour prendre ensemble les « décisions indispensables à la survie », et s'opposer « Au démentèlement de leur outil de travail et à la mort de leur cité.»
Les anciennes cités des verriers