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La Verrerie-de-Portieux

Tout sur la technique du verre

De A à Z la naissance d'un verre photo par photo

 


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Le quatrième souffleur Gérard Adam sort la boule de verre du four

 
Seconde étape : Gérard se dirige à présent vers son "marbre". Ici, il s'agit d'une mailloche qui va lui permettre d'arranger son verre dans les règles de l'art. Pendant ce temps j'immortalise ses gestes pour la postérité.



 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Gérard Adam quatrième souffleur photographié par Gérard Triboulot dit le P'tit Cabou

 
Troisième étape : Le troisième souffleur s'empare de la canne à l'extrémité de laquelle le verre est moitié apprêté par les bons soins du quatrième souffleur et, tout en roulant la canne sur les ridelles de son banc, il mailloche une nouvelle fois le verre afin de lui donner une forme en rapport avec le moule qu'il utilise.


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Michel mailloche et donne la forme avant de mouler

 
Quatrième étape : Michel, le troisième souffleur, achève la préparation du verre avant le moulage imminent


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Michel Gaglione le troisième souffleur

 
Cinquième étape : sous l'œil de deux visiteurs ébahis, le soufflage se déroule sans incident. Michel lève le moule en fonte qui refroidissait dans le "gamin mécanique", puis, habilement, il introduit son verre à la viscosité encore suffisante entre les parois du moule articulé en deux parties. Il lui reste à doser son souffle et à assurer la rotation régulière de la canne en fonction de la pièce qu'il produit. Cela ne s'acquière qu'avec une grande expérience.


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Michel Le troisième souffleur moule la paraison

 
Sixième étape : Remarquez la concentration et la position des mains de Michel sur la canne de souffleur. Un travail d'artiste, toujours très apprécié des visiteurs.


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Michel en action de soufflage de la paraison

 
Septième étape : le verre (la paraison) est moulé. Michel s'efforce de trancher consciencieusement le col entre la canne et la paraison, cela afin de faciliter le détachement du verre d'après la canne, lorsque l'objet d'art sera terminé. La séparation du verre d'avec la canne qui a servi à le fabriqué, est assuré par le ou la "porteuse à l'arche".


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Michel tranche la paraison

 
Huitième étape : Après avoir réchauffé le cul de la paraison, Michel passe celle-ci à son "chef de place", en l'occurrence Bernard Magnier habillé de blanc qui va, à son tour, façonner une jambe "à la main", en tirant artistiquement le cul de la paraison réchauffée à l'aide d'un petit four à gaz par le "cueilleur de jambe", Roger Jobert absent sur cette photo.


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Michel, Bernard et Jean-Claude à la Verrerie de Portieux

 
Neuvième étape : Uniquement avec ses fers de "poseur de jambes", Bernard Magnier, le "chef de place", tire la jambe directement de la paraison réchauffée pour que naisse ce verre à vin d'Alsace. Il existe une autre méthode qui consiste en un apport de verre en fusion par le "cueilleur de jambes". Verre que le "chef de place" colle et coupe en quantité suffisante, puis façonne à même la paraison nue, comme dit plus haut, à l'aide de ses seuls fers de poseur de jambes. Toutefois et pour cette seule méthode, la jambe ainsi tirée est terminée à l'aide d'une pince spéciale constituée de deux mors, graissés ou non et enduits de poussière de charbon.

Derrière Bernard Magnier, Jean-Claude Savoy le "poseur de pieds", prépare le morceau de verre pour façonner le pied du verre à vin d'Alsace, et, ainsi, le terminer.

Accroché à la potence en fer on peut voir un verre terminé, suspendu à l'extrémité de la canne derrière Jean-Claude. Il attend que le porteur à l'arche le détache pour le transporter dans "l'arche à recuire". Passage obligé pour toutes les pièces afin de réduire les tensions qui les feraient immanquablement éclatées sans cette dernière opération de réchauffage.


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Bernard Magnier et Jean-Claude Savoy

 
Dixième étape : Bernard Magnier admire une dernière fois la jambe qu'il vient de tirer, un travail d'orfèvre, une pure œuvre d'art.
Pendant ce temps, le poseur de pieds Jean-Claude Savoy lisse une dernière fois son travail à l'aide de papier journal humide. Cela surprend toujours les visiteurs qui demandent invariablement :"Il ne risque pas se brûler les doigts ?"


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Bernard Magnier admire une dernière fois la jambe qu'il vient de tirer

 
Onzième étape : Le "cueilleur de pieds" (Solnot) Magnier, pique son "ferret" dans le pot, effectue quelques tours et, comme on le voit ici, arrange son verre (pour une parfaite présentation) avant de ressortir du pot avec son précieux chargement : une boule de verre instable frétillante à l'extrémité de son ferret de cueilleur de pieds.


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Le - Solnot- cueilleur de pieds

 
Douzième étape : Après avoir prélevé son morceau de verre Magnier revient sur sa place pour tendre son verre au poseur de pieds.


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Solnot Magnier revient du pot


 
Treizième étape : à l'aide ses ciseaux de verrier dont les manches sont gainés de jaune, Jean-Claude Savoy s'apprête à attraper le ferret de Magnier le cueilleur de pieds.


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Les verriers Bernard Magnier et Jean-Claude Savoy

 
Quatorzième étape : Jean-Claude Savoy pose le verre qui va servir à fabriquer le pied sur la jambe encore chaude.


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Jean-Claude Savoy pose le pied sur la jambe


 
Quinzième étape : Jean-Claude Savoy pose le pied et termine ainsi le verre. Sur la droite Paul Wirtz le porteur à l'arche du jour, attend que le verre soit terminé pour le transporter dans l'arche à recuire ; pendant que Solnot Magnier roule le "mors" de son ferret sur le petit marbre. Remarquez les "paravannes", ces tôles disposées-là pour protéger les verriers de la chaleur du four. C'est ainsi que se passe le travail des verriers à la Verrerie-de-Portieux.


 
Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Jean-Claude Savoy pose le pied


 
Malgré les catastrophes qui se sont abattues sur elle jusqu'en 1996 (six dépôts de bilan en treize ans! ), la cristallerie de Portieux est bien partie pour souffler ses 300 bougies en 2005.

En attendant, ses verriers ont soufflé pour les visiteurs, tout au long d'un week-end "portes ouvertes" sur la chaleur des fours et les dernières créations visibles dans le magasin d'usine.

Les collectionneurs de sucriers ont notamment pu découvrir la nouvelle couleur du Portieux: un " rose dragée " très léger, mis au point il y a trois semaines, qui teinte déjà salières et coquetiers.

La cristallerie vosgienne prépare également une collection de gobelets extra-légers, sans menacer le geste magique du "cueilleur" qui donne sa jambe au verre à blanc d'Alsace.

Ils ne sont plus que 26 à la cristallerie qui ouvre ses portes aujourd'hui. Mais la magie du verre, cueilli tout rouge à la canne, opère toujours.

