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SEIZE ANS EN 1943 Remerciements : Nous ne pouvons que remercier chaleureusement M. Claude GIRARD ainsi que son fils Jean-Pierre pour ce prêt de documents inestimables, qui nous éclairent un petit peu plus sur ce qui s'est vraiment passé à Portieux, sous la fin de l'occupation allemande, c'est-à-dire depuis Mars 1944.
Aujourd’hui 11 mars 1944, dans un ciel bleu radieux, passent, de 13 h 45 à 14 h 15, sans interruption, 400 forteresses volantes au dessus de Nancy. Spectacle prodigieux de puissance ! Le 16 Le comte A. de Voguë est condamné à mort par les allemands pour participation effective à la Résistance. Le 17 en Italie on se bat avec acharnement à Cassino. Le 22 mars 44 Le Comité d’Alger, à l’unanimité, accorde le droit de vote aux femmes françaises. Vichy : l’oral sera encore supprimé cette année aux examens du Baccalauréat. Alger : Giraud est mis en disponibilité, ayant refusé le poste d’inspecteur général. Le 28 avril 44 Bombardements aériens sur Essey (Nancy), Blainville (triage). Raids sur Berlin, Hambourg, Essen, Belgrade, Bucarest, Budapest et l’Italie du nord. A Epinal 13 résistants ont été fusillés par les allemands, 3 sont enterrés à Chantraine, les autres à St Michel. Le Maréchal Pétain vient de fêter ses 88 ans et s’est rendu à Paris pour se recueillir sur les tombes des victimes des récents bombardements aériens. Mai 44 : Raids sur Blainville, Essey, Metz, Dijon, Reims, Epernay, Is/Till, La Chapelle (triage de la gare de l’Est à Paris). Russie : les dernières troupes allemandes de Crimée ont gagné la Roumanie par la mer. Haut de page Le 11 mai 1944 (15 h 50) EPINAL est bombardée. 180 morts. Des centaines de blessés, 200 immeubles détruits ou gravement endommagés :“A 4 heures moins le quart, on entend les ronronnements des Flying Fortress. Personne ne s’effraye, car presque chaque nuit ces bruits nous réveillent. D’ailleurs, l’alerte tarde à sonner (?). Il est vrai que cela n’aurait sans doute rien changé, les alertes se répétant.” A 15 h 48, le premier “feulement” fait sursauter la ville. Deux secondes (ou minutes ?) ne se sont pas écoulées qu'un fracas effroyable fait gémir le sol. Un bruit semblable à celui de la tôle agitée, un bruit métallique horrible qui assourdit la cité. Un nuage de poussières, de cailloux, de fumée obscurcit le soleil. Dans de nombreux quartiers, la totalité des vitrages s’effondre. La première vague est passée. Son tir assez bien concentré a bouleversé le dépôt du chemin de fer et la gare qui flambent. Deux ou trois minutes se passent ? Les ronronnements effrayants emplissent à nouveau le ciel. La grêle mortelle s’abat à nouveau. Dans la fumée que le vent pousse au sud-ouest, une troisième, quatrième, cinquième vagues déversent leurs cargaisons, hors l’objectif. Enfin, vers 16 h 15, les vrombissements disparaissent au nord. C’est alors la recherche des victimes parmi les décombres. Le poste de secours, à l’école de la rue Durkheim, est tout de suite débordé. On y apporte morts, mourants et blessés. Ni eau, ni éther ! On dévalise la pharmacie Morel, on court à la recherche de matelas, de linge, de verrerie, etc... une totale incurie ! Pendant trois longs jours, les incendies consument la gare et les casernes où, dit-on, plus de 100 prisonniers hindous auraient été tués. Le dimanche matin, on procède à un service funèbre (Mgr Blanchet) où sont bénis les 150 cercueils des morts retrouvés alors. (11 mai 1944) Moi : 15 h 45, je bosse Michel et dans ma chambre. 15 h 46 : ronronnements puissants (fenêtre fermée). J’ouvre la fenêtre. Je ne vois rien. Je cours à la chambre jaune. Je distingue nettement une escadrille, vers 2 000 mètres, composée de 45 Flying Fortress à 4 moteurs. Le soleil m’aveugle. Je descends donc, pour mieux voir les avions, à la fenêtre d’escalier du 2ème étage. Je l’ouvre. 15 h 49 : je me penche et les montre du doigt à mon père. La sirène qui hurle depuis une minute et demie donne l’ambiance ! Haut de page Soudain, une dizaine de boules noires, très visibles, s’abattent, sous nos yeux terrifiés, sur le dépôt du chemin de fer, dans un fracas épouvantable. Aussitôt, il est 15 h 50, un panache de fumée sort de terre et, à une vitesse vertigineuse, escalade le ciel. Nous descendons quatre à quatre l’escalier et nous précipitons vers l’abri proche, creusé dans le jardin de l’école. La fumée qui retombe nous plonge dans la nuit. Une forte odeur de brûlé, de soufre, de terre nous prend à la gorge. Les avions s’éloignent. Mais les ronronnements reviennent plus forts. Mon père essaye de retenir notre comptable, Mr Bonnet qui, enfourchant son vélo, veut monter à Chanteraine (Chantraine) où est sa famille. Nouveau fracas ; c’est la 2ème vague. Je regarde les poutres de l’abri et crains d’être pris dessous. Je sors. La terre tremble et je suis projeté contre une cabane de jardin. Une pluie de terre me couvre. je tremble, je tremble sans pouvoir m’arrêter... je me relève et vois à 20 mètres (?) l’entonnoir de la torpille qui m’a couverte de gravats. Comme un fou, je me reprécipite dans l’abri. Cette 3ème vague s’est abattue, de fait, sur notre quartier. On dénombrera, plus tard, 3 entonnoirs rue Lepage, 2 torpilles sur “les 3 sapins” où 3 personnes agonisent. Deux bombes, dont la “mienne”, derrière l’école maternelle, 2 autres torpilles sur la maison Raoul, rue du réservoir, 2 sur la rue Notre-Dame de Lorette, etc... Quant à Mr Bonnet, il pédalait à hauteur des “3 sapins” quand la maison s’écroulait. La figure en sang et la cuisse cassée, il a été porté par mon père au poste de “secours”. Il s’en tirera. Se succèdent les 4ème et 5ème vagues, toujours dans