Les objets fabriqués étaient vendus dans les Vosges - 2000 f environ - ; dans les départements de la Meuse, de la Meurthe, de la Moselle – 12000 f pour chacun - le surplus – 220 000 f – était expédié au villes frontière et une partie – pour 15 000 f environ – vendue à l'étranger. Tout s'expédiait soit par voie de terre, soit par voie d'eau – par la Saône – vers Bordeaux, Toulouse, Beaucaire, Rouen, Bayonne, Marseille. ****************** L'usine actuelle Depuis 1870, les choses sont bien changées. La Verrerie de Portieux est devenue la propriété de « La Société Anonyme des Verreries réunies de Wallérysthal (Vallerysthal) et Portieux ». Le capital social est de 2 millions 110 000 f. Elle est régie par un conseil d'administration composé de 5 membres et un conseil de surveillance de 3 membres. Dans chaque établissement il y a un directeur, un sous-directeur et de nombreux employés – 40 environs pour Portieux. La Société fabrique ce qu'on appelle en termes techniques la gobeleterie en verre fin, en verre sonore et en cristal, c'est-à-dire, les services de table et tous les articles pouvant servir dans les ménages ou ailleurs. Ces articles sont soufflés ou moulés,. Les pièces soufflées sont unies ou taillées. Les unes et les autres sont gravées à la roue ou à l'acide, décorées à chaud ou à froid ; d'autres enfin sont guillochées. Depuis le commencement de ce siècle, la verrerie de Portieux, a subi de nombreuses transformations. Tous les bâtiments et ateliers dont elle se compose, ne remontent guère à plus de 25 ans. Les halles rustiques, les modestes fours, sont remplacés par une halle magnifique mesurant 134 m de long sur 21 m de large et par 4 grands fours Siemens de chacun 12 pots. Ces fours sont chauffés au gaz. A cette halle sont annexées des chambres d'arche, de modèles, des ateliers pour le nettoyage, le montage et la réparation des moules. La taillerie de 4 ouvriers a fait place à une nouvelle qui en occupe plus de 300 (1). Chacun d'eux à sur son tour un robinet d'eau et un bec de gaz. Les salles sont chauffées à la vapeur et par des appareils de ventilation. Citons aussi comme annexes de ces deux ateliers principaux, des ateliers de coupage et de rebrûlage au gaz, de décor, de gravure à la roue et à l'acide, de guillochage, de poterie, de briqueterie, de menuiserie, de charronnerie (charronnage), des chambres où l'on fait les compositions, c'est-à-dire le mélange des matières premières servant à la composition du verre, de vastes magasins, des salles de réception, d'emballage, une usine à gaz. Les ateliers sont vastes, bien éclairés, bien installés. Toutes les précautions possibles sont prises pour en assurer la salubrité ainsi que la sécurité des ouvriers. L'usine de Portieux est munie de machine à vapeur d'une force totale de 175 chevaux, d'un outillage très complet consistant en outils de verriers, comme ciseaux, moules dont un grand nombre montés sur des presses, tours de tailleurs, de graveurs à la roue, appareil à [...] à biseauter et à rebrûler, de machines à guillocher, à imprimer, etc. etc. L'usine est sillonnée de chemin de fer Decauville sur lesquels circulent constamment des wagonnets servant au transport des matières premières et des objets fabriqués, ce qui assure une grande rapidité pour le transport des marchandises d'un atelier à l'autre et allège considérablement le labeur des ouvriers. Des monte-charges installés dans les magasins contribuent à faciliter la tâche des travailleurs chargés d'emmagasiner les objets fabriqués ou de les expédier. Un raccordement de la ligne de Charmes à Rambervillers permet aux wagons des Compagnies de chemin de fer de pénétrer jusqu'au centre de l'usine. Il y a deux siècles, la verrerie de Portieux fabriquait pour 120 000 f par an ; aujourd'hui elle ait annuellement des marchandises pour 2 millions 200 000 f. Tous les jours on y fabrique de 38 à 40 000 pièces. Cette production, qui se répartie sur à 9 moules différents, est expédiée dans le monde entier. Etant l'accroissement de sa production, on comprend facilement combien son développement a été considérable. Elle occupe environ 1 000 ouvriers à Portieux, 1 200 à Wallérysthal. Les salaires moyens sont, pour les deux établissements, d'environ 160 000 f. La plus grande partie des ouvriers occupés à la verrerie de Portieux sont du pays. Dès l'origine elle comptait un certain nombre d'ouvriers [... -étrangers-] mais il n'en existe plus aujourd'hui. Tout le personnel est français à l'exception de quelques annexés venus d'Alsace. De même, la main d'œuvre représente environ le 8% de la production. Le personnel ouvrier y est très stable et les fluctuations de l'effectif sont insignifiantes. Depuis nombre d'années aucun chômage sérieux n'a eu lieu. La régularité du travail a été la conséquence de la régularité des commandes. La durée du travail est au maximum de 10 heures par jour avec 6 