L'incroyable a fini par arriver : depuis quatre ans et demi que Jean Jacquet et son fils Marc ont repris la faïencerie de Niderwiller et la cristallerie de Vallérysthal, propriétaire de celle de Portieux, il ne s'est rien passé d'autre que le lancement de nouveaux modèles à la cristallerie vosgienne, que l'on avait fini par croire vouée aux dépôts de bilan, aux repreneurs douteux et aux incendies suspects.

Depuis hier, les visiteurs peuvent constater qu'il n'y a le feu qu'aux fours sur le site vosgien de Faïence et cristal de France, qui ouvre cet après-midi encore les portes de ses ateliers et son magasin. Sous l'œil de Claude Didon, le responsable du site, lui-même entré à la verrerie en 1959 (à l'époque où ils étaient 700 à y travailler), Michel, Roger, Bernard, Damien, Jean-Claude et les autres s'affairent autour des pots rougeoyants où il faut aller cueiller les boules de verre en fusion au bout d'une canne.


Sur Internet grâce au P'tit Cabou

Le quatrième souffleur va chercher le verre dans le four. Il le donne au troisième souffleur qui le mailloche, puis le tranche... " Pour mieux comprendre la naissance d'un verre à vin d'Alsace, les visiteurs hier matin avaient un guide sur place. Son appareil photo numérique bien calé sur pied, Gérard Triboulot, dit P'tit Cabou, verrier pendant un quart de siècle à Portieux après son père (le Grand Cabou), ne se lasse pas de raconter la cristallerie.

Plus que 26 " Hou-Hou "

En y a six ans, il en a fait un gros bouquin de 400 pages ( " Le cri du verre " ). C'était avant internet, pour lui pain bénit ! Son site, permet de télécharger le livre et compte aujourd'hui des milliers de pages et des centaines de photos sur Portieux. Le trésor va d'un manuscrit de 1507 aux superbes catalogues illustrés de la cristallerie, en passant par toutes les délibérations du conseil municipal depuis 1900. Sans oublier les actualités, comme l'accueil, en octobre, des élèves-artistes du CERFAV de Vannes-le-Châtel venus créer en direct à la Verrerie. On vous recommande la "collection" des surnoms que s'attribuaient les "Hou-Hou" (les verriers) de génération en génération, au point d'oublier leurs noms de famille: la Bossotte, Pépino, le Quicouyou, la Puce, Bouche-en-Coeur, la Coopète, le Flamand rose, Tournagueule, le Chiponogoutte, le Quibouiche, la Satina... Il y en a presque 500 !

Sucriers-choux et coquetiers rose dragée

Aujourd'hui, les Hou-Hou ne sont plus que 26 à la cristallerie, qui continue pourtant à enrichir sa collection: après les sucriers chou-coqs-poule, les grenouilles, les dromadaires et les éléphants (ambre, bleu ou vert fluo); après la célèbre série dauphins coupe, vase, candélabre, drageoir, couleur, flambeau, photophore, soliflore, les verres pongés d'or
et somptueux bougeoirs à pampilles destinés aux riches tables de Dubaï.

Dernières inventions des verriers : les verres-gobelets extra-légers ou en opaline bleue doublée d'onyx ou de vert, puis taillée. Et une couleur inédite, mise au point il y a trois semaines seulement: un rose dragée tout léger - à ne pas confondre avec le "rosaline", plutôt orangé.

Parmi d'autres promotions (vase Belle Époque à 200F, bougeoir tortue et photophore cloche à 75 F... ), les visiteurs d'aujourd'hui peuvent commencer leur collection "rose" de Portieux avec les sucriers-choux (185F), les coquetiers (63 F) et les salières (72 F).



Technique de cueillage du verre

Précédente

Ci-dessous le ferret du cueilleur de jambes ou de pieds
                             Poignée
                                                                                                                                                                                                                  Mors
Le ferret du cueilleur de jambes ou de pieds
Les différentes techniques de cueillage du verre présentées ici ne le sont qu'à titre d'information. Chacun doit s'adapter au travail à effectuer.

Les outils



Petit cours de technique propre au verre

Le guillochage : consiste simplement en décoration des verres et autres objets fabriqués à la verrerie. Explications de la gravure chimique ici

Exemple : Le décor du verre consiste à inscrire le nom, la marque ou des décorations sur les flacons. Il existe différentes techniques de décoration :

- la taille à la roue
- le sablage
-le décor à l'or, au platine, à l'acide
-la sérigraphie
-le guillochage à l'acide fluorhydrique


Le coupage à chaud

Le coupage à chaud s'effectue sur un verre ou un autre modèle juste après sa fabrication et avant la recuisson à l'arche.

Les Verres sont coupés individuellement.

Caractéristique

La machine à couper à chaud se compose d'une tète : qui à l'aide de griffes maintient le verre par son pied et d'un cercle faisant chalumeau alimenté par de l'air chaud de l' oxygène.

Avantages

Le verre coupé à chaud ne nécessite aucune opération de travail après coupage , le coupage et le rebrûlage s'effectue simultanément.

Inconvénients

Le coupage n'est pas si pur que le coupage à froid.

Un bourrelet ou goutte se forme inévitablement dans la phase rebrûlage sur le bord du verre.

Le coupage à chaud du cristal n'est pas valable pour cette raison.

Coupage à froid

Le coupage des verres ou des autres articles est une opération importante et délicate - il s'effectue après la sortie des verres de l'arche donc recuit et froid.

Le coupage à froid comprend deux phases :

1- le traçage au diamant à la hauteur déterminée

2- le coupage proprement dit , un chalumeau alimenté à l'air propané et à l'air comprimé vient frapper la partie du verre qui a été préalablement tracée au diamant.

Caractéristiques

La machine à couper est de forme circulaire - les verres sont mis dans des gabarits de la grosseur des pieds.

Elle peut contenir 24 pièces et en couper 1800 à l'heure.

Personnel

Des ouvriers sont attachés au poste de coupage

- un pour alimenter la machine t mettre les verres dans les gabarits

- l'autre pour réceptionner les verres après coupage.

Avantages

Le coupage à froid permet une coupe très nette et très pure.

Inconvénients

Le bord reste coupant . Un travail de flettage / de débordage et rebrûlage est nécessaire pour effacer le coupant.

Le poste de travail se compose d'une machine à couper.

Nota : l'air propané pouvoir calorifique 6.500 calories au M3

Flettage et biseautage

Jean-Paul Didelot au flettage des verres en décembre 2000


Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Jean-Paul Didelot au flettage des verres


L'action de fletter le bord des verres est d'éliminer par usure la coupant et les pointes laissées par le coupage à froid sur la partie supérieure du bord des verres.

Caractéristiques

La machine â fletter fonctionne sur le principe de scie à ruban ; une bande de carbure de silicium remplace la scie. La bande de carbure de silicium ( grain 180 ) tourne à grande vitesse elle est arrosée constamment en eau pendant le travail afin d'éviter l'échauffement du verre et la casse certaine de celui--ci et éliminer les poussières de verre.