le même fracas, mais le vent aidant, ”n’intéressent“ plus notre coin ! Enfin, ”ils“ s’éloignent définitivement et l’ont émergent, hébétés, de notre si précaire “abri”. Le 18 mai 44 : Au lendemain du bombardement d’Epinal, les allemands ont déménagés dans les bois (Verrerie de Portieux) leurs ateliers de montage de moteurs d’avions de Charmes et de Thaon (dans le magasin d'expédition réquisitionné de la verrerie). On apprend que le 4 mai ont été fusillés à la Vierge (Epinal) 7 hommes de Portieux, accusés comme résistants à la suite de la découverte de dépôt d’armes. Ce sont Mrs (Maurice) Coindreau, ingénieur à la Verrerie (en retraite) ; (Gustave) Chardot, (boulanger à la Verrerie) greffier de la mairie ; (Eugène) Huraux, sous-officier (en retraite) ; (Georges) Marchal, cultivateur ; Cassin (Georges Cossin), ouvrier à La lorraine Electrique ; (Charles) Jacquiert et (Lucien) Perrin, également ouvriers à La Lorraine. A la Libération, Mr Aubry, cultivateur et maire sous Vichy, sera accusé de dénonciation, emprisonné, et, finalement, libéré. Notre rue de ”la Jue” sera rebaptisée rue Gustave Chardot. Haut de page Le 23 mai : Et zou, de deux ! Alerte, ce matin, au lycée, à 8 h 1/4. Descente rapide aux abris. Le courant est coupé. Il fait noir comme dans un four. On chante, un ”gosse” pleure. On entend des avions, ça résonne terriblement. Le proviseur fait preuve d’une confiance imperturbable dans la solidité de l’abri. A 9 h 20 les chants s’interrompent car un horrible fracas se fait entendre. L’air chaud rentre en trombe dans l’abri soufflant la lanterne d’écurie que l’on avait réussi à allumer. Peur intense !... Une vague, deux, trois... Ouf ! c’est fini. On sort : beau spectacle ! Une grêle de bombes incendiaires a arrosé la ville. Le feu dévore le quai des Bons-Enfants ; des plaquettes enflammées (phosphore) descendent la Moselle. L’Hôpital brûle, la Préfecture aussi. Je traverse la ville en courant. La Générale est détruite, les Magasins Réunis sont atteints, les colonnes, seules, de l’église Notre-Dame subsistent. Le cinéma Royal flambe. Ce qui restait de la rue de la gare à la suite du premier bombardement s’est écroulé. La rue Notre-Dame de Lorette flambe, la maison Girol s’est écroulée sur son abri. Les écoles sont en feu. Ouf ! notre maison n’a rien. Oui da ! Dans ma chambre, un engin incendiaire qui a traversé le toit et le plafond, s’est échoué sur mon lit, projetant sur les murs gomme, essence, phosphore ! Par miracle, le mélange, amorti, absorbé par la literie (?) ne s’est pas enflammé. Bilan : un mort et quelques blessés. Jeannot se permet :”un bombardement par bombes incendiaires, c’est sympa !”. Le 25 : A 8 h je rentre à Epinal à vélo, venant des Forges où nous passons les nuits. Alerte ! En un clin d’œil, les bois environnants la ville sont pleins de monde. Un quart d'heure se passe. Rien. Puis les ronronnements bien connus se font entendre en vagues successives, les avions américains apparaissent ; on en compte 100, 200, 300... Une panique folle s’empare de la foule qui fuit plus loin, toujours plus loin ! Les traînées blanches des chasseurs sillonnent le ciel impeccablement bleu. Quelques fusées. Deux avions allemands se sauvent, rasant la cime des toits. Les vagues tournoient, se mettent le dos au soleil... On y a droit ? Encore ?... Mais non ! Après un quart d’heure d’évolutions, le bruit décroît vers le nord, vers Nancy. Quelle peur ! Aussi, nous déménageons, direction Lunéville, espérée plus calme ! Samedi 27 mai 44 : 11 h 30, visite du Maréchal Pétain. 11 h 45 : Alerte, tout le monde dans les bois. 1 000 forteresses passent pendant deux heures et demi, en direction du Rhin. 15 h le Maréchal fait le tour des ruines. Froideur de l’accueil. Départ après une brève allocution. Epinal : 621 cadavres retirés des ruines (dont 400 Hindous). Haut de page Le 6 juin 1944 : La Libération est commencée ! 7 h 30 : des troupes aéroportées débarquent entre Le Havre et Cherbourg. On parle de 11 000 avions, de 4 000 bateaux, appuyés par 6 cuirassés. Une tête de pont est créée. Italie : Rome est tombée. Russie : front calme. Le 11 un train allemand saute à Corcieux. Engagements entre les allemands et des “maquisards” près de St Dié. Maquis, également, à Bussang et au Thillot. Epinal : ont été arrêtés, à titre préventif, Mr Trévillot, agent d’assurances, le Commandant de gendarmerie, Mr Baumgartner, Mrs les docteurs Laflotte et Delfour. Vichy préfère “sa“ Milice aux gendarmes, qui, tenus à l’écart, sont recrutés par le Maquis. Juin : carte de la Normandie, extraits de presse : La bataille fait rage sur la côte normande. Avis (der oberbefehlshaberwest) : les “francs-tireurs” seront passibles de la peine capitale. On est prévenu ! Bombardements à Lyon et Marseille. 17 juin : Baccalauréat série B : admis : Girard Claude. 23 juin : extraits de presse : Les anglo-américains ont atteint la côte occidentale du Cotentin. Les ”météores” tombent sans arrêt sur Londres et les ports anglais. Il s’agirait de la première arme secrète mise au point par les savants allemands. A Londres, la panique est plus grande qu’en 1940. Vichy : il ne sera possible d’assurer en juillet que deux distributions de tabac. Le 24 juin : Déclenchement de l’offensive d’été russe. Le 25 : chute de Cherbourg. Le 28 : assassinat de Ph. Henriot, secrétaire d’Etat à la propagande de Vichy. Portieux : cette nuit alerte splendide, ronronnements formidables, fusées, etc... Haut de page Le 8 juillet : Churchill aurait “avoué” aux Communes que les V1 ne pouvaient être considérés comme une “plaisanterie”. Portieux : le stage à Ars sur Meurthe a été concluant ! Après 2 jours, les trois amis (André, Michel, Claude) se sont éclipsés comme un seul homme (c’était un refuge pour séminaristes). Le 15 : les V1, c’est tout de même sérieux. France : c’est par centaines que l’on compte les réfractaires et maquisards mitraillés dans le dos. Portieux : beau temps depuis huit jours ; les alertes croissent en nombre et en durée. Jeudi 20 juillet 44 : Berlin : Au cours d’une réunion du grand Etat-major, une bombe a éclaté à 2 mètres du Fuhrer. Paris : la police a arrêté les assassins de Ph. Henriot. Leur chef, Desmoulins, a été tué. Les intéressés auraient, dit-on, touchés 10 millions de F de l’Intelligence Service. Berlin : Les V1 mesureraient 13 ms de long, 7 ms d’envergure et voleraient à 950 km/h. Le 22 : extrait de presse : le führer échappe à un attentat. Le 28 : croquis du front Est : les russes pénètrent en Pologne. Le 29 : Bombardiers en transit au dessus de Portieux de 0 h à 1 h 30. Bombardements à l’est, très distinctement perçus, ici, par delà les Vosges et la Forêt Noire. Retransit vers les 3 h du matin. Intervention de chasseurs allemands ; des bombes tombent près de Xaronval et d’Igney. 1er Août : L’aile occidentale des troupes alliées a percé les défenses allemandes et atteint Avranches. Hier, sur le quai de la gare d’Epinal, j’ai échangé quelques mots avec le chef de bord d’un bombardier tombé près du fort du Roulon. Seul rescapé d’un équipage de neuf hommes, il a vécu une minute atroce quand son chargement de bombes a explosé (cause inconnue). Projeté dans les airs, il a actionné son parachute, malheureusement, il s’est fracturé la hanche sur un sapin, au pied duquel il a été capturé. Il gît là, maintenant, étendu sur une civière, attendant le train pour Nancy. Il fume, amaigri par la souffrance, long, mince, le nez légèrement busqué, yeux bleus, cheveux ondulés, blonds châtains. Il sourit aux gens qui l’entourent. Sa cigarette tombe, trois allemands se précipitent pour la lui ramasser. Une femme lui donne des groseilles. Il dit ”merci beaucoup”. Il est vêtu d’un blouson bleu, culotte serrée à la cheville, pieds nus. Sur son épaule, l’étiquette” New Zealand”. Sur sa poche, l’aigle de la R.A.F avec N.Z. Sa culotte porte des poches sur les cuisses. Il peut dire qu’il vient de loin et même qu’il “revient de loin” ! Haut de page Août 44 : Les Alliés ” nettoient” la Bretagne et progressent vers Le Mans. Depuis juin, 7 300 “terroristes” auraient été abattus par les allemands et / ou la Milice ? Le Maréchal Rommel, mitraillé sur une route, a été hospitalisé à Nancy. Il y a quelques semaines, Mandel (Rotschild) a été assassiné (par la Milice ?). Epuration dans l’armée allemande, en conséquence de l’attentat raté contre Hitler. Extrait de presse : ”Le suprême effort de l’anglais n’est nullement l’effet du déploiement de ses forces, mais une tentative désespérée, dictée par la panique” ! 1 500 bombardiers attaquent, de jour, Stuttgart. Berlin : huit des officiers allemands, responsables de l’attentat contre Hitler, ont été pendus. Epinal : Le chef de gare a mis à la porte un milicien en le traitant de voyou et de trou du cul ! Gros succès de fou-rire ! Eloyes (Vosges) : la plupart des jeunes gens du pays, ravitaillés en armes (parachutages?), ”ont pris le maquis”. Vendredi 11 août 1944 : 2 heures du matin ! Ah, l’attrait des longs voyages. Partis, Simone et moi, à 9 h pour Epinal (25 kms), nous démarrons à 10 h 05 de Vincey, à 30 à l’heure (trois wagons plats devant la locomotive, au cas de voie coupée). A 11 h 15, nous entrons en gare d’Epinal. Mais l’alerte sonne ! Interdiction de descendre. Le train, forçant soudain sa vitesse, ”brûle” la gare et nous entraîne vers Dounoux où nous arrivons à 1 h 30, après avoir aperçu l’exode massif et presque quotidien des Spinaliens, qui, valises et couvertures en mains, se précipitent dans les bois. 12 h : Il commence à faire faim ! Les anglais passent. Fuite précipitée à travers ravins et talus, à distance respectueuse de notre locomotive. Les avions s’éloignent. On se débrouille et l’on trouve pain, omelette et vin ! La boulangerie était à 2 kms, mais les quelques maisons qui entourent la halte abritent de braves gens ! Nous finissons notre léger casse-croûte. Le train siffle. On repart, l’alerte finie. Nous sommes à Epinal à 13 h 30. Bonne journée à Epinal avec les copains. Le train du retour est à 18 h 23.Mais trois heures de retard probable ! et peut-être même pas de train du tout, puisque, maintenant, à partir de 21 h, les trains ne doivent plus circuler (tel Papa qui dû coucher à Charmes, il y a 2 jours, revenant de Nancy à Epinal). Simone mange chez une amie, moi, avec Père, au “Canotage” (marché noir). Haut de page Menu : Pieds de veau, saucisse de ménage (75 F), rognons de veau, pommes soufflées, fromage des Hautes Vosges, tarte aux myrtilles, vin (Beaune : 250 F la bouteille). Ça console un peu ! A 21 h, retour à la gare. Le train passera encore aujourd’hui par faveur, mais quand ? On s’assied au milieu des ruines. La nuit vient. 22 h / 22 h 30. La dentelle du hall incendié se détache sur le bleu foncé du ciel. 23 h ! il y a de l’abus !... mais, on apprend qu’il a quitté Xertigny. L’espoir renaît. 23 h 45, il est à Dounoux ! 0 h 05, il entre en gare, salué par un Ah ! général de soulagement. 0 h 20, le train, très long (wagons de voyageurs et de marchandises) s’ébranle (on ne sait s’il ira plus loin que Thaon ou Charmes). On s’installe dans un superbe wagon. Patatras ! un contrôleur passe (il ne se couche donc pas) Nous sommes en 1ère ! Coût : 48 F au lieu de 28 F. A 1 h 10 , nous sommes à Vincey. Quand on se couche, il est 2 h. Quel voyage ! 