travaux par semaine. Les ouvriers sont payés tous les mois. Des avances sont faites dans l'intervalle des paiements à tous ceux qui en demandent. Les salaires sont très variables, depuis 20 f par mois pour le débutant jusqu'à 350 f par mois pour le verrier adulte. Les ouvriers sont classés selon leur spécialité de la manière suivante : Fondeurs, compositeurs, verriers proprement dits, tailleurs sur verre, graveurs sur verre, graveurs à l'acide, coupeurs, biseauteurs, rebrûleur, potiers, briquetiers, mouleurs, ajusteurs, emballeurs et manœuvres. Leurs salaires varient d'une façon très notable selon le travail produit et le genre de travail. La majeure partie des femmes, presque toutes les mères de famille, restent à la maison et vaquent aux soins du ménage. Un certain nombres cependant sont occupées à l'usine ; ces dernières forment, avec les enfants apprentis, un total de 300 ouvrières. Les unes et les autres sont généralement occupés à des travaux accessoires et peu fatigants. La population qui vit à la suite de la verrerie et qui y habite, s'élève à 1 300 habitants environ. Sur les 1 000 ouvriers occupés par l'établissement, il y en a 800 environ qui sont logés avec leurs familles. Les autres habitant les villages voisins situés tous sur le parcours de la ligne de Charmes à Rambervillers. Des abonnements, à prix très réduits consentis par la compagnie propriétaire de cette voie ferrée, leur permettent de rentrer tous les soirs à leur domicile. Ceux qui sont logés par l'usine habitent des cités ouvrières. Ces cités sont construites simplement, tous luxe et ne laisse rien à désirer au double point de vue de la salubrité et de l'hygiène. Un logement ouvrier comprend une cuisine, trois chambres, une cave et un grenier. U jardin est affecté à chaque ménage. Ces cités construites pour l'établissement sont sa propriété. Le prix de loyer payé par l'ouvrier est uniformément de un franc par pièce et par mois, soit pas au-delà de 8 francs pour un logement comprenant 4 pièces, une cave, un grenier et un jardin d'environ 1are 75. N'est-ce pas-là ce que l'on peut appeler des logements économiques ? Nous sommes bien loin de la baraque, de la houbette (hutte de bûcheron) où campaient autrefois les verriers ! La sollicitude patronale ne s'est pas contenté de ces avantages accordés à l'ouvrier. Elle a voulu le protéger contre la maladie et lui assuré des moyens d'existence pour ses vieux jours tout en le faisant profiter d'un repos bien gagné par une longue période de labeur. Une caisse de secours a été créée dès 174. Elle assure aux ouvriers qui en font tous partie des avantages considérables. Moyennant un versement mensuel s'élevant à 1% du montant moyen de leur salaire, les adhérents reçoivent gratuitement pour eux et les leurs, les soins du médecins et les médicaments du pharmacien. De plus en cas de maladie la caisse leur paye une indemnité journalière qui ne peut être inférieure à 1 f ni supérieure à 2 f, ce qui est en rapport avec le salaire de l'intéressé. Mais ce n'est pas tout. Cette caisse est en même temps une caisse de retraite . Elle sert à l'ouvrier âgé, après 20 ans de services à l'usine, une retraite dont le montant varie de 20 F à 50 F par mois et calculée d'après le salaire moyen des trois dernières années de travail de l'ouvrier retraité qui sont généralement celles pendant lesquelles ce salaire est plus élevé. Enfin, à ceux dont la retraite est liquidée et qui sont encore valides, l'usine confie un service peu fatigant qui, tout en le préservant de l'ennui causé par le désœuvrement, est une ressource précieuse et leur permet de vivre très facilement, la rétribution qui est accordée venant s'ajouter chaque mois à la pension de retraite. Les intérêts moraux des ouvriers sont de la part de la direction de l'usine, l'objet de la plus grande sollicitude. Une école de garçons, une école de fille comprenant chacun deux classes distinctes, une école maternelle, un cours d'adultes pour les apprentis ont été installés par l'usine. C'est elle qui fournit le logement, le matériel, chauffage, éclairage et qui rétribue la personne attachée à ces différents cours. Plusieurs sociétés musicales, une société philharmonique, une société chorale et une fanfare de trompes permettent aux jeunes de passer agréablement les loisirs que leur laisse leur travail journalier et procurent aux ouvriers des séances aussi attrayantes que moralisatrices. Ces sociétés sont largement subventionnées par l'usine qui prend à sa charge tous les frais : achat, réparation d'instruments, uniformes, etc.. Ce qui précède montre, mieux que tout ce que l'on pourait dire, la cordialité des rapports entre les patrons et le personnel qu'ils occupent. Dressé par Messieurs L'Huillier et Bastien, Instituteurs à La Verrerie de Portieux. Vu à Portieux-Centre, le 4 Janvier 1900 Accueil
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