Une ouvrière spécialisée prend le verre, l'applique contre la bande avec une légère pression de la main en forme de rotation maintenant le bord du verre dans la position la plus possible à la bande.

Pour que la bande soit bien d'aplomb, celle-ci glisse contre une plaque d'acier réglable recouverte de caoutchouc mousse et d'une plaque de matière plastique, afin d'éviter au contact un choc qui pourrait écailler le bord du verre.

Elle use la partie supérieure du bord du verre. Le contrôle se fait en faisant tourner celui-ci pour vérifier.

Le débordage et le chanfreinage

Christine Ferry au débordage des verres lors des portes ouvertes de décembre 2000


Photographie © Gérard Triboulot décembre 2000
Christine Ferry au débordage des verres lors des portes ouvertes de décembre 2000
Christine Ferry au débordage des verres lors des portes ouvertes de décembre 2000


L'action de déborder consiste à supprimer les angles vifs occasionnés par le flettage.

Le débordage extérieur.

Sur un touret tournant à faible régime ( 200 tours m/n)

Une meule au grès doux est continuellement arrosée par un filet d'eau afin d'éviter les échauffements.

Une ouvrière passe avec délicatesse le bord du verre tout en tournant régulièrement afin d'éliminer l'angle.

Le débordage intérieur

sur un touret tournant à faible régime ( 200 t m/m) ayant une tête conique de forme et de diamètre se rapportant au modèle à traiter.

La tête se compose : sur un arbre creux supportant un cône en liège et recouvert de caoutchouc mousse recouvert d'une toile en corindon ( grain 280) . La tète est arrosée par de l'eau provenant du centre de l'arbre et qui par la vitesse centrifuge remonte sur la bande.

Les opérations permettent d'avoir un rebrûlage très pur.

LE REBRULAGE

Le rebrûlage a pour but de redonner aux verres l'état limpide du bord des verres, c'est à dire effacer la partie mate laissée par le flettage ou le chanfreinage, et également donner l'arrondi aux bords des verres.

Après lavage et essuyage, le rebrûlage se fait pièce par pièce ou à la machine.

L'opération consiste à porter légèrement au point de ramollissement le bord du verre. Pour cela le verre tournant sur lui-même afin de rendre le ramollissement homogène sur tout le diamètre, le bord du verre passe dans une flamme de chalumeau alimenté en air propané et air comprimé.

Le rebrûlage oblige à repasser les pièces à l'arche à recuire afin d'éliminer les tensions internes survenues au moment du rebrûlage, ces opérations pour le coupage â froid se font en cristallerie et en gobeleterie de luxe.

Porter à l'arche

La mise à l'arche des pièces terminées doit être très rapide. Un refroidissement trop grand ferait casser les pièces. Dans la halle l'arche doit être aussi près que possible de la place travail. Les courants d'air doivent être évités.

Le porteur à l'arche prend la pièce terminée avec un outil approprié à chaque article : pinces - fourches - plateaux. Ces outil peuvent être en différentes matières : bois - fer recouvert d'amiante.

Si l'on prend une pièce trop vite, lorsque le verre n'est pas encore complètement solide, celle-ci se déforme.

Attention aux jambes et aux pieds des verres.

Si l'on prend une pièce qui est à environ 400° quand elle vient d'être terminée avec un outil froid, la pièce se casse ou se calcine. Les outils métalliques doivent être chauffés.

Les plateaux recouverts d'amiante doivent être également chauffés.

Le plateau sur lequel le porteur à l'arche reçoit une pièce doit être parfaitement propre.

Veiller en particulier à ce qu'il n'y ait pas d'éclats de verre dessus, les particules de verre se souderaient immédiatement à la pièce chaude.

Si il y a de la graisse sur le plateau, le verre se calcine.

Lorsque l'on place une pièce dans l'arche, ouvrir la porte de l'arche le moins longtemps possible pour éviter un refroidissement et un courant d'air qui provoqueraient de la "pète".

Ranger les pièces dans l'arche en respectant leurs positions respectives.

Autre chose :

Voici quelques " trucs " qu'ils faut connaître pour " faire un bon cueilleur ". Jugez de la technique !

A propos, voici, autant que faire se peu, quelques conseils pour " cueillir " avec un ferret.

Mais de quoi est fabriqué un ferret… voici des explications supplémentaires, qui, je l'espère, permettrons d'améliorer la compréhension du travail ingrat du cueilleur.

Le ferret

Le ferret est une tige d'acier ronde, légèrement conique dans la partie servant au cueillage (cette partie qui est le mors est en acier inoxydable), renflée à son autre extrémité, ce qui en facilite la manipulation.

Le cueillage au ferret

Lorsque l'on présente le ferret à l'ouvreau, il est indispensable de le positionner dans l'angle droit de celui-ci, afin qu'en imprimant une rotation normale pour cueillir le verre, notre ferret ne roule pas librement sur l'appui du pot.

Pour prélever du verre, il convient de tourner plus ou moins vite… selon que le verre est… plus ou moins chaud. - les verriers disent, lorsque le verre est trop chaud : il est " gonviant ".

Après avoir piqué le ferret dans le verre, un centimètre environ, et effectuer une première rotation, il faut bourrer légèrement en avançant de 1 à 2 centimètres, sans enfoncer son mors plus profond. Tout en continuant la révolution du ferret - tout en tournant-.

C'est ce mouvement, plus ou moins rapide selon la viscosité du verre et la quantité que l'on veut prendre qui permet de " ramener " le cueillage désiré.

Pour positionner le ferret à l'horizontale, avant de sortir du pot, abaisser la main droite… lentement et régulièrement tout en poursuivant la circonvolution du ferret selon la viscosité du verre.

Si l'on opère brusquement, le cueillage " retombe " dans le pot.

Alors même que l'on amène le ferret à l'horizontale, il se produit un fil. Tirer le ferret vers soi de façon à ce que le fil retombe entre le cercle et le pot faute de quoi, des bouillons et des cordes peuvent apparaître.

De toute façon, avant de sortir du pot, il est indispensable de " rebrûler " le fil. Pour arriver à cette fin, il convient, lorsque le ferret se trouve à l'horizontale de ne pas cesser sa circonvolution afin d'obtenir un cueillage bien rond avant de sortir du pot sans risque.

Le cueillage ne s'effectue pas au hasard, les yeux fermés, il est de mise de choisir son emplacement à l'intérieur du cercle. Il ne faut pas cueillir à la même place que le précédent cueilleur. Cela est facile, car la trace du cueillage se voit à la surface du pot. Dans cette trace a pu se former un bouillon.

Dans la longue liste de ce qu'il ne faut pas faire, signalons que le cueilleur ne doit jamais cueillir tout près du cercle fabriqué en terre réfractaire, surtout lorsque le cercle est ancien, cela peut occasionner des " cailloux ".