14 Août : Les américains sont à Chartres. On se bat encore à Varsovie. Extraits de presse : les exploits du maquis. Belfort bombardée pour la quatrième fois. Le 15 : Fête de l’Assomption à Portieux. Village entièrement décoré à base de mousse, de tapisserie, et des bandes de papier brillant semées par les forteresses volantes ! Le dernier bobard : des parachutistes alliés, aidés par le maquis, auraient occupés Troyes et Chaumont ! Le 16 : Les troupes américaines d’Argentan et les troupes anglaises de Caen auraient fait leur jonction à Falaise encerclant la 7ème armée allemande. Dans la matinée du 15, des troupes américaines et françaises ont débarquées entre Toulon et Cannes. Des laissez-passer sont nécessaires pour circuler en Drôme et Haute-Savoie (maquis). Le 17 août 44 : Les alliés ont pris Orléans et sont à 20 kms de Paris. Au sud, ils approchent de Toulon. Le 18 : A partir du 1er septembre, mobilisation dans les territoires français libérés. Le 20 : L’écrivain et aviateur St Exupéry a été porté disparu au dessus de la France. Les alliés, contournant Marseille, atteignent Aix-en-Provence. Les départements du Cantal, de la Corrèze, de l’Allier auraient été dégagés par les F.F.I (forces françaises de l’intérieur). Radio Vichy et Radio Paris se sont tues. Extraits de presse : Epinal, bagarres à coups de mitraillettes. Moi : "AH ! Ah ! Voilà “nos” miliciens qui font des leurs ! Il y a à peine un mois qu’ils se sont installés Place des Vosges, mais ce ramassis de jeunes marginaux et crapules a hâte de faire parler de lui. Pas mal pour un début !" Fr. Philipps est mort. Moi : "quelle perte pour l’Echo de Nancy !" Haut de page Le 21 : De Gaulle à Cherbourg. Extrait de presse : Révolutionnaires de France, la France vous demande... par Jean Herold-Paquis, éditorialiste de Radio-Paris. Moi : "Mais aussi, quelle recrue ! J.Herold-Paquis, le Waffen-SS de Radio-Paris, actuellement en chômage par suite de l’avance alliée et replié à Nancy, consacre son talent à relever le courage abattu (à coups de mitraillettes) de ses compagnons aussi verts (d’habit et de frayeur) que lui !" 22 : 120 000 français auraient été fusillés par les allemands depuis 1940. La vérité sur “l’accident “de Fr. Philipps : Le cher collaborateur a été abattu par un milicien, pour ne pas avoir présenté ses papiers, étant “noir” à la sortie d’un banquet. Sud : Les alliés sont à Avignon. Portieux : 300 allemands nous arrivent, ils campent au Couvent et à l’Ecole. 1 500 kg de paille ont été réquisitionnés. ![]() 21 h : Grosse émotion ! on entend le canon assez éloigné. Est-ce réel ? peut-être la D.C.A ? Le 23 août 44, 12 h 30 : Attention ! attention ! Le général Koenig,commandant en chef des F.F.I, commandant militaire de Paris et de la région parisienne annonce : ”Aujourd’hui, 23 août 1944, les F.F.I, dont le soulèvement avait débuté le 19, aidés par tout le peuple de la capitale, ont libérés PARIS. Vive la France!” Moi : Allons enfants de la patrie... Les premières forces ont été constituées par la police parisienne, retranchée dans l’île de la Cité. Plus de 50 000 patriotes armés ont luttés pendant quatre jours contre les forces allemandes et les ont finalement écrasées. Prise de Grenoble, par la route Napoléon. Le maréchal Pétain, prisonnier des allemands, est emmené vers une destination inconnue. Le 26 : Nuit pénible, raid allié sur l’Allemagne de 0 h à 0 h 45, ronronnements assourdissants et continus ; les maisons tremblent ; ils sont à peine à 1 000 ms ! On a un mal fou à se rendormir ! Depuis le 24 après-midi, je sais nager !... Sous la conduite de la “sirène” Claire Henry et en compagnie du “prof” Jean Girard, j’ai appris en moins d’une heure, et depuis, l’après-midi, au “jus”! Haut de page Le 26 août 44 : Extrais de presse : ”Exploits de miliciens”. Moi : "Toujours eux ! vraiment, ils tiennent à la popularité !" Première photo d’un V1 plongeant sur Londres. ”C’est assez impressionnant comme calibre !” Un général allemand prisonnier, dans deux mois, nous serons vainqueurs (?). Divers articles de journaux, sommairement commentés. Le général de Gaulle est entré ce matin à Paris. Les Alliés ont atteint Reims. Il n’y a pas eu d’escarmouches à Epinal ; mon interprétation d’un des articles visés ci-dessus était erronée. 20 Spitfires ont rodés longuement ce jour, mitraillant les déplacements de troupes. Les quelques 300 soldats (18 / 20 ans) en cantonnement, arrivent d’Orléans. Au repos, ils se baignent à longueur de journée. Personnel : le projet de mariage Andrée Marchal / Jean Girard semble être tombé à l’eau. Les russes ont atteint le Danube et la Roumanie et déclaré la guerre à l’Allemagne ! Le 29 Août 44 : On dit qu'une pointe de blindés américains s’est avancée à 15 Kms de Nancy, puis s’est retirée (sic). Extrait de presse : Deux attentats contre de Gaulle à Paris. Moi :" Mais l’écho de Nancy ne fait pas état de la réception enthousiaste faite aux troupes alliées par les parisiens libérés." Le 31 : Les allié sont à Beauvais, à Valence et à Toul. 17 h : Nous (tante et moi) allons voir un cousin à Vincey, à hauteur de la maison Ferbus, bruits d’avions s’approchant rapidement. Nous nous retournons pour voir passer au dessus de la Filature, à 500 à l’heure, 1, 2, 3, 6 chasseurs qu’une cocarde entrevue me fait identifier pour des Spitfires. Rafales de mitrailleuses, nous nous précipitons vers une grange proche. On voit surgir des Mosquitos, bi-queux légers de bombardement et, aussitôt, retentit le fracas bien connu des bombes, filant par dessus nos têtes. Puis, par dix fois, les chasseurs reviennent mitrailler. Enfin, ils s’éloignent. On court, on monte et l’on voit, dans la plaine, une école coupée en deux. Dans ce bâtiment occupé par la troupe, des victimes, sans doute aussi dans les cités proches de la Lorraine électrique. Longtemps, au loin les bombardements ébranlent l’air. A Chatel-Nomexy, les dépôts de carburant flambent, obscurcissant le ciel jusqu’à Moriville. On parle d’une centaine d’allemands morts. Ils étaient sur leur départ, et on peut en tirer que le service de renseignement allié fonctionne ! 