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R. L. du 26 mai 1971

Près de 400 ouvriers des verreries décideront aujourd'hui de la grève illimitée qui pourrait débuter jeudi.

La direction maintient l'horaire de 40 heures.

On discute

Comme nous la laissions entendre dans notre précédente édition, le conflit opposant actuellement les ouvriers des Verreries de Vallérysthal à la direction générale de l'entreprise vient d'entrer dans une phase active en ce sens que près de 400 verriers ont cessé le travail, hier, à 13 heures. Cette grève d'avertissement a été très largement suivie, à 92 pour cent selon la direction, à 98 pour cent selon les syndicats. On sait que le mouvement est imputable à une réduction des horaires de travail de 45 à 40 heures.

Aucun accord au comité d'entreprise

Les grévistes

Aucune contre-proposition n'ayant été faite hier matin par la direction de l'usine, le travail a cessé en début d'après-midi à l'appel des syndicats CGC, CFTC et CGT. Aussitôt dans la halle, les fours étaient abandonnés, les machines des ateliers s'arrêtaient pour l'après-midi.

Le mouvement de la réunion du comité d'entreprise convoqué pour 14 heures se répandit très vite et les ouvriers se rassemblèrent aux bords du bâtiment administratif où pénétraient bientôt les délégués reçus par M. Stenger, directeur des Verreries. L'attente fut longue et l'on dut finalement se séparer à 14 h 40 lorsque le coup de sirène annonça la fin du travail. En silence les verriers s'engouffrèrent dans les cars de ramassage chacun conservant au fond de lui-même une lueur d'espoir, celle d'un règlement positif ou peut-être même de l'aboutissement des revendications.

D'autres

Il était près de 15 h 30 lorsque les délégués sortirent du bureau patronal. Nous avons alors appris que rien n'était sorti de ce colloque. Tous les espoirs ont été déçus : la direction n'a fait aucune concession. Par contre, elle a pu fournir des chiffres assez significatifs à l'occasion d'une comparaison des comptes d'exploitation de 1969 et 1970. Si le premier indique un bénéfice assez minime, le second, par contre, accuse un déficit de l'ordre de «104 millions d'anciens francs» nous a dit un délégué syndical.


Concurrence et essais malheureux

Les chiffres sont hélas ! éloquents et témoignent, si besoin en était d'une régression brutale des affaires dont les conséquences se font cruellement sentir. Quelles en sont les causes ?

Là encore il faut reparler de la formidable concurrence des verreries mécaniques à même de fabriquer journellement des millions d'articles lancés sur le marché à des prix très bas. La qualité de ces produits ne soutient évidemment pas la comparaison avec la verrerie main. Cependant, les techniques modernes, opposées aux procédés de fabrication traditionnels de nos verreries, permettent une production de masse et des tarifs surprenants. On a beaucoup parlé hier aussi des répercussions jugées néfastes par les verriers, de la fusion, en septembre dernier, des usines de Vallérysthal-Portieux avec celles de Fains-les-Sources, Vannes-le-Châtel et Bayel. (Le groupe a pris le nom de Compagnie Française du Cristal).

« Depuis ce jour, nous ont dit les ouvriers, ça va mal ». De l'avis général, cette concentration d'entreprises n'a pas avantagé les verreries de Vallérysthal, bien au contraire.

C'est là que l'on évoque également ces essais techniques qui ont été effectués pendant près de six mois à Vallérysthal. Leur but consistait à rechercher une amélioration dans la qualité du verre, en modifiant sa composition qui aurait pu être normalisée dans le cadre des cinq usines du groupe. Mal heureusement, ces essais ont échoué cet échec entraînant une perte de temps et, surtout, des pertes sévères de matière.

Les verriers décident aujourd'hui

Quoi qu'il en soit, le mécontentement des ouvriers ne fait que grandir à la suite des contacts infructueux avec la direction. Plus que jamais, ils sont décidés à défendre leurs intérêts et décideront aujourd'hui sur leur lieu de travail, de la poursuite de leur mouvement revendicatif.

Ils se rendront normalement dans les ateliers ce matin, mais seront appelés à se prononcer pour ou contre une grève qui pourrait être illimitée. Tous les verriers âgés de plus de 18 ans iront aux urnes, conscients de la gravité de la situation mais déterminés à sauvegarder le plein emploi.
Passons au 10 juillet 1971
Variations De Cristal