Vallérystal a perdu son h... pas la commune, la marque. L'histoire du cristal y passe toujours. Et les visiteurs viennent de toute la Lorraine pour découvrir un four reprenant de la chaleur sous une forme inédite. Le cristal de valléry pointe son nez.
Jean Favot, l'homme de la Société anonyme
lorraine des petites entreprises à Vallerysthal.
« Il faut vendre pour produire»
Est-ce une aventure, un pari ou un postulat ? Jean Favot appartient à la société anonyme lorraine des petites entreprises (SALP). Qu'est-il venu faire à Vallérysthal ? Jouer les gérants non appointés d'une maison fantôme où se bousculent les vestiges d'un passé glorieux. Non point. «Je me suis intéressé à cette entreprise et le groupe que je représente ici me fait confiance pour réunir les conditions susceptibles de repartir d'un bon pied». Jean Favot détient cinq parts des 500 constituant le capital social de la nouvelle société qui possède un employé. Et c'est tout un symbole. Il s'agit d'un verrier hautement qualifié, issu de l'ancienne équipe ayant composé une coopérative ouvrière dont on connaît les avatars.
Bénévolat
Ceux-ci sont exclus de l'esprit de Jean Favot : «Tout ce qui s'est passé auparavant à Vallérysthal ne nous concerne plus. Je ne peux m'y référer puisque nous investissons idéologiquement et matériellement dans une perspective complètement différente». C'est vrai, un four de démonstration à la silhouette moderne occupe le centre de la halle où des cristalliers bénévoles s'affairent. Ils viennent là dans l'espoir de reconstruire une maison capable de les employer un jour. Illusions ? Peut-être pas. En tout cas, Jean Favot, agissant selon une méthode prudente, voulue par la SALP, sait qu'il peut compter sur une somme de 350.000 F pour redorer le blason d'une vieille maison en partie écroulée mais dont l'avenir pourrait être édifié avec circonspection, pierre par pierre. On embauchera au fur et à mesure que la trésorerie le permettra. En tout cas, aujourd'hui, dans les locaux de l'ancienne cristallerie, tout est propre, presque net. On est loin des décors rappelant l'usine dont Zola eût fait une description sans doute dramatique. Un monde de sueur, livré à lui-même, sans lendemain. Le dépôt de bilan.
Produire pour vendre
Alors on produisait des choses admirables. Mais on ne les vendait pas Les coopératives ouvrières de Vallérysthal avaient oublié de créer un réseau commercial partant à la conquête les commandes. Le stock était immense et de valeur. Jean Favot en est aujourd'hui le gardien. On le lui a rétrocédé pour le franc symbolique. A lui de le rentabiliser et de faire rentrer de l'argent frais dans les caisses. Le système de dépôt-vente, formule ayant trouvé l'aval de Me Koch, le syndic chargé de l'affaire. Aujourd'hui, les mots clés de la réussite apparaissent dans le dialogue : il faut vendre, réaliser un chiffre, gagner des sous pour investir et en dernier ressort embaucher à la lumière des certitudes et non des rêves. Dans le même temps, un produit nouveau est l'œuvre de Jean Favot. Il introduit des émaux dans le cristal. L'article rejoint le fameux stock et semble plaire aux touristes.
Exploiter la mine touristique
Désormais, du mois d'avril à celui d'octobre, chaque samedi et dimanche, le magasin d'exposition des Cristalleries est un but de randonnée. Les visites sont guidées et payantes (10 F les adultes et 5 F les enfants) : «J'ai le devoir d'écouler la marchandise d'une qualité exceptionnelle fabriquée par les verriers de la coopérative. Ainsi, nous serons en mesure d'aller de l'avant. Et il importe aussi d'exploiter la formidable mine touristique qui se met en place dans la région de Sarrebourg». Ainsi, le geste ancestral du créateur de la verrerie devient matière à curiosité dans cette vallée de la Bièvre où la nature est si belle. Jean Favot accepte-t-il le titre de gardien de musée ? «Vous voulez rire. Ma mission est d'une autre portée. Elle tient à restituer une part du patrimoine artisanal, unique dans son genre, à la postérité ... ».
Ainsi, les choses chemineront sans secousses. C'est vrai qu'à Vallérysthal, un troisième accident serait vraiment une catastrophe. C'est pourquoi on se contentera d'une allure modeste. L'essentiel étant de voir le four allumé. Feu de l'espoir incontestablement. Preuve presque surnaturelle, montrant que certains lieux prédestinés échappent à une mort définitive. Le conte de Vallérysthal (Vallérystal maintenant) a commencé le 8 janvier 1707, lorsque Léopold, duc de Lorraine, a promulgué un décret autorisant l'établissement d'une verrerie dans la vallée de la Bièvre. Il en reste un seul et Jean Favot avec sa détermination de manager impavide. Ils ne seront pas les derniers... si les visites continuent selon un rythme satisfaisant. C'est l'autre image du cristal.