3 victimes civiles (dont un mort). Nos allemands, pour leur part, semblent avoir déguerpis. Bon voyage ! Mais des convois ne cessent de circuler, surtout la nuit ! Haut de page Vendredi 1er Septembre 1944 : Bientôt cinq ans de guerre. 22 h 45. Plus d’électricité. J’écris à la lueur d’une lampe Pigeon. Tentative de sabotage de l’usine électrique par les allemands. Incendie éteint après leur départ. Vers 20 h, des soldats avaient cernés deux maisons à la recherche de “maquisards”. Ils menaçaient de brûler le pays ! On n’entend plus le canon. Mais il pleut, il pleut sans arrêt. Le 2 septembre 44. A cette heure, les américains doivent être entre Mirecourt et Charmes. On les attend pour demain (on confectionne des drapeaux). Dimanche 3 : Cinq ans de guerre ! La lumière est revenue ! 17 h : Le village “environné” de troupes. On entend la mitraille du côté de Charmes. 17 h 30 : Le pont de bois arrosé d’essence brûle superbement. Les allemands font ouvrir les volets et fermer les fenêtres. Ils ont un petit canon de 37. L’un deux me déclare que sous 15 jours, ils gagneront, grâce aux V1. Sur un side-car, ils ramènent, de Charmes, deux blessés. Situation générale : Les alliés ont atteint les rivages de la Mer du Nord (aujourd’hui, pas de V1 sur l’Angleterre, et ce depuis le 16 juin). Ils sont aux portes de Bruxelles, de Metz et de Nancy, de Bourg-en Bresse dans le sud. En Italie, ils bordent la plaine du Po. A l’Est, les russes nettoient les rives du Danube inférieur, la Finlande leur a demandé un armistice. Portieux : Vers 11 h 45, un avion qui rôdaille nous tire du sommeil. Soudain, des sifflements, on se précipite à la cave. L’électricité vacille, puis s’éteint de longues minutes. On remonte. Le pont qui brûle lance au ciel des gerbes d’étincelle sous un clair de lune magnifique. On appelle dans la rue, on demande du secours pour le Haut-bout où des bombes sont tombées. On se précipite, pelles et pioches en main. Les allemands nous fouillent pour s’assurer que nous n’avons pas d’armes. La maison de Mme Schleret a reçu une bombe qui y a creusé un énorme cratère. On dégage bientôt l’intéressée, bloquée dans l’escalier de sa cave. Mais ses quatre enfants, dans la cave, ne répondent pas ! Lundi 4 à 8 h : ce matin on creuse toujours. Au soir, les quatre enfants ont été retrouvés, morts. Dans l’ordre, Marcelle,17 ans (tête écrasée, plaies à la cuisse et au genou), les deux gamines presque intactes, et enfin Gaby, 16 ans, retrouvé debout, enroulé dans son édredon (cette femme a perdu, en quatre mois, son mari (fusillé), son père et ses quatre enfants ! Oh Dieu !). Nos allemands, pour leur part, sont affamés : une tomate par homme, le soir. Haut de page On dit que Charmes est libérée. Le 5 : Depuis le 3 au soir l’électricité est à nouveau coupée. A 4 h 20, ce matin, le canon a grondé pendant près de deux heures ; coups de départ et d’arrivée se succédant. On ne sait qui tire. Nuit à la cave. Mercredi 6 : Charmes, reprise par les allemands, brûle, au loin. Le village est plein de troupes, emmenant avec elles, en camion, des hommes pris dans les villages brûlés le long de la route de Rambervillers. Le 7 : Ces troupes, fraîches, de renfort, sont mieux ravitaillées que les 24 malheureux, rescapés de Normandie, qui étaient encore là, il y a 2 jours. Une “roulante” a été installée : elle “tape” d’ailleurs dans nos deux stères de bois, restés dehors sur le “parge”. Ces soldats n’ont plus rien de commun avec ceux de 40 : tout ce qui leur tombe sous la main est bon (autos, vélos, huile, tomates, raisins, etc.) Ils ont mis en batterie des canons anti-chars et 4 canons de 105. Ils sont munis de la T.S.F. Les alliés, pour leur part, tardent à se présenter sur le haut des côtes de Moselle, en face. Jeudi 7 septembre 1944 : Des gens de Charmes racontent. Dimanche 3, après-midi, des maquisards, ”informés” de l’arrivée imminente des américains, ont refoulés les allemands et pris le pont routier sur la Moselle, d’importance stratégique. Dans la nuit de lundi, des renforts allemands ont repoussés les francs-tireurs et repris le contrôle de Charmes. Après avoir fusillé le maire et le curé, ils ont mis le feu à la cité et emmenés en captivité les habitants du centre-ville. Cette tragédie est survenue par suite de la “volatilisation” des troupes alliées. Il est de fait que des motorisés se sont avancés jusqu’à Pont sur Madon, à 18 Kms de Charmes. Mais sans doute trop en pointe, ils se sont repliés. Ce qui est certain, c’est que les allemands ont tentés de détruire la Lorraine Electrique, dès le 1er septembre, et que la plupart des ponts sur la Moselle ont été détruits les 3 et 4 septembre, dates auxquelles nous aurions pu, peut-être, être libérés ? Sous ma fenêtre passent trois “vieux” de St Rémy. A 16 h 30, le mardi 5, un camion d’allemands aurait essuyé des tirs en traversant leur village. Les soldats ont mis le feu et emmenés 13 otages. Ils sont arrivés à la Vierge à Epinal, hier matin. Les 3 plus vieux, 57, 60 et 80 ans ont été relâchés et ramenés jusqu’ici où ils cherchent un moyen de regagner leur village. A Epinal, précisent-ils, les ponts ont également sautés. Autrement dit, si j’étais resté dans notre maison d’Epinal, sur la rive gauche, je serais libre ! Sans autres nouvelles, sans électricité, ”panne” d’enthousiasme ! On est sur le front ! Haut de page Vendredi 8 (écrit à la cave) : Nuit à nouveau mouvementée. Réveillé à minuit par le canon jusqu’à 1 h 30 ; on se recouche au rez-de-chaussée, tandis que tante qui ne peut dormir met des mirabelles en bouteille. Canonnade à 4 h 30 : Redescente à la cave. Nos locataires vont au “jus” à la roulante, çà claque ! Bzim ! à plat ventre ! Boum ! Retour, vite fait. Une 2ème expédition réussira, mais quel sale jus ! 