Histoire des H.L.M de la Verrerie-de-Portieux
Ou : Qui a Détruit Nos Chères Cités ?
Par Gérard TRIBOULOT

Table des matières
Introduction
Origine des H.L.M. des Vosges
La requête de l'abbé Bernard Tschaen
Les élus locaux s'inquiètent de plus en plus de la déchéance des rues
La poliomyélite est là
Il serait question de construire des H.L.M
Patrimoine de l'usine en 1961
Où l'on pense aux H.L.M.
La pétition des ouvriers au Ministre de la construction
Différentes solutions
Conférence du Directeur de l'Office Départementale H.L.M.
L'aide ( pas pour tous ) des patrons aux ouvriers
Convocation du Comité d'Établissement, le 2 juillet 1963
Lettre du syndicat aux travailleurs
Lettre du Préfet sur l'impossibilité de construire les H.L.M.
Le maire M. Cussenot se disculpe aux yeux de la population
Réunion du Comité d'Établissement du 7 novembre 1963
Le dernier sondage
Table ronde avec le Préfet Herrenschmidt
Déclaration d'insalubrité des cités ouvrières de la Verrerie de Portieux
Une reconstruction par tranches
Que voulaient donc les familles verrières ?
Quelques dates sur le projet H.L.M.
La pétition des habitants
lettre du Maire M. Cussenot
Réponse du directeur M. Hanus
Marcel Cussenot le maire de Portieux démissionne
Comment se présente la Verrerie à l'époque ?
Quelques chiffres et le nom des entreprises retenues pour la construction des H.L.M.
Le début des travaux, visite des appartements H.L.M.
Premiers logements occupés
Où les ennuis commencent
Loisirs et anecdotes au pays des verriers en 1999
Historique, le Préfet en visite à la Verrerie
Qui étaient les premiers locataires des H.L.M

Complèment novembre 2006

La destruction d'une partie des HLM de La Verrerie serait programmée ?

Complèment fevrier 2011

Le désamiantage des HLM a commencé en 2011

Complèment mars 2011

Vidéo des HLM mercredi 9 mars 2011

12 photographies de la première réunion d'un groupe de réflexion concernant la destruction de 6 HLM

Un groupe d'habitants de La Verrerie-de-Portieus et les HLM

Vidéo complète de toute la première réunion d'un groupe de réflexion concernant la destruction de 6 HLM

Complèment mai 2011

Inscrire l'événement dans l'Histoire

A quelques jours de la destrruction de 6 HLM, souvenons-nous de la destruction des fours

Vidéo des quatre HLM protégés avant leur destruction imminente

Vidéo des HLM destinés à la destruction

Complèment juin 2011

16 juin : Jacky GALLOU en vidéo nous parle de sa Verrerie

16 juin : Vidéo de la destruction du premier HLM a commencé ce jeudi 16 juin 2011 vers 15h30

24 juin : Voici que s'achève la destruction du premier HLM, à La Verrerie

25 juin : Vidéo : Le quartier HLM voué à la destruction sous un nuage nauséabond pour quelques jours

Complèment juillet 2011

6 juillet : Les restes du premier HLM détruit

21 juillet : Début de la destruction du second HLM, à La Verrerie

Complèment août 2011

2 août : Destruction de l'HLM Dauphiné

30 août : La destruction des HLM se poursuit, déjà trois de détruits

Complèment janvier 2012

10 janvier : Une vidéo et vingt photos de la destruction de l'HLM "ILe de France" à La Verrerie

13 janvier : Destruction HLM Ile de France. 28 photographies de Gérard Triboulot 13 janvier 2012

18 janvier : L'environnement des deux derniers HLM voués à la destruction

Introduction

Avec ce document nous allons nous efforcer de conduire le lecteur dans les coulisses de la construction des H.L.M., et trouver le pourquoi de cette construction à la Verrerie de Portieux.

La vieille cité ouvrière va, une fois de plus, connaître l'angoisse. Ce n'est pas ici une inquiétude pour le travail, non, mais les béotiens jouent leurs racines et ils ont une peur irréfragable autant que motivée face à l'inconnu.

Et même si la lecture de certains documents officiels peut laisser croire à l'étranger que les verriers vivaient dans des sortes de bouges... les bouges en question contenaient toute leur vie et, souvent, ils recelaient les souvenirs de leurs chers ancêtres !

Alors vous comprendrez que, dans ces conditions, ce qui a provoqué l'ire des autochtones, c'est qu'il y avait "peut-être" une solution autre que la construction d'H.L.M., où la population de la Verrerie risquait fort de perdre et son âme, et son identité. C'est ce qu'il adviendra !

Néanmoins, c'est avec longanimité que les verriers durs à la tâche vont vivre les événements que nous allons détailler.




Pour cela, découvrons sans plus attendre les origines d'une entreprise à vocation sociale.

L'office public d'habitation "à bon marché" du Département des Vosges, prend ses racines dans une harangue du Préfet Laporte, le 30 AVRIL 1919 dans une salle du Conseil Général des Vosges, dont l'amphitryon n'est autre que le Président du Conseil, M. ARMAND LEDERLIN. Cet ingénieur alsacien sera l'un des fondateurs d'une usine de teinture et de blanchiment de tissus à Thaon-les-Vosges : la "B.T.T." ( 1872 ).

Le point chaud immédiatement après les hostilités de 14 / 18, est mis en évidence grâce à un article de la loi du 23 décembre 1912.

Monsieur Laporte, Préfet des Vosges, prenant à coeur son rôle de tuteur du Département, se veut l'innovateur, le précurseur en matière d'habitat, pour ses filleuls vosgiens qui en ont un urgent besoin.

C'est ainsi que ce jour mémorable du 30 avril 1919, il effectue une mise au point : "La question du logement populaire ayant pris, dans ces derniers temps, du fait de la guerre une importance considérable, M. le Ministre du travail et de la prévoyance sociale et M. le Ministre des régions libérées, insistent pour que, dans chacun des départements atteints par les événements de guerre, un office départemental d'habitation à bon marché soit créé dans les plus brefs délais." (Archives de l'office D'H.L.M. des Vosges, rapport de Mme Duvois).

Par décret du 31 décembre 1919, M.RAYMOND POINCARE, Président de la République, entérine la "naissance" de "l'office public d'habitation à bon marché" du Département des Vosges (appellation de l'époque).

L'office restera en léthargie pendant 28 années. C'est sous l'impulsion de M.ANDRE BARBIER qu'elle sort de son long sommeil inexplicable et inexpliqué ! (13 novembre 1947 )

La croissance fulgurante de la société, obligera celle-ci à changer de patronyme, celui-ci n'étant plus en rapport avec les moeurs du jour.

Question : comment appeler cette société en pleine croissance ?

C'est une délicate attention des dirigeants qui, nous le supposons, ne voulant pas blesser la susceptibilité de leurs locataires, changent les mots "bon marché" qui ne font pas, il faut bien le reconnaître, un heureux effet sur l'inconscient des nouveaux locataires, en "à loyer modéré " qui, nous le pensons, exprime mieux la vocation sociale de base de ces "logements modernes", tout en ménageant la susceptibilité de tous.

L'expression "bon marché" peut prêter à confusion en ce sens qu'elle entraîne la vue d'une image idéalisée de logements pas très bien finis, alors que, "à loyer modéré" s'adresse à une certaine catégorie d'usagers supposés "avoir les moyens" [...] ce qui porte à croire que les logements issus de cette nouvelle organisation ne peuvent être que plus confortables. En somme, il s'agirait donc d'un réel progrès de société, pour ceux qui ont la malchance d'appartenir à classe sociale la plus démunie et qui doivent faire face à l'injustice de la vie quant au droit au logement (décent ) pour tous.

Fraîchement rebaptisé "Office public d'habitation à loyer modéré du Département des Vosges ", c'est le 1er Mars 1950 que cet organisme "accouche" du premier locataire dans la ville de Mirecourt. Tout va alors très vite [...} volant de succès en succès, l'Office change une dernière fois de nom pour prendre l'acronyme définitif "d' O.P.A.C." en 1977 (Archive de l' O.P.D., rapport de Mme Duvois).

Ce sera dans les années 1990, plus de 20 000 logements qui seront gérés par cet organisme dynamique.




L'histoire pourrait commencée comme un conte de fée, l'épilogue en serait plutôt une tragédie, ou ressenti comme tel par la caste des Verriers de Portieux, à qui l'on veut arracher les ailes de la vie, leur vie ; ainsi ils ne pourraient plus voler au-dessus de l'arbre du souvenir sous lequel reposent leurs ancêtres.

Qui veut cela ? Le veut-on vraiment ?

Donc, il était une fois, un sympathique curé, M. Bernard Tschaen qui, arrivé à la Verrerie de Portieux en 1949 en tant que premier prêtre résidant : se forge très vite une idée sur ce qu'il "aimerait" pour la qualité de vie, pour le quotidien de ses ouailles, qui semblent pourtant bien heureux dans leurs grandes cités perdues dans la forêt.

Seulement, l'état lamentable du cadre de vie dans lequel ils se débattent, force le curé à réagir au nom même de l'éthique. Il faut que cela soit amélioré, à notre époque les gens ont droit à plus de considération, alors, sans que qui que ce soit le lui demande : il fonce.

Il ne peut s'empêcher, depuis cinq années qu'il vit en parfaite harmonie avec la population, d'essayer d'édulcorer le sort de ses protégés, lui, l'envoyé de Dieu, veut du bien être pour ses amis, c'est-à-dire pour tous les gens qui habitent ce lieu-dit dans lequel il compte dorénavant un grand nombre de relations amicales.

Car le hameau situé à l'écart des grandes voies de communications ne préoccupe pas grand monde... pour l'instant, il vit au son du bruit des cannes dans les pots-ronds, commandé par le verre, le seul véritable seigneur du lieu.

Seulement lui, le prêtre dévoué, veut que cela bouge. Il pense que les citoyens logés dans ces grandes casernes ont droit à plus de dignité, qu'ils ont gagné le droit de vivre décemment.

C'est paré de cette vue éclectique qu'il s'attelle, avec ses moyens, à faire bouger les choses. Bien sûr, ceux-ci sont limités. Qu'importe, cela ne saurait l'arrêter !

Armé de sa plume, avec sa force de persuasion coutumière, il prône le changement pour la bonne santé de ses fidèles paroissiens.

C'est ce qui l'amène, le 25 novembre 1954, à rédiger - toujours de son chef - une requête destinée aux instances dirigeantes de la commune de Portieux. La Verrerie n'étant qu'un écart vivant -pas toujours en harmonie- sous la férule de Portieux, en dépit d'essais pour séparer les deux hameaux.

C'est ainsi que le maire de l'époque, M. Arsène Renard (plus pour l'ongtemps, il démissionne en 1957 suite à "l'affaire de l'eau"), reçoit ses doléances en bonnes et dues formes.

Entre autre requête le père Tschaen demande "que quelque chose soit fait pour remédier à l'état d'insalubrité de la Verrerie". Vaste programme !

Il voudrait pour ses administrés spirituels que soit également développé "une hygiène générale et une amélioration des conditions de vie matérielle élémentaire".

Ce qui dénote chez cet homme dévoué une prise de conscience formelle ainsi qu'une volonté d'améliorer la quotidien des travailleurs du verre, trop longtemps laissés pour compte au fond des bois.

Il faudra attendre encore longtemps pour que quelque chose bouge. Pourquoi ? Par manque de moyens de la commune, par laxisme des autorités, ou simplement parce que les verriers n'avaient pas vraiment envie que change leur environnement, en l'occurrence les cités dans lesquelles ils se sentaient bien. Le robinet de cuivre qui apportait l'eau sur la pierre à eau suffisait à leur confort relatif. La baraque dressée dans le jardin pour abriter la cuvette des W.C leur suffisait amplement pour se soulager. N'avaient-ils pas, en plus de cela, un seau hygiénique bien en vue dans un coin d'une chambre ? A porter de main une veille feuille de journal en guise de papier hygiénique, qui leur grattait le cul comme de la toile Émeri une fois pliée ? N'avaient-ils pas le mur (le coin) du bâtiment pour soulager une envie pressante ? Si ! Ils ne demandaient rien d'autre pour leur confort. Ils vivaient-là, comme ils l'endentaient, et l'avaient toujours fait, c'est tout, pourquoi changer ? Pourquoi ne pisseraient-ils plus, à la vue de tout le monde, "au coin du bâtiment" ? Mais l'abbé n'était pas de cet avis, seulement...




Il semble qu'il ait été entendu, mais en 1961 seulement, et encore, forcé par les événements dramatiques de l'époque ! Mais le curé Tschaen ne pourra pas, ou de loin, se réjouir avec la population et se battre à ses côtés, car il vient de quitter la Verrerie pour la région parisienne où il a été muté. Car à force de "gigoter" pour l'ouvrier, l'abbé Bernard Tschaen gênait, il dérangeait de plus en plus certains décideurs !

C'est lors d'une réunion du conseil municipal de Portieux, présidé par le nouveau maire M. Marcel Cussenot, que les élus locaux s'inquiètent de plus en plus de la déchéance des rues de la Verrerie - qui sont toujours la propriété de l'usine -.

Voici ce que l'on peut lire sur le registre des délibérations du conseil municipal du 17 janvier 1961 (le conseil municipal s'était déjà inquiété de la déchéance des rues en 1957).

"Le conseil municipal,

Considérant que Portieux-Centre est doté d'un réseau d'égouts, que ses rues seront aménagées et bordé de trottoirs en 1961 [...] constatant l'état lamentable des rues de La Verrerie de Portieux et le manque total d'hygiène de cette section de 1500 habitants ; décide de porter son effort d'amélioration sur la section de la Verrerie. Mandate Monsieur le Maire (Marcel Cussenot) pour étudier avec les commissions compétentes et la direction des Établissements de la Verrerie de Portieux et Vallérysthal, le problème de l'assainissement et de la voirie de cette agglomération importante."

Monsieur Cussenot fera référence à cette délibération du Conseil Municipal pour se défendre lors des nombreuses attaques dont il sera la victime, dans un avenir proche.

Prémonition du conseil, hasard d'un malheureux concours de circonstances ; hélas, il faut se rendre à l'évidence, en 1961, la Verrerie connaît une vague de poliomyélite que personne n'attendait. Les conséquences induites seront catastrophiques pour les verriers et leur cadre de vie !

Cependant, nul ne fut vraiment surpris par l'ampleur de l'épidémie, ou plutôt si. Les autochtones affolés, les jeunes pas très éduqués, les vieillards encore ingambes, les mères paniquées, et les pères qui éprouvent à l'épigastre une étrange sensation de malaise, d'angoisse, devant une situation qu'ils ne maîtrisaient pas, devant l'inconnu, tous, sans exception, ont peur des effets de la maladie ou de sa réputation.

"Qu'est-ce qui arrive au pays ?... Pourquoi à la Verrerie ?... Ce n'est pourtant pas plus sale que dans beaucoup de pays ?... "

Voila quelques réflexions entendues pendant la "malédiction".

Le malheur qui touche ces êtres dans ce qu'ils ont de plus cher, fait réfléchir nombre d'individus : "Et si nos filles... nos fils étaient touchés dans leurs chairs... que ferions-nous ?"

C'est la question angoissante que se posent la plupart des ouvriers qui habitent-là.

Oh! Bien sûr, cela ne se voit pas en public. Certains en plaisantent. Pourtant, le sommeil est agité, chacun à sa façon tend le dos, car les verriers vivent maintenant avec la venette au ventre Ils guettent les symptômes annonciateurs de la maladie. "est-ce qu'on va choper cette saleté ?"

Lorsque cela arrive, les familles bouleversées ne savent plus à quel Saint se vouer. Il est maintenant avéré que des vies achopperont en pleine croissance, des jeunes enfants seront touchés et, ni les soins intensifs ni Esculape s'il avait été imploré, n'aurait changé le cours des choses.

L'épidémie est là ! Il faut "faire avec", la côtoyer. Toute cette détresse n'aurait jamais vue le jour si. Si les verriers avaient été doté d'un environnement sain. Hélas, cela n'est pas et la population en est pour partie responsable. Les verriers ne pissaient-ils pas au coin des bâtiments aussi souvent que dans leurs seaux hygiéniques ? Pour eux, cela était naturel. Ne jetaient-ils pas n'importe quoi sur l'évier et par là même dans le vieux caniveau aux pierres disjointe ? N'entassaient-ils pas d'énormes tas de bois contre les habitations et au-dessus des caniveaux qui de ce fait ne pouvaient plus remplir leur office d'évacuation ? Et les fossés complètement bouchés autour de la Verrerie qui ne drainaient plus depuis longtemps les eaux usées vers le ruisseaux ; et les baraques à poules peut être plus nombreuses que les habitations qui devaient abriter toutes sortes de vermines.

Malgré cela, les verriers, comme tout un chacun, croyaient être à l'abri du malheur qui devait les frapper sournoisement.

Car à côté de tous ces inconvénients qui risquaient de troubler la santé des gens du pays, les verriers vivaient dans un cadre de verdure. Loin de toute pollution industrielle, ils respiraient la chlorophylle des superbes arbres qui environnaient le pays de toutes parts, en formant une gigantesque ceinture de verdure salutaire. C'est à cause de cela que les habitants n'ont pas vu venir la tempête qui éclata subitement, en glaçant d'effroi toute une population atterrée.

Alors, poussé par un cœur invisible dans des veines imaginaires : le sang du pays n'a fait "qu'un tour". Un cri déchirant a roulé dans les rues désertes, puis il a roulé comme le tocsin dans la vallée du Mori :

L'horreur, aussitôt que cela est confirmé, des mesures prophylactiques incombant aux pouvoirs publics ont été prises.

C'est ce qu'affirme M. Cussenot, le Maire de Portieux, dans une lettre adressée aux habitants de "l'îlot de la Verrerie de Portieux", le 20 octobre 1961.

En voici de larges extraits :

"[ ...] désinfection des appartements occupés par les malades, désinfection des locaux scolaires, garderie, services de transport ; analyse de l'eau, admission d'urgence à l'hôpital.

La lettre préconise :

"[...] pour que ces mesures trouvent toute leur efficacité, chacun dans sa sphère doit participer à la lutte contre l'épidémie.

  1. La société des Verreries de Portieux procédera dès maintenant au curage des fossés bordant les rues montantes et prendra les mesures nécessaires pour éviter l'écoulement des eaux usées sur les voies à usage public.
  2. Les locataires des cités devrons procéder au nettoyage des rues transversales. Il ne sera plus toléré de dépôt le long des bâtiments ou en bordures des jardins. Dépôts de bois, blocs, déchets de toutes nature, herbes, vase, foyers d'infection devront disparaître.
  3. Les locataires de jardins devront désherber le coté bordant la rue.
  4. La corvée hebdomadaire de nettoyage devant les maisons prévue au règlement des cités sera assurée par les habitants.
  5. Les lavoirs seront réservés au lavage du linge. Les langes seront débarrassés des selles avant d'être lavés au lavoir public.

6) Les selles seront enfouies dans les jardins après désinfection.

A la suite de ces recommandations, une réunion a eu lieu à la préfecture des Vosges.

Devant la gravité de la situation M. Bordes, directeur général des Verreries de Portieux et Vallérysthal, dans une lettre adressée à M Cussenot maire de Portieux en date du 30 octobre 1961 "espère que la réunion du jeudi 26 octobre à la Préfecture sera suivie de mesures efficaces des autorités départementales".

Ces même autorités ont "reconnu l'utilité publique de l'installation d'égouts à la Verrerie de Portieux".

.Cela ne sera pas un luxe. Les autorités rappellent "quelles sont les seules à pouvoir en permettre la réalisation en donnant suite au projet présenté par la commune voici deux ans. A savoir, obtenir :

"Une subvention de l'état ;

"Une subvention départementale ;

"Un prêt du crédit foncier à 30 ans".

Tout cela devrait permettre à la commune d'installer un réseau d'égouts.

Question : pourquoi avoir attendu deux ans pour donner une suite favorable au projet initial ?

Enfin, le directeur Bordes conclut :

- Je vous confirme ce que vous avait dit M. Claude Hanus : la Société des Verreries est disposée à transférer la voirie à la municipalité et à prendre à sa charge, sous une forme à étudier, les intérêts du prêt du Crédit Foncier.

La direction des Verrerie, n'en doutons pas, vient de "tendre une perche - pourrie -" à la commune.

Elle veut se débarrasser d'une voirie extrêmement délabrée dont le seul coût de remise à neuf doit lui sembler exorbitant, en regard de ses moyens financiers.

La stratégie de la direction aura-t-elle des répercussions sur l'avenir ? Sur la santé des habitants ?...

Pour l'heure, nul n'est en mesure de répondre cette question.

Toutefois, le projet d'assainissement des voies privées à la Verrerie de Portieux - qui se serait bien passée d'une telle publicité - est porté devant la Conseil Départemental d'Hygiène.

Extrait de la séance du 17 novembre 1961, voici les conclusions des délibérations des élus chargés de la surveillance relative à l'hygiène pour le département des Vosges.

"Le conseil d'hygiène ayant été saisi par un de ses membres, d'une proposition tendant à examiner l'assainissement des voies privées de la société des Verreries Portieux, il est d'abord fait état de la délibération du 11 mai 1955 de ce même conseil et des recommandations qui avaient été formulées à cette époque tendant à inciter la municipalité de Portieux :

- à la réfection provisoire de la chaussée ;

- à la remise en état des caniveaux et des fossés à ciel ouvert ;

- à l'établissement d'un réseau d'égouts et dans un temps ultérieur ;

- à la remise en état définitive des chaussées.

Ce même conseil demandait encore que :

- l'évacuation des eaux usées provenant des WC soit effectuée conformément aux dispositions du règlement sanitaire départemental.

Quand est-il devenu de toutes ces recommandations judicieuses formulées en 1955 ? Oubliées tout simplement, tombées dans le néant ! ...

Mieux ! ... lors des récentes inspections sanitaires dans la région, il a été constater que "rien n'avait été réalisé pour l'assainissement de la cité ouvrière de la Verrerie et qu'au contraire, un délabrement supplémentaire [...] des herbes folles [...] le colmatage des caniveaux par le terreau et débris de toutes sortes avait encore aggravé la situation".

"les locataires n'ont d'autres ressources que d'aller vider leurs seaux hygiéniques dans leurs jardins potager". Rien de changé !

A la suite de toutes ces constations, la société des Verreries de Portieux fut mise en demeure de nettoyer les caniveaux, cependant, il n'existe ni égout, ni fosse septique, ni épuration d'aucune sorte des eaux usées. Eaux qui suivent la pente naturelle du terrain pour aller croupir en bas de la cité et se jeter éventuellement dans la ruisseau le Mori beintôt moribon.

Du point de vue communal, une difficulté supplémentaire à l'assainissement de cette cité vient de ce que les maisons ouvrières et les rues sont du domaine privé.