Le ferret sorti du pot, le cueilleur doit immédiatement examiner son cueillage. Si par maladresse le cueillage ne se présente pas sous une forme sphéroïdale, il suffit d'arrêter la circonvolution du ferret pendant un court instant, lorsque le trop plein de verre se trouve par dessus ; ce léger arrêt permet au verre de mieux se répartir autour du mors, la circonvolution étant reprise en temps voulu, cela s'appelle : le coup d'œil, c'est cela qui fait la différence entre un " bon " et un " mauvais " cueilleur.

Si par malheur un bouillon se trouve emprisonné dans le verre, si le verre est très chaud, le cueilleur peut tenter de rabattre le produit du cueillage vers le mors, ce qui permet très souvent d'éliminer le bouillon parasite, celui-ci restant collé après le mors, sinon, il faut recommencer le cueillage rapidement avant que le chef de place ne fasse une remontrance, pas toujours très agréable à entendre.

Avec un mors marbré, ou plusieurs cueillages se sont succédés, le cueilleur averti surveille la température de cet appendice.

Si le mors est trempé complètement dans l'eau des créniots à chaque cueillage, il cassera et tombera dans le pot.

Si le mors n'est pas assez refroidi, il se réchauffera au contact du verre et coulera lors d'un nouveau cueillage, ce qui est désastreux pour le cueilleur… et pour le pot.

Le cueilleur ne doit pas " s'amuser " à produire de longs mors, à la suite de paris, par exemple. Ils finiront par casser et tomber dans le pot, ou sur la tête du chef de place. Le plus souvent il tombera entre les jambes.

Présentation d'un pied ou d'une jambe

Pour présenter un cueillage de pied ou de jambe au chef de place, il faut :

1) Bien lever la main droite pour faciliter la coupe de ciseaux.

2) Maintenir le ferret immobile lorsque le chef de place cesse de le maintenir avec les ciseaux.

3) Tourner dès que le chef de place a coupé le verre, de façon à ne pas laisser tomber le verre restant après le ferret.

4) Il faut présenter son cueillage au moment précis ou le chef de place en a besoin, pour cela, le cueilleur doit suivre le rythme de la place. 5) Si le cueilleur est en retard, le verre est trop chaud… s'il est en avance, le verre est trop froid. Dans un cas de figure comme dans l'autre, cela perturbe la place.

6) Le moment de cueillir est toujours le même et doit être repéré exactement par le cueilleur.

7) Le moment varie légèrement :
- selon le modèle exécuté.
- Selon la vitesse de travail.
- Selon la distance de la place à l'ouvreau.

Le cueilleur repère exactement, par exemple, qu'il doit cueillir au moment précis où le troisième souffleur ouvre son moule.

La canne à souffler

La canne est une tige d'acier ron
de et creuse permettant au souffle de pénétrer le verre.

La longueur et la grosseur diffèrent selon les fabrications. Une partie, une extrémité, l'embouche : partie mise aux lèvres à une vingtaine de cm d'une bagué de suspension, à l'autre extrémité : le mors en acier inoxydable. ( l'acier inoxydable évite la rouille et les pailles de fer) il est en forme de cône à la base duquel adhère le verre.

Croquis d'une canne à souffler
La canne du souffleur
Remarque sur le cueillage à la canne

La façon de "cueiller" à la canne diffère nettement de la façon de "cueiller" au ferret.

Il ne faut pas piquer comme avec le ferret ce qui pourrait boucher la canne.

Lorsque l'on amorce le cueillage il faut au contraire tirer légèrement vers soi. Toutefois lorsque l'on cueille à nous sur un mors de verre, on peut piquer sana risquer de boucher la canne.

Pour amorcer le cueillage, le mors de canne étant amené en contact avec la surface du verre, tirer légèrement vers soi et tourner deux tours environ pour que le verre soit enroulé régulièrement sur le mors. Puis tout en tournant régulièrement, achever le cueillage désiré. Pour cela relever très légèrement la canne, de façon qu'en baissant la main droite à cueiller sur le verre déjà amorcé.

De cette façon on cueille facilement en bout de mors ; on obtient la quantité désirée et un cueillage rond.

Si l'on ne prend pas le temps de procéder de cette manière (amorçage puis achèvement) on est obligé, soit d'engager plus profondément le mors de canne dans le verre, et tourner plus vite, soit après avoir amorcé, et tourner plus vite en avançant la canne en bourrrant pour amasser du verre. Le cueillage n'est pa alors rond (plat au bout).

Pour bien "cueiller" à la canne, il faut cueiller à pleine main (et non pas du bout des doigts comme avec le ferret). La canne est tenue dans la paume de la main droite (main gauche et main droite).

La canne roule dans la paume de la main gauche avec un mouvement souple des poignets.

De cette façon on peut cueiller plus facilement et plus régulièrement rond, surtout pour les gros cueillages.

Canne à pontil


La canne à pontil est identique à la canne à cueiller, mais elle n'est pas creuse.

Elle est utilisée pour le travail au moule non soufflé et fixe (bouchons) et pour empotiller les pièces à réchauffer et à rogner.

Pour empotiller une pièce on présente le mors recouvert de verre et marbré que le verrier colle au fond de la pièce à terminer.

Les deux parties du verre devant se coller doivent être à la même température : environ 900 à 1000°

Cueillage à mors frais

Le mors de canne est chauffé juste assez pour que le verre y adhère. On dit " cueiller à mors frais " par opposition à " cueiller à mors chaud " système dans lequel le mors doit être chauffé au rouge cerise.

Pour cueillir à mors frais en faisant chaque cueillage sur une canne propre (débarrasser du verre précédent) il faut prendre un jeu de 20 cannes environ sur une place double de verre à calotte.

Après détachage de la pièce terminée, la canne est laissée au cachon sans être trempée. Le mors de canne se détache seul en refroidissant ; Les cannes sont reprises au cachon dans l'ordre pour être remises à réchauffer dans l'ouvreau.

Le cueilleur prend une canne à l'ouvreau pour cueiller.

Pour que le mors se détache plus vite le cueilleur peut mouiller le mors (en fermant l'embouchure de la canne). Avant de déposer la canne au cachon, mais ceci peut provoquer de la rouille et des pailles de fer sur les mors.

Cueillage sur mors de verre

Selon les habitudes de certaines verreries, et selon les modèles à effectuer, le cueilleur peut effectuer une série de cueillages successifs avec la même canne. Dans ce cas il bat sa canne après cinq ou six cueillages. Il n'a besoin que d'une canne pour travailler (place de gobelets par exemple).

Si l'on travaille le cristal, le mors de cristal est encore assez chaud pour être écrasé avec la tête des fers, et le trou de la canne régularisé avec la pointe des fers.

Avant de cueiller sur mors de verre il faut d'abord tremper le mors pour le refroidir et le nettoyer.

Pour cueiller ensuite on peut soit recouvrir complètement l'ancien mors de verre, soit cueiller en bout de mors :

En recouvrant complètement l'ancien mors de verre, on obtient plus sûrement un cueillage rond et on rectifie plus facilement la quantité de verre nécessaire au marbrage ( en écrasant plus ou moins le mors sur le marbre). Par contre on utilise plus de verre et le mors grossit plus vite.

