Républicain Lorrain du 25 août 1993
Un premier candidat a fait officiellement part de son intention de proposer un plan de reprise pour la faïencerie de Niderviller. Il s'agit de la société Emeraude France qui a déjà repris la cristallerie de Vallérysthal.
La société Emeraude france est le premier candidat officiel à la reprise
de la faîencerie de Niderviller
Mercredi dernier, Me Nicolas Koch affichait une légitime satisfaction après avoir défendu devant la chambre commerciale du tribunal de grande instance de Metz le dossier de la faïencerie de Niderviller placée en redressement judiciaire le 25 mars 1993. L'administrateur judiciaire messin venait en effet d'obtenir une nouvelle prorogation de trois mois de la période d'observation de cette entreprise devenue société coopérative de production à la suite d'un précédent dépôt de bilan en 1987. Trois mois pour « poursuivre le développement des démarches nécessaires à la meilleure présentation possible de la faïencerie de Niderviller aux candidats à la reprise», expliquait alors Me Koch sans vouloir toutefois dévoiler de noms.
On sait pourtant qu'un premier candidat vient de faire officiellement part de son intention de proposer un plan de reprise. Il s'agit de la société Emeraude France, implantée en Lorraine depuis le rachat des actifs de l'ex-société Jean-Pierre Sand à Sainte- Marie-aux-Chênes en 1990 et la reprise de la cristallerie de Vallérysthal en avril 1993 (voir ci-dessous). Et Jean-Charles Pascolini, PDG de la maison mère Erneraude Suisse, ne fait aucun mystère de cette initiative : « Nous avons fait part de notre intention à Me Koch en lui demandant de la porter à la connaissance du tribunal, et notamment du président de la chambre commerciale M. François Legrand, afin que notre plan de reprise soit examiné au plus tard le 15 septembre, »
Retrouver le prestige
Ce plan de reprise s'articule autour d'un repositionnement de Niderviller sur les valeurs qui ont conféré à la faïencerie la réputation que l'on sait. « Les produits qui sont fabriqués actuellement ne correspondent plus à cette image glorieuse. On s'est tourné vers une gamme destinée à la grande distribution, alors que des pays comme le Portugal, la Thaïlande ou le Brésil proposent et vendent dans ce réseau des assiettes décorées et de qualité à 4Fpièce», explique Jean-Charles Pascolini. Avant de mettre en exergue l'exemple de Vallérysthal dont le
magnifique sursaut provient notamment de la réédition de séries prestigieuses comme les services Alençon et Saint-Pétersbourg, ou encore les carafes Concorde ou Tour d'Argent.
C'est dans ce sens que Jean-Charles Pascolini compte bien œuvrer... si son plan de reprise est choisi par la chambre commerciale du tribunal de grande instance de Metz. « Le seul témoin du riche passé de Niderviller actuellement produit à la faïencerie est le service, Beyerlé. Et encore, il semble qu'il ait des problèmes au niveau de la composition de l'argile et de l'émail. Mais je suis persuadé que dans un délai raisonnable de six à neuf mois, il est possible de fabriquer à nouveau des objets prestigieux », affirme-t-il avec conviction.
A l'exemple de Vallérysthal, dont l'administrateur judiciaire était déjà Me Koch (« Un syndic compétent qui se double d'un homme passionné», glisse Jean-Charles Pascolini sur le ton de la confidence), le candidat à la reprise de Niderviller croit également à ce côté « vitrine »
si important dans l'industrie de luxe: « A Vallérysthal, un musée présente plus de 70 000 pièces et les visiteurs suivent les différentes étapes de la fabrication des objets en cristal depuis le magasin d'usine.
C'est ce qu'il faut à Niderviller, en aménageant par exemple des salons et des salles à manger pour mettre en valeur une production de prestige», ajoute-t-il, tout en se montrant serein quant au volet social de son plan de reprise: « il y aura nécessairement un temps d'adaptation, mais des solutions existent. »
Une synergie autour des arts de la table
Emeraude France est la filiale hexagonale de la société helvétique Emeraude Suisse et de Altus Finance. Spécialisée dans la commercialisation de parfums et de cosmétiques, elle exerce également d'autres activités dans le domaine de l'écologie et des produits de maintenance. Elle a repris au printemps dernier la cristallerie de Vallérysthal, après avoir déjà racheté en 1990 les actifs de l'ex-société Jean-Pierre Sand à Sainte-Marie-aux-Chênes, dont l'effectif est passé en trois ans de 40 à 110 personnes. Emeraude France est propriétaire des marques Roberto Capucci (parfum créé par le grand couturier italien) et Laurent Dornel (maquillages et cosmétiques), et distribue notamment les parfums Léonard. Présente dans 1200 points de distribution en France et dans une soixantaine de pays étrangers, elle a réalisé en 1992 un chiffre d'affaires de 180 MF pour ses seules activités liées aux produits de luxe.
Le travail de fond entrepris depuis cinq mois à Vallérysthal se double d'une réelle politique commerciale qui faisait jusqu'alors défaut à la cristallerie... et dont l'absence n'est pas totalement étrangère aux déboires de la faïencerie de Niderviller.
« Dès septembre, Vallérysthal va développer une politique de franchise en s'implantant à Paris et dans une vingtaine de villes françaises », explique Jean-Charles Pascolini, le PDG d'Emeraude Suisse dont le fils Jean-Pierre préside aux destinées de la filiale Emeraude France. Avant d'ajouter : « A côté du cristal, nous souhaitons également élargir notre activité aux autres arts de la table dans le cadre d'une véritable synergie. » Un projet dans lequel Niderviller et ses faïenceries pourraient s'inscrire harmonieusement... si la chambre de commerce choisit le plan de reprise proposé par Emeraude France.