Il est actuellement entrepris la recherche d'une solution qui permettrait l'assainissement des voies et la modernisation des logements. Elle ne peut être réalisé que par entente entre la société des Verrerie de Portieux, la mairie et éventuellement une société d'habitation à loyer modéré (H.L.M.).

Le conseil d'hygiène prend acte des efforts faits par les différents services pour trouver rapidement une solution acceptable par tous les partis et qui permettrait cet assainissement.

Enfin, en guise de péroraison, ce même conseil demande en outre "que la javellisation de l'eau distribuée au public par le réseau communal soit constamment assurée." C'est un mimimum pour rassurer la population.

A l'époque, toutes ces recommandations n'avaient pas été rendues publiques. Les habitants ignoraient toutes ces tractations tenues secrètes - on peut s'en étonner - cependant, la rumeur colporte des bruits. Vers le mois de juin 1962, le "bouche à oreille" laisse entendre aux verriers "qu'il serait question de construire des H.L.M.".

Pour reprendre le dicton populaire qui affirme "qu'il n'y a pas de fumée sans feu!", les verriers ne pouvaient plus douter qu'un foyer couvait sournoisement dans le cratère des entrailles de l'administration.

Jusqu'alors si discrète sur les tractations destinées à régler le sort des habitations, les services du ministère de la construction accompagnés de M. le Maire de Portieux, de M. le directeur de l'Office Départemental H.L.M. auquel se joint M. Ferbus représentant la direction des Verreries de Portieux, ont été examiner sur place le mercredi 6 décembre 1961 les "possibilités d'amélioration des conditions d'habitabilité des logements des cités ouvrières".

Ainsi, les gens du cru ne pouvaient plus ignorer que "quelque chose" de louche se tramait à leur insu.

Toute cette délégation en inquiétera plus d'un. La machine lancée, il sera difficile, sinon impossible de l'arrêter.

D'où cette réflexion laxiste souvent entendue : " Bof ! on verra bien !" ne perdurera pas à la Verrerie. Les verriers attaqués dans ce qu'ils ont de plus sacré, ce à quoi ils tiennent le plus au monde (enfin presque) - les souvenirs accumulés par tant d'années passées dans les cités, la mémoire des lieux, la vie des anciens - ne vont pas tarder à passer à l'action.

La défense, surtout organisée par la C.G.T. qui essaiera - elle y arrivera - de convaincre les habitants du bien fondé de ses positions - réhabilitation des anciennes cités - ne pourra rien faire contre ce truisme défendu avec ardeur par l'administration :"les cités ne sont pas transformables, sinon à un coût exorbitant".

Toutefois, aucune amélioration réelle ne peut être envisagée sans la réalisation d'un réseau d'assainissement comportant l'évacuation des eaux usées, par un réseau enterré (égout).

Un projet établi par le génie rural en 1948 fût sans suite. La direction de l'époque soutenant que les incidences financières n'étaient pas compatibles avec les objectifs de l'usine. En clair : trop cher pour transformer les cités appartenant à l'usine !

Quand à la commune, elle estime à juste titre "qu'elle ne saurait entreprendre la réalisation de travaux sur le domaine privé".

Rapport de M. Devraine

Il faut savoir qu'en 1961, le patrimoine logement proprement dit est composé de 31 bâtiments à rez-de-chaussée + un étage + combles, le tout réparti sur plus de 300 logements abritant environ 1200 personnes dont "un assez grand nombre de vieillards". Ces bâtiments ont été construits entre le 19ème siècle et 1922 (sont exclues les "cités" dans la rue principale, c'est-à-dire les cités 32, 33 en prolongement du café George, et la cité 34 où habitait "le Mimille Joujou").

les baies font uniformément 1 m sur 1,50 M et comportent un encadrement complet en pierre de taille.

Les pièces d'habitation ont généralement une surface de 14 à 17 m2 avec une profondeur de 4,50m. Les hauteurs sous plafond constatées cité 2 sont de 2,40 m au rez-de-chaussée et 2,46 à l'étage.

Chaque logement comporte une amenée d'eau dans la cuisine. Les cabinets d'aisance (WC) sont situés dans des édicules disposés en fond de parcelle de jardin, à une trentaine de mètres environ des logements.

Si certains logements paraissent bien tenus par leurs occupants, force est de constater que l'entretien incombant au propriétaire (l'usine) a été fort négligé depuis de nombreuses années (c'est le moins que l'on puisse dire. Mais les verriers ne payaient pratiquement pas de loyer -1 franc par mois pour un "trois pièces" en 1960-, c'est derrière cette constatation que se retranchera l'usine pour justifier le manque d'entretien des cités).

Les souches de cheminées, les avant-toits, la zinguerie, les enduits extérieurs sans parler des planchers et plafonds nécessitent une révision générale à bref délai.

Il est vrai que les loyers perçus - nous y voilà - ne permettent guère d'amortir les travaux d'entretien. De plus, certains représentants ouvriers du comité d'entreprise s'opposent à toute augmentation considérant qu'il s'agit là d'avantages acquis.

L'usine pleine de bonne volonté confie à M Poisson architecte à Épinal, la possibilité de redistribuer les logements sur un seul niveau, avec création d'un W.C. et d'une salle d'eau à l'intérieur, ceci sans toucher pratiquement au gros oeuvre à l'exclusion des percements nécessaires dans les refends et de l'ouverture des baies de W.C.

Une évaluation sommaire pour la cité deux - c'est dans cette cité que je suis né - conduit à une dépense de 72 000 NF pour l'aménagement de 14 logements nouveaux - au lieu de 19 anciens - soit environ 5 000 NF par logement. Ici, la prudence s'impose, il y a malheureusement à craindre de désagréables surprises quant au prix définitif.

De ce fait, le ministère de la construction constate et interdit au propriétaire d'entreprendre de pareilles dépenses, et de ne pas autoriser un pareil emploi de la participation des employeurs à l'effort de construction, car, ainsi qu'il est précisé :"les travaux à exécuter doivent constituer un tout !"

Si les choses devaient se réaliser quand même, les habitants ne pourraient prétendre en aucun cas à l'allocation logement, les cités seraient condamnées à rester des cités accessoires de contrat de travail à très bas loyer. Donc, rien ne serait résolu.

Une deuxième solution consiste à créer des logements répondant intégralement aux conditions du règlement sanitaire. Une telle formule suppose :

- La reprise d'au moins deux planchers sur trois de façon à assurer la hauteur réglementaire sous plafond.

- L'agrandissement de 70% environ des baies, compte tenu de leur encadrement en pierre de taille, la dépense est très importante.

- Redistribution de presque tous les conduits de fumée.

- Modification complète du cloisonnement.

- Installation complète des équipements sanitaires, électricité etc.

- Réalisation intégrale du programme réparations précédemment évoqué.

L'ampleur des moyens financiers à mettre en oeuvre est considérable. En l'état actuel des choses, l'usine ne peut ni ne veut y pourvoir. Cette dernière avait envisagé l'apport à une société anonyme d'H.L.M. qu'elle contrôlait, la S.A. Valport.

A la suite de difficultés d'ordre fiscal cette solution a été abandonnée et cette société est en liquidation.

Le seul moyen reste donc la cession, à titre gratuit - le fameux franc symbolique - de l'ensemble des cités, à l'office public d'H.L.M. du département des Vosges, assortie des engagements de versement de la participation du 1% produit à Portieux pendant un certain nombres d'années ; à charge pour l'Office de réaliser les travaux.

Le rapport de M Devraine dévoile encore que :

Le plan masse actuel, s'il est aéré, souffre d'une rigidité et d'une pléthore de voies de dessertes que l'on souhaiterait voir disparaître.

Ce qui nous conduit à proposer

La réalisation par l'office départemental d'H.L.M. de bâtiments nouveaux implantés selon un plan masse rationnel, et financés par tranche annuelle au titre du programme social de relogement.

Enfin nous y voilà : "Cette solution conduirait à doter la population ouvrière de la Verrerie de Portieux de logements répondant exactement à ses besoins :

- dissociation de l'occupation et de l'emploi ;

- types des logements proportionnés aux besoins réels ;

- loyer supportable compte tenu de l'allocation logement.

Un détail qui n'échappe pas aux regards perspicaces des enquêteurs : la présence d'un certain nombre d'antennes de télévision prouve la possibilité de payer un loyer modéré (à peine arrivée dans le pays -la première en 1957 au Club Transparence fondé par l'abbé Bernard Tschaen-, la télé est déjà répertoriée comme source d'aisance).

- concentration et réduction des voiries et réseaux entraînant une libération plus grande du sol affecté aux jardins ou espaces verts.

D'après les indications données par M le Maire, l'aspect psychologique de cette transformation brutale des conditions de vie des habitants de la Verrerie entraînerait sans doute quelques difficultés au départ qui, moyennant une politique d'autorité jointe à une information bien conduite, ne paraissent pas insurmontables.

Ainsi, le Maire se rend bien compte qu'il y aura un certain risque à vouloir déloger, à déraciner les verriers implantés là depuis des générations. Nonobstant ce fait, il semble compter sur l'état plus au moins velléitaire de la population verrière, tout en édulcorant les faits grâce à de beaux discours.

Le Préfet, dans une lettre du 8 janvier 1962, adressée à M. le Président de l' O.P.D. / H.L.M. des Vosges (office public départemental / d'Habitations à loyer modéré) formule cette recommandation :

" Le comité départemental des H.L.M. à [...] été appelé à se pencher au cours de sa réunion du 27 septembre dernier (1961) sur la situation de la Verrerie [...] en vue d'une éventuelle première tranche d'une centaine de logements de type P.S.R. ( Programme social de relogement) au programme de 1962 [...] il a toutefois demandé, pour que cette génération puisse être lancée avec toutes les chances de succès, que les occupants actuels soient d'ores et déjà préparés aux nouvelles conditions de logement qui découleraient de leur situation de locataires d'H.L.M. !"

Les contacts semblent sur la bonne voie. Si l'on en croit une lettre de M. Cussenot daté du 4 mai 1962, adressée à M. le Directeur de l'O.P.D / H.L.M. des Vosges qui confirme certains points en même temps qu'il implore une réponse à ses angoisses.

Qu'on en juge !

Archives de l' O.P.A.C des Vosges

M. Le Directeur

[...] Lors d'une conversation téléphonique, M. le Secrétaire Général ma fait connaître que l'arrangement à intervenir entre l'office des H.L.M. et la Sté des Verreries de Portieux était en bonne voie [...] une lettre personnelle de M. le -Directeur de cet établissement me confirmait cette situation.

Pour me permettre d'informer la population des conditions de vie nouvelle qui sont à l'étude, pensez vous qu'une réunion d'information au cours de laquelle seraient exposés les projets pourrait mûrir cette affaire ?

Vous connaissez l'urgence pour l'agglomération de ces améliorations tant au point de vue hygiène qu'au point de vue confort et accès aux habitations.

L'urgence s'en fait encore sentir depuis que le chemin d'accès aux cités s'est détérioré à un point tel que les véhicules ne pourront bientôt plus l'utiliser. La Verrerie ne veut plus l'entretenir sachant qu'il est appelé à être supprimé. La situation tourne à la catastrophe.

S'il comptait sur la passivité et la compréhension des verriers, c'était faire abstraction de l'action menée en profondeur par le virulent syndicat C.G.T. qui multipliera les ripostes. Les xontre-attaques prendront la forme de pétitions, de tracts, mais aussi d'articles dans les quotidiens distribués à la Verrerie. En mauvaise posture et très critiqué, M Cussenot sera particulièrement visé comme nous le verrons plus loin.

Qui a raison à cet instant ? Qui croit donc détenir la vérité ? Evidemment les deux parties ! Car l'un (la mairie), veut détruire les cités pour "moderniser" ; l'autre (le syndicats C.G.T. -le plus virulant-), soutenu dans ces moments difficiles par presque toute la population verrière, veut conserver les cités et soutient qu'il est possible de les moderniser. Voilà où nous en sommes !

Pour l'heure, nous conduirons le lecteur à la réunion du comité d'établissement qui se tenait le 17 juillet 1962.

A cette réunion la C.G.T. "demande où en est le problème des logements ?" et "s'il est exacte que nos cités vont être remplacées par des H.L.M., et à qui en revient l'initiative ?"

A cette dernière question, bien sûr la C.G.T. entendait bien mettre le nom de M Cussenot en bonne et due place.

"La CGT n'est pas fondamentalement opposée à ce projet à condition que celui-ci ne soit pas désavantageux pour les travailleurs" (les intentions que se prête la C.G.T. sont, ici, suspectes)

"Nous tenons à rappeler à la direction que jusqu'ici, les travailleurs ne paient pratiquement pas de loyer, ce qui fait partie de nos avantages, comme la direction nous la mainte fois ressortie, en particulier quand nous demandions la suppression des abattements de zones ; qui est pour nous de 6,6%."

Afin d'aller dans une direction positive et d'obtenir des réponses claires, la C.G.T. pose les questions suivantes :

1) Le loyer minimum pour le plus petit HLM est d'environ 70 francs, ce qui est déjà trop POUR NOS MAIGRES SALAIRES. - en dépit des antennes de télévision sur les toits - notre syndicat demande si l'usine prendra la charge de ses loyer ????

2) Si la direction ne veut pas prendre en charge ces loyers, la C.G.T. demande à ce que l'usine envisage la suppression de l'abattement de zone et une augmentation de salaire pour compenser les loyers.

3) Un plan avait été fait pour la modernisation des cités - pose de WC, tout à l'égout et agrandissement des petits logements - ce qui aurait été préférable vu la "qualité" de ces constructions qui sont en "dur" alors que les H.L. M., sont en agglomérés. Quelles sont les raisons pour lesquelles ces travaux n'ont pas été entrepris ?"

M FERBUS - sous directeur de l'usine - indique qu'il n'a aucune précision à ce sujet, mais que la préfecture s'oppose à la modernisation des cités ; étant donné les normes à respecter afin de bénéficier de l'allocation logement.

Réunie en assemblée plénière, la population, sous l'égide du syndicat C.G.T., décide d'envoyer une pétition au ministre de la construction - pétition signée à 95% -.

Voici le texte de cette pétition qui reflète l'état d'esprit de la population, face au projet angoissant de construction dl H.L.M..

MONSIEUR LE MINISTRE

Nous venons porter à votre bienveillance l'exposé de notre situation actuelle, qui est pour nous un grave problème. Aussi, nous comptons sur votre compétence pour y remédier le plus rapidement possible et au mieux de nos intérêts.

Habitant dans des cités ouvrières composées de logements de deux, trois, quatre pièces - cuisine comprise - de quatre mètres sur trois mètres quatre vingt cinq et parfois plus, avec une hauteur sous plafond variant de deux mètres cinquante à deux mètres soixante dix.

Ces cités ont l'avantages d'être construites en dur, avec des murs de soixante centimètres et bien aérées.

Nos rangées de cités sont séparées par des jardins. Cependant, ce qui nous préoccupe, c'est le problème de l'hygiène, c'est-à-dire le manque d'égout et salle d'eau avec WC.

La société des Verreries de Vallérystal-Portieux, nous avait soumis un projet de modernisation des cités et pose d'égout dont le plan fut établi. Par manque de subventions ce projet fut abandonné au profit d'une idée H.L.M., qui elle, soi-disant, bénéficierait de subventions constructions neuves.

Nous nous étonnons d'autant plus de ce projet, qu'il y a encore dans notre département, plusieurs milliers de familles logées dans des baraquements en bois, datant de la libération - 900 pour Saint-Dié seulement - dont plusieurs dépourvue d'eau et d'électricité.

Nous estimons qu'il est illogique de démolir tout un pays pour construire des H.L.M. rendues douteuses après l'assaut d'un rude hiver, avec preuve à l'appui.

En conséquence, nous vous demandons que la subvention prévue pour les H.L.M., soit versée à la société des Verreries de Vallérystal et Portieux, pour la modernisation de nos cités, et la pose d'égouts, comme il avait été prévu tout d'abord.

Nous osons espérer que vous voudrez bien user de toute votre compétence, et de votre autorité pour donner suite à nos revendications justifiées.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, avec nos remerciements, nos respectueuses salutations.

Beaucoup de mal pour rien peut se dire le syndicat. Cette pétition semble ne pas avoir eut le meilleurs accueil auprès du ministre. Aucune suite ne fut donner à celle-ci et personne n'en entendra jamais plus parler.

Six mois et demi après la dernière réunion du C.E., Monsieur Hanus, directeur de l'usine, expose aux membres du comité les différentes solutions qui ont été envisagées pour moderniser la Verrerie de Portieux, en indiquant les sommes qui auraient dues être engagées.

Lisons le compte rendue de cette réunion.

1 ) Historique :

A. Valport

Une études de 1955 avait montré que la transformation : installation de W.C. , salle d'eau, fosse septique, branchement à l'égout, sans compter celui-ci, reviendrait à 60 000 fr. pour la cité 4.

Pour l'ensemble des 400 logements : 2 000 000 Fr.

Ici, il est permis de s'étonner. En effet, comment ne pas voir une anomalie dans cette étude de 1955 qui parle de 400 logements, alors que M Devraine, directeur départemental du ministère de la construction parle dans son rapport du 13 décembre 1961, suite à la visite sur place de ses services, d'un peu plus de 300 logements.

Alors, qui avait raison ?

Est-ce que le rapport de 1955 n'a pas été "gonflé" exprès afin de décourager les partisans de la transformation des cités ? ... à moins que ce ne soit le rapport de M. Devraine qui ne reflétait pas la réalité ; mais alors une question m'arrive à l'esprit : pourquoi ? Car, ce monsieur trouve déjà que cela sera trop cher, sans compter les impondérables toujours possible dans ce genre de réhabilitation. Poursuivons !

Cette transformation faite à l'aide du 1%, il faudrait 100 ans d'où l'idée d'une société H.L.M. qui de ce fait peut bénéficier de subventions de l'état et permettre un programme plus rapide.

Première tractations en 1956. Le but est de racheter une société H.L.M. de Liffol-le-Grand, et de la transformer en H.L.M. Valport pour les cités de Vallérysthal et Portieux.

Malheureusement, cette société constituée, on s'aperçoit que la cession des cités à la société Valport entraînerait la taxation au B I C pour la valeur réelle du patrimoine.

Le 1er Juin 1959 il est décidé de dissoudre la société Valport.

Étude de transformation par nos propres moyens

Financement d'un programme de 6 ans avec :

- taxe de sur l'habitat................... 240 000 Fr.
- rentrées loyers .......................... 272 000 Fr.
- investissement usine............ 1 110 000 Fr.

Tout cela en 6 ans.

Il faudrait en plus reconstruire 4,6 cités nouvelles pour remplacer les pièces prises par W.C. / salle d'eau = 2 668 000 Fr. Soit un total à investir par l'usine, compte tenu des imprévus, des honoraires d'architectes et divers 4 363 640 Fr.

Il faudrait en plus appliquer un loyer d'environ

- pour deux pièces 20,28 Fr.
- pour trois pièces 30,42 Fr.
- pour quatre pièces 40,56 Fr.

Les H.L.M. pratiquent :

- pour deux pièces 66,00 Fr.
- pour trois pièces 76,00 Fr.
- pour quatre pièces 85,00 Fr.

En apparence, la première solution serait la plus avantageuse pour les ouvriers, mais elle a du être abandonnée pour plusieurs raisons :

- impossibilité d'utiliser le 1%
- impossibilité pour les ouvriers de toucher l'allocation logement.
- les égouts 900 000 Fr. ne sont pas compris dans ce financement.
- ni la voirie 200 000 Fr.

impossibilité pour l'usine d'investir 4,4 millions en 6 ans sans risquer de compromettre son avenir et les modernisations.(?) De quelles modernisations voulait-il parler, nous allons le savoir très vite ?

  1. Il ne reste donc que la solution des H.L.M. proposée par la préfecture.

Il s'agit en réalité du plan social de relogement (P.S.R.) qui comprendrait la construction des cités neuves, les égouts, la voirie.

Le financement se ferait par :

- subvention du département

- apport de l'État pour le P.S.R.

- apport de la société des Verreries de Portieux

2)- Apport de la société :

- abandon de la taxe de 1% pendant 44 ans .................................................. 1.200 000 Fr.

- cession des cités pour le franc symbolique (dernière évaluation de 1962 : 8 290 000 Fr.

- cession des terrains pour le franc symbolique (évaluation de 1962 :............... 90 000 Fr.

soit un apport total de.................................................................................. 9 580 000 Fr.

Ce mode de financement ne risquait pas de compromettre l'exploitation et la modernisation de 1'usine. Il faut penser qu'il reste à investir au minimum d'ici 1965, si nous voulons être compétitif dans les années venir :

- modernisation des ateliers
- construction d'un four neuf
- approvisionnement de réfractaires four A et 8 : 1 330 000 Fr.

3)- Avantages en nature déclarés à la sécurité sociale :

Ces avantages sont personnels aux titulaires des logements et cessent lors du départ des titulaires.

- Ils ne sont pas forcément consentis lors d'une nouvelle embauche.

Il reste à savoir si légalement ils sont dus aux titulaires lors de la cession des cités aux H.L.M. Si la société se trouve dans l'obligation de verser ces avantages, elle devra le faire pendant 44 années environs, ce oui représente 1 001 940 Fr.

Avantages actuels pour 4 pièces 18,40 Fr.

3 pièces 18,14 Fr.

2 pièces 14,30 Fr.

4)- Conclusion

L'intérêt du Projet H.L.M. proposé par la préfecture réside en :

A)- pour l'usine :

- financement possible sans compromettre son avenir

- le réseau d'égout et voirie sera repris par la municipalité après la remise en état.

L'usine ne supportera donc par le jeu des centimes additionnels, que l'entretien de ces égouts et voirie, alors que si c'est la municipalité qui doit faire les travaux, l'usine supportera le financement d'une grande part de ceux-ci.

B)- pour les titulaires de logements :

- possibilité de toucher l'allocation logement

- centimes additionnels réduits en ce qui concerne les égouts et la voirie.

- logements moins précaires ; surface supérieures aux logements actuels.

- situation plus rationnelle des logements.

Entre temps, le Directeur de l'office Départemental des H.L.M. donne une conférence aux habitants de la Verrerie de Portieux, sur la demande du Préfet et du Maire.

Voici le texte de cette conférence

"Je crois utile de brosser tout d'abord rapidement l'historique de la question. Dès le mois de décembre 1961, et sur initiative de Monsieur le Maire de Portieux, Monsieur le préfet a demandé à l'office d'étudier, en liaison avec les services Départementaux du Ministère de la construction et de la Direction de la Société de la Verrerie, les conditions dans lesquelles il serait possible, soit de transformer pour les rendre habitables, les bâtiments vétustes abritant le personnel de la Verrerie de Portieux, soit de remplacer ces immeubles.

Depuis cette date. des études ont été entreprises afin d'envisager toutes solutions répondant au souci légitime de l'administration Préfectorale d'améliorer les conditions de vie des habitants de la Verrerie de Portieux.

Trois solutions ont été approfondies :

Nous avons déjà étudié ces trois solutions, aussi n'approfondirons-nous que la dernière.