C'est la meilleurs méthode pour le cristal ou il vaut mieux utiliser un peu plus de matière mais réussir parfaitement la pièce. Le gros mors oblige à marbrer pointu.

Si l'on cueille en bout de mors, le cueillage est sûrement moins rond et régulier, mais on utilise moins de verre, le mors ne grossit pas, il s'allonge à chaque cueillage, on peut cueiller un plus grand nombre de fois.

Cette méthode n'est pas conseillée pour le cristal, parce que moins sur au point de vue régularité. Elle oblige à " marbrer à la canne " (c'est à dire marbrer le cueillage nouveau, la canne et le mors précédent étant en deçà du marbre) marbrage plus délicat qui dans la cristal peut provoquer des plis.

Premier principe pour un bon moulage

Suivre le palier de travail, c'est à dire la température du verre. Autrement dit, observer la consistance du verre et sa chaleur couleur pour exécuter les diverses opérations au bon moment, verre ni trop chaud, ni trop froid.

Si le verre est trop chaud " trop liquide "

Si le mouleur va au moule trop à chaud : le verre coule vers le fond du moule, les bords sont trop minces et le fond trop épais.

Le mouleur ne peut maintenir sa paraison qu'il déforme en entrant dans le moule, la paraison peut se déformer ou faire des plis etc.

Si le verre est trop froid " trop visqueux " il ne peut être travaillé. La paraison ne s'allonge pas dans le moule. Le soufflage perce le fond de la paraison et le verre reste sur les côtés. Le moule n'est pas plein et les cordons ne sont pas remplis etc.

Si le mouleur ouvre son moule trop vite et trop tôt le verre encore chaud se déforme (verre ovale).

Si le mouleur laisse son verre trop longtemps dans le moule, le verre se refroidit trop et se calcine.

Deuxième principe pour un bon moulage :

Introduire dans le moule une paraison qui ait déjà une forme aussi rapprochée que possible de la forme définitive.

Au moment ou le moule se ferme, la paraison doit être allongée presque à la longueur du moule ; elle doit autant que le modèle le permet se rapprocher de la forme définitive (paraison soufflée en boule pour un ballon, paraison cylindrique fond plaqué pour une chope, col et talon préparés au fer ou au marbre). De cette façon il faudra souffler très peu et très légèrement pour mouler et la verre touchera toutes les parties du moule au même moment.

Si la paraison est trop longue ou trop large elle touche le moule à un endroit au moment de la fermeture. A cet endroit le verre est marqué (fond des paraisons) ou il produit une marque circulaire (sensible au toucher).

Si la forme de la paraison n'est pas préparée à la forme définitive, le soufflage fait que certaines parties du moule sont remplies avant d'autres, les parties remplies refroidissent plus vite, alors continuer à souffler pour tout remplir : la canne devient difficile à tourner - on souffle plus fort - le moulage n'est pas clair.

Troisième principe pour un bon moulage :

Introduire dans le moule une paraison qui ait déjà une répartition de verre semblable à celle de l'objet fini.

A - Par rapport à l'axe, sinon l'objet est mal soufflé.

La répartition du verre doit être parfaitement symétrique par rapport à l'axe vertical de la pièce (axe de la canne).

Pour cela il faut d'abord que le marbrage ou la maillochage ait une forme de révolution parfaite (une coupe perpendiculaire à l'axe du marbre ou du maillochage doit toujours être un cercle parfait).

Il faut ensuite " travailler droit " pour que la paraison reste toujours bien dans l'axe de la canne jusqu'à la fin du moulage (pendant le percement du souffle - pendant l'allongement de la paraison - pendant le moulage lui-même).

B - Dans le sens vertical

La répartition verticale ne peut généralement pas être réalisée parfaitement au moment de l'introduction dans le moule. Elle n'est terminée que pendant le moulage, quand le moule est rempli.

Pour préparer la répartition du verre pour le modèle demandé le mouleur se sert :

- Du marbrage long ou court - cylindrique conique - large ou pointu à l'extrémité du talon, le retire derrière la marbre.

- Du maillochage bien préparé avec un matériel adapté au modèle.

- Des fers et des palettes qui complètent le maillochage si nécessaire (étrangler une partie qui deviendra un bord mince - aplatir la pointe du maillochage pour faire remonter la force).

- De la viscosité du verre qui permet de percer plus ou moins (en soufflant mors horizontal, en haut ou en bas) d'allonger la paraison naturellement ou par balancement.

- De la force centrifuge qui permet par rotation de la canne alternativement dans les deux sens, soit d'élargir une paraison avant moulage, soit pour certains modèles de faire remonter le verre dans la moule et de le percer plus profondément (certains verres limonaires).

Serrage du verre :

A - Lorsqu'on travaille au marbre ou à la mailloche, il est fréquent que le moniteur vous dise " serrer le verre " ou que le verre ne tient pas ensemble parce qu'il n'est pas serré ou que vous ne pouvez pas tenir votre paraison. Qu'est-ce que cela veut dire ?

B - Il s'agit d'un malaxage du verre au bout de la canne qui le rend homogène à tout le cueillage du verre en le mélangeant pour que toutes ses parties soient à température égale.

C - Cette action pourrait se comparer au pétrissage d'une argile humide, que l'on malaxe dans la main jusqu'à ce que le mélange soit d'une consistance parfaitement homogène ; mais dans le verre la consistance vient de la température.

- On mélange les couches des verre très chaudes (liquides) avec les couches de verre refroidies (visqueux) pour obtenir une pâte homogène.

D - Avec deux cueillages de verre pris à la même température dans le pot, de poids rigoureusement égaux et en faisant deux marbrages en même temps, avec le même nombre d'aller et retour sur le marbre, on peut obtenir une paraison qui est bien " serrée " et une paraison qui n'est pas " serrée ".

E - Si la paraison n'est pas " serrée " on remarque quant on perce la poste pour permettre au verre de s'allonger de nouveau et de prendre la forme définitive désirée. A la fin de ce mouvement il dégage la mailloche et la repose dans l'eau.

F - Les conséquences du verre " mal serré " se remarque encore plus dans le travail sur les pièces rognées réchauffées (ouvertes).

Lorsque l'on veut ouvrir une coupe dans un four à réchauffer avec une paraison qui n'a pas été serrée le verre s'ouvre inégalement. Cela provient de ce que les couches ne sont pas à la même température. Le verre chaud coule plus vite que d'autres parce qu'en soufflant dans du verre " pas serré " les bords de la coupe n'ont pu être soufflés à une épaisseur régulière.

G - Enfin le verre mal serré se remarque aussi au coupage.

1 - Au coupage à froid

Il arrive que la calotte claque régulièrement et d'un seul coup il se produit une série de craquements successifs et la coupure n'est pas nette, cela vient de la tension inégale que le verre " mal serré " et non homogène a pris au refroidissement, et qui ont été mal éliminés à la recuisons.