6 h 30, le jour se lève. Les tirs ont touchés Portieux, en partie. Des dégâts matériels, une chatte tuée. On ne sait toujours pas qui tire ? On continue d’aménager au mieux notre grande cave voûtée où le voisinage est accueilli. Ce matin, allers et retours d’avions américains pour la première fois, le plafond étant bas, je discerne les quatre moteurs et les coupoles pour mitrailleurs. Nos allemands se ravitaillent à peu de frais dans les villages alentours, d’où ils ramènent canards, lapins, oies, etc... Ma sœur, réquisitionnée, a été de corvée de “pluches”, elle en rapporte du beurre, du pain et du gruyère. Samedi 9 : Nuit très calme, l’électricité est rétablie. Radio Londres promet aux ouvriers français le relèvement des salaires et la semaine de 40 heures ? Sur les fronts : Les russes se battent en Prusse orientale. Les alliés seraient à proximité d’Aix-la-Chapelle. Bataille pour le contrôle de la Trouée de Belfort. Lundi 11 septembre : Nous avons eu un dimanche très tranquille et notre 3ème nuit de repos de suite. La “roulante” est partie et nous nous sommes empressés de rentrer le bois restant. Sans arrêt les chasseurs-bombardiers survolent la région, continûment, on entend des bombardements proches ou lointains. Mardi 12 septembre 1944. 15 h 30 : Nous écoutons dans le jardin les bombardements au nord-ouest. Clac ! On se précipite à la cave. Mais au bout de quelques minutes, on apprend que c’est un petit pont de chemin de fer qui vient de sauter. On se rassure. Clac ! Cette fois, c’est le tour du grand pont de chemin de fer de Langley ! 17 h 45, le pont de Charmes saute. 23 h 16 : Sifflements prolongés. On croit à des torpilles mais ce sont des obus. On descend à la cave. Pas moyen de dormir. Cela tire sans arrêt. Mercredi 13 : Constat de dégâts matériels divers ; plus de 20 obus sur le Couvent (?). 6 chevaux tués. Haut de page 13 h : Un monoplan passe au ras des toits. Il porte sur les ailes trois raies blanches et une étoile blanche. Ce “mouchard” ne cessera pas de tournoyer au dessus de la Moselle jusqu’à 19 h. Toute l’après-midi, la canonnade fait rage derrière les côtes, en face, à l’ouest. Les allemands inspectent à la jumelle cette ligne de crêtes et rasent les murs. Jeudi 14 : Nous avons eu une nuit très calme. Bien entendu, c’était la première fois que nous couchions à la cave, dès la nuit venue ! C’est toujours comme ça ! Ce matin il pleut et on entend ni avion, ni canon. Un lieutenant allemand, auquel quelqu’un demandait l’autorisation d’aller à Vincey, sur l’autre rive, a répondu que c’était impossible puisque les américains y étaient ! En attendant, le maire a réquisitionné tous les hommes valides pour enterrer les 6 chevaux tués dans la nuit du 12 au 13. Les trous sont creusés dans notre verger, derrière le Couvent. Quatre soldats, de garde, avaient été également tués, cette nuit là, dans ce verger où 5 obus étaient tombés. Cette après-midi, les allemands ont pris 2 vélos chez Duchêne, une roue et une pompe chez nous. 18 h 30 : des obus sifflent. Le tambour passe et ordonne, au nom des allemands, de gagner les abris de 20 h à 7 h. On couche encore à la cave. Aimé et Gaston sont surpris, dehors, par l’éclatement d’un obus devant chez Mansuy, dans notre rue de la Jue. Vendredi 15 septembre : Nouveaux dégâts matériels (conduite d’eau crevée). Les 30 allemands qui “ tenaient” Portieux ne sont plus là. Soudain, on voit déboucher jusqu’au pont brulé trois véhicules blindés américains venant de Vincey. On se précipite, expliquant qu’il n’y a plus d’allemands au village. Ils repartent après avoir distribués cigarettes et biscuits. A 14 h on voit arriver, venant de Châtel, au sud, un tank, avec des hommes en kaki, coiffés de calots rouges. Ils conduisent également de petites autos (Jeeps), ce sont des français de l’armée du général Leclerc. Tout le monde les embrasses. On photographie les enfants escaladant le char. Venant de Charmes des américains arrivent, également fêtés (distributions diverses). Quel modernisme ! La T.S.F. sur chaque voiture ! Haut de page On leur indique que les allemands se sont, vraisemblablement, retirés dans les bois. Ils s’y dirigent, tandis que l’aviation alliée surveille la région. Dimanche 17 septembre 1944 : Nous sommes libérés depuis le 15 à 14 h !... et sans trop de mal. Des dizaines d’obus sont tombés au cours des nuits précédentes, rendant inhabitables quelques maisons, en abîmant d’autres. Pas de pertes. Nous n’avons point eut à subir de combats de rues, ni de pilonnages aériens, du fait de la fuite des allemands dans la nuit du 14 au 15. En cette matinée pluvieuse, près de quarante huit heures après notre ”libération”, on reste néanmoins sur ses (nos) gardes. Hier, à Igney, après le passage rapide des américains, deux chars allemands ont surpris le pays et, le trouvant pavoisé, y ont mis le feu. Or, américains et “Leclerc” additionnés, nous avons, à ce jour, aperçus dix ”gip” (Jeep) et quatre tanks. Il s’agit là, manifestement, d’avant-gardes. On peut, néanmoins admettre que, pour nous, la longue période d’attente qui s’est étendue du 6 juin au 15 septembre a pris fin. Et maintenant ? Sur le plan militaire, tout reste à faire ! Libération des Vosges, de Belfort, de