3)- réalisation de bâtiments neufs type H.L.M. implantés selon un plan de masse rationnel et financés par tranche annuelle au titre de programme social de relogement.

Cette solution conduit à doter la population ouvrière de la Verrerie de Portieux de logements répondant exactement à ses besoins :

- dissociation de l'occupation et de l'emploi.



Ici, il convient d'ouvrir une parenthèse ... dissociation de l'occupation des logements et de l'emploi prendrait à la Verrerie tout son sens, ou plutôt prendrait une résonance carrément tragique.

J'entends déjà certaines personnes bien intentionnées me répondre : "voyons, à la Verrerie on n'est pas malheureux ! Personne n'est obligé de rester si ça ne lui plaît pas, c'est pas pour ça que les patrons fourbirons des représailles envers la famille qui reste !"

C'est peut être vrai pour le dernier quart du 20ème siècle, mais auparavant ? Que faisaient nos aïeuls ? Ils courbaient l'échine et tendaient la patte devant le bon patron ; bouche cousue et production, tel était la réalité : sans quoi ? Mais que veulent donc dire ces allusions ?

Il n'est pas bien difficile de comprendre que les bons patrons du début du siècle faisaient trembler les ouvriers qui logeaient dans "leurs" cités pratiquement gratuitement. D'ailleurs, pour les faire trembler un petit plus, le patron se promenait chaque jour dans "ces cités" pour constater officiellement si tout allait bien. C'est la "presque gratuité" du loyer que les ouvriers ont peur de perdre, en plus des primes versées aux familles nombreuses.

Il serait stupide en effet qu'un enfant ait "envie" de travailler à l'extérieur quand on s'aperçoit des avantages que les patrons daignent accorder aux familles en difficultés.

Témoin cette photocopie de l'acte accusateur, daté du 14 mai 1919 dont trois mots sont soulignés à l'encre rouge. Ce qui dénonce à n'en pas douter une discrimination ubuesque et un moyen de chantage supplémentaire à l'emploi. On remarquera le U majuscule de l'Usine.

Au dos du billet les noms qui apparaissent par transparence sont ceux de possibles futurs bénéficiaires : Eusébio Charles, Kribs Louis, Hatton René

Archives de la verrerie de Portieux

Poursuivons maintenant l'énumération commencée plus avant.

- types de logements proportionnés aux besoins réels.

- Loyer supportable compte tenu de l'allocation logement.



- concentration et réduction des voiries et réseaux divers entraînant une libération plus grande du sol affecté aux espaces verts.

Certes, l'adoption de cette solution supposait l'agrément tant de la commune que de la Société de la Verrerie, la première en ce qui concerne la prise en charge de la voirie et des réseaux divers à aménager : égout, eau, électricité. La seconde en ce qui concerne l'abandon de son patrimoine et sa participation financière à l'opération dans le cadre de sa contribution à l'effort de construction.

Après une étude du plan de masse général tenant compte des immeubles existants, dont la démolition devra être progressive, Monsieur le Maire de Portieux, sous réserve bien entendu de l'octroi des diverses subventions auxquelles les communes peuvent prétendre de ce chef, et Monsieur le directeur de la Verrerie, après consultation de son conseil d'administration, ont donné leur accord de principe à l'adoption de cette solution dans les conditions envisagées. En outre, Monsieur l'architecte du conseil du département a donné son agrément au plan de masse général du nouveau lotissement, tel que ce plan de masse a été élaboré par les architectes de l'office.

Avant de poursuivre les études de détail, notamment des cellules qui pourront être semblables à celles qui vous sont présentées aujourd'hui, il importait que vous soient confirmées les conditions exactes de location des logements types H.L.M., conditions connues de certains d'entre vous pour avoir visité sans doute les groupes de Charmes ou de Rambervillers proche de la Verrerie.

Ces conditions en l'état actuel des textes réglementaires, peuvent être les suivantes :

Loyer mensuel : étant précisé que le N° du type de logement auquel il y a lieu d'ajouter la cuisine; les W.C ; la salle d'eau.

Type 2 : 70 Fr.
Type 3 : 85 Fr.
Type 4 : 100 Fr.
Type 5 : 115 Fr.

Il va de soi que ces chiffres sont donnés à titre indicatif et qu'ils seront adaptés tant à la surface corrigée exacte de chaque logement réalisé qu'aux conditions réglementaires qui seront en vigueur au moment de la mise en location.

A ce loyer mensuel, s'ajouteront les charges et prestations individuelles payées également par acompte mensuel, c'est à dire les frais d'électricité dans les locaux communs, soit environ 0,50 Fr., les taxes locatives éventuelles, il n'en existe pas à ma connaissance à Portieux, les frais de consommation d'eau, soit environ 2,50 Fr.

En contrepartie, chaque ménage pourra obtenir le bénéfice de l'allocation logement, dont la valeur est inversement proportionnelle aux ressources du ménage pendant l'année civile précédente déclaration des revenus après application des deux abattements et directement proportionnelle au loyer d'une part et aux charges familiales d'autre part enfant ouvrant droit aux allocations familiales .

Avant de vous fournir des précisions sur des cas types, il me serait agréable de connaître la part de leurs ressources que certains d'entre vous accepteraient d'affecter mensuellement au règlement du loyer après déduction de l'allocation logement pour vivre dans des logements bien aérés et orientés, et surtout dotés d'un équipement sanitaire total.

Enfin, s'agissant d'une unité d'habitation modernes dotés obligatoirement du chauffage central, je dois vous dire que le mode de chauffage qui sera adopté sera le chauffage central collectif, dont le prix de revient d'exploitation est avantageux et qui permet à l'ensemble des logements de bénéficier d'un chauffage uniforme favorable à la bonne tenue des bâtiments.

Le coût annuel du chauffage central par type de logement peut être évalué aux sommes suivantes :

Type 2 : 400 Fr.

Type 3 : 500 Fr.

Type 4 : 620 Fr.

Type 5 : 730 Fr.

Cette prestation est payable par mensualité pendant la période d'hiver, c'est-à-dire en sept fractions dont six sont égales pour les mois d'octobre à mars, la septième payable en avril, étant chiffrée au solde dû par chaque locataire après apurement des comptes de l'exploitation réelle pendant la période d'hiver considéré.

Ce sont mesdames et messieurs, les renseignements qu'il m'appartenait de vous communiquer ; je souhaite qu'ils vous aient suffisamment éclairés, et vous remercie de m'avoir écouté, en m'excusant d'avoir été peut être trop long

 

Cinq mois après cette réunion, Monsieur Hanus convoque les membres du comité d'établissement, le 2 juillet 1963, pour donner des précisions sur le problème des H.L.M.

1°)- Tout d'abord la préfecture impose que les habitants de la Verrerie aient fait leur choix pour le 10 juillet (1963) , pour une question d'affectation des crédits et de démarrage des études.

2°)- La préfecture est formelle : un accord d'ensemble de tous les titulaires de logements est nécessaire, un accord d'entreprise serait insuffisant.

3°)- Le cas des retraités, qui resteront dans les meilleures cités, laissées à l'usine par les H.L.M., pourrait dans le futur faire une étude en vue d'installations sanitaires.

Pour essayer de convaincre les ouvriers, le 3 juillet, la direction de l'usine envoie une lettre recommandée à chaque titulaire de logement.

" M..............

En raison de leur vétusté et de l'absence de voirie et d'égouts, les cités de la Verrerie de Portieux ne répondent plus aux conditions de confort et d'hygiène de la vie moderne.

Sur votre demande et celle de vos représentants, la Société avait étudié et recherché depuis un certain nombre d'années des solutions permettant une amélioration des cités existantes.

Malheureusement :

D'une part l'exploitation des Verreries à la main étant très difficile, il est impossible pour la société de supporter la charge de telles modifications.

D'autre part, ces améliorations n'auraient pas permis aux logements transformés de répondre aux normes de l'habitat.

De ce fait, il était impossible aux salariés de bénéficier de l'allocation logement, et la Société d'utiliser à leur profit la taxe de 1% à la construction.

Il serait regrettable de ne pas profiter de ces deux possibilités susceptible de contribuer à une amélioration sensible de leur confort.

L'attention des pouvoirs publics a été attirée sur l'insalubrité des cités de la Verrerie à la suite de la récente épidémie de poliomyélite. La préfecture tenant compte des difficultés et impossibilités rencontrées au cours des précédentes études, propose la seule solution qui puisse âtre réalisée :

La cession par l'usine de l'ensemble des cités à l'Office Départementale d'H.L.M.

La reconstruction par les H.L.M. de ces cités avec les moyens, crédits et facilités considérables dont ils disposent.

Les principaux éléments de la solution proposée sont les suivants :

1°)- Obligation de l'office départementale d'H.L.M.

L'office départementale d'H.L.M. devient propriétaire des terrains bâtis ou non, nécessaires à la construction des nouvelles cités. En contrepartie, les H.L.M. s'engagent à faire bénéficier les salariés de la Verrerie de Portieux des avantages suivants :

- Reconstruction de nouvelles cités dotées du confort souhaitable suivant les plans que vous avez pu consulter.

En particulier, il y a lieu de préciser que le chauffage de chaque logement sera individuel.

Doter ces cités de réseaux d'adduction d'eau, d'électricité et d'égouts, ainsi que des rues convenables.

Donner une priorité de construction de logements nouveaux au cas où les nouvelles cités se révéleraient insuffisantes pour satisfaire les demandes de logements présentées par les salariés de l'usine.

Conserver un certain nombre d'anciennes cités parmi les plus récentes pour loger les retraités actuels ou futurs, dont la société a tenu à sauvegarder les intérêts.

Réserver des terrains pour l'aménagement de terrains ouvriers.

2°)- Avantages acquis dont bénéficient certains salariés.

La société donnant la priorité des cités aux H.L.M. ne peut plus loger ses ouvriers. De ce fait, l'avantage en nature logement disparaît, car les salariés auront à payer un loyer à l'office départementale d'H.L.M.

La solution proposée ne sera donc réalisable que si tous les bénéficiaires renoncent, contre compensation, à cet avantage.

3°)- Obligation de la Société des Verreries réunies de Vallérysthal et Portieux.

Bien entendu, il ne saurait être question de renonciation à un avantage acquis sans compensations.

Aussi la Société compte accorder aux bénéficiaires de l'avantage acquis deux compensations en échange de leur renonciation :

- Une première compensation par l'intermédiaire des H.L.M. représentée par las avantages cités au paragraphe ou obtenus grâce :

A)- A la cession gratuite de la propriété aux H.L.M. des terrains bâtis ou non nécessaires à la réalisation du projet exposé plus haut.

Il y a lieu de noter que cette cession de propriété faite au profit des salariés représente une valeur importante.

B)- A l'abandon aux H.L.M. durant une période qui sera déterminée d'un commun accord, de la taxe de 1% à la construction - 233 400 Fr -.

- Une seconde compensation directe accordée par la société aux salariés ayant droit à l'avantage acquis, ainsi qu'aux membres de leur famille travaillant à l'usine et vivant à leur foyer.

Une augmentation forfaitaire de salaires de 3%, ce qui représente une somme de 135 000 Fr. Nous attirons votre attention sur l'intérêt que représente tant pour vous et votre famille que pour l'avenir de vos enfants; la solution proposée.

Nous croyons bon d'insister sur l'importance de votre acceptation à ce projet qui s'avère le seul réalisable.

Si vous n'acceptez pas cette solution, la société sera amenée à conserver les cités dans leur état actuel, aucune autre solution n'étant possible, et ce serait parfaitement regrettable. Nous précisons que :

- La réalisation du projet n'étant possible que dans la mesure ou tous les bénéficiaires auront renoncé à leur avantage acquis, en nature logement, l'offre que nous faisons ci-dessus, ne sera valable qu'autant que cette condition sera remplie.

Pour des raisons de subventions et de crédit indiqués tout récemment par la préfecture, les conventions doivent être signées dans les délais les plus courts, avec la municipalité et l'office départementale d'H.L.M.

C'est pour ces raisons qu'afin d'éviter toute perte de temps risquant de compromettre la réalisation du projet, le défaut d'observation de votre part dans les huit jours qui suivrons la réception de la présente lettre, entraînera l'acceptation de notre offre, ainsi que des conditions auxquelles cette dernière est subordonnée.

Il est bien précisé que le bénéfice de l'augmentation de 3% de salaire indiquée plus haut ne vous sera acquis qu'à compter du jour ou, à la suite d'accord avec les H.L.M. et la municipalité, vous aurez à payer un loyer :

- D'abord un loyer d'attente dans les cités actuelles.

- Ensuite, le loyer correspondant au logement qui vous sera affecté lorsque vous serez relogés en H.L.M.

Nous vous prions d'agréer, M . l'expression de nos sentiments distingués ".

La réaction du syndicat C.G.T. ne se fait pas attendre. Le 4 juillet, à la sortie de l'usine, à midi, les membres de ce syndicat distribuent à chaque ouvrier et ouvrière un tract dont voici le texte :

Vous avez reçu ou vous allez recevoir une lettre de la direction concernant les H.L.M.. La direction veut que chacun prenne sa responsabilité, afin que les syndicats ne puissent pas intervenir. Le syndicat C.G.T. considère non seulement comme un droit, mais comme un devoir d'éclairer les travailleurs sur tous les problèmes.

Voici les positions du syndicat C.G.T.

1°)- Nous disons qu'il est possible de moderniser les cités actuelles avec Pose de W.C., salle d'eau et égouts et pour preuve : les plans sont faits et la société peut payer. Nous répétons que cette solution correspond aux besoins et aux aspirations des travailleurs de La Verrerie de Portieux (c'est effectivement ce que demandaient la majorité, pour ne pas dire la totalité des ouvriers de l'époque, dont je faisais partie ; j'avais 20 ans, une femme et déjà un enfant, donc j'étais très intéressé par cette question de logement, de plus, les cités me tenaient à cœur car mes ancêtres habitaient dedans depuis leur construction, concrètement cela représentait trois générations... mais les cités avaient un urgent besoin de rénovation, alors ).

2°)- Nous avons toujours eu l'avantage de ne pas payer de loyer, avantage bien relatif, puisque dans les discutions sur les augmentations de salaires, la direction avait comme argument : la gratuité du loyer !!!

Au cas ou les H.L.M. nous seraient imposés, ce serait un sérieux coup porté au niveau de vie des travailleurs, et en plus du loyer, les verriers perdraient les avantages tel que : stockage du bois, légumes, garages, etc.

Pour compenser la perte de ces avantages, la direction propose une prime équivalente à une augmentation de salaire de 3% pour tous les membres des familles travaillant à l'usine.

Le syndicat C.G.T. n'est pas contre le progrès.

Combien de travailleurs ne possèdent pas de machine à laver, frigo, télévision, voiture, etc., ce n'est certainement pas parce qu'ils sont contre le progrès, mais c'est que leurs salaires ne leur permettent pas de profiter de ce progrès.

Nous ne sommes pas d'accord avec las propositions de la direction :

Pourquoi ?

1°)- 3% sur les salaires ne représente absolument rien du tout, si l'on compare les salaires actuels avec les "augmentations" et les salaires des années dernières.

2°)- En cas de maladie ou d'accident de travail, les ouvriers ne bénéficient pas de ces 3%.

3°)- Ce seraient les plus déshérités - les bas salaires, les familles n'ayant qu'une personne pour travailler - qui paieraient les plus chers loyers.

4°)- La direction n'embauchant pas la totalité des filles, celles-ci sont donc obligées d'aller l'extérieur et ne bénéficient donc pas des 3%.

5°)- C'est une forme de pression sur les parents pour faire entrer leurs fils à 1'usine, au lieu de leur faire poursuivre des études. - nous retrouvons la même sorte de pression qu'en 1919, voir (e) plus avant. -

Nous répétons qu'au cas où il y aurait des H.L.M., la C.G.T. ferait la proposition suivante, avec l'accord des travailleurs.

Non pas 3% sur les salaires, car chacun sait que les loyers augmentent à longueur d'année et que nos salaires diminuent, mais une prime indexée sur le loyer identique à chaque titulaire d'un logement.

Si aujourd'hui, sur le papier que vous avez reçu, il est noté que vous aurez à payer 20 fr. par exemple : COMBIEN PAIEREZ-VOUS DANS LES ANNEES A VENIR ? Sans oublier les charges supplémentaires. D'autre part, il faut exiger la suppression des abattements de zones sur les salaires et les allocations familiales.

Nous faisons une parenthèse pour signaler combien semble important aux yeux des syndicats et de la population la suppression de l'abattement de zone qui grève les salaires des verriers.

Nous vous demandons de conserver cette lettre et d'assister à la réunion publique qui aura lieu aujourd'hui, jeudi 4 juillet 1963, à 20 heures dans le pré de la Houbette.

Pour donner de plus amples informations et organiser une réponse collective car, comme le dit la lettre "ne pas répondre, c'est donner son accord au projet".

Si vous voulez conserver vos cités actuelles, mais MODERNISEES, il vous faudra être fort et uni autour de votre syndicat.

Le syndicat de la Verrerie de Portieux.

Nous l'avons dit auparavant, il ne faut pas miser, pas compter sur l'effet de gens sans volonté profonde. Ceux-ci, menacés de voir disparaître ce qu'ils aiment, en l'occurrence les cités ... se regroupent et font confiance au syndicat C.G.T. qui n'hésite pas, pour la circonstance, à prendre une position tutélaire sur les habitants de la Verrerie de Portieux ; par la même occasion, ledit syndicat espère récolter les quelques miettes qui lui manquent pour remplir son panier à provisions de membres actifs pouvant cotiser, c'est de bonne guerre.

C'est devant 200 personnes environ, réunies dans le pré de la Houbette, que le secrétaire de la C.G.T., sûr de lui, détail le tract distribué le jour même - 4 juillet - il est très applaudi et, tel l'oracle, il fait entériner un texte qui sera présenté à l'ensemble des locataires. En voici l'essentiel :

"Étant pour la modernisation des cités ( bouches d'égouts, W.C., salles d'eau ) considérant que cela est possible et que cela correspond à mes besoins, je désire conserver mes avantages acquis. C'est à dire que je n'accepte pas la proposition des 3% et que je renonce à payer un loyer !!!"

Les hourra et viva fusent, et à la suite de cette réunion, la presque totalité de la population est en symbiose avec les assertions formulées par le syndicat C.G.T. de la Verrerie de Portieux, par la bouche de son représentant très actif, M. Camille Mangeonjean.

Celui-ci peut se frotter provisoirement les mains, il vient de remporter une bataille. La guerre, c'est autre chose ! Le flou s'installe alors dans les esprits des décideurs, qui ne peuvent que constater, amèrement, l'échec de leurs propositions... pour l'instant.

Pendant ce temps les verriers apprécient à sa juste valeur le succès remporté - croient-ils - contre les meneurs propices aux H.L.M., qui veulent leur faire croire qu'il n'est pas possible de conserver leurs chères cités, pas encore bonnes - pensent-ils - pour la démolition.

Pour répondre au tract distribué par la C.G.T., le jour même, alors que les verriers épuisés par une difficile journée de labeur espèrent goutter un peu d'un repos bien mérité, la direction de l'usine, à 15 heures 30, dément formellement "qu'en cas de maladie ou d'accident. les 3% seraient supprimés", elle fait savoir que "les 3% sont acquis, maladie ou pas". Ça sent la victoire syndicaliste, sortons les drapeaux.

De toutes façons, il résulte que "l'affaire" en reste-là pour l'instant. Les ouvriers refusant - on pouvait s'y attendre - la solution proposée.

Pour s'en convaincre, il suffit de lire des extraits de la lettre qu'adresse M. le Préfet des Vosges à M. le Maire de Portieux le 1er juillet 1963.

Voici ce que dit cette lettre :

"Lors de la réunion tenue le 27 juin dernier dans le cabinet de M. le Secrétaire Général, avait été envisagées les modalités de la mise en oeuvre des travaux à réaliser pour la rénovation de l'îlot dit de la Verrerie de Portieux.

Le déroulement de ce programme supposait acquis l'accord du personnel de la Verrerie, accord que le directeur présent avait laissé espérer pour le dix juillet.

Or, par lettre du neuf juillet, M. le directeur de la Verrerie de Portieux m'informe que les ouvriers se sont à la grande majorité de 223 contre 269 consultés, prononcés contre la formule proposée d'une démolition des immeubles actuels et de la construction, en lieu et place, d'H.L.M., par les soins de l'Office Départemental.

Je ne puis, tout en le déplorant, que prendre acte de cette position qui rend nécessairement caduc le programme arrêté lors de la séance précitée..."

Les Verriers viennent de jouer leur baroud d'honneur ! Aujourd'hui ils sont victorieux, mais demain ?

Car il y aura un lendemain, et, cela est bien connu, c'est toujours les lendemains que l'on déchante !

C'est pour les anciennes cités dont ils sont amoureux que les verriers se battent. Autour de ces vieilles pierres déchues, au lourd passé historique, chargées de la sueur saine et odorante de la plèbe dure à la tâche, les habitants engendrent une riposte énergique et déterminée. Ont-ils raison de dépenser tant d'énergie, de jeter toute leur force dans la bataille ?

L'enjeu, vous l'aurez compris, est d'importance. A leurs yeux il s'agit ni plus ni moins que d'empêcher l'élimination des cités qui sont l'âme profonde de la Verrerie, le poumon du pays, leur vie et le passé de leurs ancêtres, les racines de leur arbre généalogique et, sans racines, l'arbre meurt !

Ce serait une destruction comparable au massacre des éléphants, tout comme les éléphants la Verrerie serait écornée, éborgnée à tout jamais, et les ouvriers verriers ne s'en remettraient pas de si tôt.

L'élimination des cités pleines des souvenirs de tout un peuple serait une aberration pour les verriers. Les cités insalubres livrées inéluctablement aux godets destructeurs des pelles mécaniques feront bouger les foules. Alors cette exclamation s'élèvera comme une plainte lancinante chez les verriers à l'âme excoriée : "Pourquoi ?...pourquoi ?"

Le premier pourquoi est un cri du coeur. Le second est l'interrogation douloureuse d'un peuple qui se bat à armes inégales contre la collusion.

Les verriers ne veulent pas de l'espèce de Pandémonium qu'il devine dans les cités H L M, les "cités dortoirs" comme dit l'expression populaire leur font peur ; ils n'en veulent pas, n'en voudront jamais - du moins pas encore -, et ils cracheraient bien dessus comme ils urinaient au coin des bâtiments si cela pouvait servir leur cause, mais s'ils se retiennent de toutes exactions, ils s'accrochent de toutes leurs forces à leur première idée ; c'est hyalin, claire comme de l'eau de roche, le vote a tranché ... il... ne... désirent... pas... d'H.L.M. !

Alors que faire ? Qui sortira vainqueur ? Des deux camps face à face, l'un, forcément, pliera sous le joug de l'autre plus puissant, ou dont les atouts seront les meilleurs. Mais les verriers n'ont que peux d'atouts dans leurs manches retroussées, la donne et la tournure du jeu ne leur sont pas propice.