2 - Au coupage à chaud la calotte ne tombe pas d'un seul coup pour la même raison, parce que les bords du verre ne sont pas d'une épaisseur régulière.

Serrer le verre à la mailloche

Le travail à la mailloche permet de mieux " serre le verre " que le travail au marbre. Opération qui consiste à mélanger les couches de verre pour donner de l'homogénéité à l'ensemble du cueillage.

1er temps

La canne étant posée sur l'avant de la bardelle, le mouleur applique sa mailloche en serrant le collet de la mailloche à l'endroit voulu du mors. Il fait rouler la canne vers lui. Pendant ce premier temps le corps de la mailloche est sensiblement horizontal. Le verre s'allonge dans la mailloche.

2ème temps

Le mouleur fait tourner la canne dans le sens inverse (vers l'avant de la bardelle). Pendant ce 2ème temps le mouleur relève le corps de la mailloche et ramasse le verre sur le mors.

3ème temps

Le mouleur fait rouler la canne de l'avant de la bardelle vers lui. Pendant ce 3ème temps, le mouleur abaisse de nouveau la pointe de la mailloche pour permettre au verre de s'allonger de nouveau et de prendre la forme définitive désirée, et à la fin de ce mouvement il dégage la mailloche et la repose dans l'eau.

Cette opération décrite schématiquement :

- Allonger le verre dans la mailloche

- Le ramasser sur le mors

- Puis l'allonger de nouveau

- Puis " serrer le verre "

- Et lui donner une homogénéité qui est difficile d'obtenir au marbrage

Serrer le verre au marbre

Après avoir compris ce que veut dire " serrer le verre " et le schéma du " serrage " à la mailloche, il est possible de remarquer que le même résultat peut et doit être obtenu au marbre (moins facilement et moins complètement qu'à la mailloche).

1er temps

Le marbreur commence son marbrage en baissant la main droite, et en serrant le verre à la canne.

Ce moment (main droite baissée) joint au fait que le marbre est incliné fait que le verre est ramassé sur le mors.

2ème temps

En continuant le marbreur relève insensiblement la main droite pour allonger son verre à la dimension désirée.

Dans ce 2ème temps le marbre agit progressivement sur le verre pour l'amener à la forme cylindrique (ou conique) en rentrant les parties latérales qui sont courbes, parce que le verre était ramassé sur le mors.

C'est à ce moment que se produit " le serrage " mélange des couches de verre. Ce " serrage " qui mélange le verre et que l'on marbre : sur le côté du marbrage (sens danslequel on roule) on voit nettement un renflement courbe qui est rentré par le marbrage.

Si le marbreur fait mal son mouvement (serrage à la canne d'abord, relèvement régulier de la main droite) il donne à la canne une inclinaison constante par rapport au marbre, et obtient directement la forme définitive du marbrage sans provoquer le mélange des couches de verre.

Dans ce cas seules les parties extérieures du verre sont au contact du marbre et de l'air froid : le verre n'est pas " serré ", on dit alors que le verre est " glacé " sur le marbre, principal défaut du travail marbré.

Observation

Cette description du marbrage correspond au travail normal des gobeleteries. Il y a des différences, des détails dans d'autres marbrages : ampoules, cristal, etc.

Le soufflage

Pour être creux et mince le verre doit être soufflé. Le soufflage en trois stades se fait à la bouche.

A - Le percement se fait par soufflage au pouce après marbrage ou maillochage.

La canne à l'horizontal on souffle un coup sec et l'on bouche presque en même temps le trou avec le pouce pour empêcher l'air de ressortir. L'air ainsi enfermée se dilate à la chaleur et ne pouvant ressortir pénètre dans le verre et amorce le soufflage.

B - Commencement de soufflage. La paraison dans le moule le verrier doit soufflet doucement pour amener le verre partout à la fois en contact avec le moule.

C - Finition : en fin de moulage, le souffle doit être plus fort afin de permettre au verre d'épouser tous les détails du moule.

Il y a deux méthodes de soufflage :

Le soufflé fixe

Le verrier maintient la canne immobile et verticale (méthode utilisée pour les verres à côtes et pour tous les objets ayant des angles - des creux - des bosses (flaconnage).

Le soufflage mécanique

Un système à air comprimé avec détendeur (pression environ 150 et soufflette à clapet permet au verrier le percement, le paraisonnage et finissage sans mettre la canne à la bouche. On utilise ce système pour les grosses pièces - les verres nocifs - il peut être utilisé pour tous les soufflages.

Le soufflage avant moulage

Après maillochage ou marbrage le verre à une forme qui est encore trop éloignée de celle du moule. Pour se rapprocher de la forme définitive il faut souffler avant de mouler en retenant les principes suivants :

- Toute chose égale par ailleurs - soufflage incliné vers le bas (bords amincis, fond épais)

- Toute chose égale par ailleurs - soufflage incliné vers le haut (bords renforcés, fond percé) fond mince.

- Toute chose égale par ailleurs - Ne lâcher le pouce obstruant l'embout de la canne que lorsque le souffle est assez développé.

Le pré-soufflage avant moulage est en général combiné avec la pesanteur et la force centrifuge (balancement de la canne) de façon à élargir ou à étirer la calotte de verre ainsi formée, et à rapprocher encore de la forme du moule.

Moulage et démoulage

C'est l'ultime opération de la fabrication de la paraison.

Principes à respecter pour un bon moulage

Introduire dans le moule : le verre ne doit pas toucher aucune partie du moule avant fermeture complète.

Moulage

- Dès fermeture du moule, tourner lentement toujours dans le même sens en soufflant doucement de façon à bien remplir le moule sans dévier le souffle.

- Lorsque le moule est plein, tourner vite en va et vient en soufflant plus fort de façon à terminer rapidement le moulage, c'est alors que se produit le refroidissement définitif du verre.

Démoulage

- Ne pas démouler trop tôt car le verre est encore assez chaud pour se déformer (verre ovalisé)

- Ne pas démouler trop froid (verre calciné)

Défauts à éviter lors du moulage

- Mouler trop chaud, le verre continue à s'étire dans le moule, il se déflute, se tasse dans le fond, d'où paraisons bosselées, fartages abîmés.

- Souffler trop fort au départ : paraisons rayées

- Marquer un temps d'arrêt dans le tournage de la canne : reflets

- Mouler trop froid : paraison non remplie

- Démouler trop chaud ou trop froid

Remarques

Il est très important de trouver la bonne température du moulage qui conditionne la qualité du résultat, car même un verre bine préparé se déflute dans le moule si il est moulé trop chaud. De même s'il est moulé trop froid la paraison ne sera pas remplie.

Escramage d'un pot

Définition

Opération qui consiste à retirer du bain de verre les impuretés (cailloux) qui se sont détachés des réfractaires pendant la fusion. Et d'autres part, en cour de journée permet d'éliminer les cordes, ou la cristallisation qui peu se produire en surface.

