François Georges, nouveau PDG, Robert Didelot, secrétaire général. Les salariés repartent au charbon
23 septembre 1986
Une semaine après la démission de M. René Foltzer, la société des « Arts de Portieux » a un
Nouveau P.-D.G., M. François Georges, un cadre « maison », chef de fabrication à la cristallerie, qui avait déjà accepté « d'aller au charbon » en 1982, au sein du directoire élu par les salariés-actionnaires.
Le nouveau PDG, M. François Georges (à droite) faisait déjà partie du directoire élu en avril 1982. Robert Didelot en lunettes, le représentant des salariés devient secrétaire général de la société

Le Tribunal de Commerce de Mirecourt a donné hier son aval à cette candidature de la dernière chance, en maintenant ses dispositions du 28 août dernier. Il reste un peu plus de deux mois aux Arts de Portieux pour redresse la barre. Première tâche imposée au nouveau PDG: licencier une trentaine de verriers.
La solution la plus logique
La semaine dernière, les Arts de Portieux ont frôlé la liquidation après la démission de M. Foltzer. Peut-être même avant, puisque l'ex-PDG et le porcelainier Bernardaud étaient semble-t-il favorables à cette solution radicale. « Pour pouvoir licencier tout le monde, avoir les mains libres et embaucher ensuite qui ils voulaient », expliquent les verriers.
Trouver un successeur à M. Foltzer n'a pas été facile. Un administrateur provisoire ? Aucun n'était libre dans les Vosges et l'administrateur judiciaire Me Delattre, était décidé à abandonner le navire lui aussi, s'il fallait aller en chercher un à l'extérieur du département.
La solution la plus logique trouver un autre PDG parmi les salariés-actionnaires, membres du conseil d'administration, François Georges, Claude Didon (chef d'entretien.) ou Robert Didelot - dont la démission n'a pas été enregistrée.
Aucun d'eux n'était vraiment enthousiaste : le PDG perd, en cas de malheur, le bénéfice des ASSEDIC. François Georges, coopté par ses collègues, a demandé un salaire compensatoire jusqu'à la date fatidique du 28 novembre, et obtenu également que Robert Didelot, délégué CGT, qui a de remarquables connaissances juridiques, devienne le secrétaire général de la Société.
Le Tribunal de Commerce a donné 48 heures au conseil d'administration pour officialiser la nomination de M. Georges, qui doit maintenant affronter le problème de la réduction des effectifs.
« Licenciements assortis d'un plan social, ou chômage technique ? De toutes façons, il faudra se mouiller un peu. Il n’y a pas de travail pour tout le monde », a expliqué le nouveau PDG à ses collègues venus en nombre à Mirecourt.
Pas le paradis
A la verrerie, qui compte actuellement 96 salariés (dont 3 démonstratrices aux Galeries Lafayette à Paris), la situation n'est pas encore désespérée. Le chiffre d'affaires de septembre (1,5 million) a été le meilleur de l'année. Il reste à livrer 1,1 million de commandes d'ici la fin octobre (Arabie, Champagne Krug), et la Société espère, comme en 1982, enlever la soumission d'un gros marché (766.000 F) avec la Marine Nationale (3 mois de travail pour les tailleurs).
L'autre priorité sera la reconstitution du réseau commercial, « éventuellement créer un réseau de VRP, sans couper les ponts avec Bernardaud sil veut commercialiser une partie de la production », a expliqué François Georges.
Enfin les Arts de Portieux ont encore deux mois de stock à vendre, pour reconstituer leur trésorerie, ses anciens clients grossistes vont être sollicités. « On a peut-être encore une chance, dit François Georges. Mais ça ne sera pas le paradis… ».
Les ARTS DE PORTIEUX ont deux mois de stock à vendre, pour reconstituer leur trésorerie, les anciens clients vont être sollicités car dit FRANCOIS GEORGES : « on a peut-être encore une chance, mais ça ne sera pas le paradis ».
Les trois mois de grâce accordé le 28 août par le tribunal de commerce sont écoulés. Les ARTS DE PORTIEUX sont toujours « en survie » précise le PDG FRANCOIS GEORGE. Mais, et là cela fait mal, pour réussir et continuer à rembourser le nouveau four (53 000frs par mois), il a fallu sacrifier une partie du personnel le 7 octobre.
Les dents ont grincées dans les foyers de la VERRERIE DE PORTIEUX, des licenciements mal ressentis par ceux qui en 1983 avaient investi six mois de leurs indemnités ASSEDIC pour constituer le capital de la société, (250 000 frs).
Economie
23 septembre
« Arts de Portieux » François George nouveau P.-D.G.
Réuni hier matin, le tribunal de commerce de Mirecourt a statué sur la requête de l'administrateur judiciaire, Me Delattre, qui souhaitait la nomination d'un administrateur provisoire, au lendemain de la démission du dernier P.-D.G. René Foltzer. Le tribunal ne lui a pas donné satisfaction : après avoir entendu les réquisitions du procureur de la République, M. André Simard, le juge-commissaire, les représentants du personnel et du comité d'entreprise de la cristallerie, le tribunal a tranché en faveur de la nomination d'un P.-D.G. issu des rangs de la cristallerie. François George, jusqu'ici directeur technique, s'est porté candidat. Il devrait être officiellement nommé dans les 48 heures par le conseil d'administration, et sa première tâche sera d'étudier, avec Me Delattre, un plan social susceptible d'atténuer les effets d'une trentaine de suppressions d'emplois.
Un bon mois de septembre
30 licenciements. La moitié du plan Bernardaud-Foltzer précédemment étudié. Tel est le chiffre qui a été prononcé, hier, par le président du tribunal de commerce de Mirecourt, M. Peignier, lors de la lecture de son jugement. La cristallerie Arts de Portieux devra donc vraisemblablement s'alléger du tiers de ses effectifs pour réduire ses charges. Parallèlement, l'entreprise devra mettre les bouchées doubles pour écouler ses stocks, qui représentent deux mois de production, et ainsi regonfler sa trésorerie. Quant aux verriers, ils vont devoir travailler d'arrache-pied pour réaliser à temps les commandes engrangées en septembre pour environ un million de francs.
Etonnante entreprise que la cristallerie de Portieux ! Malgré un été agité sans véritable réseau commercial, elle a réussi en effet en septembre à retrouver son niveau de commandes d'avant « la crise ». C'est ce potentiel que le tribunal de commerce de Mirecourt a pris en compte. Et c'est pourquoi François George, qui s'est porté candidat parce qu'« il y croit encore » a été chargé de diriger l'entreprise.
Fils de verrier - son père était tailleur à la verrerie de Portieux - François George, 50 ans, est depuis 33 ans cadre dans cette entreprise. Du temps de la Compagnie française de cristal, il était directeur technique adjoint.
Hier, avec un langage simple, il a expliqué aux verriers qui se trouvaient à Mirecourt qu'il était nécessaire de retrousser les manches pour honorer les commandes, qu'il n'y aurait pas hélas de travail pour tout le monde et que, même sans réseau commercial, 1 million de francs de commandes avait été engrangé (300 verres en or, un important marché soumissionné auprès de la Marine nationale, etc).
En matière d'allégement des effectifs, François George estime qu'il ne faut pas « tomber dans des chiffres ridicules ». Quant aux relations avec le porcelainier Bernardaud, François George souhaite « ne pas couper les ponts, car il peut nous vendre quelque chose ».
A la verrerie, le mois d'octobre sera donc crucial. De l'écoulement des stocks dans de bonnes conditions, de la réalisation rapide des commandes dépendent l'avenir à court terme de la cristallerie.