Les partisans de celui-là se morfondrons comme des petits qui viennent de perdre leur mère, pendant que ceux de celui-ci, gagnant sur toute la ligne, feront valoir leurs droits.

Poursuivons maintenant l'analyse des dessous de cette affaire extrêmement compliquée, car embrouillée par des animosités politiques sur lesquelles nous savons peu de chose.

Seul un compte-rendu de réunion du conseil municipal et une lettre adressée au secrétaire du syndicat C.G.T., dans laquelle le Maire compte se disculper aux yeux de la population de la Verrerie de Portieux - car on l'accuse d'avoir eu l'initiative du projet H L M. - font état de ces antagonismes.

Voici ces textes :

"A la suite d'une campagne par tracts, affiches, presse, on a voulu convaincre les habitants de la Verrerie de Portieux que le Maire de Portieux était l'auteur du projet H.L.M.

Ni l'autorité de tutelle, ni la direction des Verreries de Portieux n'ont à aucun moment élevé de protestations contre ces affirmations, pures inventions.

Une mise au point s'impose qui viendra répondre à cette campagne.

Le Maire de Portieux a été mandaté par le conseil municipal pour étudier dans quelles conditions la collectivité pourrait prêter son concours à la pose des égouts à la Verrerie de Portieux. Le plan proposé par le Maire prévoyait :

1°)- La pose des égouts et un nouveau tracé des rues transversales trop nombreuses et faisant double emploi. Cette réalisation devait permettre l'aménagement des cités par l'adjonction de W.C. et salles d'eau.

Le mode de financement proposé avait été approuvé par le conseil municipal avant d'être proposé à l'approbation préfectorale.

Ce projet n'a pu recevoir cette approbation parce que non conforme aux lois et règlements en vigueur. Lettre du 16 septembre 1960 confirmée par lettre du 19 septembre 1963.

C'est alors que Monsieur le Préfet des Vosges, soucieux de régler ce problème de l'hygiène à la Verrerie, demanda aux services compétents d'étudier sur place l'assainissement de la localité.

Une commission composée de représentants de Monsieur le Préfet, de personnalités du Ministère de la construction, de l'ingénieur des ponts et chaussées chargé de l'étude de la voirie, visita l'agglomération sous la conduite du représentant de la Société des Verreries de Portieux, propriétaire de la quasi totalité du lotissement ; le Maire de Portieux recevait cette commission à la Mairie annexe.

De cette visite, le Ministère de la construction établit un rapport concluant à la nécessité de s'adresser à un office d'H.L.M..

Monsieur le Préfet demanda alors à l'Office Départemental d'H.L.M. dans quelles conditions il pourrait intervenir.

A aucun moment, le Conseil Municipal ni le Maire n'ont été appelé à donner leur avis sur les conditions de rénovation.

Le rôle du Maire s'est limité à étudier l'assainissement de la cité et à rendre compte à son conseil de l'évolution de la situation, conformément à la délibération en date du 16 janvier 1961. Le problème de l'habitat était à résoudre par la société propriétaire et jamais l'assemblée Municipale n'est intervenue dans ces discussions [...] etc.

A la suite d'une consultation populaire par la direction des verreries, les crédits du ministère de l'intérieur risquant d'être supprimés, le Maire, après en avoir référé au conseil municipal, essaya de renouer les contacts et, pour connaître la réponse des habitants, il fait circuler non une pétition, mais un choix à faire entre deux positions.

A aucun moment il n'a proposé aux délégués syndicaux, venus en Mairie, de leur propre chef et non convoqués, d'accepter la solution 3% proposée par l'usine.

Les textes présentés à la signature, font justice de cette affirmation mensongère, et la réponse adressée à leur lettre n'est qu'un compte rendu de cette entrevue.

Aujourd'hui, les solutions proposées n'ayant pu obtenir l'agrément des pouvoirs publics ou de la population, le Maire estime que l'assainissement de la Verrerie est au point mort et qu'il n'a plus à intervenir tant que les intéressés n'auront pas trouvé une solution acceptée par tous et reconnue valable par les pouvoirs publics."

Copie de la lettre du 27 septembre 1963 :

Le Maire de Portieux à Monsieur le secrétaire du syndicat C.G.T.

La Verrerie de Portieux

Monsieur le Secrétaire,

Au cours de notre entretien du 25 septembre dernier à la Mairie annexe, en présence de Madame François premier adjoint de Portieux et de Monsieur Ferry Raymond délégué syndical, vous avez pu prendre connaissance du dossier intégral de l'assainissement de notre localité.

Vous avez pu constater que le conseil municipal s'est penché depuis 1959 sur ce problème vital et que les solutions proposées aux pouvoirs publics comportaient uniquement la pose d'égouts, la mise en état de la voirie.

Vous avez pu suivre l'évolution de ces problèmes et reconnu que ces solutions n'avaient pu recevoir l'approbation de l'autorité de tutelle, parce que non conforme aux lois et règlements en vigueurs.

Par lettre en date du 19 septembre, parvenue la Mairie le 26 septembre 1963, Monsieur le Préfet des Vosges précise une fois de plus que :

"La collectivité publique ne saurait en aucune manière intervenir financièrement sur des terrains et des immeubles qui ne sont pas de sa propriété".

Par lettre datée du 24 septembre 1963, que vous m'avez remise au cours de notre entretien, vous exposez le point de vue de votre syndicat.

Je ne puis que transmettre à Monsieur le Préfet des Vosges votre lettre, en souhaitant qu'il trouve une formule permettant l'ouverture de pourparlers.

Vous avez pu constater que la première solution que vous souhaitez être prise en considération n'a aucune chance d'être acceptée et je vous confirme ce qui vous a déjà été expliqué, le conseil municipal n'a jamais délibéré sur la question des constructions d'H.L.M. qui ne sont pas de ses attributions ; mais qu'il a étudié le problème de l'assainissement.

Je vous prie de croire, Monsieur le Secrétaire, à mes sentiments distingués.

Le Maire

M. CUSSENOT.

Réunion du Comité d'Établissement du 7 novembre 1963

Enfin, le 7 novembre 1963, Monsieur Hanus, le directeur de 1'usine, convoque une dernière fois le comité d'établissement.

Voici le compte-rendu de cette réunion :

"Monsieur Hanus indique aux membres du comité que cette réunion a pour but de les informer que le Préfet des Vosges a demandé à assister à une réunion concernant la modernisation des cités, étant donné qu'il doit rendre une réponse au Ministère du travail, en ce qui concerne les crédits qui avaient été alloués pour la modernisation des cités.

Le Préfet a demandé à Monsieur Hanus de bien vouloir organiser cette réunion qui en principe doit avoir lieu le 15 novembre et de faire assister à cette réunion une délégation de titulaires de logements.

Monsieur Hanus propose donc de faire un tirage au sort parmi les différentes catégories de logements qui seraient susceptibles d'être attribuées aux familles.

Les délégués sont d'accord pour faire un tirage au sort, mais un membre du comité demande à Monsieur Hanus "ce qu'il se passerait au cas où les personnes désignées par le tirage au sort ne se présentaient pas à la réunion ?"

Monsieur Hanus indique aux membres que "ce serait regrettable, infiniment regrettable que ces personnes ne se présentent pas alors que le Préfet se dérangerait lui-même".

Les délégués sont d'accord avec Monsieur Hanus. Afin de bien faire comprendre aux personnes nommés l'importance de cette réunion, Monsieur Hanus propose de les voir individuellement.

Tous les membres du Comité d'Établissement assisteront également à cette réunion - titulaires et suppléants -.

A la demande d'un membre du comité concernant l'assainissement des cités, Monsieur Hanus indique que cette réunion n'aurait qu'un but d'information, ainsi :

Sur 104 titulaires de 2 pièces plus cuisine....11 sont tirés au sort.

Sur 95 titulaires de 3 Pièces plus cuisine....10 sont tirés au sort.

Sur 47 titulaires de 4 pièces plus cuisine.......5 sont tirés au sort.

Sur 14 titulaires de 5 pièces plus cuisine.......2 sont tirés au sort.

Lors de cette réunion des maquettes seront exposées pour représenter, d'une part l'implantation future des bâtiments d'habitation, d'autre part la représentation d'un logement 3 pièces actuel et d'un logement futur correspondant.

Voici la lettre que reçurent tous les "tirés au sort" :

"Vous avez été désigné par tirage au sort le jeudi 7 novembre en tant que titulaire d'un logement appartenant à l'usine, au cours d'une réunion du comité d'établissement, pour assister à une réunion d'information concernant le problème de l'assainissement de l'agglomération de la Verrerie de Portieux.

Cette réunion, sous la présidence de M. le Préfet des Vosges, aura lieu aux écoles de la Verrerie, le jeudi 5 décembre 1963 à 15 heures 30.

Nous comptons absolument sur votre présence à cette réunion d'un intérêt exceptionnel par la présence de M. le Préfet des Vosges et par l'importance du problème d'assainissement de notre cité.

Vous pourrez quitter votre travail à 15 heures pour vous permettre de vous changer et votre temps perdu vous sera rémunéré.

Vous voudrez bien vous munir de la présente lettre qui vous servira de carte d'entrée à la réunion.

Veuillez agréer etc."

Deux jours avant cette échéance, soit le 3 décembre 1963,1'Est Républicain publie un article ou se reflète l'angoisse latente des gens de la Verrerie.

Le préfet ne se posera-t-il pas en maître des lieux ? ... En développant une argumentation irréfragable, puisque c'est lui qui a les "cartes dans ses manches", n'imposera-t-il pas sa volonté envers et contre tous ou, au contraire, dépité par une trop grande résistance des verriers appuyés par le pugnace syndicat C.G.T. de la Verrerie de Portieux : ne fera-t-il pas preuve de longanimité envers ces êtres "déboussolés" qu'ils aura face à lui, le jour de la réunion ou, forcément, des solutions devront être trouvées, faute de quoi, ainsi que le criait César en franchissant le rubicond : ALEA JACTA EST !"

Mais ne jetons pas la pierre avant d'avoir allumé le feu, pour l'instant contentons-nous de parcourir ensemble l'article du journal :

"La Verrerie de Portieux : le projet des HLM sera-t-il solutionné au abandonné ?

"Table ronde vendredi en présence du préfet des Vosges.

"La population de la Verrerie vit actuellement un suspense . Elle voudrait savoir si le projet de construction d'H.L.M. sera abandonné ou encore solutionné. Ce suspense est créé par la visite prochaine du Préfet des Vosges, qui sera dans notre cité vendredi.

"Pourquoi M. Herrensmitt se dérange-t-il personnellement ?

"Depuis un an il a obtenu les crédits nécessaires pour la construction d'H.L.M., l'heure est arrivé de savoir si oui ou non cette somme - qui est de un milliard nous a-t-on dit - sera la noyau financier du projet ou si cette somme sera mutée ailleurs ".

Quelques mois avant cette réunion capitale pour la population qui sentait la menace de plus en plus présente, soit le 26 août, M. le Maire de Portieux a demandé une dernière fois la décision de chaque locataire, cela par l'entremise d'une circulaire qui a été éditée et distribuée en temps voulu, par les soins de la commune, aux locataires des cités, en voici la teneur :

"Les soussignés, conscients de la gravité de l'état d'hygiène qui existe dans la localité, convaincus de l'urgence qu'il y a à faire procéder à l'assainissement de l'agglomération de la Verrerie de Portieux, après avoir pris connaissance de l'avis de M. le Maire de Portieux précisant que cet assainissement est lié à la rénovation total de l'habitat par la société d'H.L.M. départementale, acceptent le principe de transformation de leurs avantages en nature en avantages en espèces.

Conscient que la formule proposée par la société des Verreries de Portieux désavantage certains ménages ne bénéficiant que d'un seul salaire, propose que cette question soit étudiée en comité d'établissement et sollicite de M. le Préfet des Vosges, son arbitrage, en cas de désaccord entre les délégations patronales et ouvrières."

La lettre précitée ayant livrée un verdict négatif, une autre est rapidement soumise à l'approbation des ménages verriers, cela pour qu'il n'y ai pas d'ambiguïtés, en voici la teneur :

"Les soussignés, après avoir pris connaissance de l'avis de Monsieur le Maire de Portieux précisant que l'assainissement de l'agglomération est lié à la rénovation totale de l'habitat par la société d'H.L.M. départementale, maintiennent leur position hostile à la transformation des avantages en nature par les avantages en espèces.

Ils agissent en toute connaissance de cause et acceptent toutes les responsabilités de leur geste."

Monsieur le Maire de Portieux nous demanda (aux membres du syndicats) de présenter ces textes au public, nous avons donc rendu visite à 236 ménages, et ce fut pour nous un véritable sondage d'opinion.

152 ménages hostiles à la transformation.

Voici les résultats attendus de ce sondage :

"Sont pour le principe de la transformation des avantages, 31 ménages, sont hostiles à cette transformation, 152 ménages, trois autres catégories entrent en jeu : 18 ménages sont désintéressés, 18 autres ne sont ni pour ni contre le principe, et 17 ménages ont déclaré que "leur décision était déjà prise".

C'est ces trois catégories qui n'ont pas désiré signer les circulaires, celles-ci sont dans les mains du Préfet des Vosges."

Comme on peut le constater, 152 ménages ont été hostiles, ce qui ne fait que confirmer ce que l'on savait déjà, à savoir que les verriers refusent d'être déraciner sans se battre jusqu'au bout de leurs forces. Maintenant, prenons connaissance de quelques réflexions entendues à l'époque :

" Je suis d'accord pour l'assainissement, mais pas pour des H.L.M.

" Faites venir le Préfet, qu'il visite nos logements et il comprendra notre position !

" Encore une consultation, on en a assez !

" Pourquoi ne fait-ont pas un appartement témoin ?

" En payant un loyer, je dois retirer mes enfants du lycée. Etc.

QUE LE TEMPS PASSE VITE :

Bientôt un an ! ... le vaste projet et le sujet principal et quasi quotidien des conversations au sein de la cité, deux motifs essentiels peuvent expliquer le comportement des ouvriers :

1°)- Le prix des loyer à supporter, car les verriers n'ont pas l'habitude de payer pour se loger.

2°)- La matière matérielle de la construction de nos jours.

Mais depuis, la Société des Verreries qui sait que rien n'est gagné, s'est proposée d'allouer 3% sur les salaires pour subvenir au loyer, l'accord n'est pas parvenu, alors on attend.

La table ronde tant attendue :

Vendredi, tous les protagonistes se réuniront autour de la table ronde ! Autour d'elle il y aura : le Préfet des Vosges, Monsieur le maire, la direction de la verrerie, le comité d'établissement et 28 locataires.

La veille, quelqu'un disait encore d'un air morne : "Vivement dimanche que l'on sache où l'on en est, depuis l' temps qu' ça dure, il n'est pas trop tôt que l'histoire-là se termine".

Et elle se terminera forcément. Mais à quel avantage ?

Le vendredi suivant, la table ronde tant attendue par tous est réunie. Les verriers sont fébriles, ils se demandent à quelle sauce on va les manger.

Voici le compte-rendu de cette séance :

"L'affaire des H.L.M., qui a déjà fait couler beaucoup d'encre et provoqué la réaction de tant de résolutions et motions est arrivée, hier, à un tournant décisif. C'est à l'occasion d'une table ronde dirigé par le chef de l'administration départementale, Monsieur Herrenschmidt, qui avait tenu à venir en personne faire le point de la situation, que le choix définitif a été proposé la population verrière.

Le choix est celui-ci :

Ou l'occupation d'un logement dans le genre H.L.M. dont le projet de construction a été soumis il y a près d'un an aux occupants éventuels ; ou la recherche d'un appartement dans une localité voisine.

Liberté totale, a précisé au demeurant le Préfet en y insistant, est naturellement laissé à chacun le soin de se reloger selon son gré et à sa convenance.

De toutes façons, les vieilles cités de la Verrerie considérées comme insalubres, non point tant dans leur intérieur très souvent coquettement aménagé par les familles (habile le Préfet, quoi de mieux que de vanter, louer les soins des familles à entretenir leurs intérieurs. La phrase qui précède, quand à elle, est ressentie par les autochtones comme une blessure au coeur, JAMAIS, ils ne consentiront à s'expatrier, à moins d'y être forcé. Quitter la chère Verrerie, n'y pensons pas, pourtant ?), que dans leur extérieur, sont promises au pic du démolisseur.

La condamnation est sans appel ; c'est là l'élément nouveau porté hier à la connaissance de la population dont les représentants, hommes et femmes, participaient à la table ronde aux côtés des délégués du comité d'entreprise de l'établissement.

Disons-le à la louange des verriers, si la discussion fut largement alimentée, elle se déroula dans une atmosphère détendue et sous le signe de la courtoisie et de la bonne volonté. Où était le ton passionné de la réunion du mercredi 19 décembre 1962 ? Envie d'en finir de la part de verriers ? Ou lassitude de la population qui voudrait bien retrouver ses habitudes, son calme ?

Certaines voix s'élevèrent pour plaider avec chaleur la cause des vieilles cités qui ont abrité des générations de verriers. Ce n'est certes pas sans un serrement de coeur que les occupants quitteront le logement qu'ils s'étaient ingéniés à rendre coquet et agréable et dans lequel ils ont, pour certains, passé une grande partie de leur existence.

On les comprend, le sentiment avait son mot à dire. Mais la loi ne s'accommode pas de sentiments. Surtout lorsqu'il y va de la santé de toute une population.

Une solution bâtarde rejetée par l'autorité de tutelle.

Puis le chef de l'administration départementale posa le problème.

Il importait, souligna-t-il, d'apporter une amélioration à l'habitat des ouvriers. La municipalité se trouva en présence d'un cas fort délicat : il s'agissait d'une propriété privé, et le conseil municipal ne pouvait pour cette raison intervenir. C'est alors qu'il se tourna vers l'administration préfectorale.

"C'est pourquoi, ajouta le Préfet, j'ai provoqué cette réunion à laquelle sont associés d'une part les fonctionnaires qui suivent la question depuis de longues années, et d'autre part, les représentants des éventuels occupants des H.L.M."

Au passage faisant allusion à une motion votée la veille par le syndicat C.G.T. et se prononçant contre (pour) le rejet du projet de construction d'un groupe d'H.L.M., Monsieur Henrrenschmidt précisa que les représentants dudit syndicat avaient été invités à participer à la réunion." Ce qui était exact, toutefois, comme pour un dernier baroud d'honneur, le syndicat C.G.T. de la Verrerie de Portieux voulant "faire quelque chose", a convié la population le jeudi 5 décembre 1963 à une réunion d'information.

C'est devant une "soixantaine de chefs de familles venus affirmer leur hostilité au projet H.L.M. que sera rédigée une motion. Laquelle sera ensuite déposée à l'école à 16 heures 15." (Est Républicain du 5 décembre 63)

Voici le texte de ce tout dernier sursaut d'une minorité d'ouvriers (60 chefs de familles, c'est peu).

La population exige (mais elle est en mauvaise position) :

"la pose d'un réseau d'égouts, la réfection des rues, les réparations extérieures des cités permettant par la suite, la pose de W.C. et salles d'eau dans les maisons actuelles et propose à M. le Préfet la visite de plusieurs appartements".

M. Legrand remercie le Préfet de s'être attaché à ce problème important qui engage pour un long avenir la vie de 1200 habitants. Le Préfet déclare alors :

"La Municipalité a eu à se préoccuper du logement de la Verrerie de Portieux dont les habitants se sont tournés vers le Maire, qu'a-t-il fait ?"

Le Maire, M. Cussenot, allait de son côté rappeler que la population avait depuis longtemps présenté de nombreuses réclamations touchant l'état lamentable de la voirie des cités, propriété de l'usine.

Monsieur Cussenot plaide alors (Est Républicain du 5 décembre 63) :

"En 1957, en particulier, le conseil c'est plus que soucié des plaintes des habitants sur l'état lamentable de la voirie [ ... ] mais nous avions affaire principalement à une propriété privée [ ... ]

Les constructions de 1892 à 1900 nécessitaient la pose d'égouts, un projet de 1949 dut être abandonné, et en 1959, le conseil décidait de porter son effort sur l'assainissement de la Verrerie de Portieux [...} la commune prenant en charge la viabilité et la voirie, cette dernière devenant patrimoine communal.

Cette solution fut acceptée par la direction.

C'est alors que l'autorité de tutelle, se retranchant derrière la loi, déclara cette formule inacceptable, la commune et par ricochet les contribuables, ne pouvant participer à l'enrichissement d'une propriété privée.

La dessus, une commission de techniciens, après visite des lieux établit un rapport constatant L'INSALUBRITE des cités. La solution de la rénovation de l'habitat proposée était liée à la mise en état de viabilité ; mais la population se cabra et marqua son hostilité très nette à un projet dont elle estimait qu'il la lésait".

Voilà, c'est dit !

M. le Préfet des Vosges vient de faire savoir aux habitants soudain "doux comme des agneaux" que le rêve qu'ils avaient entretenu (conserver leurs vieilles cités) venait d'achopper.

Il est temps pour eux de colliger, de classer ce qu'ils ont vécus-là, dans la malle aux souvenirs, et de se faire une raison (on l'avait bien dit, la partie n'était pas jouée d'avance) : oui ! les chères vieilles pierres sont appelées à disparaître sous peu.

Évidemment, depuis que cela traîne, il fallait bien qu'un jour cela cesse. Ce jour de deuil est arrivé. Roulez le tambour, sonnez le tocsin, criez votre mal de vivre, soulagez-vous pendant qu'ils est encore temps vieux verriers ! demain, votre vie ne sera plus la même, vous avez perdus vos attaches et vous n'êtes pas prêt de vous en remettre !

Ainsi que dans les maladies graves et prolongées, les verriers sont pris de consomption, ils n'ont plus la force ou ne veulent plus lutter : "où est passé mon clairon, mais non, c'est trop tard". Mais peut-être qu'ils se sentent soulagés car, enfin ils "savent", et c'est l'incertitude, l'ignorance qui rend agressif.

Cependant, c'est une de leurs dernières illusions (perdue d'avance) que le Préfet des Vosges vient d'effacer.

Oui ! les cités vont être détruites, pulvérisées, broyées, arrachées, détruites, à jamais volées au patrimoine des gens du verre, à la Verrerie de Portieux !

Ainsi, on ne fait pas grand cas des avis émis par les habitants. L'insalubrité seule compte aux yeux de la loi. De toutes façons, il suffit de lire le rapport établi.

Voici le rapport accablant pour la cité, que les techniciens de l'administration ont rédigé en bonne est due forme, dans ce document il a été relevé "d'innombrables infractions au règlement d'hygiène".

C'est le docteur Quitard, enchaînant, qui a résumé sobrement les constatations faites lors de la visite de la commission d'hygiène.

Plutôt que d'écouter parler le docteur (que de toute façon personne n'a enregistré), je vous propose de lire son rapport, le voici :

Rapport de la direction départementale de la santé.