l’Alsace-Lorraine, de l’Italie du nord. Assaut du territoire allemand par l’Ouest. A l’Est, après le “nettoyage” des Balkans, offensive russe en Prusse et en Pologne jusqu’à Berlin. Si tout va bien, on peut prévoir une capitulation totale pour Mars 45 ! Je la souhaite plus proche ! Restera encore à régler le sort du Japon ! Ce sera en tous cas la victoire du matériel américain. Quant aux hommes, on parle de la mobilisation des français valides, de 18 à 35 ans. Beaucoup d’entre eux, sont encore, il est vrai, retenus en Allemagne (prisonniers ou travailleurs). Cette mobilisation nous ménerait, sac au dos, sur le front, pour le 1er janvier 45. Sur le plan politique : qui prendra le dessus, de Gaulle ou le communisme ? Le spectacle, en tous cas, est pénible des vengeances exercées, même à bon droit, contre les “collaborateurs”. A Portieux, il s’agit de punir le responsable présumé de la mort, en mai 44, de sept de nos concitoyens, fusillés, comme résistants, par les allemands. Le maire, arrêté, aurait été désigné par les condamnés... Son incarcération facilitera la “prise de pouvoir” d’un nouveau magistrat “rouge” pâle ! ( Extrait de la séance du conseil municipal du 9 décembre 1944 : Le Conseil Municipal s'est réuni sur la convocation et sous la présidence de Monsieur...) Haut de page Le français a surtout besoin de pain et de paix. La paix, victorieuse par nos armes en partie, raménera, peut-être, l’ordre, sans la botte allemande, et la grandeur, malgré les exigences alliées. Hier, mon “prof”, Jean Girard, est reparu. ”Kidnappé” par une voiture allemande le 8 septembre, à 10 h du matin, près du cimetierre, sur la route de Chatel, il s’est retrouvé prisonnier à Epinal, puis, en compagnie de 12 autres “raflés”, emmenés vers Mirecourt. A Ville sur Illon, des avions anglais mitraillaient. Profitant du désordre, Jean s’est “tiré” et réfugié chez des parents, sur place, où il a attendu, ”peinard” la libération. C’est presque du roman vécu ! 20 heures : Ce midi, brusquement, les éléments avancés américains se sont repliés, à toute vitesse, sur Charmes. Sept “Tigre” allemands à leurs trousses ! Panique ! Les hommes du village, escaladant les ruines du pont, ont gagnés Vincey. Barrage d’artillerie américaine. Lundi 18 septembre 1944 : Depuis dimanche midi et toute la nuit de dimanche à lundi, l’artillerie américaine s’est déchaînée par dessus la Moselle, et bien que les “Tigres” responsables de cette canonnade se soient repliés dès 17 h dimanche. A Vincey, où les hommes de Portieux étaient réfugiés, après avoir craint une véritable contre-attaque allemande, on est resté sur le qui-vive. Les tirs se sont tus. On dit Portieux libre d’allemands. Je repasse le pont et retrouve ma tante et ma sœur, prêtes au départ. Elles ont passé une nuit terrible, sous une avalanche d’obus. Sur tout le village, une dizaine, à peine, de maisons sont intactes. Le mur de notre jardin a été démoli sur 5 mètres. Le toit abritant le logement des locataires est troué, d’où inondation, la pluie ne cessant pas. Le cordonnier a été tué en voulant porter secours à des blessés. C’est une fuite générale vers Vincey, de l’autre côté de l’eau ! On a compris ! Le 19 : On passe la journée chez nos cousins de Vincey qui nous ont offert l’hospitalité. Le 20 : On commence la réfection des toitures endommagées, ainsi que le “nettoyage” des pièces encrassées par la poussière soulevée par les bombardements. Le 21 : Toujours le déblaiement. Un Comité de libération et un nouveau maire s’installent. Arrivée, en cantonnement, de troupes françaises (Leclerc). A Charmes, où je vais en vélo, les américains ont lancés sur la Moselle deux ponts à sens unique. Trafic incessant au milieu des ruines. Aperçus des anglais, vraisemblablement agents de liaison. A Portieux nous logeons trois soldats. Ils viennent d’Algérie, ont passés deux mois en Angleterre (Londres est très “amochée” par les V1). Cela a été très dur en Normandie. Depuis leur passage à Paris (accueil enthousiaste), ils courent après le front. Ils supposent qu’on les réserve pour une “entrée” à Strasbourg ? Haut de page Confiture d’abricot, biscuits, cigarettes. Le 22 : Lunéville serait, à nouveau, libérée. On ne sait toujours rien au sujet d’Epinal. On parle de l’Afrique, en fumant des Chesterfields, Raleigh, Camel. Bonbons, chocolat, pain blanc, le paradis ! Le 23 : A midi tarte aux mirabelles avec nos “africains. Les deux frères ont toujours habités Tunis. Le troisième a vécu à Paris, puis au Maroc. Quand on leur parle de nos -20°, l’hiver, ils pâlissent ! Le 24 : De bonnes nuits, quel repos ! Mais aussi que de pluie ! Ce matin la messe était dite pour les “Leclercs”, vivants et morts. Notre curé, presque éloquent, a retracé leur épopée glorieuse, depuis le Tchad. Il a exalté aussi la foi de de Gaulle et de Leclerc, mais çà, c’est une autre histoire. L’église était pleine, le maire communiste en tête. A l’élévation, les clairons ont sonnés ! J’aurais pleuré d’émotion ! Nous avons eu ensuite l’appel des 7 fusillés de Portieux devant le monument aux morts. La Division leur a rendu les honneurs. Le soir, nos soldats nous ont tracés, brillamment, un portrait de la vie, enchanteresse, aux colonies (y compris un ”portrait” de l’arabe, assis à l’ombre, le pot de basilic à son côté, une fleur de jasmin à l’oreille). Casablanca, à l’éternel printemps. Tunis, aux chaleurs estivales si lourdes, le Sud tunisien où quelques arabes logent dans des cavernes. Le 24 septembre 44 (suite) : Nos “Tunisiens” nous ont parlés aussi de l’Angleterre. Tout le monde y est mobilisé et participe gravement à la guerre. Le ridicule y est inconnu. Ils nous ont décrit la ville anglaise