Escramage d'un pot en début de travail

1) Placer le cercle sur la partie droite du pot (fig 1). Effectuer des cueillages successifs et refroidir le verre sur le marbre de manière à obtenir une plaque de verre de grosseur appropriée. Passer la plaque de l'arrière vers l'avant sur la surface du verre située entre le cercle et le pot.

2) Amener le cercle sur la partie gauche, recommencer l'opération (fig 2)

3) Placer le cercle dans la position définitive, refaire une nouvelle plaque de verre et escramer à l'intérieur du cercle, toujours de l'arrière vers l'avant (fig 3)

4) En cour de travail l'escramage ne se fera qu'à l'intérieur du cercle.

Nota : Quelque soit le verre, vo, couleur, opaline, mais surtout pour le cristal, le 3ème souffleur devrait escramer son pot tous les matins avant de la mettre en chantier.

4ème souffleur : marbrage et pré-soufflage pour des articles définis

Exemples :

Verre marbré pointu et soufflé devant soi : Ballons, Poitous, Perraches, tout article de forme ronde ou ovale et demandant une pointe de verre au fond.

Verre marbré pointu et soufflé en l'air : Flûte Palerme, flûte Evian, Otrante et toutes les flûtes en général et les articles longs et étroits demandant une force bien répartie.

Verre marbré cylindrique et soufflé en l'air : Palerme, Albe, Couteret, Vittel, Agent, Modène, Tourmalet, Prestige et tout article demandant une force régulière.

Verre marbré large et soufflé devant soi : Pompeï, Divonne et tout article demandant une large force de fond.

Nota : Il existe quelques articles (très peu) que l'on nomme " tirés bords minces "

Exemple : Servais tiré bords minces

Pour ce genre d'article il faut marbrer son verre cylindrique puis amincir sur le bord supérieur du marbre, la partie qui servira de buvant au verre, puis souffler devant soi.

3ème souffleur : principes généraux :

Au troisième incombe le montage des moules et le graissage en cour de journée.

Montage du moule : Le moule doit toujours être légèrement relevé du côté des manches. Il doit en outre avoir l'axe de la paraison parfaitement vertical afin d'avoir une bonne entrée de verre dans le moule. En position basse le moule doit être complètement recouvert d'eau.

Préparation du verre : Avant d'entrer dans le moule et ceci pour toutes les paraisons, même les plus difficiles, la forme du verre doit être la plus voisine possible de celle de l'article à mouler.

La force doit avoir été répartie par le 4ème d'après les conseils du 3ème et sous son contrôle.

Moulage de la 1ère paraison : Mouler la 1ère paraison dans un moule sec afin que la garniture, faite d'huile de lin et de charbon se fixe uniformément sur les parois du moule et durcisse légèrement.

Moulage : Toujours toucher son verre avant d'aller au moule, ce qui évite les trop mince de bords et souvent les verres plats, et permet un tranchage plus facile, ce qui évite également les files à la calotte.

Mouler son verre en soufflant doucement et en tournant dans le même sens (sauf pour les verres rayés).

Quand la paraison est pleine, et ce pour tous les articles, souffler plus fort en tournant plus vite, puis avant de sortir du moule, continuer à tourner un tour ou deux sans souffler afin de bien marquer la calotte. On évite ainsi les verres plats ou déformés.

Sortie du moule : Dès la sortie du moule, trancher la paraison en penchant les fers, assez mince et bien dégagé de manière à ce que les pincettes de la porteuse à l'arche ne touchent pas la calotte. Ceci évite les filés et la casse.

Défauts à éviter lors du moulage :

1) Mouler trop chaud : Le verre continue à s'étirer dans la moule, se tasse au fond, d'où paraison marquée et fartage abîmé.

2) Souffler trop fort au départ : Paraisons rayées et pas claires

3) Marquer un temps d'arrêt dans le tournage de la canne : reflets, verres marqués du moule.

4) Mouler trop froid : Paraisons non remplies, ou obligation de souffler trop fort, verres rayés et marqués.

5) Démouler trop chaud : Verres déformés, plats.

6) Démouler trop froid : Verres calciné, ciselés, difficultés de tranchage.

Conseils aux poseurs de pieds :

Cartons : Un seul carton de castagnettes vaut environ de 0,60 F. à 0,80 F. Jetés mal à propos un carton représente donc un gaspillage qui, si cela se reproduit souvent, apporte une perte d'argent importante. De même si on les utilise à d'autres usages (utilisation par le 3ème, etc..)

Utilisation : Les cartons seront toujours brûlés avant usage, soit au four, ou au verre ce qui est mieux.

En effet, les cartons ne sont pas toujours d'une qualité suivie et présentent parfois des impuretés, pailles de fer ou d'aluminium, grains de sable, etc.. Le fait de passer du verre chaud sur toute la surface du carton élimine une grande partie de ces corps étrangers.

Après brûlage les cartons seront mis à tremper au moins deux jours avant usage.

Avoir toujours des cartons de rechange taillés à la dimension en cas de panne au cour d'un article, ceci évite à la place de longs arrêts.

Ne pas persister à faire des pieds à l'aide de cartons défectueux. Mieux vaut jeter deux cartons que de faire rebuter une cinquantaine de pièces.

Fabrication : Pour la fabrication des pieds prendre le verre le plus chaud possible de manière à effacer le coup de ciseaux.

"Bricoler" le moins possible le pied, ceci évite souvent la pète.

Calibrer le plus souvent possible. Chaque pièce dans les jambes à la main. Tenir son calibre bien à l'horizontale.

Dans les articles sans contre pieds et dans les jambes fines, surveiller particulièrement l'endroit de la jambe touché par la castagnette, ciselures souvent possible.

Le pied doit s'arrondir sans avoir à forcer dans la castagnette. Si l'on est obligé de forcer c'est que les cartons sont trop ou trop peu serrés. Que la castagnette est mal montée, on risque alors les taches, les contres pieds marqués, les pieds en biseau, etc..

Si un carton brûle continuellement et laisse des traînés sur le contre pied ou le fond du pied, le changer sans attendre.

Dans l'ensemble il faut travailler en souplesse, et se servir autant de sa tête que de ses mains.


Tiré de la revue Lorraine N° 29 d’août 1979

LA GRAVURE CHIMIQUE A LA VERRERIE DE PORTIEUX

Ce qu'elle était...

O mon pays, on dit que tu es froid, insensible, quand, en vérité, tu brûles au-dedans. C'est que ton visage sévère ne reflète que les soucis de l'heure, et ils sont de taille à effacer tout sourire sur tes traits.

Tu n'as pas peur de la vérité, n'est-ce pas ? Boussac, c'est vrai !, la sidérurgie, c'est vrai ! Verrier, n'attends pas que, demain, soit vraie l'extinction des fours de ta verrerie, comme ce fut l'extinction de la gravure chimique tuée par le progrès, les investissements qu'elle réclamait et qu'on ne pouvait faire. Ton usine, défends-la, mais n'ajoute pas inconsidérément à ses difficultés par l'absentéisme ou la colère destructrice. La survie de ton usine dépend de sa gestion, mais aussi, et davantage, de toi-même et de ta volonté de coopérer.