La visite de la cité ouvrière de la Verrerie de Portieux m'a permis de constater que l'insalubrité était encore plus importante que celle que je pensais trouver à la suite des rapports antérieurs sur cette affaire.

En premier lieu, infraction au code de l'habitation. Les immeubles de construction ancienne comportent des appartements de 2, 3 ou 4 pièces. Il s'agit en réalité de 1 pièce cuisine ou 2 pièces et une cuisine, et 3 pièces et une cuisine. On ne doit même pas parler d'appartement car il n'y a aucun couloir, aucune distribution.

La porte d'entrée donne dans la cuisine. La chambre lui succède (pour les deux pièces) et on y accède par une porte. Lorsque l'appartement est de quatre pièces, ce sont deux pièces supplémentaires situées au premier étage qui le constituent, on y accède par un escalier exigu.

La surface des chambres est normale. La hauteur des plafonds est insuffisante. Une seule petite fenêtre par chambre donne un éclairage et une aération insuffisante. Il n'y a pas de salle d'eau.

Il n'y a pas de WC. Dans la cuisine un robinet au dessus de l'évier est le seul point d'eau de l'appartement. Il est peu commode et ne répond pas à ce que l'on doit attendre d'un poste d'eau pour l'application des règles de l'hygiène individuelle.

Ces logements sont en outre surpeuplés en général. Dans les appartements visités, j'ai toujours constaté la présence d'un lit dans la cuisine.

Toutes les autres infractions découlent plus ou moins de celles relevées dans la demeure. Les tinettes situées à 25 mètres de la demeure dans une petite bâtisse en brique sont rudimentaires et malpropres. Elles ne doivent pas être souvent utilisées la nuit ou par temps froid, ce qui se comprend.

D'où l'emploi de seaux hygiéniques qui restent dans la cuisine ou la chambre insuffisamment aérée.

Les tinettes, les seaux, sont vidés parfois dans les jardins, parfois en dehors et il est facile de comprendre que lorsqu'il fait froid ou mauvais, les usagers ne doivent pas aller loin pour jeter leurs immondices.

Les caniveaux qui servaient autrefois à l'écoulement des eaux de pluie, servent, depuis qu'il y a un poste d'eau dans les appartements, à l'écoulement de toute les eaux usées. En particulier, j'ai constaté au niveau de la boucherie que les eaux étaient légèrement teintées (à ce sujet, M. Quintard est en dessous de la vérité. Si les eaux étaient teintées, c'est parce qu'elles étaient souvent accompagnées soit de résidus de nouilles, de soupe, et autres aliments qui finissaient immanquablement sur la "pierre à eau", après le repas pris dans la cuisine).

Certains caniveaux sont cimentés mais mal entretenus. D'autres sont fait en pierres disjointes. Pour quelques groupes d'habitations des égouts ont été posés. Ils constituent un risque supplémentaire dans bien des cas, car les tinettes et les seaux hygiéniques doivent pouvoir y être vidés.

Ces égouts aboutissent soit à un petit ruisseau nauséabond - le Mori - mal entretenu, situé en bordure du bois, soit au canal, et toujours sans épuration préalable.

A cet ensemble, il me faut ajouter un véritable bidonville en bordure du bois, constitué de cages à poules plus ou moins facilement nettoyables.

Est-il possible de remédier à ces multiples infractions du règlement d'hygiène ?

A mon avis, c'est impossible car c'est la maison qui est à la base de toute les infractions et elle ne peut même à grand frais, être rendue conforme aux normes exigées.

P. Le Directeur départemental de la santé
Le Médecin - inspecteur,
Dr. QUINTARD.

Le docteur Quintard a résumé sobrement les constations faites lors de la visite de la commission d'hygiène.

Ce qui est certain, c'est que le rapport de cette commission ne laissait pas apparaître le moindre doute quand au dénouement de cette affaire. Et même si les verriers s'agglutinent comme grenouilles en hiver pour résister aux agresseurs décidés à détruire leurs chères cités, ils ne pourront pas faire plus que ce qu'ils ont déjà tenter, sans résultat. Au-moins leur conscience sera tranquille.

Comment imaginer que M.Quintard lise en entier son rapport devant les verriers médusés, hypnotisés par les propos que leurs oreilles viennent de percevoir.

Certes, ils savaient leur situation bien précaire, mais de là à détruire les dernières utopies des verriers en accouchant d'une diatribe libellée sous cette forme particulière, ne laissant la place à aucun doute quand à l'issue finale : il fallait du courage pour le dire. Ce ne fut pas le cas.

Comment imaginer ne fusse qu'un instant, qu'après avoir consulter ce rapport, véritable réquisitoire de peine de mort envers la Verrerie de Portieux, que les autorités compétentes ne se sentent pas obligées de rendre le verdict qui leur tient à cœur : détruire les chères cités pour construire "d'infâmes" (aux cœurs des verriers), mais néanmoins "modernes et nécessaires H.L.M.".

Reprenons :

Le propriétaire renonce faute de moyens, à apporter les aménagements indispensables. Le Préfet, qui entendait présenter le cheminement rigoureux de l'affaire, intervint alors :

"Devant cet état de choses, annonce-t-il, il était du devoir du Préfet de déclarer cette zone insalubre et de mettre le propriétaire en demeure d'effectuer les aménagements rendus nécessaires."

Il se heurta au non-possumus de la société qui allégua qu'elle ne pouvait supporter une telle charge financière. Les cités étaient donc condamnées.

Et à une destruction totale devait répondre une reconstruction totale.

Trois solutions :

Avec Monsieur Devraine, directeur des services au Ministère du logement et de la construction, on allait aborder le problème du point de vue technique.

Il s'agissait de dégager des solutions efficaces sous l'angle de la participation financière des pouvoirs publics.

Trois solutions furent envisagées dont les deux premières devaient être rejetées. Elles avaient pour base l'utilisation de l'enveloppe du patrimoine - jolie formule pour décrire les murs des maisons - pour un aménagement intérieur permettant l'installation des W.C. et d'une salle d'eau. Mais la dépense à envisager était beaucoup trop lourde, parfois supérieur à du neuf. De plus, aucune aide des pouvoirs publics ne pouvait être sollicitée. Force fut donc de se ranger à la troisième solution :

Création d'un lotissement H.L.M., la société de la Verrerie cédant le terrain et son patrimoine pour le 1 Fr. symbolique. Cette solution permettrait à l'attribution des subvention de jouer à plein et permettrait aux occupants de bénéficier de l'allocation logement.

Monsieur Lhuillier, Directeur de l'office Départementale des H.L.M. avait alors soumis son exposé à l'assemblé.

Une reconstruction par tranches :

Il reprit dans ses grandes lignes l'exposé qu'il avait eu l'occasion de faire en décembre dernier devant la population verrière et souligna que les études faites tenaient compte dans UNE TRES LARGE MESURE des désirs des futurs locataires.

Le plan de masse prévoit la construction d'une première tranche de 122 logements. Par la suite, des espaces verts et des jardins ouvriers seront aménagés (en 1999 les espaces verts sont là, mais où sont les jardins ? Ces jardins ne sont qu'un doux rêve. En 2003 il n'y a aucun jardin relié aux H.L.M. ; par ailleurs ces mêmes H.L.M. ont une réputation si désastreuses, que personnes ne veut plus venir à la Verrerie, à part les gens placés-là d'office pour diverses raisons internes à la gestion des H.L.M. incombant à l'OPAC des Vosges).

En fait, l'ensemble du projet comporte 268 logements [...] à ces logements, il convient d'ajouter des locaux sociaux mis à la disposition de l'entreprise, un bureau de poste auquel a été adjoint un logement supplémentaire ainsi qu'un local réservé à la succursale de la Caisse d'Épargne d'Épinal [...].

Ce ne sera pas, ainsi que le laissait entendre Monsieur Lhuillier, une première tranche de 122 logements qui sera réalisée, mais quelques 196 logements qui seront lancés.

Le financement des travaux proprement dit a été obtenu dans les conditions suivantes :

Programme 1965 :

Décision du 1er décembre......40 logements

Programme 1966 :

Décision du 25 juillet........... 48 logements

Programme 1967 :

Décision du 21 Février.........108 logements

Total : ................................ 196 logements

A ce jour, l 'équilibre financier de cet ensemble de 196 logements s'établit comme suit :

Prêts de l'État :

prêt sans intérêt en 50 ans ............................. 903 960,00 Fr.

prêt au taux d'intérêt de 1% en 45 ans ....... 1 337 800,00 Fr.

prêt au taux d'intérêt de 1% en 45 ans....... 3 010 200,00 Fr.


TOTAL :.................................................... 5 251 960,00 Fr.

Les 72 logements restant devront être traités par reconduction des conditions de prix des deux tranches précédentes.

Les reconductions n'étant plus actuellement admises pour les opérations donc le cahier des charges ne prévoyait pas explicitement cette possibilité, ces travaux ne pourront être traités que par voie d'un marché de gré à gré conclu, en application de l'article 312 - alinéa 2 - du code des marchés publics . (mémoire de Madame Duvois, responsable de la communication à l'O.P.A.C des Vosges en 1999).

Reprenons maintenant l'exposé de Monsieur Lhuillier :

"Un effort a été fait en ce qui concerne l'absence de greniers. Au grenier qui sert trop souvent de fourre-tout et handicap les déménagements sera substitué - promit le Directeur de l'Office d'H.L.M. - une logette dans le jardin (il insiste et reparle de jardin ; mais de quel jardin ce monsieur veut-il parler ? Peut être que dans son esprit il entrevoyait cette possibilité, toujours est-il que les verriers ne verront jamais fleurir de jardin autour des H.L.M., si ce ne sont ceux qu'ils avaient avant ces constructions, et hors H.L.M. ).

Le prix des locations :

70 Fr. pour un 2 pièces

85 Fr. pour un 3 pièces

100 Fr. pour un 4 pièces

115 Fr. pour un 5 pièces

A ces loyers s'attache naturellement l'avantage de l'allocation logement.

Les avantages acquis le demeureront :

Monsieur Henry, de la direction du travail, apporta ensuite le point de vue du juriste. La mise à disposition du logement rappela-t-il, est un élément de la rémunération.

L'avantage acquis doit donc demeurer acquis. En d'autres termes, ces avantages pécuniaires consentis aux occupants des H.L.M. devront être au moins égaux à ceux dont ils bénéficient présentement.

Monsieur Fay, au nom de la société devrait traduire en chiffres ces avantages. Les ouvriers bénéficieront d'une indemnité logement de 60% quelle que soit leur situation de famille, par le truchement de l'allocation et celle d'un fond de secours spécial alimenté par la taxe de 1% sur l'habitat, versée pendant 44 ans. Le comité d'entreprise gérerait cette caisse mise à sa disposition.

Monsieur Henry tint à souligner l'effort de la société qui n'a pas voulu retenir l'évaluation du logement calculée pour servir de base aux charges fiscales, mais s'est référé aux bases légales sur le régime de droit commun, en d'autres termes sur la valeur locative à la surface corrigée. Donc, les avantages acquis le demeurent.

Pour conclure :

Il appartenait au Préfet d'apporter la conclusion à cette série d'exposés, après qu'il eu insisté sur l'importance de la disposition prise plus haut par la société.

"Nous avons fait, dit-il, le tour du problème. Il nous reste à conclure ; dans l'état actuel des choses, je suis obligé de déclarer les cités insalubre et de les faire disparaître ne pouvant prendre le risque de voir se propager des épidémies. Le propriétaire ne pouvant exécuter les travaux que je dois lui imposer, dois-je vous mettre tous à la porte et vous dire : débrouillez-vous ! La solution a été proposée [... ] vous savez dans quelles conditions. Je n'ai pas d'autres possibilités et ne puis aller contre la loi".

Objections et discussion :

La dessus s'ouvrit la discussion générale, les assistants étant invités à participer aux débats. Y prirent notamment part MM. Marchal, Houpert et Georges Marcel qui soulevèrent certaines objections.

Résumons les :

- Les chambres des H.L.M. plus petites que celles des cités, ne se prêteront pas, ou se prêteront mal à recevoir du gros mobiliers.

- Les occupants seront-ils contraints d'installer des lits dans la salle de séjour ?

- Les logements ne comportent pas de buanderie, ce qui occulte l'achat de machines à laver. - Objection écartée par l'existence de la salle d'eau .-

- Pourquoi certains immeubles seront-ils épargnés pour servir de logements aux vieilles personnes ?

- Pourquoi ne pas prévoir un plan mixte comportant la création d'H.L.M. et la rénovation de certains logements avec la participation financière éventuelle des occupants ?

- Et le chauffage collectif qui est trop onéreux (670 fr. pour quatre pièces) alors que les verriers se chauffent pour deux cent francs par an ?

- Et la sécurité de l'emploi ?

- Si l'usine réduit ses productions et du même coup les salaires, comment feront les ouvriers pour payer leur loyer ?

Cette remarque est pertinente, car après que l'usine eut changée totalement de visage dans les années 1985 / 1990, il y aura à la Verrerie 60% de cas sociaux d'après un conseiller municipal ce qui pose bien des problèmes à la communauté de Portieux.

- Et la construction des garages est-elle prévue ? ... L'opération est envisagée, plus tard.

Il fut répondu à toutes ces objections, en particulier pour le chauffage et les verriers ont obtenus le chauffage individuel - comme par le passé -, quelle erreur !

Ce fut pourtant M. Georges Marcel qui résuma sans passion l'opinion de tous :

"Les ouvriers se plaisaient dans leurs cités. Ce sera un drame pour eux lorsqu'ils devront quitter leur logement, peut-être connaîtra-t-on alors une atmosphère de révolte".

Là-dessus une voie s'éleva, celle de la fierté :

"Nos intérieurs ne sont pas des taudis : je vous invite à visiter le mien, Monsieur le Préfet.

"Moi aussi, moi aussi !

Souriant, le Préfet déclina ces offres.

L'atmosphère devint décidément bon enfant, alors qu'une dame de l'assistance, Mme Soissong, évoquant le problème de ses meubles, disait :

"De mon temps !"

Très galant, M.Herrenschmidt, mouvement de bras à l'appui, lui rétorqua : "Oh! Madame, ne dite pas de mon temps.."

- Mais si, je suis vieille, je vais prendre ma retraite dans deux ans !

C'est là-dessus que prit fin la réunion.

Les verriers en possession de tous les éléments d'un problème qui les a irrités, et plus encore, peuvent toujours méditer les paroles du Préfet : "J'ai conscience de vous apporter une solution humaine et acceptable".

Mais au fait..........

D'après une note classée aux archives municipale de Portieux (agrafée après une lettre adressée au Préfet des Vosges le 2 juillet 1965 et signée par le Maire de l'époque M. Sontot) se rapportant aux futures H.L.M., sous le titre :

RENOVATION DE L'HABITAT A LA VERRERIE DE PORTIEUX

Note vraisemblablement tirée à l'issu d'un Conseil Municipal, car tapée à la Mairie avec la même machine que la lettre adressée au Préfet, précise :

L'ETAT D'ESPRIT DE LA POPULATION

- Hostilité à peu près unanime au chauffage collectif.

- Désir d'avoir quelques dépendances locales suffisantes pour réserve de combustibles, récoltes de jardins familiaux.

- Possibilité de garage (la solution de l'aménagement du hangar à fourrage aménagé en garages collectifs gérés par la comité d'établissement mériterait un nouvel examen, ce sera fait en 2003 par le conseil municipal dont le le maire est Philippe Aussedat).

- Les jardins : pourrait-il être envisagé une répartition de surface en jardins selon la formule rurale des pâtis communaux à vie donnant ainsi possibilité de construire des édifices de jardin avec approbation du M.C.

- La transmission des bruits dans les constructions similaires (ne pourrait-on envisager l'insonorisation des cloisons entre appartements, double cloison de briques de 11 cm avec voile isolant de laine de verre intercalaire ?)

- Inquiétude des personnes approchant l'âge de la retraite au sujet de leur condition.

- Paiement des loyers : Cf. fiche de renseignements et fiche de paie annexées.

Peut-être y aurait-il intérêt à conseiller à l'usine d'accepter le principe du remplacement de l'avantage en nature par une indemnité en espèces dont le montant serait débattu dans le cadre de l'entreprise.

Suggestions :

- Que va-t-on faire des pierres provenant de la démolition ? La formule utilisée pour la construction de l'école maternelle s'est révélée excellente : démolition par l'adjudicataire des travaux pour le matériau. Réemploi de la pierre dans la nouvelle construction. Le gros grief de la construction agglo disparaîtrait. Grosse économie réalisée puisque le matériau se trouverait sur place et le problème de son évacuation serait résolu.

- Le groupement des familles à mesure de l'avancement des constructions a-t-il été prévu ?

Question :

- Y aura-t-il possibilité d'accéder à la propriété des appartements selon les modalités existantes dans les grands ensembles urbains ?

S'ensuivent quelques questions toujours d'actualités :

- Service des eaux :

- Que devient l'ancienne installation d'eau. Amortissement consommée ? Intérêts à réétudier de l'alimentation en eau, revoir le contrat existant et modifier les clauses invraisemblables (puisard, château-d'eau), possibilité d'alimenter en eau depuis la Verrerie - sources - étude à réaliser.

- Enlèvement des ordures : terrain de dépôt.

- Qu'entend la Ste des Verreries par son patrimoine ? (tout ce qui lui survivrait encore, elle le garde ! tout ce qui lui pèse, elle le donne -l'église-)

- Le local pour recette distribution.

- Salle de réunion (possibilité de conserver un bâtiment et de l'aménager)

Cette note qui était le prélude à une réunion très importante sur "l'assainissement de la Verrerie de Portieux", reflète bien les desiderata des verriers anxieux qui participent à la réunion du jour, dont voici la conclusion :

Monsieur Camille Mangeonjean, alors secrétaire (C.G.T.) du comité d'établissement, après la réunion, fournit la conclusion de cette affaire :

"Bien qu'ils n'aient pas été entièrement satisfaits, les travailleurs ont tout de même remporté une victoire. En effet, au début, il n'était question que de trois pour cent sur le salaire et maintenant il est question de 60% sur le loyer, accord qui reste cependant à signer avec la direction et le Comité d'Établissement".

Que peut-on conclure de tout ceci ?

Simplement que par souci de ménager leurs intérêts, et également par sentimentalisme, les ouvriers de la Verrerie ont reculé la date de construction des H.L.M. Cependant, on ne peut pas dire que tout le monde soit satisfait.

En effet, voici encore une conversation entendue entre deux verriers - 30 mai - qui parle de cette affaire :

"Ils n'ont qu'à nous mettre des égouts et réparer les rues ; pour le reste on est bien capable de le faire nous-mêmes ! "

C'est là qu'est le problème. Ils ont de bonnes intentions et pleins d'idées pour rénover leurs grandes cites, mais la loi leur interdit et ils n'ont pas les moyens de si opposer, alors, puisqu'ils son muselés, ils ne feront rien du tout. A partir de cet instant, il reste à attendre que les H.L.M. soient construites ; laissons passer un peu de temps et, enfin, nous connaîtrons les impressions des premiers résidants des "cages à poules", comme les verriers appelaient les H.L.M. à l'époque.

Voici quelques dates se rapportant au projet de construction d 'H.L.M. à la Verrerie de Portieux.
(Renseignements transmis au Ministère de la construction le 6 avril 1967 - archives communales de Portieux -)

Date dépôt avant projet VRD la Verrerie par


Sté ATEIRLOR auprès de la
Mairie...................................................................................................... 15 - 02 - 65

Date envoi avant projet VRD à la Préfecture.......................................04 - 10 - 65

Approbation projet ............................................................................. ?

Date dépôt projet définitif par ATEIRLOR

uniquement voirie / assainissement et station épuration ......................10 - 03 - 66

Date approbation dudit projet par Préfet............................................. 16 - 07 - 66

Date adjudication travaux assainissement et voirie.............................. 27 - 08 - 66

Date approbation marché.......................................................................05- 09 - 66

Date admission concours station épuration............................................27 - 08 - 66

Appelé.....................................................................................................05 - 09 - 66

Date ouverture des offres des prix ....................................................... .29 - 10 - 66

Appelé.....................................................................................................17 - 01 - 67

Date adjudication.....................................................................................19 - 11 - 66

Appelé......................................................................................................17 - 01 - 67

Date ordre service N° 1 assainissement et voirie.....................................12 - 09 - 66

Date ordre service N° 1 station épuration............................................ ... 24 - 01 - 67

Délais contractuel des travaux sur trois tranches années.. 66 - 67 - 68 et dépassement sur 1969

Prix adjudication travaux :

Assainissement................................................................................. 591 342,30 F.

Voirie.................................................................................................801 266,90 F.

Station épuration.............................................................................. 179 828,61 F.

TOTAL................................................................................................ 1 392 609,20 F.

L'histoire n'est pas terminée.

Dans sa séance du 29 juin 1965, le conseil municipal de Portieux a admis le principe de "l'assainissement" de la Verrerie de Portieux et ce, au moyen d'emprunts pouvant être contractés auprès de différents organismes reconnus. Il est toutefois bien entendu que ces travaux sont en étroite corrélation avec la cession des terrains appartenant à la société des Verreries réunies de Portieux et Vallérysthal.

Le contrat initial rédigé par Maître Lamielle, notaire à Charmes, en compagnie de Monsieur Hanus, directeur des Verreries de Portieux, a été repoussé par le conseil municipal.

L'élaboration d'un deuxième contrat est donc confié à Maître Cousin, avoué à Épinal. Ce contrat devrait garantir les intérêts réciproques des deux parties engagées.

Car la direction des verrerie de Portieux qui a admis de céder ses terrains pour le franc symbolique, désirait en avoir encore, pour ainsi dire, le droit de propriété. Ce qui, bien sûr, s'avérerait totalement incompatible.

Toutefois les tractations vont bon train. Tous essayaient de prendre le bon wagon et s'efforcent "tirer les marrons du feu", pendant qu'il en est encore temps. Pour preuve cette pétition :

"Nous n'avons pas de cadeau à faire à la direction" doivent penser les habitants de la Verrerie toujours sous la houlette du syndicat C.G.T..

Élaborée de main de maître, une pétition circule au mois de juin 1965. La C.G.T. faisant office de factotum de service depuis le début de l'affaire, propose à la population de la Verrerie cette pétition, laquelle sera adressée au conseil municipal devant se réunir le dernier mardi du mois de juin 1965, à 20 h 30.

Voici ce texte :

C G T / F S M

SYNDICAT DE LA VERRERIE

Le conseil municipal se réunira mardi soir à 20 h 30. Il doit se prononcer sur le problème de l'assainissement et de la construction d 'H.L.M. à la Verrerie de Portieux, afin de faire connaître sa position avant le 12 juillet.

Nous les soussignés, travaillant à la Verrerie et habitant les cités, demandons aux conseillers municipaux de ne prendre aucune décision définitive, quant à la construction de logements H.L.M. ; tant qu'un accord n'aura pas été conclu officiellement entre la direction de l'usine et les représentants ouvriers au comité d'établissement, qui garantisse à chacun des travailleurs employés les avantages acquis actuellement en matière de logement.

