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67 licenciements à la verrerie Arts de Portieux : - Une liquidation pour mieux repartir ?

3 septembre 1987

Arts de Portieux en liquidation judiciaire

Le Tribunal de Commerce de Mirecourt a prononcé hier après-midi la liquidation judiciaire de la société « Arts de Portieux » et désigné Me Bihr, représentant des Créanciers, comme liquidateur. Un an après le dépôt de bilan de l'entreprise et des autorisations de poursuite d'activités renouvelées, la verrerie est une nouvelle fois au bord du précipice. Toutefois, l'activité va se poursuivre au cours des semaines venir. Jeudi prochain, un comité d'entreprise sera réuni par le liquidateur pour étudier les premières formalités de licenciement pour les 67 salariés.

A gauche le PDG François Georges / A droite la sortie du tribunal

Passez le curseur sur les têtes pour connaître les noms
N° 1 François Georges N° 2 Thierry Leroy N° 3 Renée Hingray épouse Maxime Leroy N° 4 Antonio Lorenco N° 5 Françine Simonin épouse Frédéric Moine N° 6 Inconnu N° 7 Alain Thomas N° 8 Joël Bastien N° 9 Marie-Laure Allain épouse Joël Bastien N° 10 Raymond Ferry Eliane Richy épouse Françis Georges
En effet, les 64 personnes employées à la verrerie et 3 vendeuses installées aux Galeries Lafayette seront licenciées prochainement. Quelques jours plus tard, le 8 octobre, une délégation de verriers conduite par M. George, P-.D.G. d'Arts de Portieux, sera reçue par le Préfet des Vosges. Thème de la réunion de travail : quelles aides les pouvoirs publics peuvent-ils accorder (prime à la création d'entreprise, etc.) à une verrerie de Portieux renaissant sur de nouvelles bases.

Reprise de 40 personnes au maximum

Hier, à la verrerie, pas de véritable surprise après le jugement du Tribunal de Commerce de Mirecourt. « On ne pouvait s'attendre à autre chose », résumait Robert Didelot. Pour qui l'essentiel était de pouvoir continuer l'activité. Maxime Leroy, secrétaire général de l'U.D.-C.G.T., expliquait qu'il fallait en passer par la liquidation pour pouvoir créer une nouvelle société. Selon lui, l'essentiel du passif (2,5 millions de francs) serait hérité de la gestion de M. Bernardaud, et cette liquidation aura pour effet d'effacer ces dettes et de faire table rase du passé.

Les semaines qui viennent vont donc être consacrées â l'étude et à la présentation d'un plan de reprise par une nouvelle société. Assorti d'éventuelles aides publiques, ce plan aura ou non l'aval du tribunal. Basé sur un chiffre d'affaires prévisionnel de 700 000 F par mois, hors magasin de vente (dont le chiffre d'affaires mensuel varie selon les saisons de 8 000 à 30 000 F), il tablerait sur la reprise de « 40 salariés au maximum ». Tel est le pronostic de Robert Didelot, conscient qu'il est inutile de travailler à perte et de surcharger la barque d'un sureffectif, dès le départ.

Atout de la future société : un bon carnet de commandes. « II s'est amélioré depuis une dizaine de jours », constate Robert Didelot « et l'on peut dire qu'Il n'a jamais été aussi bon depuis longtemps ».

Conséquence, avec un temps de décalage, de la reconstitution du réseau commercial effectuée depuis un an par M. George et sa nouvelle équipe ? A la verrerie de Portieux, on le croit. Voilà les verriers engagés dans un nouveau combat On saura dans quelques semaines s'ils ont suffisamment d'armes pour le gagner.

3 septembre 1987

Le tribunal de commerce a décidé la liquidation judiciaire

La résurrection des « Arts de Portieux » dépend surtout de l'appui des pouvoir publics

Pas de surprise hier à Mirecourt : le Tribunal de Commerce présidé par M. Bernard Peignier, a décidé la liquidation judiciaire de la société nouvelle des verreries d'Art de Portieux, créée fin 83 par les salariés-actionnaires. Mais le travail continue à l'usine où deux procédures vont être menées de pair : les inévitables licenciements, effectifs dans une quinzaine de jours, et la préparation d'un nouveau plan de résurrection.

Les verriers commencent à connaître le chemin, mais ils étaient hier un peu moins nombreux que d'habitude au tribunal, autour de François Georges, le PDG et Robert Didelot, le secrétaire général, pour attendre la décision des juges, à laquelle ils s'attendaient. Me Delattre a été nommé syndic et Me Bihr représentant des créanciers de la défunte société.

