R.L.1976
Les verriers de Vallérysthal se prononcent pour une grève d’avertissement
Une centaine de personnes ont assisté, jeudi soir, dans une salle du Rehtal-Haut, à l'assemblée générale des ouvriers et verriers de Vallérysthal, répondant ainsi à l'appel lancé par la C.G.T.
Une fois encore, les salariés de la Compagnie française du cristal ont maintenu leur position dans le conflit qui les oppose actuellement à la direction de l'entreprise, suite a aux mesures de licenciement décidées par celle-ci. Ils les considèrent comme une tentative de démantèlement des verreries de Vallérysthal. Aussi se sont-ils déclarés une nouvelle fois hostiles au licenciement de 48 travailleurs.
Aux côtés de M. Heptig, M. Roffe, de l’Union départemen1ale C.G.T. de Metz, a présidé la réunion qui fut également consacrée à un large tour d'horizon sur les principales revendications des verriers dans le cadre de la défense du pouvoir d'achat, du droit au travail et de l'amélioration des conditions de travail.
Enfin, à l'unanimité, les verriers présents se sont prononcés pour une grève d'avertissement devant avoir lieu lundi après-midi. Par le truchement de ce débrayage, les travailleurs entendent faire pression sur la direction non seulement dans le but d'obtenir l'annulation des licenciements, mais encore pour accélérer les négociations en cours pour le maintien sur place des activités présentes.
Difficultés d’écoulement de ses produits
La verrerie de Vallérysthal fermera définitivement au printemps
Des rumeurs alarmantes et persistantes ont circulé ces dernières semaines au sujet de la fermeture - définitive - de la Verrerie de Vallérysthal.
Les rumeurs sont hélas devenues certitude : la Verrerie fermera ses portes au printemps 1977.
De fait, l'agonie de cette entreprise aura été longue et douloureuse, entrecoupée de-ci, de-là, de brèves périodes d'espoir, voire de relatif optimisme, notamment en 1973, où le chiffre d'affaire fut quelque peu rassurant. Le mouvement en avant ne persistait pas et, bientôt, le marasme s'installait à nouveau.
Il semble bien que cette situation est maintenant sans issue et qu'il faille se résoudre à l'inévitable : la fermeture.
A ce sujet, le communiqué qui nous a été remis hier par la compagnie française du cristal, usine de Vallérysthal, est formel, et sans équivoque.
En voici le texte intégral, tel que nous l'a remis M. Cacas, ingénieur et directeur de l'usine :
La direction : «Une augmentation continuelle des charges»
- Le Directoire de la compagnie française du cristal a informé le comité central de la société et le comité d'établissement de l'usine de Vallérysthal, de sa décision de fermeture de l'usine pour des raisons économiques conjoncturelles.
La compagnie respectera les accords paritaires nationaux relatifs à la sécurité de l'emploi dans les industries de fabrication du verre à la main. Ceux-ci prévoient un délai d'information et de consultation du comité d'établissement de deux mois en plus des délais légaux ou contractuels de préavis.
L'arrêt des fabrications devrait avoir lieu au début du printemps 1977 si les effectifs présents à l'usine le permettent.
Cette décision de fermeture provient surtout des difficultés de plus en plus grandes d'écoulement de la production au prix de pertes importantes compte tenu de l'augmentation continuelle des charges. Malgré la réduction d'effectif pratiquée au premier semestre 1976, les déficits d'exploitation passés et à prévoir, compte tenu de l'activité générale actuelle, deviennent un handicap pour la compagnie tout entière.
Le Directoire de la compagnie a pris cette décision grave après avoir épuisé toutes les possibilités d'avenir. Conscient du problème social qu'elle entraîne, il a depuis plusieurs années pris des contacts et entretenu des relations suivies avec les organismes nationaux habilités et des personnalités locales pour trouver des solutions de diversification et de reconversion dans les bâtiments de l'usine.
Il espère qu'une issue positive interviendra et il fera tout ce qui est en son pouvoir pour la favoriser.
Un plan social. a été établi, il sera communiqué aux représentants élus du personnel. Ceux-ci ont été tenus continuellement au courant de l'évolution de la situation économique et commerciale de 1'u s i n e.»
La C.G.T. «Nous dévoilerons notre projet en janvier»
Par la voix de son secrétaire général, M. Roger Heptig, le syndicat C.G.T., dans un tract largement répandu, exprime sa position :
«Le comité central d'entreprise de la compagnie française du cristal s'est réuni le 16 décembre 1976 à Pont-àMousson.
A cette,réunion, on a fait un beau cadeau de Noël au personnel de la Verrerie de Vallérysthal, puisque M. Marquot (le président du Directoire) a annoncé officiellement la fermeture prochaine de notre Verrerie, objectif recherché depuis 1971. Dans la conjoncture actuelle, avec le soutien du gouvernement, il était indiqué de fermer maintenant. Il fallait profiter de l'occasion et ne pas la manquer.»
Pourtant, le secrétaire de la C.G.T ne baisse pas les bras. Il ne jette pas le manche après la cognée puisqu'il déclare également ceci :
«Nous avons un projet duquel nous vous entretiendrons en janvier Il ne faudrait pas que le personnel actuel quitte l'usine maintenant, car sinon notre projet serait compromis et ce serait dommage. Nous ne pouvons pas vous garantir cela à 100% ; mais nos entretiens en janvier devraient nous éclairer là-dessus.
Il faut en convenir : le personnel de Vallérysthal s'est battu avec persévérance pour la sauvegarde de son outil de travail.
La disparition de la Verrerie sera douloureusement ressentie par les ouvriers en premier lieu, mais le même sentiment de malaise est largement perçu dans toute la vallée de la Bièvre et au-delà.
Une reconversion est-elle possible ?
Il convient peut-être de rappeler que l'origine de l'usine se situe au milieu du XVIIIe siècle, la Verrerie se trouvant alors à Plaine-de-Walsch. Dans sa structure actuelle elle date sensiblement de 1870. Sa renommée était considérable et l'est encore à l'heure actuelle. Sait-on que dans les années 1920 et 1930 elle occupait jusqu'à 1.200 personnes, tandis qu'aujourd'hui ses effectifs atteignent 156 ouvriers et employés ?
Tout le lent et irréversible déclin se mesure à ces deux chiffres. Dans une situation analogue à celle de Vallérysthal, l'idée d'une reconversion vient automatiquement à l'esprit.
On y a songé et on sait avec certitude que des pourparlers avec au moins deux industriels sont en cours et ont certaines chances d'aboutir.
Mais il faut le souligner certaines chances ne sont pas des chances certaines et il y a là une différence, qu'il ne faut pas mésestimer.
Le projet auquel le secrétaire de la C.G.T. fait allusion dans sa déclaration, se rapporte peut-être à une autre formule que, pour des raisons précises, il n'entend pas divulguer dans l'immédiat.
Alors, il faut attendre, et malgré tout, garder l'espoir qu'une solution favorable puisse intervenir dans une situation qui, malgré tout, reste extrêmement précaire.
Un ouvrier travaillant le verre : une image que l'on ne verra bientôt plus à Vallérysthal.