Suivent les nom de nombre d'habitants de la Verrerie de Portieux.

Suite à cette pétition rédigée par la syndicat pour la population de la Verrerie de Portieux, le conseil municipal, sous la présidence de son Maire M. Marcel Cussenot, écrit une lettre destinée à M. Claude Hanus, directeur des Verreries de Portieux, lui demandant ses intentions face aux exigences de la pétition des habitants de la Verrerie.

Prenons maintenant connaissance de cette missive.

1° JUILLET 1965

Monsieur le directeur des Verreries de Portieux

Monsieur le Directeur,

J'ai l'honneur de vous informer que le syndicat C.G.T. de la Verrerie a fait parvenir au conseil municipal de Portieux, une pétition ayant reçu 244 signatures.

Le but de cette pétition dont je vous joins une copie, est de demander au Conseil Municipal de repousser toute décision définitive tant que la garantie formelle que tous vos ouvriers, y compris ceux qui ne sont pas logés dans les cités (habitants de l'extérieur, futurs foyers) percevrons 60% du montant de leur loyer.

Je vous serais obligé de me faire connaître vos intentions à ce sujet, et vous prie de croire, Monsieur le Directeur, à mes sentiments distingués.

Le Maire,

La réponse de la direction de la Verrerie ne se fait pas attendre. Fidèle aux engagements qu'elle a contracté, elle assumera - malgré une contrainte évidente - sa responsabilité.

Parcourons quelques passages de la réponse de Monsieur Hanus.

" [....] aux termes de la loi, et plus particulièrement de la convention collective, l'avantage en nature logement doit être respecté par l'employeur. Au cas ou cet avantage en nature venait à être réduit, cette réduction devrait faire l'objet d'un accord signé entre la société et la comité d'établissement.

Notre Président Monsieur Fay - de notre société - en présence de Monsieur le Préfet des Vosges, s'est engagé lors d'une réunion publique aux écoles de la Verrerie à verser aux titulaires de logement une indemnité telle, qu'il reste à ce titulaire une charge de 40% du loyer.

Nous nous trouvons de ce fait verser un avantage en nature très supérieur à l'avantage nature précédemment accordé, et nous n'avons pas à signer un accord avec le comité d'établissement [...]

Les salariés titulaires d'un logement, toucherons effectivement les 60% du loyer qui leur incombe.

Il s'agit là d'un acquis, il ne sera pas possible à la direction de revenir en arrière.

C'est un point très positif pour ceux qui habiteront les H.L.M., H.L.M. qu'il va bien falloir construire, puisque, de toute évidence, les parties en présence vibrent comme les cordes d'un violon, à l'unisson.

L'heure n'est plus aux tergiversations, il faut agir, vite !

Ainsi,

Le conseil Municipal,

- Considérant, que par délibération en date du 1er Juillet 1966, a décidé de céder à l'office public départemental d' H.L.M. des Vosges les terrains nécessaires à l'implantation du groupe d' H.L.M. à la Verrerie de Portieux.

- Considérant que le conseil d'administration du dit office a donné son accord pour la réalisation de cette acquisition :

- Décide de céder à l'office public d'H.L.M. des Vosges les 7 ha. 23 a. 10 ca. de terrain nécessaires à l'implantation du programme d'H.L.M. à la Verrerie de Portieux.

- Accepte que le montant de la participation du dit Office à la mise en viabilité du terrain, soit fixé à la somme de 600.000 fr. payables en trois fractions égales en 1966 - 1967 - 1968.

Cela c'est du concret. Les autochtones peuvent savourer les derniers instants de leurs vies dans les longues casernes caressées par les vents fous et la glaciale bise d'hiver... et M. Cussenot ses derniers jours en tant que maire de la commune.



Article tiré du journal « Nouvelles des Vosges » du dimanche 2 octobre 1966

L'ancien Maire de Portieux (Marcel Cussenot, instituteur et directeur d'école à La Verrerie) a démissionné. Las de jouer les seconds rôles, il a préféré se retirer dans les coulisses. Ce départ « stratégique » imprévu à l'avance, en dit long sur l'attachement indéfectible de ce personnage aux intérêts de la population laborieuse.

Les habitants de La Verrerie n'oublieront pas de sitôt, qu'il est le véritable responsable de la construction des HLM, sans qu'une formule garantissant les intérêts des verriers ait été concrètement élaborée et dûment signée entre la direction de l'usine et les représentants du personnel.

Certes, il avait manifesté dernièrement quelques désaccords au sujet du financement de ces constructions, mais cette tardive prise de conscience ne pouvait en aucun cas amoindrir sa responsabilité en cette affaire, et plus particulièrement, faire oublier des années de bons et loyaux services aux intérêts du patronat.

Aussi, c'est avec beaucoup de sincérité que les travailleurs lui souhaitent un bon et long repos dans sa retraite. Et cela avec un profond soupir de soulagement.

Fin de l'article

"La commune de Portieux, d'une population totale d'environ 2 500 habitants, comprend un chef-lieu situé dans la vallée de la Moselle, sur la rive droite, et un hameau important, La Verrerie de Portieux, situé à 4 km à l'Est du chef-lieu, dans la vallée d'un ruisseau affluent de la Moselle.

Le chef-lieu (Portieux) compte environ 1 000 habitants (1966), le hameau (la Verrerie) 1 500 habitants.

Le hameau est construit autour d'une usine "la Verrerie", qui le fait vivre. Il comprend deux quartiers très différents, séparés par l'usine :

- un quartier Ouest, à allure de village ordinaire dont la partie principale se trouve au sud du ruisseau, et dont quelques maisons se trouvent au nord du ruisseau, aux abords de l'ancienne gare de la voie ferrée qui allait jadis de Charmes à Rambervillers et se termine maintenant à la Verrerie de Portieux, qu'elle dessert comme embranchement industriel.

- un quartier Est, entièrement au sud du ruisseau exclusivement constitué de cités ouvrières à allure de corons, vétustes, et mal équipées, qu'on se propose de détruire et de remplacer par des immeubles modernes.

La rénovation urbaine de la Verrerie de Portieux s'appliquera essentiellement au quartier Est, qui sera complètement transformé. Cette transformation nécessitant un remaniement général de l'équipement du hameau, le quartier Ouest sera en même temps rénové, surtout en ce oui concerne son équipement sanitaire ; la construction d'égouts devant en bouleverser les chaussées, on en profitera pour améliorer celles-ci, en même temps qu'on créera les nouvelles voies du quartier Est.

Rénovation du quartier Est :

Le quartier Est se présente actuellement sous forme d'une série d'alignements de cités ouvrières toutes parallèles (7 lignes de bâtiments à un étage desservies par un quadrillage de chemins dont les uns longent les cités, et dont les autres, perpendiculaires aux premières passent dans les intervalles entre les bâtiments).

L'ensemble est implanté sur un plan incliné, à peu près régulier, dont la pente, de Sud / Nord, est d'environ 6%, et dont le sol est calcaire ; les alignements de bâtiments sont dirigés dans le sens Sud-Ouest - Nord-Est.

Les chemins sont empierrés (empierrement constitué principalement de mâchefer) et bordés de caniveaux doubles où coulent les eaux pluviales et les eaux ménagères ; seuls deux d'entre eux sont goudronnés, et limités par des bordures de trottoirs basses, ce sont la rue de l'école et la rue de la boulangerie.

La rénovation du quartier consistera à remplacer les cités par des bâtiments modernes à deux et trois étages, beaucoup moins serrés, et implantés les uns parallèlement, les autres perpendiculairement aux anciennes cités ; et les chemins par des rues beaucoup moins nombreuses et passant à une certaine distance des bâtiments, dont les entrées seront desservies par des chemins de piétons.

Le terrain libre sera traité en espace vert (ici, déjà, plus question de jardins) ; des cheminements de piétons le sillonneront, de façon à séparer autant que possible la circulation des piétons de celle des voitures. Les voies automobiles seront souvent bordées de parkings, mais rarement de trottoirs, conformément au principe ci-dessus. Au point de vue du mode de construction, la réalisation des nouvelles voies ne présentera pas de difficultés. Le sol calcaire n'est pas mauvais ; les fondations des chaussées pourront être réalisées en gravier tout venant. Les chaussées seront réalisées en "enrobé denses" ; les chaussées seront limitées par des bordures de trottoirs et demi-caniveaux, en éléments de béton préfabriqués.

Le montant de la dépense prévue au détail estimatif pour la nouvelle voirie du quartier Est est de 400.000 fr. environ, soit 1.500 fr. par logements."

Les travaux de préparations sont commencés. Depuis longtemps pressentis, la réalité est là. Le grand chambardement est une chose que personne ne peut plus ignorer.

Le bruit de toutes sortes d'engins mécaniques retentit dans ce vallon paisible ou, d'ordinaire, seul le chant des oiseaux trouble la quiétude de la "Voye Mauljean".

En effet, si l'on en croit le programme triennal élaboré - et l'on est bien obligé de si référer -, 1965 / 66 / 67 verra un immense chantier s'ouvrir à la Verrerie de Portieux. Lisons ce programme (archives de l'O.P.A.C. des Vosges)

Programme Triennal 1965 / 1967

Lieu : Portieux, implantation "la Verrerie"

Organisme : O.P.D / H.L.M. du Département des Vosges.

Nombre de logements : 268

Nom des architectes : MM Jacquet et Pare

Technicien V.R.D. : Atelier d'études des infrastructures de Lorraine - ATEILOR -

Propriété des terrains : La commune de Portieux remet le terrain nécessaire à la réalisation du programme envisagé à l'O.P.D. / H.L.M. des Vosges, après acquisition sur la S.A. des Verreries réunies de Vallérysthal et Portieux (Cf. attestation du Maire du 3 août 1965)

Permis de construire : arrêté Préfectoral N° 238 / 65 MC du 3 août 1965 (permis N° 88 / 5/ 23 223)

Note préliminaire

La Société anonyme des Verreries de Portieux possédait à côté de son usine de Portieux, un ensemble de cités comportant 377 logements, répartis en 31 bâtiments à rez-de-chaussée plus un étage plus comble, situé à trois kilomètres du chef-lieu de la commune.

Les logements construits de la fin du 19éme siècle à 1922 sont périmés, insalubres [...] ce qui ne va pas - simple orientation, hauteur sous plafond insuffisante, surface d'éclairement insuffisant, etc.-

L'isolement de l'agglomération, du chauffage au bois et de la fumure excrémentielle des jardins, [...] les conditions de vie sont restées ce qu'elles étaient il y a un siècle.

L'étude (cf. rapport du 8 mai l953 adressé à l'administration centrale) montre que la seule solution admissible techniquement, financièrement, et même socialement, était la démolition des anciennes cités et la réalisation d'H.L.M.

Quelques chiffres et le nom des entreprises retenues pour la construction des H.L.M.

Laborieuse mise au point, avant que l'ensemble des logements actuels ne soit frappé d'une interdiction d'habiter.

268 logements (le chantier terminé il y aura 270 logements référencé par un N° de porte) H.L.M, type P.S.R. qui fait l'objet du présent rapport et dont nous croyons devoir souligner le caractère très particulier : ses caractéristiques peuvent paraître insolites mais l'absolue nécessité de sa réalisation est impérieuse.

30 janvier 1965 : séance du conseil d'administration de l'O.P.D. / H.L.M. qui décide de procéder à un appel d'offre.

1er mars 1965 : Dépouillement au bureau d'adjudication de l'office. L'offre du GROUPEMENT CRACCO étant la moins-disant, celle-ci a été examinée. Compte tenu du dépassement constaté, modifications et économies au projet de base furent décidées.

C'est le 17 mai 1965 que l'office a finalement accepté l'offre du groupement CRACCO datée du 23 mars 1965.

Le groupement se décompose comme suit :

Groupement d'entreprises S.A. JOSEPH CRACCO de Mirecourt (Vosges) comprenant par corps d'état :

1) gros oeuvre : S.A. Joseph Cracco -Mirecourt.

2) charpente-couverture : Ets Robert Weiskocksa ..St Dié.

3) plâtrerie : entreprise M. Munier et Cie SARL...Mirecourt.

4) carrelage - revêtement de sol : D.Bassi S.A. ..Épinal.

5) menuiserie : Ets Brulez S.A ... Épinal.

6) serrurerie - fermetures ; Lucien Marchand ; Charmes - Socourt.

7) plomberie - sanitaire : Roger Cunin.... Mirecourt.

8) électricité : Ets Petitdemange ....La Bresse.

9) peinture-vitrerie : P. Thirion et fils S.A. Mirecourt.

CARACTERISTIQUE DE L'OPERATION

Surface habitable :

type 2 : 46 Mètres carrés................................................................ 114 logements

type 3 : 58 Mètres carrés .................................................................149 logements

type 4 : . 69 Mètres carrés....................................................................20 logements

type 5 : . 84 Mètres carrés......................................................................5 logements

TOTAL : .........................268 logements

Montant de la soumission :............................................... 8 023 194, 96 Fr.

Date de référence des prix : ................................................. 7 février 1965

Date de soumission : ............................................................ 23 mars 1965

Décomposition Soumission :

Construction seule des logements :........................................ 7 459 933, 14

Bûchers (celliers):................................................................... .. 373 049, 57

Centre social et commercial (Poste Docteur)..............................190 212,25

Début des travaux :

Le financement des travaux proprement dit a été obtenu dans les conditions suivantes :

Programme 1965 :

Décision du 1er décembre...............................................40 logements

Programme 1966 :

Décision du 25 juillet.....................................................48 logements

Programme 1965 :

Décision du 21 février ...............................................108 logements


Total...................................196 logements

A ce jour, l'équilibre financier de cet ensemble de 196 logements s'établit comme suit :

A :- Prêts de l'Etat

  • Prêts sans intérêts en 50 ans................................. 903.960.00 F.
  • Prêt au taux d'intérêts de 1% en 45 ans................ 1.33.800.00 F.
  • Prêt au taux d'intérêt de 1% en 45 ans.................. 3.010.200.00 F.

B : - Prêt à taux normal assorti de bonifications d'intérêts de l'Etat.......... 180.780.00 F.

C : - Subvention de la Caisse d'Allocation Familiale des Vosges......................80.000.00 F.

D : - Taxe 1% sur les salaires..........................................................................233.400.00 F.

Total .....................................5.746.140.00 F.

Remarque : compte tenu du prix de revient admis par l'administration centrale, soit 5.809.150 F., l'Office devra faire son affaire personnelle du financement de la différence, soit : 63.010 F.

L'ordre de service N° 1, daté du 23 mai et notifié le 25 du même mois, a fixé l'ouverture du chantier au 1er Juin 1966, 1ère, 2ème et 3ème tranche.

Le tableau ci-dessous présente l'échelonnement des diverses mises en location, y compris la livraison des bâtiments en cours de construction, comparé au planning théorique arrêté à l'ouverture du chantier :

A : - Bâtiments loués à ce jour

Date de la mise en location

Date réelle prévue au planning                             Bâtiment                             Nombre de logements

09 mai 31 janvier 1 967 *...........................................4 ...............................................24

13 mai 10 février 1 967 *.......................................... 2.................................................16

30 juin 31 mai l 967.....................................................8.................................................24

31 août 15 juillet 1 967 (1)...........................................3............................................... 24

28 octobre 20 septembre 1 967....................................7............................................... 12 + 1 (2)

30 novembre 20 septembre 1 967.................................6................................................24

Loués à ce jour : ............................................................................................................125

    * Retard dû aux intempéries hivernales -

(1) Ce bâtiment N°3 terminé le 31 juillet 1967 a été loué avec retard en raison du fait des travaux d'adduction d'eau achevés seulement au cours du mois d'Août.

  1. Y compris locaux administratifs à usage P.T.T. et Caisse d'Épargne.

B :- Bâtiments en cours de constructions

Date de la mise en location

Date envisagée suivant planning                             BâtimentBâtiment                             BâtimentNombre de logements

Sauf intempéries

Hiver

31 janvier 1968 31 décembre 1968.............................................1 .........................................................24

31 mars 1968 15 mars 1968........................................................5.........................................................24

30 avril 1968 30 avril 1968........................................................ 9.........................................................24

22 avril 1969...........................................................................10-11 et 12.............................................. 72

Concernant la deuxième fraction du programme, bâtiments N° 10 - 11 - 12 comportant 72 logements, il y a lieu de noter que le démarrage des travaux peut intervenir immédiatement. Seul le délai nécessaire à la régularisation du marché de gré à gré à intervenir dès la notification de financement du programme peut être à l'origine d'un quelconque retard.

Pour tous ces bâtiments la réception définitive eut lieu le 25 juin 1970, à 15 heures 30.

Le coût de l'électrification de la Verrerie s'élève à 66 852, 60 Fr. au 23 mai 1969.

Compte tenu de la période de préparation du chantier et notamment de l'établissement d'un planning précis qui devait tenir compte des démolitions successives des anciennes cités et du fractionnement des travaux de voirie et réseaux divers, eux-mêmes conditionnés par la présence des anciennes cités, le démarrage officiel des travaux de construction pure a été constaté le 15 juin 1966 (rapport de Mme Duvois)

C'est le 12 juin 1966 que l'entreprise CRACCO de Mirecourt, envahissait "le terrain des verriers" (Rétrospective de l'Est Républicain du 30 mars 1967) pour y construire des H L M..

Étant présent à la Verrerie ce jour-là et le 12 étant un dimanche, il est plus juste d'affirmer que les engins ont investi le lieu à partir du lundi 13 juin 1966.

Ce qui est certains, c'est que le 21 juin 1966 les travaux vont bon train et les verriers sont maintenant résignés, assagis, presque heureux que tous ces palabres se terminent ; pourtant, il reste à éclaircir certains points, notamment au sujet de la hauteur des H.L.M., nous allons prendre connaissance de cela plus avant.

"Depuis quelques jours, le monde des verriers est en effervescence, ce qui devait arriver depuis plusieurs années est-là, sous leurs yeux ébahis, et parfois rougis, l'émotion est grande parmi les habitants !

Cet émoi est provoqué par l'énorme chantier mis en branle par l'entreprise CRACCO. Un large périmètre est ainsi couvert. Il s'agit d'un vaste rectangle dont les angles sont les cités N° 1, 20, 21, 3."

Les jardins ne sont plus que d'immense champs boueux, parsemés de hauts monticules de terre enfouissant des débris hétéroclites.

"Déjà est né l'emplacement de 2 blocs d'H.L.M.".

Le projet comprend 268 logements, c'est à dire qu'il faudra plusieurs années pour terminer cette réalisation, qui suscite toujours autant de commentaires".

Seul un litige subsiste, préalablement promis à 2 étages, ces blocs en comporteraient 3, ce qui donne lieu à une vive discussion au Conseil Municipal de Portieux.

Cette fois, ça y est vraiment !

Les locataires des cités atteints d'irascibilité de dernière heure reçoivent, non sans une certaine appréhension, leur notification officielle pour changer de logement d'ici peu. Deux blocs sont "presque prêts", ils le seront définitivement avec le branchement de l'eau potable et de l'électricité en 220 volts.

Les verriers entrerons alors dans une partie toute nouvelle de leur existence. Une page sera tournée définitivement. Mais voici que les premières lettres arrivent chez les habitants, qui les reçoivent en guise d'œufs de Pâques, nous sommes le 22 mars 1967.

Voilà ce qu'on pouvait lire quelques jours après, soit le 26 avril 1967 dans les "Confidences du Bosquet" (le journal du curé Tschaen repris par l'abbé Marqueire) : "Encore quelques jours d'attente pour les 24 premiers locataires des H.LM.".

De fait, ils n'auront plus à attendre longtemps. Les premiers déménagements seront effectifs dans les premiers jours du mois de MAI 1967.

Auparavant, les verriers ont eut le loisir de prendre contact physiquement avec ce que sera leurs habitations

En effet, alors que les différents chantiers ne sont pas tout à fait achevés, les responsables des H.L.M décident d'organiser des journées de visites, ou la foule empressée pu admirer, à loisir, les équipements qui feront sous peu partie de l'univers quotidien des futurs déracinés que seront les verriers de Portieux.

Là, dans ces cuisines fraîchement carrelées, les langues tournent sans retenues comme les ailes d'un moulin fou.

Occupés à jouir - déjà - de ces beaux logements clairs, fonctionnels, les visiteurs dont les faces se sont soudain illuminées devant ces appartements neufs, depuis si longtemps attendus, décriés, sentant encore la peinture fraîche à peine sèche et la sueur de tous les corps d'états qui se sont succédés à cet endroit : forment toutes sortes de projets.

Ils semblent heureux que tout ce "mic-mac" se termine. Alors ils pensent. Certains soliloquent, pendant que d'autres parlent en groupe en faisant de grands gestes, comme des gosses comblés, heureux de trouver un jouet nouveau et inconnu au coin de la cheminé le soir de Noël ; car beaucoup sont venus en famille comme Noël Hatton, ce vieux verrier, pour essayer de s'habituer à ce que sera sous peu leurs nouvelles habitations à loyer modérées.

Dans la cuisine éclatante au carrelage lisse comme un œuf, les mains moites hésitent, elles effleurent presque amoureusement les carreaux immaculés du plan de travail plus blanc que blanc, tout en ayant une dernière pensée pour la vieille pierre à eau usée, fixée sous la fenêtre de la cuisine des logements des cités condamnées.

Puis tout ce monde - déjà enthousiasmé - passe fébrilement dans la salle de bain. Alors ils découvrent un endroit quasi-miraculeux pour eux qui, habitués aux ablutions dans la cuisine surchauffée des vieilles cités grabataires, écarquillent les yeux pour mieux savourer le spectacle du "confort moderne".

Après s'être rincer l'œil - sans eau - dans la salle de bain qui semble déjà diffuser la lavande de l'adoucissant de la machine à laver, c'est en chuchotant que les futurs locataires se rendent en groupes, dans les chambres bien éclairées par de belles et larges fenêtres éclatantes de lumière sous le soleil du jour. En paroles et accompagnées par des gestes savants, les meubles sont placés, bougés, changés de place pour revenir à la première idée, comme toujours. Des têtes souriantes de verriers impressionnés passent par les fenêtres "pour 'oir comment qu'c'est dehors", "putain, on a une belle vue, ça change des baraques à poules et des cassis", articulent quelques uns des visiteurs du deuxième étage, l'œeil humide (j'étais-là !).

Encore quelques pas et les voici dans la salle de séjour, où l'on pourrait croire que c'est la fête tant la lumière abonde des doubles baies vitrées, soigneusement astiquées pour l'occasion. Alors-là, les verriers sont "sur le cul", sans voix, et l'on constate qu'ils ont hâte de venir habiter dans leurs nouvelles demeures à leurs mines réjouies. C'est comme s'il avaient entrepris une cure de jouvence - de l'abbé Souris -. Quel changement ! enfin du confort, de la lumière, tant il est vrai que la lumière a fait défaut pendant toutes ces années passées dans les obscures cités, déjà décriées par ceux-là même qui les défendaient voici encore quelques jours.