L'IMPRESSION

On préparait d'abord les planches qui étaient en acier très pur, pour pouvoir les graver à l'acide nitrique (une partie d'acide, quatre parties d'eau).

Les graveurs étaient formés à l'usine de la Verrerie même. L'apprentissage durait trois ans. A la sortie de l'école, ils entraient à la Gravure Chimique, et on commençait à leur apprendre le dessin. Quand ils parvenaient à la reproduction parfaite, ce qui n'était certainement pas le cas pour tous les candidats, on leur mettait en mains leur matériel : un pinceau un peu plus gros qu'un pinceau à écrire, une pointe en acier trempé, fine, bien emmanchée, un couteau à palette, une plaque de cuivre de 15 cm de côté, une fiole d'essence de térébenthine, et du bitume de Judée. On chauffait le tout. Spécial, résistant, ne s'écaillant pas, ce bitume supportait l'addition (en des proportions très étudiées) de cire, de résine et de stéarine.

Ce dessin à graver était reproduit sur du papier transparent à la plume à dessin, et devait épouser étroitement les formes du verre à décorer. Ce « poncif » obtenu, était décalqué sur la planche d'acier après qu'on en ait frotté l'envers avec de la poudre de terre de sienne brûlée. Puis, collé à certains endroits, appliqué sur la planche d'acier, ce dessin était suivi à la pointe.

Le graveur, sur une table munie d'un bloc de bois de 40 cm sur 40 cm recevait une planche de même nature, à rebords, sur laquelle on plaçait la planche d'acier. Au-dessus, passait une banquette laissant la planche librement pivoter sur son bloc ; elle servait à poser le coude et la main tenant les outils, facilitant ainsi le travail vers soi, au pinceau, ou à la pointe-acier. Ainsi ne tirait-on jamais les traits de la gauche vers la droite, ou inversement.

Le dessin une fois peint, il fallait, pour le terminer, procéder aux retouches, nervurer les fleurs, les feuilles à la pointe, puis cerner le tout, à 5 mm, sauf au raccord. Au moment de graver, on montait un mur de cire avant de mettre l'acide. Le bain durait trois-quarts d'heure, une heure, puis, on lavait à l'essence et le dessin apparaissait en relief, avec son entourage creux de 5 mm.

L'APPLICATION SUR LE VERRE

La veille d'appliquer la planche préparée sur le verre, celui-ci subissait un « encollage », c'est-à-dire qu'on le couvrait d'un chiffon imbibé d'un mélange d'essence courante et de térébenthine. La planche passait sur une presse adoucie par des résistances coincées entre un rouleau et un feutre. Cette presse possédait une manivelle qu'on actionnait à la main pour faire avancer sa base montée sur rails et crémaillère. On enduisait le dessus de la planche, creux et reliefs, de bitume en pâte, à l'aide d'une spatule très inclinée, puis on la repassait peu inclinée pour racler le bitume et dégager les reliefs. On posait ensuite une feuille de papier de soie, solide et imperméable sur le dessin, et on manoeuvrait la presse pour que le feutre fit adhérer le bitume. Un léger recul, et l'on voyait le dessin apparaître. L'épreuve était retirée ; le surplus de papier coupé au ras du raccord qui sera posé le premier. Quelqu'un entourait le verre en suivant le pointillé gravé, lequel suivait le bord. Ainsi toutes les épreuves étaient mises à la même hauteur. Sur le bord, le papier en excédent était replié à l'intérieur. Le verre, mis sur un touret à pédale, se mettait à tourner pendant qu'une ouvrière posait sur sa surface de papier un rouleau de feutre préalablement trempé dans une solution : eau-ammoniaque, prenant soin, bien sûr, de ne pas écraser le dessin, retirant le verre et enlevant le papier que l'eau ammoniacale avait dissociés.

Tous les verres ainsi traités étaient mis en casier au moins une nuit, puis repris par des ouvrières spécialisées, employant du bitume liquide, chargées de cerner le tour du dessin, du bord du verre à la jambe, faisant des retouches qui s'imposaient, notamment le raccord, souvent difficile. Les verres étaient une fois de plus remis sur leur plateau pour séchage. Deux jours après, on les protégeait par un badigeonnage de l'intérieur, du pied (dessus et dessous) ; on procédait à ce badigeonnage à l'aide d'une « tournette » dont le plateau avait été enduit d'un bitume assez dur, mais collant, auquel le verre adhérait par le dessous du pied. Remis enfin en casier sur leur plateau, ils y restaient quelques jours pour le séchage définitif.

LA GRAVURE

Il reste à pratiquer la gravure, elle-même !

Les verres étaient rangés - sans se toucher - par 9 ou 12, parfois plus, selon les diamètres, dans des paniers ajourés au fond. On a soigneusement préparé les bains dans des sortes de cuves en bois tapissées, à l'intérieur, de plomb et de bitume étanches. On versait de l'acide fluorhydrique additionné d'eau (proportions variant suivant la composition et la dureté du verre ; en général : une partie d'acide pour deux parties d'eau). Les paniers, par cinq étaient placés dans les bains où ils resteraient de vingt à trente minutes. On chargeait les verres d'une plaque de plomb pour qu'ils ne basculent pas.

L'acide ne devait pas dépasser 1 cm au-dessus du dessin.

Le temps écoulé, on retirait les paniers, et on rinçait le tout dans des paniers, toujours ajourés au fond, dans des bacs d'eau toujours renouvelée. Ces paniers trempaient ensuite dans une chaudière en ébullition contenant de l'eau sodique, pendant un quart d'heure. C'était le décapage principal ! Sortis, on les reprenait, refroidis, à l'air ambiant, les laveuses les finissaient par des bains chauds d'acide sodique et des rinçages à l'eau claire.

Le lavage terminal accompli, les verres allaient, enfin, sur les tables d'emballage, après un tri rigoureux. La même opération était effectuée pour les grosses pièces : carafes, cruches, coupes à dessert, etc...

Par cette impression, on pouvait, soit graver, soit « mater », c'est-à-dire, dépolir, soit les deux, cela, pour les verres souvenirs ou publicitaires.

Cinq cents et plus de ces planches existent à Portieux, gravées des deux côtés. Quel énorme travail cela représentait ! Pourtant ceux qui travaillaient à la Gravure chimique aimaient leur métier ; ils ont regretté sa disparition. Mais, avec la conjoncture, un tel travail ne serait plus rentable. Il fallait une planche par service : verre à eau, verres à bordeaux, porto, champagne, cruches, carafes grosses ou petites, et pour établir chaque planche d'un simple verre à eau, il fallait une semaine.

Combien vaudraient aujourd'hui de tels verres ? Qui pourrait se permettre d'en acheter ? Vous qui avez encore de ces services, issus de la Gravure chimique de Portieux, conservez-les précieusement, ne les confiez pas à n'importe qui : ils sont à peu près inestimables.

Félix Vazemmes