Meisenthal : Noël dans une boule En Moselle, la seconde vie des boules de Noël en verre Longtemps concurrencée par sa sœur jumelle en plastique, la traditionnelle boule de Noël en verre connaît aujourd'hui une seconde jeunesse grâce au savoir-faire d'une poignée d'artisans verriers de Moselle. "C'est à la demande pressante de nombreux habitants de la région que nous avons décidé de redonner vie à une tradition ancestrale toujours présente dans les mémoires", raconte Yann Grienenberger, 32 ans, directeur du Centre international d'art verrier (CIAV), à l'origine en 1998 du renouveau de la boule de verre. Histoire et légende se confondent pour rappeler qu'en 1858 une grande sécheresse priva les Vosges du nord de fruits et que le sapin n'eut donc parure qui vaille. Un souffleur de verre inspiré tenta alors de réparer l'injustice en créant quelques boules de verre. Il donna le jour, à lui seul, à une tradition qui traversa les cultures. Sorties de l'intimité familiale par les verreries des villages mosellans de Goetzenbruck et Meisenthal, à la fin du 19ème siècle, ces boules allaient vivre une aventure extraordinaire et orner durant des décennies les sapins du monde entier. L'arrivée des matières plastiques et la mécanisation eurent toutefois raison d'elles et les verreries cessèrent de les produire au milieu des années 60. Après une éclipse de près de quarante ans, les derniers acteurs vivants de cette aventure ont été réunis lors de séminaires de transmission de savoir-faire organisés au CIAV. Designers En 1998, à Meisenthal, des boules verre soufflé sont à nouveau produites sous l'impulsion de la Communauté de communes du Pays du verre et du cristal, qui rassemble sept cités mosellanes de tradition verrière. "Sur les 2 000 boules sorties des fours cette année-là, seules 35 ont trouvé acquéreur, à 70 francs pièce" se souvient Yann Grienenberger qui raconte comment production et demande n'ont cessé de croître depuis lors. Un souffleur de verre, inspiré, donna le jour, à lui seul, à une tradition qui traversa les cultures. Dans son bureau près de l'accueil, le jeune directeur présente les derniers modèles nés de l'imagination de designers réputés. "Nous voulons aujourd'hui changer l'image un peu « kitch » du verre en demandant à des créateurs de s'essayer à l'exercice de la boule de Noël justifie-t-il. l'allemand Andreas Brandolini, le britannique Jasper Morrison ou encore l'italien Enzo Mari se sont déjà laissé tenter par l'expérience avec des résultats originaux comme la boule en forme de goutte conçue par Brandolini à partir d'un moule de verre à vin. La réputation des lieux n'est toutefois plus à faire depuis des lustres puisqu'Emile Gallé lui-même, le maître de ce qui allait devenir l'Ecole de Nancy, y a fait ses classes à partir de 1866. Une superbe vitrine de la plate forme verrière de Meisenthal Photo Gérard TRIBOULOT : © 1er décembre 2001
![]() Les ouvriers fabriquent les boules Photo Gérard TRIBOULOT 1er décembre 2001
![]() Deux verriers sont mobilisés. Le premier façonne la boule en faisant rouler la canne à laquelle est accroché le cristal, le second la souffle. ![]() Meisenthal, un petit village mosellan, est la capitale mondiale des boules de Noël en verre soufflé. Découverte. Les boules toutes fraîches
Photo Gérard TRIBOULOT 1er décembre 2001
La fille roule son verre dans le colorant Photo Gérard TRIBOULOT 1er décembre 2001