Enfin les gens redescendent les escaliers sans se presser. Ils semblent transformés par ce qu'ils viennent d'admirer : leurs logements, à eux ; c'est à peine s'ils osent y croire tellement cela leur paraît un autre monde. Un monde inaccessible. Pourtant, sous peu, il faudra quitter les cités ; alors ils prendront toute la mesure du désastre qui vient de frapper la Verrerie de Portieux, qui ne sera jamais plus la Verrerie de Portieux qu'ils ont connue, celle "d'avant", la vraie !

Pour l'heure les visiteurs s'en retournent dans leurs cités encore intactes, mais pour combien de temps encore ? Alors, comme soulagés d'un grand poids maintenant qu'ils savent, qu'ils ont vus, ils parlent entre eux de ce qui les attend :

" Mais ça va entraîner des frais !

" On n'est pas vraiment habitué à tout ça !

" Ici, je verrais bien mon buffet, là ?

" Mon armoire sera du plus bel effet dans le coin de.... !

" J'crois bien que j'me plairai "quand même" faut 'oir !

" De toutes façons, on n'y peut rien

" Une salle de bain ! mon rêve, enfin !

" C'est "clarteux !"

" Vingt dieu ! ça m'chang'ra !

" Une baignoire, mon rêve, ça m'rappell'ra quand j'allais aux douches t'nues par la Berthe Vinot !

" J'pourrai pu sauter par la f'nêt'e d'la cuisine pour aller jouer dans les baraques, c'est con !

Voilà, c'est fait. Pour les 24 locataires qui ont testés les appartements "flambants neufs", tout va pour le mieux. Ils s'habituent et coulent des jours heureux, pour l'instant. Tout nouveau, tout beau, affirme le dicton.

Cependant, la seconde vague de déménagement approche tandis que la démolition des anciennes cités commence.

Les deux premiers blocs ont reçus leurs locataires depuis deux mois, que commence, déjà, la deuxième opération de déménagement. Pour cette occasion et depuis le début, une équipe de bénévoles motivés lance l'opération déménagement.

"Le déménagement en lui même est chose courante à la Verrerie depuis trois mois. Mais ce qui est à signaler, c'est les gars de l'équipe qui, depuis le début desdits déménagements donnent leur temps et leurs loisirs, cela gratuitement et avec le sourire - six ménages de déménagés pour la seule journée de samedi 1er juillet 1967 - Parmi cette équipe, citons MM. Robert GREBIL, Jean HARBURGER, Maurice CHAFFARD, Robert TISSERANT, François MANGEONJEAN." (Est Républicain du Mercredi 5 juillet 1967)

Ici, une petite mise au point s'impose quant aux desiderata des locataires :

" [... ] il est à remarquer qu'à la suite des premières mises en location, la population de la Verrerie qui avait, à l'origine, exigé des logements réduits quand au nombre de pièces, tout en respectant les conditions normales d'occupation pour bénéficier de l'allocation logement, a exprimé le désir d'obtenir des logements de plus grande capacité.

Aussi le dernier bâtiment de la tranche en cours de construction, ainsi que l'un des trois derniers bâtiments constituant le programme 1968 ont été modifiés avec l'accord de Monsieur le directeur Départemental de l'Équipement, afin de substituer à :

8 logements - type 2...... 8 logements de type 3

8 logements - type 4.......8 logements de type 5

Cette modification entraînera, en valeur de base, c'est à dire en valeur Juin 1965, une plus-value des dépenses de l'ordre de 134 000 Fr., dont il sera tenu compte lors de la présentation du dossier de financement de 1968 et de l'adaptation de prix définitif de la tranche 1967. (Rapport de Mme Duvois, archives de 110.P.A.C.)"

Que pensent à ce jour les nouveaux locataires des conditions qui leurs sont faites. Voici quelques réflexions entendues sur les H.L.M. et la "nouvelle" existence du peuple verrier dans ses nouveaux murs.

Un temps hostile au projet d'H.L.M., les verriers sont - semblent-ils - satisfaits, tout au moins ceux qui sont locataires depuis peu. A les entendre, on peut croire que :

" C'est bien, c'est très bien, on ne s'attendaient pas à cela ! maint'nant, je vis !

" Y faudrait êt'e difficile pour ne pas êt'e content, c'est une aut'e vie !

" Avec soixante pour cent de diminution des loyers, c'est impeccable !

" Maintenant, on ne pourrait plus r'tourner dans les anciennes cités! (menteur) (Est Républicain du 30 juin 1967).

Ainsi que dans toutes transformations, modifications, et celle-ci en est une de taille, des tractations de toutes natures se dessinent. Ici, plus que partout, les affaires pour le bricoleur ne manquent pas. Une foule de vautours attirés par l'appât des bonnes affaires, se débrouille pour investir les places et démonter sans scrupules le bien d'autrui, qui, quelquefois, n'a pas encore déménagé.

Il est alors des scènes Ubuesques, ou l'on voit des locataires des cités - qui n'ont pas terminé leur déménagement - avec "une porte en moins, une partie de la toiture enlevée !" ( Est Républicain du 8 juillet 1967).

Il faudrait un minimum de discipline. C'est la ronde infernale des démolisseurs agissants individuellement pour récupérer, qui un plancher, des fenêtres, des tuiles, des poutres, des pierres de taille, enfin tout ce qui peut être utile pour rénover une maison à moindre frais. Pourquoi se gêner !

Ce sera le dernier don de la Verrerie écartelée, avant la démolition complète de ses vieilles cités agonisantes. Elles n'avaient pas cent ans d'âge, car construites à partir de 1872 à 1622.

Maintenant que la première vague et les premières émotions son passés, étudions les nuisances de la vie en H.LM. à la Verrerie de Portieux.

Force est de constater que la vie en H.L.M. n'est pas toujours sereine.

A la Verrerie comme dans beaucoup de villes ces constructions sont loin d'être en osmose avec la qualité de vie, qui, ici, devrait être empreinte de tranquillité, puisque perdu au milieu des forêts dégageant la chlorophylle bienfaisante.

Propre à apaiser les esprits belliqueux, la forêt qui entoure la Verrerie ne fait qu'édulcorer la vie morne qui déroule ses jours sans fin dans d'étranges "cages à poules" imposées aux Verriers depuis 1967.

Eux, si calmes dans leurs cités aux murs épais ; ou seuls les murmures filtraient au travers des portes faites de planches épaisses que maintenaient closes d'agrestes clenches en fer, eux, soudain, sont devenus les habitants de ces boîtes en carton où les sons - qui ne connaissent pas les règles de la courtoisie - semblent s'échapper par tous les orifices mis à leur disposition, pour agresser, soit le voisin du dessus, soit le voisin du dessous, soit les deux ensemble.

C'est d'abord par les conduits d'aération se terminant dans la cuisine que se transmettent les gargouillis des chasses-d'eau en furies. Il s'agit d'un concert gouleyant d'une rare qualité, et les voisins du "dessous" sont toujours aux premières loges, heureux moments d'une détente bien mérité. Mais ce n'est pas tout : les conversations un peu appuyées des voisins que vous entendez "presque comme si vous y étiez". Involontairement vous prenez part aux scènes de ménages. C'est très agréable en même temps qu'instructif, si si, demandez le programme ! Et que dire de la télé du "bon voisin" un peu dur d'oreilles qui vous envahit journellement, et le chien qui dévale les escaliers alors que sa laisse traîne à terre en frappant les barreaux de la rampe en fer. Et ce même chien qui tapisse les pelouses de ses excréments sans que les maîtres s'en occupent. Et la voisine qui, pour "faire sa chambre" secoue ses tapis au-dessus de votre fenêtre ouverte, vous envoie ses "minous". Etc.

C'est ainsi que les H.L.M. sont souvent les vecteurs - involontaires, bien sûr, personne ne pouvait penser à ces inconvénients - du stress des populations venues s'entasser-là.

Serrées comme les branches composant d'un balai de bouleau autour de son manche en bois, les nouveaux locataires étouffent déjà dans ces habitations "qu'il fallait bien construire", en remplacement des cités délétères aux yeux de la commission d'hygiène venue inspecter les lieux, après le passage de l'épidémie de poliomyélite.

Ainsi, le problème résolu d'un côté rebondi de l'autre comme balle de ping-pong entre deux raquettes.

Supprimer quelques nuisances, cela est honorable, les remplacer par des nuisances plus fortes - tout en étant pas du même acabit - cela est déjà plus discutable, de sorte que, ce que les verriers ont gagné en salubrité, ils l'ont perdu en convivialité, pour toujours !

L'âme de la Verrerie s'en est allée au gré des vents des plaines. Les verriers "engoncés" dans leurs blocs de béton ainsi que dans une veste trop étroite, se sentent épiés de toutes parts.

Une réflexion, souvent entendue à l'occasion d'une visite d'amis, ou de retour du marché, cela se rejoint, nous est livrée telle quelle :

  • Mais qu'est-ce qu'ils ont à nous regarder comme ça, derrière leur carreaux, ceux-là ?

La majorité des habitants vivant en H.L.M., lorsqu'ils sont de retour chez eux après avoir effectué des achats dans un magasin, ou lorsqu'ils reçoivent "du monde", sont surveillés par d'innombrables paires d'yeux appartenant aux locataires désœuvrés, dont les faces collées aux vitres - pas toujours bien nettes -, les empêchent de voir les nouveaux arrivants, ou ce qui ce descend des coffres des voitures. Un passe-temps comme un autre, et qui ne coûte rien.

C'est une belle mentalité, les rumeurs vont bon train. Ainsi, bien à l'abri derrière leurs carreaux, les langues tournent comme les ailes d'un moulin dans la tempête de l'humeur des gens :

- T'as vu celui-là ? la "dégaine" qu'il a ? Où c'est qui z'ont enco été traîné ? Y diront enco qui z'ont rien à s'foutte su' l'cul, et ça "foinge" du matin au soir ! C'est toujours au bistrot !

- Ah ! oui ! Et l'aut'e-là, j'sais pas comment qui fait, toujours "fringer", faut oir, et y parait qui va 'oir la mère, c'est quand même malheureux, on aurait jamais dit ça d'celle-là ! En plus, ça "bouffe" le pain des aut'es et ça travaille pas. J't'en foutrais moi ! Ah ! qu'elle époque ma chère !

Voilà un aperçu des "cancans" journaliers que l'on peut entendre à la Verrerie de Portieux. Ne vous y trompez pas, tous en sont la cible. Toute cette médisance est apparue avec les H.L.M. - enfin presque - où les habitants dominent, depuis leurs étages, les nouvelles rues tirées au cordeau, et si bien goudronnées qu'on les dirait "gomminées" comme les cheveux des jeunes des années soixante. Les rues sont bordées de parkings où sont rangées les voitures des locataires. "Y a qu'à ouvrir les yeux et r'garder ceux qui descendent de leur bagnolle".

S'ennuyant mortellement dans leurs appartements "clarteux" à en faire mal aux yeux, un bon nombre de locataires passe une partie de la journée à observer le comportement de leurs congénères qui vaquent, insouciants, à leurs occupations quotidiennes. Ces mêmes personnes rencontrées dans l'instant qui suit dans le "couloir", vous regardent en souriant aimablement :

  • Alors, on a fait ses courses ? Je 'ois que vous êtes allé "au Leclerc" c'est bien ! Hein ! J'le dis toujours à mon homme, c'est vrai qu'c'est pas cher, en tous cas, moins cher qu'ailleurs, pas vrai ?

Poursuivant votre chemin sans faire attention à ces banalités, il ne vous reste plus qu'à souhaiter poliment le "bonsoir" à vos "agresseurs", tout en vous disant intérieurement :

  • Mais de quoi j'me mêle ? ...

Voilà les joies de la vie en H.L.M. à la Verrerie de Portieux, et certainement ailleurs. Ce sont de bien petites choses, il faut en convenir, mais cependant ces "petites choses", comme vous dites, mises bout à bout finissent par emplir la coupe qui ne tarde pas alors à déborder, inondant de ragots délétères la vie quotidienne des résidants de la Verrerie. Toutefois, les nuisances dont nous venons de parler ne seraient rien si d'autres ne venaient si ajouter insidieusement, rendant la vie communautaire en H.L.M. presque impossible.

De-là des rancunes profondes naîtrons, ce ne sera plus la vieille Verrerie "presque" tranquille que les verriers ont connu du temps des "râdis", mais une Verrerie emplie de suspicion où un grand nombre d'individus se côtoient "parce qu'il le faut" en faisant semblant de vivre en bonne intelligence, ce qui, d'ailleurs, n'est pas toujours réussi.

Voici encore d'autres raisons à cela : - Les enfants qui jouent aux "chiques" sur le carrelage de la cuisine rendent fou les locataires du dessous. Essayez de résister, vous vous boucherez bientôt les oreilles pour ne plus entendre les chiques courir sur le carrelage. Manque d'isolation, en fait, il n'y en a pas du tout !

- Les matins, il est pratiquement impossible (heureusement pas partout) d'ouvrir une fenêtre, la voisine du dessus, en "bonne ménagère" - plutôt mégère que ménagère - vous envoie les "raclures" de son balai sur le nez, le vent se chargeant de véhiculer une bonne partie de tous ces petites bestiolles dans votre intérieur. Convivialité chérie, où es-tu ?

- Le chien laissé seul pour une soirée qui aboie à s'enrouer le "gosier" ; c'est très amical.

- Les escaliers du couloir toujours lavés par les mêmes personnes, bonjours les engueulades !

- Les portes de ces mêmes couloirs toujours ouvertes, surtout l'hiver, manquent souvent de carreaux cassés par quelque uluberlu.

- Les caves ou la moindre chose entreposée est disparue dans les jours qui suivent, n'incitent pas les locataires à faire preuve de mansuétude à l'égard des voleurs qui, ici, semblent proliférer à une rare vitesse.

- Que dire encore des tronçonneuses matinales qui ronflent "plein-pot" sous les fenêtres des habitants endormis, sans tenir compte de l'heure légale.

La liste des griefs pourrait être étendue à l'infini, nous arrêterons volontairement ici l'énumération des sources d'ennuis propres à provoquer des histoires de voisinage dans les H.L.M..

C'est une des nouvelles caractéristiques de la vie moderne où, entasser les uns sur les autres, les malheureux locataires doivent mutuellement se supporter "bon gré mal gré".

Dans le pays dévasté, défiguré, méconnaissable, les verriers vivront pratiquement trois années dans le bruit des bulldozers, dans la poussière et le fracas des cités qui s'écroulent, engloutissant les derniers souvenirs des anciens qui regardent, amères, la transformation inéluctable de leur pays.

Aujourd'hui, en 2003, soit 36 ans après la construction des premières H.L.M., les autochtones sont confrontés à toutes sortes d'ennuis (ou d'améliorations) qui n'étaient pas le lot quotidien des habitants des cités jugées insalubres par les pouvoirs publics.

1°) Le chauffage collectif que "personne n'a désiré" (car presque tous les verriers se chauffaient au bois), est aujourd'hui le bienvenu pour la plupart des habitants, qui saluent haut et fort l'initiative de l'O.P.A.C. en matière de rénovation de l'habitat : chauffage central au gaz, isolation, pose de portes blindées protégeant l'accès aux caves et, pour conclure, pose de fenêtres avec double vitrage.

Évidement, toutes ces transformations ne peuvent se concrétiser du jour au lendemain, chaque logement demande en moyenne 1 ou 2 mois de travaux avec les contraintes que cela impose à l'occupant qui, souvent, "craque" devant "le bordel que foutent les ouvriers", surtout en hiver. J'en ai vu pleurer de désespoir, d'autres, plus malins, attendent qu'un logement rénové se libère, alors, lorsque cela est possible, ils en profitent pour déménager dans un logement "tout confort", eux n'auront pas subi les affres des travaux. Mais le loyer sera augmenté en conséquence, il faut choisir.

2°) Les bruits de voisinage dérangent énormément de locataires. Ceci est du à un manque total d'isolation phonique. Seuls les plafonds des caves possèdent un semblant d'isolation. Ce qui n'empèche pas les locataires des appartements du rez-de-chaussée, d'avoir en permanence les pieds glacés, surtout en hiver. Les verriers disent souvent dans ces cas là "j'ai les pieds comme des museaux d'chien !".

3°) Les vols dans les caves. Il se passe peu de semaines sans qu'il y ait une effraction. Les habitants n'osent plus entreposer de denrées dans les caves pas assez protégées. Reconnaissons que depuis la pose de portes blindées pour protéger l'accès aux caves, les vols ont légèrement diminués dans les sous-sols des verriers.

4°) Le "village nègre formant une ceinture autour de la Verrerie d'avant" a disparu, seulement, il a tendance à ce reconstituer aux abords des bûchers - celliers - encombrés de tas de bois déposés-là tout au long de l'année, comme aux plus beaux jours des cités. Pour les pelouses, c'est le même problème. Les longues rangées de stères de bois ne sont pas faits pour édulcorer le paysage. Loin s'en faut.

5°) La Verrerie avec ses H.L.M. est le point de ralliement d'une pléthore de miséreux, de chômeurs venus de différents horizons, envoyés-là par l'administration qui préfère reloger ici ses locataires en difficultés - car le loyer n'est pas très élevé -, plutôt que de les laisser dans d'autres villes où le loyer coûte beaucoup plus cher.

A tel point que la Mairie s'en est inquiétée et a fait paraître dans les quotidiens régionaux quelques articles bien sentis ; elle a également informé la direction des H.L.M. que :

"Ces familles perturbant quelque peu la tranquillité du voisinage, le conseil municipal demande à l'OPAC de bien vouloir tenir compte des avis formulés par le Maire ou le premier adjoint sur les demandes de logements".

6°) Enfin, et c'est peut-être le plus important, l'esprit convivial de la vieille Verrerie est totalement disparu, avalé par l'estomac grouillant des H.L.M. qui a gobé comme un ogre affamé la "bonne franquette", "les Couarôge" et l'âme de la Verrerie, laquelle en fut toute déboussolée. Si, si, je vous le jure !

A ce jour, l'étranger qui se promènerait dans les rues de la cité, ne rencontrerait que peu de personnes ; il semble que les habitants se replient de plus en plus chez eux. Cependant, quelques instituteurs et institutrices organisent chaque année un concours de pétanque qui connaît un succès croissant. Il s'agit d'une bonne œuvre mise sur pieds par les enseignants sur la place de la fête, ce concours permet de récolter des fonds pour la caisse de l'école.

Mais voici que la Verrerie retrouve quelque peu de convivialité et d'espoir. En 1999, exactement le 25 avril un groupe de vieux verriers constitué en association, expatriés ou non mais tous amoureux de la vieille Verrerie, organisent une marche internationale sur les magnifiques sentiers des forêts environnantes. Cette petite troupe a déjà sévie en proposant quelques journées repas aux anciens de la Verrerie, ravis de l'aubaine. Cette association est aujourd'hui, très volontaire et pleine de ressources pour animer la nouvelle verrerie.

Ainsi le pays semble sortir du choc qu'il a connu. Il se réveille pour la joie de toutes et de tous, mais le nombre de ses habitants diminuant d'année en année , une partie des logements H.L.M. ne trouvent plus de preneurs (60 logements vident - environs - en 1990 / 91, aujourd'hui, en 2003 combien ?).

Quand aux cités qui ne furent pas détruites, elles ont toutes été rénovées avec amour par leurs propriétaires. Elles n'ont rien à envier aux logements HLM. et se dressent fièrement dans le nouvel espace des verriers. Quelques anciens habitants des cités revivent dans ces vieilles pierres. Ils se ressourcent. Ici, la vie continue pour les derniers "empereurs du verre" qui regrettent le temps jadis et les "couarôges" sur le pas de la porte, assis sur les escaliers du couloir. Courbant l'échine ils portent le faix des ans dans leurs coeurs, et parlent facilement des bons moments passés dans les vieux murs.

Cela change de la vie actuelle car, si l'on en croit l'Est Républicain du 2 février 1968 (moins d'un an après la remise des clés aux premiers occupants), déjà des plaintes affluent en Mairie. Elles concernent les bruits nocturnes dans les immeubles H.L.M. M.Sontot alors Maire de la commune de Portieux déclare alors :

"Il ne peut être question de tolérer dans les immeubles des bruits qui gênent le repos des locataires (?)". Hélas, ses paroles seront perdues, emportées par le vent des plaines au-delà du "bosquet" ; pourtant, tout avait commencé pour le mieux. En complément des témoignages entendus après les premiers déménagements, en voici d'autres recueillis fin octobre 1967 à la Verrerie, ou les indigènes ont l'air particulièrement heureux de leurs nouvelles habitations H.L.M.

Ainsi, ils pensent que :

"Dans de tels logements, nous commençons vraiment à vivre. Pour un empire nous ne retournerions jamais dans les anciennes cités !"

Quelles belles paroles ! Pendant ce temps, le lundi 30 octobre, Monsieur Sontot, le Maire de Portieux, remet les clés du bureau de poste "flambant neuf" à Monsieur Vial, inspecteur principal des P.T.T. Une avancée sociale certaine pour tous les habitants.

"Les agents des P.T.T. disposeront de locaux spacieux, très clairs, bien agencés qui seront ouverts aujourd'hui lundi 30 octobre 1967 mais ne fonctionneront officiellement que le 2 novembre prochain.(Est Républicain du 30 octobre 1967)."

"Le bureau de poste devra desservir 1400 habitants contre 900 à Portieux (M. Cedelle, Directeur Départemental des P.T.T. lors da la cérémonie d'inauguration du bureau de poste de la Verrerie, le 10 Novembre 1967).

A la Verrerie, lors de la construction des H.L.M., il n'y eu pas que des événements heureux.

Souvenez-vous ! Le 22 janvier 1968, alors que le jeune chauffeur d'un camion contenant du ciment vérifie la fermeture d'un couvercle sur sa citerne, celui-ci explose est frappe la tête de l'infortuné âgé de 27 ans. C'est ainsi que prit fin de façon tragique la courte vie de M. Andreux. Sur cet immense chantier il y eu encore quelques accidents, mais de moindre importance.

Voici une autre anecdote, inattendue, dont la cause est liée directement à la construction des H.L.M.

Rappelons-nous que certaines personnes, lors de la réunion avec le Préfet, se lamentaient en disant qu'elles ne pourraient pas loger leurs meubles dans des logements H.L.M.

Qu'à cela ne tiennent, le mobilier incriminé ne "fera pas de vieux os" à la Verrerie de Portieux, dans les logements H.L.M. M. Marc Faivre, un verrier poseur de jambes, travaillant à mi-temps pour le compte d'un marchand de meuble très connu de Lunéville, se distingue par son dynamisme. En un temps record il couvre les besoins de la plupart des nouveaux locataires des H.L.M.

Le vent de folie qui s'empare alors des ménages verriers sera une telle aubaine pour ce monsieur à l'éloquence dithyrambique, qu'il ne tardera pas, à force de travail, à s'élever dans la classe sociale.

