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« Volonté politique de fermer Portieux » les verriers attaquent pour se défendre Samedi 28 novembre 1987
La suite de l'histoire dira si la « méthode CIPA » va réussir à La Verrerie-de-Portieux. Hier, à la cristallerie en dépôt de bilan, qui vient d'obtenir une prolongation d'activité jusqu'au 31 décembre, les délégués CGT, conduits par Robert Didelot, ont changé de braquet, en attaquant pour se défendre. Dénonçant « la volonté politique de fermer Portieux », ils demandent aux pouvoirs publics de prouver le contraire, en acceptant de leur accorder les primes à la création d'emplois (1,5 millions de francs) qui leur permettraient de repartir une nouvelle fois seuls, à la tête d'une nouvelle société. « Des crocodiles aux dents longues » La position des verriers est claire : après avoir vu défiler une dizaine de partenaires financiers potentiels, qui n'apportaient « que 10.000 ou 50.000F », ils refusent de s'engager aux côtés de ces « crocodiles aux dents plus ou moins longues, qui n'ont pas l'intention de garantir la poursuite de l'activité industrielle ». « Seule, les intéresse l'activité commerciale. Ils veulent faire du profit en vendant, y compris des articles importés du tiers monde. Personne ne peut nier le travail que nous avons fait en un an, sans l'aide de personne », dit Robert Didelot, affirmant qu'un nouveau redémarrage est possible, avec une nouvelle mise de fonds du personnel (50.000 F) et les primes à l'emploi, 43.000 F pour chacun des « survivants ». Les verriers ont établi un bilan prévisionnel pour l'année 88, mois par mois, poste par poste. Ils tablent sur une moyenne de 750.000 F de rentrées d'argent mensuelles et un solde positif de 2.055.000 F à la fin de l'année. Pour étayer leur défense, ils énumèrent les commandes en cours et à assurer, jusqu'à Noël 88 : par exemple, les flammes en verre pour les sapins de Noël de l'American Express (novembre 88) et, plus proches, des gobelets pour Contrex, des cadeaux de fin d'année et une commande de 58 millions de la marine nationale. Conseil général sponsor Réclamant la diminution des charges sociales qui frappent lourdement les entreprises de main d'œuvre comme la leur, les verriers réclament enfin « un support publicitaire des pouvoirs publics. Pourquoi le conseil général ne serait-il pas le sponsor de Portieux comme il l'a été en son temps pour Manuest ? », suggère Maxime Leroy, tandis que Robert Didelot demande su liquidateur, Me Bihr, «si couper le téléphone et écrire au bureau de poste pour faire retirer la machine à affranchir est la meilleure façon d’aider l'entreprise ». Et promet « un mois de janvier agité » si les Arts de Portieux n'obtiennent pas un nouveau feu vert. Le brûlot : un compte rendu confidentiel « Il y a une volonté politique de fermer. Portieux... ». Hier, Maxime Leroy, secrétaire de l'UD-CGT, « maire » de La Verrerie, et Robert Didelot, délégué CGT de l'usine, ne se sont pas contentés d'affirmer. Ils ont voulu prouver, en sortant de leur chapeau une sorte de brûlot : le compte-rendu confidentiel d'une séance de travail tenue à la préfecture, le 4 septembre 86, et qui réunissait le préfet des Vosges ; M. Bernardaud : le porcelainier actionnaire majoritaire, René Foltzer : l'ex-PDG ; administrateur judiciaire, Me Delattre ; et les banquiers. Le correctif du préfet Le tour de table est éloquent. Outre la situation financière détestable de l'entreprise (absence de trésorerie, poste clients nul, passif de 4 millions), le liquidateur dénonce « la hiérarchie parallèle dans la société de la part de la CGT » et affirme la nécessité, pour créer une nouvelle société, de licencier 40 personnes au minimum et au moins un des leaders syndicaux (en l'occurrence M. Didelot), sinon tout montage sera voué l'échec ». Là-dessus, poursuit le compte-rendu, «le préfet tient à corriger le communiqué de presse selon lequel il était dit qu'il n'y aurait aucun licenciement, M. Séguin ne pouvant pas se permettre d'annoncer des licenciements le jour de sa première étape du Tour de France sur l'Emploi ». NDLR: à Epinal, l'avant veille, Philippe Séguin avait convenu avec une délégation CGT qu'il fallait «surseoir à toute mesure sociale de ce genre). Autres intervenants, mêmes refrains. M. Bernardaud : « Impossibilité de gérer l'affaire avec le climat syndical actuel, d'où la nécessité d'un coup de balai sévère (..). En l'absence de tout dégraissage préalable CGT, les Arts de Portieux n'ont aucune chance ». M. Foltzer: « Il n'y a aucune prise de conscience professionnelle du personnel (…) Au plan financier, la société est un dinosaure, puisque, tous les mois, 100.000F d'énergie et 900.000 en masse salariale sont engloutis, sans savoir ce que l'on produit... ». |