Des rondes de jour et de nuit seront organisées par « les durs ».
Tout au long de ces mois difficiles, un certain nombre d’ouvriers couche à l'usine, à même le sol, à coté des fours qui leurs dispense sa chaleur bienfaisante. Il réchauffe l’air glacé de ce mois d’hiver. S’ils dorment à proximité des fours, c’est pour éviter la destruction de l'outil de travail ; mais aussi les vols de matériels tel que : moules, cannes, ferrets, et outillages divers que les grévistes ont peur de se faire subtilisés par des hommes à la solde du patron (c'est toujours les mêmes bruits qui courent, fondés ou pas). Les Verriers assument tant bien que mal le choix draconiens auquel ils sont confrontés.
Claude Lerognon à la presse
Photo © Gérard Triboulot 9 Novembre 2002
Ce même après-midi, l'union départementale C.G.T. publie un tract pour affirmer qu'elle ne laissera pas casser l'outil de travail et tirer un trait sur : « La dernière entreprise de verre à la main du département de renommée mondiale, qui est considérée comme un joyau du savoir-faire traditionnelle. »
La preuve que Portieux est viable, écrit l'union départementale de la C.G.T., c'est que : « Déjà la direction fait rapatrier discrètement sur Vannes le Châtel et Bayel les modèles spécifiques de Portieux qui étaient considérés comme périmés et qui deviennent, tout à coup intéressants ».
Claude Lerognon à la presse, Jean-Pierre Pelletier cueilleur et un verrier de Vallérysthal
Photo © Gérard Triboulot 9 Novembre 2002
Vue sur l'outillage
Photo © Gérard Triboulot 9 Novembre 2002

C'est de là, des soupçons de la C.G.T. quant aux éventuels transports de modèles, que naîtra l'idée de coucher sur les lieux de travail ; afin d'éviter les déménagements intempestifs de matériels au détriment des verreries-de-Portieux.
Application de la loi du 15 octobre
Ancien verrier à Portieux, M. Jean-Pierre Ferry, alors secrétaire départemental de la C.G.T., accompagné de M. Maxime Leroy permanent C.G.T. et élu communiste de Portieux, s'adresse à ses anciens camarades : « Il ne faut pas laisser mourir la Verrerie ? Il faut se battre pour qu'elle "redémarre" sinon après, ce sera au tour de Vincey-Bourget (ça ne va pas tarder), de la filature Paul Perrin (il connaîtront aussi de graves ennuis économiques). ... nous demanderons que la loi du 15 octobre soit appliquée. Cette loi donne la possibilité au procureur de la république d'intervenir auprès du tribunal de commerce pour poursuivre l'activité. »
Jean-Pierre Ferry et Maxime Leroy à droite à la mairie
annexe lors des grèves de 1981 à la verrerie
Collection Jean Marchal

Tous ces propos, dit avec fermeté reçoivent l’appui de cinq conseillers municipaux communistes de la localité. L'action qui a débuté hier s'annonce dure et longue. Aujourd'hui à 10 heures aura lieu une nouvelle assemblée générale.
Dans le même temps, M. Philippe Séguin alerte le ministre de l'industrie auquel il a envoyé un télégramme ainsi rédigé : « Je déplore que les discussions engagées au C.I.A.S.I. n'aient pas abouti. Le dépôt de bilan qui est à mes yeux tout à fait inutile, même s'il s'accompagne de la poursuite des activités, crée un climat phycologique tout à fait regrettable pour les travailleurs de cette entreprise. Il est souhaitable que les négociations reprennent rapidement et que la solution de bon sens qui doit assurer le maintient de l'emploi, sait rapidement trouvée ainsi que c'est possible. »
Comme on peut le constater, les verriers ont de gros appuis politiques. M. le député Séguin restera en relation constante avec les ministères concernés et l'entreprise, c'est lui qui l'affirme.
Au-delà de la verrerie de Portieux, le dépôt de bilan déposé mercredi par M. Marquot, présidant directeur général de la C.F.C. à la chambre de commerce de Paris, concerne directement l'usine de Bayel (Aube) et Vannes le Châtel (Meurthe et Moselle).
Avec cette décision, ce sont 1 400 emplois qui se trouvent menacés. Une réunion du comité central d'établissement suivie d'une réunion des comités d'établissement des trois usines, aura lieu mercredi à Paris, l'ordre du jour !
1) la situation financière.
2) Plan de licenciements et de mise en préretraite.
3) Fermeture "provisoire" de l'usine de Portieux