Usant d'arguments irréfragables, il montre aux autochtones pusillanimes ce que pourrait être leur quotidien dans de jolis meubles, à l'intérieur d'un appartement "clarteux", cossu, etc.

"Il ne sert à rien de collectionner, changer totalement de cadre de vie, vous verrez, ce sera super", et, de fait, les verriers enthousiastes se "débarrassent" de leurs vieux meubles surannés, qu'ils vendent souvent comme de vieux rogatons, pour une bouchée de pain, en échange des "beaux meubles neufs sortis des magasins 'Soustre' situés à Lunéville".

Ce monsieur pugnace, surnommé "l'Abada" par les verriers, "tirera son épingle du jeu". C'était le factotum des ventes de meubles à la Verrerie. Ne laissant qu'une petite marge de manœuvre aux autres marchands de meubles, il équipera, pour une part importante, les logements de la plèbe de la Verrerie. D'un esprit très prosaïque, il fera fortune "grâce et part les H.L.M."

Arrivé à cette instant de sa vie il devra quitter son métier de verrier pour se consacrer aux joies - de loin plus rémunératrices - de la vente pléthorique de ses meubles.

De prolétaire qu'il était, le voilà nanti grâce aux H.L.M., lui au moins n'a pas fait mentir le proverbe populaire qui affirme que c'est l'occasion qui fait le larron !

Un événement comme celui-là n'est pas prêt de se représenter. Mais des aubaine il y en eut d'autres à la Verrerie en pleine mutation.

Certains ouvriers employés à la bonne construction des H.L.M., se souviendront longtemps de leur passage à la Verrerie de Portieux. Certains jours ils eurent des surprises en rejoignant le chantier, un matin ordinaire, les yeux encore chassieux suite à une nuit de repos bien méritée, alors que dans le froidure matinale ils prennent leurs postes respectifs, soudain, un juron sonore, retentissant, fuse parmi les lazzis qu'affectionnent les gens travaillants sur les chantiers :

- Merde ! mais j'ai plus d'outils ! on m'a tout piqué ! si je tenais le fils de P ... qui m'a fait ça, il passerait un mauvais quart d'heure !

Ces cris de détresse sont une image qui reflète la cruelle vérité. Oui, à la Verrerie de Portieux, pendant la construction des H.L.M., de nombreux vols atteignent de plein fouet les entreprises chargées de la mise en œuvre des nouveaux bâtiments.

Toutes sortes d'outils disparaîtront des chantiers - non surveiller -, cela ira de la simple truelle, au pied de biche, en passant par tout le petit matériel qui se trouve sur un chantier de cette nature.

Ces vols ne feront qu'accroître la renommé pas très fleurissante de la Verrerie de Portieux. Les ouvriers continueront leur labeur en érigeant doucement mais sûrement les H.L.M., qui sortiront de terre comme des champignons trop vite venus à maturités. Ils laisseront ainsi un certain tribu involontaire à la construction des H.L.M.

Heureux ou malheureux, grands ou petits, riches ou pauvres, tous sont aujourd'hui sur le même navire embarqués pour la vie dans ces nouvelles habitations se dressant fièrement rive gauche du Mori qui, imperturbable, continu d'arroser - de ses eaux polluées - la vallée jusqu'à Portieux.

De toutes façon, ainsi que le disait cette figure sympathique de la Verrerie : M. Albert Breton dit ."Pout-pout" : Il est trop tard ... le chien a chié !

Titrait l'Est Républicain le 17 décembre 1967

"il fut un temps, récent, où un préfet des Vosges arrivait à la Verrerie de Portieux. Il y avait des gendarmes massés aux alentours, jusque dans les bois. C'était M. Jean-Daniel Herrenschmidt.

On craignait la colère des ouvriers contre le préfet venu leur proposer de quitter des logements insalubres. Une maladie telle que la poliomyélite guettait au coin de rues tristes et sales.

Il y avait, hier, un autre préfet des Vosges en visite à La Verrerie, M. Georges Gerbod. Les ouvriers verriers, les mêmes, lui ont offert un extraordinaire vase en cristal. Entre temps, entre ces deux faits, que s'est-il Passé ?

"Le mois de décembre semble être, depuis plusieurs années, le mois où sont prises, à La Verrerie de Portieux, les décisions Importantes et où se déroulent les événements marquants de cette cité ouvrière."

Parlant de la sorte, dans le bureau de l'entreprise Cracco. M. le sénateur-maire mirecurtien Parisot, président de l'Office Départemental des H.L.M.. émettait une opinion aussi exacte qu'autorisée.

Qu'on se rappelle

LE 21 décembre 1961, le conseil d'administration de l'Office est saisi d'un dossier spécial afin d'étudier les modalités de réalisation d'un ensemble de logements H.L.M. destiné à remplacer les vieilles cités qui avaient rendu tant de services aux ouvriers verriers, mais dont l'état sanitaire les rendait inhabitables.

LE 20 décembre 1962, le directeur de l'Office, M. Lhullier, tient. à Portieux, "une réunion publique qui fait couler beaucoup d'encre dans la presse locale". C'est vrai, c'est le début d'une polémique comme il n'en a jamais existé dans les Vosges à propos des H.L.M.

LE 2 décembre 1963, le préfet J.-D. Herrenschmidt jette le poids de sa fonction dans la bataille. Face aux ouvriers, Il tient une séance mémorable. Mais le principe de la réalisation du projet étudié par l'Office est définitivement retenu. Pourtant, 223 foyers sur 269 consultés étaient contre cette transformation. Déjà, par lettre du 11 juillet 1963, le préfet avait déploré cet état de chose et Informé le maire de ce moment-là, M. Cussenot, que le programme se trouvait arrêté.

LE 5 décembre 1963, le conseil départemental de l'Hygiène fait un rapport déclarant insalubres les cités dont l'usine ne voulait pas ni ne pouvait entreprendre les travaux.

LE 16 décembre 1967, M. Gerbod arrive. Il est reçu comme un préfet ne l'a pas été à La Verrerie. Le miracle est en train de s'accomplir sous ses yeux et de ceux qui l'assistent.

En effet, sur les 268 logements prévus, 128 sont occupés et, l'entourage du préfet avait, hier, à 16 h., le "sentiment" de vivre un moment historique : le préfet entrait dans un bloc, montait au troisième étage et sonnait à la porte d'un verrier et son épouse, Mme et M. André Delon. Le représentant du gouvernement tenait à se rendre compte de l'état des lieux. (Coïncidence (?) : Mme DELON était alors secrétaire de mairie, à Portieux)

Huit discours, une promenade, une visite technique à la station d'épuration des eaux de La Verrerie (qui ne fonctionnera jamais, encore un beau gâchis), une réception en mairie, champagne, whisky, chocolats fourrés et cadeaux : pour ces bonnes choses, s'il y avait certes le maire, M. Sontot, ses adjoints et le conseil, le vice-président du conseil général, M. Legrand, les Ingénieurs-conseils, les entrepreneurs, le député Marcel Hoffer, les dirigeants de l'usine, les autorités départementales de la gendarmerie, des P.T.T., des Ponts et Chaussées, des H.L.M. ou de l'Équipement, il y avait aussi les curés de Portieux-centre et de l'écart de La Verrerie, et les religieuses du couvent de la Providence. Mais on ne saurait omettre aussi le chef de l'opposition, M. Camille Mangeonjean, qui défendit avec ténacité les familles ouvrières. Il était de la partie et il le méritait bien.

Il y a vraiment quelque chose de changé à La Verrerie."

Hélas, depuis cette époque, beaucoup de personnes sont décédés, nombre de logements ne trouvent plus de locataires, peut être à cause du licenciement massif (pour cause économique) des verriers en 1983. Seul les plus audacieux reprirent le travail tout en nageant dans le fleuve de l'angoisse des lendemains incertains.

Beaucoup se sont expatriés, d'autres, ayant trouvé du travail à l'extérieur ont déménagé, laissant la Verrerie blessée, à tout jamais seule, face à son destin.

Voici les noms des premiers locataires ainsi que leur localisation dans les immeubles H.L.M. de la Verrerie de Portieux. Les lettres bleuescorrespondent au numéro de l'étage, les rouges au nom de l'entrée, les chiffres noirs au numéro de l'appartement.

H.L.M. N° 1

Appartements de 1 à 24

3

André CHOLEZ 7

 

 

A

8 Guy VECKERLE

Daniel FRANCOIS 15

 

 

 

B

16 Henri GOURMENT

Michel LABOURE 23

 

 

 

C

24 Jean-Marie LEROGNON

2

Raymond MAGNIER
5

6 Pierre KIEFFER

Jeanne FRANCOIS 13

14 Bernard HENRY

Jean NOVAK 21

22 Manuel CAAMANO

1

Edmond HENRION 3

4 Louis MULLER

François GHIRINGHELLI 11

12 Louis KRIBS

Édouard DUCHAINE
19

20 Victor ALLAIN

rc

Abel FERRY 1

2 Pierre GHIRINGHELLI

André STAUFFER 9

10 Eugénie MAUREAUX

Robert FARON 17

18 André MOINE

H.L.M. N° 2

Appartements de 25 à 40

3

André DELON 31

 

A

32 Robert SAVOY

Pierre FARON 39

 

B

40 Marc FAIVRE

2

Robert TRIBOULOT 29

30 Georges MARCHAL

Micheline BERBEZ 37

38 Michel TRIBOULOT

1

Georgette LACOURT 27

28 Victor HUGUENIN

René BOYER 35

36 André BRETON

rc

Roger MARX 25

26 Victor TRIBOULOT

Georges THOUVENIN 33

34 Jean TRIBOULOT

H.L.M. N° 3

Appartements de 41 à 64

3

Robert MANGEONJEAN 47

 

 

 

A

48 Jean-Claude
WEBER

Maxime LEROY 55

 

 

 

B

56 Jean-Claude
DUCRET

Mansuy 63 TRIBOULOT

 

 

 

C

64 Robert PHILIPPE

2

Bernard KIEFFER 45

46 Maurice
LAROCHE

Denis COLAS 53

54 Jean-Pierre
REBMANN

Lucie WEBER 61

62 Serge ALLAIN

1

Jean MARCHAL 43

44 Alfred DISTEL

Ernest MENGEL 51

52 Madeleine KLEIN

Albert DISTEL 59

60 Georges BICHET

rc

Bernard MAGNIER
41

42 Caroline HENRY

Paul OBERLE 49

50 Paulin LAURENT

Denise KELTZ 57

58 Andréa ALLAIN

H.L.M. N° 4

Appartements de 65 à 88

3

Hubert MAGNIER 71

 

 

 

A

72 Christian
DAUTEL

Pierre BOOG 79

 

 

 

B

80 André KELTZ

Maurice JAXEL 87

 

 

 

C

88 André SIMONIN

2

Robert MARTIN 69

70 Jean-Pierre
CHAPOULOT

Daniel BRUNEL 77

78 Roger VEKERLE

V.Marie THIES 85

86 Mairice JOBERT

1

Paul L'HOSTETTE
67

68 Vve. Auguste HAG

Able VINOT 75

76 Albert BRETON

Camille MANGEONJEAN 83

84 Raymond
DIDELOT

rc

Jean MANGIN 65

66 André
CHAFFARD

Denis LAURENT 73

74 Jean JACQ

Émile PETITJEAN
81

82 Gustave
GRANDMAIRE

H.L.M. N° 5

Appartements de 89 à 112

3

Claude LAURENT 95

 

 

 

A

96 Vve. Gaston
BARTELET

Pierre TRIBOULOT
103

 

 

 

B

104 Gilbert POISSY

Lucien SAVOY 111

 

 

 

C

112 Jean MOINE

2

Charles STEPHAN 93

94 Joseph DUPUIS

Henri MOREL 101

102 Vve. Fernande
ABAD

Michel GODEL 109

110 Jean HANKUS

1

Albert WEETS 91

92 Charles MOINE

Jean STENGER 99

100 Pierre
TRIBLULOT
(père)

René VERON 107

108 Claude
MARQUET

rc

Paul MARQUET 89

90 Lucien CLEMENT

Camille HAG 97

98 Gustave
GRANDMAIRE

Charles BIETTE 105

106 Joël BEGEL

H.L.M. N° 6

Appartements de 113 à 136

3

Marcel BABON 119

 

 

 

A

120 René
GASSMANN

Daniel GODEL 127

 

 

 

B

128 Jacques
GALLOU

Daniel AUBERTIN
135

 

 

 

C

136 Robert GREBIL

2

Bernard CROLOTTE
117

118 Roger BIETTE

Jean-Pierre FERRY
125

126 M. Louise KRIBS

André VINOT 133

134 Robert
SIMEANT

1

Albert GUITTRE 115

116 Georges DIDIER

Claude MOUGEL
123

124 Jeanne SCHILT

Albert HOUPERT
131

132 André CLOP

rc

Pierre PELLETIER
113

114 Félix
GOURMENT

André CLEMENT
121

122 Germaine FINTZ

André MARLIER
129

130 Édouard
CHAFFARD

H.L.M. N° 7

Appartements de 137 à 148

3

Roland MARQUET 141

 

A

142 Robert PETIT

Jacky MOUREAUX 147

 

B

148 Daniel BEAUDEUX

2

Richard WEBER 139

140 Pierre DIDON

Amédé BEAUDEUX 145

146 Antoine GUITTRE

1

André ANTONI 137

138 Clémence BIETTE

Zénobie KRIBS 143

144 Giovani BALLAND

rc

Logement P.T.T.

P O S T E

CENTRE SOCIAL

CAISSE D EPARGNE

H.L.M. N° 8

Appartements de 149 à 172

3

André L'HOSTETTE
155

 

 

 

A

156 Eugène BLOT

Francis SCHWALLER 165

 

 

 

B

164 Pierre DIRN

Yvan WEBER 171

 

 

 

C

172 Joseph REIG

2

Georges TRIBOULOT 153

154 Antoine BOOG

Marcel POULIQUEN
161

162 Pierre JAXEL

Pierre DIDELOT
169

170 Hubert JABRY

1

Albert KINTZLER
151

152 Marcelle
MARCHAL

Alphonse HUGUENIN
159

160 Maurice HENRY

Roger MANGEONJEAN
167

168 Eugène HIEGEL

Rc

André 149
MOINE-HANKUS

150 Jeanne
SOISSONG

Ernest GUITTRE
157

158 Sylvain THEREL

Lucien OLIVIER 165

166 Noël HATTON

H.L.M. N° 9

Appartements de 173 à 196

3

Yvon BIETTE 179

 

 

 

A

180 Pierre SIMONIN

Lucien KELTZ 187

 

 

 

B

188 Jacky ALLAIN

Schall -L'HOSTETTE
195

 

 

 

C

196 Gaby
QUEMENEUR

2

Jean LAURENT 177

178 Marie-Thérèse
CHAROTTE

Maurice DICHE 185

186 Vve. R. HATTON

Robert HENQUEL
193

194 Bernard MURA

1

Charles TISSERAND
175

176 René DEMANGE

Lucienne CLERC 183

184 René BAILLY

Jean MAIRE 191

192 Pierre WEBER

Rc

Roger PELLERIN 173

174 Jack
MANGEONJEAN

André PIETON 181

182 Louis ROUSSEL

Jean CHAUVELOT
189

190 René
GRANDMAIRE

H.L.M. N° 10

Appartements de 199 à 222

3

Moïse FAIVRE 205

 

 

 

A

206 Roger BERNARD

Robert 213
MARENZONI

 

 

 

B

214 Lucien
LABOURE

Gérard 221
TRIBOULOT

 

 

 

C

222 Jean-Claude
BASTIANELLI

2

A. 203
BOUCLAINVILLE

204 Joseph
MARENZONI

Henri WEBER 211

212 Charles GERSET

Jean VIDART 219

220 Hubert DISTEL

1

V. MUNIER-PUGIN
201

202 V. Marie JAXEL

Louis BRUNEL 209

210 Jeanne
AUBERTIN

Pierre LAPP 217

218 Raymond FERRY

Rc

Albert CHOFFE 199

200 Paul ANTOINE

Jean MAX 207

208 Georges GREBIL

Pierre
BERNHARDT 215

216 André HUSSON

H.L.M. N° 11

Appartements de 223 à 246

3

229

 

 

 

A

230

237

 

 

 

B

238

245

 

 

 

C

246 Jean-Pierre
CHAPOULOT

2

227

228 V. BASTIEN

MUNIER

Joël BASTIEN 235

236 Alphonse
BASTIEN

Jean-Pierre 243
TRIBOULOT

244 Saad LEDMIA

1

André BRETON 225

226 Pol THOUVENIN

Gaston VINEL 233

234 Marie BOGROS

André SERRIER 241

242 V.P.
L'HOSTETTE

Rc

223

224 Georges
KESSLER

Adrien 231
FOURNIER

232 V. Gaethe
GUILLEMIN

Charles 239
THURIOT

240 Aloïs MURA

H.L.M. N°12

Appartements de 247 à 270

3

Gilbert SAVOY 253

 

 

 

A

254 Bernard
L'HOSTETTE

Pierre 261
BECKMANN

 

 

 

B

262 Adrien FAIVRE

Jacky KIEFFER 269

 

 

 

C

270 Jean-Marie
SAVOY

2

CH. 251
DIEUDONNE

252

Jean LAZARE 259

266 V. Jeanne
FARON

Robert Kieffer 267

268 Jules
TRIBOULOT

1

Dourthe COMTE 249

250 V. Charles
HOULLE

Bernerd 257
MAUREAUX

258 Pierre DUCRET

Albert 265
MALHOMME

266 Hélène LORRAIN

Rc

Germain 247
BOQUEL

248 Fernande
DELORME

Bernard 255
SCHWALLER

256 V. MUNIER
PUGIN

Lucien 263
FRAN9OIS

264 Grégorio
PASTOR


Conseil municipal de novembre 2006

Commentaires et résumé du conseil municipal de Portieux du 17 novembre 2006

Sur ce qui existe, la municipalité et l'OPAC des Vosges entendent construire l'avenir.

Ensemble, ils étudient le réaménagement du quartier HLM de la Verrerie, car une partie de cette cité est devenue un véritable désert. Et il faudra de la volonté pour faire basculer ce lieu vers un avenir plus réjouissant qu'actuellement.

M. Philippe Renaud pharmacien à La Verrerie et M. Maxime Leroy
adjoint au maire et habitant de La Verrerie, sont concernés au
premier chef par la future transformation de La Verrerie

M. Philippe Renaud pharmacien à La Verrerie  M. Maxime Leroy adjoint au maire et habitant de La Verrerie

Les différents partenaires s'accordent pour dire que l'existant possède de nombreux atouts (sic). Et voilà que l'on reparle d'urbanisme ; car cette occasion, pensent-ils, accentuerait plus « encore l'image positive du lieu ». On ne doit pas vivre dans la même époque que certains élus. De quelle image positive veulent-ils parler ? Si les HLM se sont vidés, ce n'est pas pour rien.

D'ailleurs, « De 1994 à 2003, six de ces immeubles ont été réhabilités. Les six autres, qui sont restés en l'état, subiront progressivement une grosse hémorragie d'occupants. Les logements vides sont pléthores. Actuellement il y a 121 logements inoccupés. Alors, le maire de la commune reconnaît : "Même si on réhabilitait ces bâtiments, on ne serait pas sûr de les remplir". Cette réflexion ne donne évidemment pas l'idée d'une « image positive du lieu ».

Cependant, il semble que la municipalité portessienne a conscience que La Verrerie doit passer par une nouvelle opération de "réaménagement", cela pour ne pas voir ce village se fermer à toute évolution ; mais d'un autre point de vue, l'OPAC des Vosges veut que son parc locatif serve au mieux la population.

Depuis un an, les partenaires réfléchissent ensemble à un projet pour ce coin du bout du monde. Lors du conseil municipal du 17 novembre 2006, les élus, les professionnels et les organismes intéressés, ont émit quelques idées qu'il faudra affiner.

Il revient à M. Dominique Chassard, le directeur de l'agence OPAC de Mirecourt, l'honneur de retracer l'histoire de La Verrerie.

En 1960 la cristallerie tournait à plein régime, seulement les cités, tant décriées par la municipalité de l'époque comme n'étant pas aptes à être rénovées, se voient frapper d'insalubrité par l'Etat. Ce dernier décide alors de leur démolition. La démolition commencera en 1967. A la place des vieilles cités, douze immeubles vont sortir de terre. Ils accueilleront 269 logements.

Ceux qui, à l'époque, ont initié cette situation nouvelle pour une grande partie des verriers qui perdaient ainsi leurs racines, se sont bien gardés de venir y habiter. Alors, les HLM se sont érigés, transformant notre Verrerie en une nouvelle Verrerie-de-Portieux avec de « modernes HLM». C'est le terme qui a été employé à l'époque.

Tellement moderne qu'aujourd'hui encore, les égouts de cette nouvelle Verrerie se jettent dans le ruisseau le Mori. On imagine aisément les désagréments que cela induit pour ce pauvre ruisseau... et accessoirement pour la population.

Et même si de 1994 à 2003, six de ces immeubles ont été réhabilités. Les six autres resteront en l'état et leurs occupants se feront la malle, laissant La Verrerie exsangue. Aujourd'hui 121 logements sont inoccupés. Qui dit mieux ?

Lors du conseil municipal M. Marchal, de BET Sigma, présente une "étude de faisabilité", concoctée avec "l'Atelier du Rempart", un urbaniste messin. Commandée par la municipalité, cette étude révèle des éléments très positifs. C'est ainsi que ces gens affirment que « l'infrastructure des réseaux et voiries actuels pourra être conservée ».

Ce qui amène à cette conclusion : "le projet peut se superposer sur le site existant", dixit le spécialiste.

Ainsi l'histoire de La Verrerie va se répéter. Son sol sera, n'en doutons pas, à nouveau bouleversé. Espérons que cette fois ce soit pour un projet (le dernier ?) qui tiendra la route.

D.Pierre, directeur de l'OPAC de Mirecourt et son collaborateur, partenaires du projet de réaménagement



Justement, lisons ce projet :

« Divers paramètres entreront dans ce projet d'avenir : nécessité d'une mixité des populations (aie !), prise en compte des demandes actuelles, attractivité du lieu.

Le site concerné est celui qui abrite actuellement les six immeubles du parc OPAC non réhabilités. Le relogement des ménages qui y résident constituerait la première étape. Viendrait ensuite la démolition, laissant une surface libre de 22 000 m2, comprise entre la rue des Graveurs et la rue des Souffleurs.

L'OPAC et la mairie s'entendraient sur la réalisation d'une opération intégrant trois types d'habitat : création de 20 parcelles vendues pour l'accession à la propriété, menée par la communauté de communes de la Moyenne-Moselle, construction par l'OPAC de petites structures sans étage pour personnes âgées destinées à la location, et toujours par l'organisme, construction d'appartements locatifs, dont certains pourraient faire l'objet, sur le long terme, d'une option-vente ».


FIN

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par © Gérard TRIBOULOT Copyright © 1994

Actualisé le vendredi 18 mars 2011

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