R. L. vendredi 17 février 1978
La cristallerie de Vallérysthal, sept mois après…
De bonnes raisons d’espérer
On la croirait déserte, abandonnée cette usine ! Pourtant le portail de l'entrée, largement ouvert, invite le visiteur à pénétrer dans son enceinte.
Cent cinquante mètres plus loin quelques panneaux indiquent aux arrivants la direction à suivre.
Mais, dans ce dédale de vieilles bâtisses de briques rouges, vides pour la plupart, on perçoit à peine des signes de vie. Parfois une voix lointaine, une porte qui claque, c'est tout Il est vrai que les cristalliers sont en plein travail.
Dans le vitrine de la coopérative une collection prometteuse
Car, effectivement, il y a là des travailleurs, les derniers d’une industrie ancestrale vieille de deux siècles.
Au milieu de ce décor quelque peu déprimant c'est en quelque sorte le dernier carré de la verrerie à main ! Heureusement il tient bon. Fondée le 13 juillet 1977, dirigée par un comité de direction que préside M. Roger Heptig, la coopérative ouvrière de production appelée «Cristallerie de Vallérysthal» emploie, en tout et pour tout, 52 personnes alors qu'au moment de la cessation de ses activités la Compagnie française du cristal en occupait 155.
Un pari à gagner !
Ceux qui sont restés, avec l'espérance de sauvegarder leur outil de travail, ont accepté financièrement de participer à l'entreprise commune.
Aujourd'hui, ils savent que le pari est engagé et qu'il faut le gagner, coûte que coûte, sinon, le glas sonnera peut-être pour la verrerie dans la vallée de la Bièvre.
A Vallérysthal le démarrage a été particulièrement difficile, personne ne s'en cache. Les difficultés budgétaires sont loin d'être réglées. Mais grâce au rôle déterminant de la commune de Troisfontaines, sous l'impulsion de son maire M. Maurice Jarrige, grâce aussi au soutien des élus locaux, les banquiers ont eu confiance. Ils ont accordé les prêts indispensables pour le fonctionnement de la coopérative. Mais il y avait aussi des problèmes techniques dont beaucoup sont encore à résoudre. Il a fallu racheter du matériel à la Compagnie française du cristal et réparer les dégâts insensés découverts dans le hall où le démarrage de la production intervint timidement, autour de l'unique four à trois pots. C'était en juillet de l'an dernier.
Sept mois après, Vallérysthal a de bonnes raisons d'espérer en l'avenir Ce n'est pas l'euphorie loin de là, mais seulement une petite lueur, tout au bout du tunnel. Pour l'heure, les dirigeants de la coopérative s'efforcent de faire face aux besoins les plus urgents, telle la remise en état du four à dix pots. Il en coûtera 100 000F environ. Il pourrait être en activité en avril ou mai.
Les clients s'impatientent...
Le redémarrage de ce grand four, éteint depuis plusieurs années, apparaît primordial dans le cadre d'un accroissement de la production verrière.
Car il faut produire beaucoup, le plus vite possible !
Les clients en effet s'impatientent. Ils connaissent l'excellent renom de «Vallérrysthal», la coopérative ouvrière bénéficie de cette solide réputation fondée sur deux siècles d'une fabrication de qualité. Les acheteurs sont d'autant plus intéressés que l'entreprise se consacre uniquement à la production du cristal et des articles taillés à la main. Aussi, au niveau de la direction, on s'ingénie à consolider le réseau commercial d'ores et déjà sillonné dans tous les sens par une dizaine de représentants.
Plusieurs débouchés sont également en vue à l'étranger. Quant à la collection, elle est en place. C'est un remarquable éventail de produits récemment présentés aux grossistes et détaillants.
Services de table, verres à whisky, gobelets, façonnés épais et toute une série d'amusants gadgets, composent cette collection entièrement nouvelle que la coopérative est en mesure de présenter maintenant au choix des acheteurs.
Optimisme raisonné, donc, pour l'avenir de la cristallerie dont les carnets de commande commencent à se remplir, si bien que l'on n’exclue pas l'embauche, cet automne, d'une dizaine de personnes. Ce serait assurément un signe de bonne santé que chacun souhaite.