![]() Quel est le rapport entre un verre de lunette et un sapin de Noël ? Gœtzenbruck, une petite commune des Vosges du Nord aux confins de la Moselle et de l'Alsace, au cœur d'un pôle verrier vieux de cinq siècles. Un savoir-faire qui avait failli disparaître en 1964 ![]() Pour mieux comprendre, il faut se reporter en 1858. Grande sécheresse et mauvaise récolte privent la région de fruits. Ceux qui, traditionnellement, ornaient les arbres de Noël. Qu'à cela ne tienne. Un ouvrier expert dans l'art du verre soufflé, décide d'imiter ce que la nature n'a pas donné. Et conçoit, sans le savoir, les premières boules de Noël en verre! Ces objets allaient connaître un énorme succès. Bien au delà du cercle familial auquel ils étaient d'abord destinées», explique Yann Grienenberger, le directeur du Centre international d'art verrier de Meisenthal. Les visiteurs peuvent assister en direct à la fabrication ![]() Renaissance Censée seulement palier le manque de commandes de verres de montres et de lunettes, la spécialité locale, la production prend des proportions incroyables. Elle atteindra 200.000 pièces au milieu du siècle dernier ! Un succès... planétaire ! « En Algérie, elles étaient offertes par le marié à sa future épouse. Les pêcheurs de Méditerranée les utilisaient pour repérer leurs chaluts. D'autres partirent orner temples indiens et pagodes thaïlandaises ». Une vitrinie de la plate forme verrière de Meisenthal Photo Gérard TRIBOULOT 1er décembre 2001
![]() La belle histoire aurait pu s'arrêter là. 1964 et l'invasion du marché par les décorations de Noël d'importation envoient à la casse les petites boules vosgiennes. Qui renaissent pourtant depuis deux ans, à deux kilomètres de leur berceau natal, grâce au Centre international d'art verrier de Meisenthal. Sur le site d'une ancienne verrerie, l'établissement se veut pôle de recherche, laboratoire du design et surtout conservatoire des savoir-faire ancestraux. Ces précieux « kniffs », que les anciens viennent régulièrement transmettre aux jeunes verriers. Ce fut le cas en 1998 pour les boules de Noël soufflées. La production est alors relancée au moment des fêtes. Le succès est immédiat. « De 1. 000 unités, on est passé à 2. 000, puis 4.000. Cette année, nous allons en fabriquer près de 12.000 ! A deux pas du musée, la Halle verrière de Meisenthal Photo Gérard TRIBOULOT 1er décembre 2001
![]() Direction l'atelier où s'affairent depuis septembre quatre verriers. Dans le four porté à plus de 1. 15 0 degrés, ils viennent « cueiller » le cristal en fusion au bout d'une canne creuse. Réputées incassables Le mouvement de rotation qui lui est donné façonne la boule, soufflée ensuite par un assistant. Coordination et précision des gestes. Coup d'oeil. Il reste encore à coller l'anse et la petite rondelle plate qui relie les deux ! Quelques minutes ont suffi. Ils préparent les boules Photo Gérard TRIBOULOT 1er décembre 2001
![]() Il faudra attendre cependant le lent refroidissement contrôlé dans un four spécial pour juger du résultat. Ces petites merveilles existent en quatre couleurs : bleu, vert, rouge et ambre. Et trois diamètres : 6, 8 et 12 cm. Abrasées par des projections de sable, elles prennent ce bel aspect givre évoquant l'hiver ! « Actuellement, nous en fabriquons près de 250 par jour ! » Ce ne sera pas de trop pour répondre à l'enthousiasme des aficionados de la boule de Noël en verre. Qui ne tarissent pas d'éloges sur ces décorations réputées incassables, en raison de leur forme parfaite. Il n'est cependant pas nécessaire...de vérifier ! En direct Durant la période des fêtes, il est possible d'assister à la fabrication des boules de Noël. Le Centre d'art verrier de Meisenthal ouvre en effet ses portes à partir d'aujourd'hui (samedi 24 novembre 2001) et jusqu'au vendredi 21 décembre, tous les jours sauf les lundis et mardis de 14 h à 17h, plus une nocturne le vendredi jusqu'à 22h. Avec visite du site, exposition, animations et restauration possible dans le village. Les boules, toutes des pièces uniques, sont vendues de 35 à 85 F selon la grosseur. Renseignements au 03.87.96.87.16. Meisenthal est à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Bitche. Accès depuis Nancy par Dieuze, Sarre-Union et Montbronn. |