Faire vite

Il va maintenant falloir faire vite pour proposer au Tribunal de Commerce la création d'une nouvelle société susceptible de redresser la barre. Le plan en gestation est cependant suspendu à l'accord des pouvoirs publics : les verriers seront reçus jeudi à la préfecture dont ils attendent « des assurances » quant à la possibilité d'obtenir des aides à la création d'emplois.

Pour survivre, les « Arts de Portieux » n'ont d'autre solution que de réduire leurs effectifs (67 personnes actuellement) pour adapter leurs charges fixes à leur chiffre d'affaire. Tous les licenciés n'y rentreront pas, et au-delà d'un « noyau incompressible » de personnel, il va falloir sans doute imaginer des types de contrats différents et des aménagements d'horaires pour rendre l'entreprise plus performante. Ces aménagements sont en cours de discussion avec la Direction Départementale du Travail.

Activité assurée pour un mois

Au bout du compte, ce n'est pas le pessimisme qui prend le pas à Portieux, en butte aux mêmes difficultés que ses concurrents prestigieux. Daum vient de licencier 80 personnes, Baccarat a réduit ses effectifs. La cristallerie vosgienne n'est pas encore décidée à mourir. Les commandes continuent d'arriver, et l'activité est assurée pour un mois à l'effectif au complet. Le problème, c'est qu'un an ne suffit pas pour recréer un réseau commercial. Portieux a encore besoin de temps...

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La Verrerie de Portieux, fondée en 1705, est la plus vieille usine des Vosges, installée là, près de la forêt dont le bois sert à chauffer les fours, par François Magnien, maître d'hôtel du duc de Lorraine. A la fin du siècle, après avoir changé de mains plusieurs fois, elle comptait une centaine d'ouvriers et trois fours. Après la Révolution, il ne subsiste que six verreries dans les Vosges, dont celle de Portieux, spécialisée dans la gobeleterie, qui occupe 220 villageois, sans compter les apprentis.

Vers 1880, 820 ouvriers produisent 38.000 verres par jour. Les cités se construisent. A la veille de la grande guerre, le village compte 1 800 habitants.

1938 : « L'usine n'est plus rentable »

Mais à la Verrerie, la lutte pour la survie ne date pas d'hier. En 1938, la direction envisage la fermeture de l'usine « qui n'est plus rentable depuis cinq ans... ». La société Portieux-Vallerystahl tiendra bon cependant, fusionnant voici près de trente ans avec d'autres verreries pour créer « La Compagnie française du cristal ».

Cette même CFC qui, en décidant en décembre 81 de fermer l'usine de Portieux, fera durer cette longue histoire de survie : les verriers étaient 700 en 1936, 539 en 1968, 300 début 82.

En mai 82, on inaugure la Société Anonyme «Les Arts de Portieux», reprise par 251 salariés-actionnaires.

En juin 83, c'est le dépôt de bilan, suivi en octobre de la liquidation des biens et d'une deuxième résurrection, celle de la «Société nouvelle des verreries d Art de Portieux». Les salariés sont toujours actionnaires.

Eviter le point final

En mars 85, mariage avec Bernardaud et construction d'un nouveau four. C'est la période rose, qui ne durera pas longtemps.

En juin 86, le porcelainier passe la main à un nouveau PDG, René Foltzer, qui dépose le bilan au mois d'août... Les verriers sont encore 96.

En septembre, les salariés «repartent au charbon, sous la direction de l'un d'eux. Ils laissent une trentaine des leurs sur le bord du chemin, mais le tribunal de commerce les laisse vivre.

Fin août 87, ils ont obtenu un sursis d'un mois. Depuis hier, « liquidés » provisoirement, ils sont bien décidés à repartir encore une fois.

Le SERNAM va plus vite que la justice

Sa rapidité et son efficacité sont légendaires, mais cette semaine le SERNAM a battu tous les records. Sitôt lue l'éventualité de la liquidation des Arts de Portieux, le service national des messageries a bloqué en gare d'Epinal les colis en provenance de la cristallerie, et destinés à ses clients.

La filiale de la SNCF, qui appelle ce procédé « mesure conservatoire» était en avance de deux jours sur la justice, et plus sévère qu'elle, puisque le tribunal de commerce a autorisé hier la société à poursuivre son activité.

Heureusement, tous les transporteurs n'ont pas la même prudence de serpent que le service national. Les verriers en ont trouvé un autre dans les heures qui ont suivi le « blocus ».