avec son centre commercial, où personne n’habite et ses interminables banlieues aux villas toutes semblables avec de minuscules pelouses tondues soigneusement. La propreté (les façades sont lavées chaque jour), l’égalité après le travail, dans la “tenue”, la midinette qui est de service “civil” la nuit, le bourgeois, âgé, maniant le fusil dans un jardin public, à côté de la “mamie” surveillant les “babies”, tout cela, cet entrain flegmatique, cette conscience du devoir les a surpris, agréablement surpris. Haut de page Mais ni le thé fade, ni le porridge, ni la trop mince tranche de pain n’ont pu leur faire oublier la cuisine française, ”mâtinée” d’arabe ! Deux choses encore : En Angleterre, pas de resquille, pas de bousculade dans une “queue”, pas de ”marché noir” ! Remarques sur l’équipement allié : Pas de bottes ! Souliers à guêtres montant à mi-mollet. Pas de molletières. Deux casques superposés, casquette de laine, blouson imperméable, tricot pour l’hiver, chemises et cravates, vestes et capotes, le tout kaki, de qualité supérieure. Fusils Winchester, mitraillettes, cartouchières en toile (kaki). Pas de baïonnettes (ou très peu). On ne répare pas le matériel. Il est remplacé, à neuf. Ravitaillement : Conserve multiples, légumes, viandes, fruits, etc... cigarettes, papier hygiénique... le tout “vitaminé” ! Du pain, mais peu, pas d’alcool... ou très peu. Toute la troupe est motorisée (en 40, les allemands, pour une large part, marchaient encore à pied ou utilisaient des véhicules hippomobiles). Des bruits ayant courus (propagande allemande) sur un affrontement à venir entre alliés et russes, nos “trouffions” nous rassurent : les Soviets doivent trop aux américains, en fait d’aide matérielle. L’inventeur des V1 serait le savant Gorges Claude, ”collaborateur” qui vient d’être arrêté à Nancy (?). Le 25 : On dit qu’Epinal, encerclée depuis 3 jours, a été libérée dans la nuit. Dures batailles en Hollande (Arnhem). Situation stationnaire à hauteur d’Aix-la-Chapelle. On se bat à Baccarat, Remiremont, Belfort (Après le front sur la Moselle, c’est le front des Vosges). Le 26 : On dit que Mr Aubry, ancien maire, aurait avoué être responsable de la mort des 7 fusillés de mai 44. Il aurait été fusillé hier matin, à 6 h (?). Ce soir veillée chez les demoiselles D. Savarin à la crème, avec champagne, café et pousse-café ! Presque une indigestion ! Le 27 : Une lettre d’André Peloux (du 1er septembre, soit 26 jours de Pouxeux à Portieux), il m’écrit :” Mon vieux Claude, tu consolides la cave ? pourquoi ? Tu sais dans ton “bled”, il y a peu de risques...”. Pour une prophétie, elle était ratée ! Le 28 : Dans les bois où nous cherchions des troncs pour charpentes, j’ai trouvé une gourde allemande qui me sera bien utile pour des “campings” futurs. Haut de page Jeudi 28 septembre 1944 : J’écris à Michel et à mes parents, j’espère que mes lettres les trouveront en vie. Je me remets aux maths en vue de la rentrée. Le 29 : A 14 h arrivée du général de division (3 étoiles) Leclerc (46 ans, battle-dress américain). Seuls le distinguent sa canne et ses trois étoiles d’argent sur son képi, recouvert kaki. Il procède à une rapide inspection des troupes, alignées le long de notre rue. Il est accompagné d’un très jeune capitaine d’état-major et des officiers du régiment. Il repart après avoir été applaudi, dans une Ford, décorée d’une bande rouge, triplement étoilée. Le 30 : Parti à 9 h pour Epinal sur vélo Joséphine (manque de graisse, position incommode). Villages pavoisés, convois militaires, maison pillée, heureusement en partie déménagée dès mai. Famille Alff, sur place. Revenue d’Eloyes début Septembre pour cause de troubles liés au maquis (perquisitions, fouilles, fusillades). Bien leur en a pris, puisque la lutte, à Chantraîne, commencée le jeudi 21 était terminée le 22 à 21 h. En ville, à Epinal, par contre, les ponts, en sautant, ont causés pas mal de nouveaux dégâts, s’ajoutant à ceux de juin 40 et de mai 44. Les Alff ont vu , avec joie, arriver, inopinément, leur fils Jean, sergent en stationnement à Luxeuil. Il était muni de 50 paquets de cigarettes ! Il a fait la Corse, débarqué à St Tropez, vu Marseille, Lyon, Dijon. Depuis un an, ils étaient sans nouvelles. Lui n’avait pas vu Epinal depuis 2 ans et demi. A Epinal Me Najean devrait être nommé maire. Le député Rucart a été hué. La rentrée est prévue pour Octobre. Un pont en fer a été construit en dix heures par les américains. On publie la liste des membres du gouvernement de Gaulle. Dimanche 1er octobre : pluie, repluie, encore pluie ! Nouvelles militaires : Echec des troupes aéroportées anglaises dans le nord. Plus au sud, les américains atteignent la ligne Siegfried. On se bat vers Metz, St Dié serait libérée. Combats à Tendon et Belfort. A l’Est,Varsovie tient tête depuis 55 jours aux allemands. Le ”nettoyage” par les russes des Balkans et des pays Baltes touche à sa fin. 2 octobre : Pour de l’eau-de-vie, nous avons eu une caisse de chocolats suisses, une boite de cacao, du lait Nestlé, du café, du thé...sans ersatz ! Le 3 : Toujours pas de nouvelles de Mr Aubry (cf. ci-dessus). Le 4 : Les premiers numéros de la “République de l’Est Libéré” sont sortis (la blague : ”ils sont très hauts, on ne voit rien. Ce doit être la Luftwaffe”). Haut de page La presse serait sous contrôle de l’Etat. Les usines Renault et les Houillères du Nord, au prétexte de collaboration et de Trust, seront “nationalisées”. Tiens, et la République, alors ! Enfin, le ravitaillement devient plus sérieux : 300 gr de beurre (par pers /mois) au lieu de 75 ; 750 de fromage au lieu de 40 ; 250 de viande par semaine au lieu de 90 ; pain, bientôt à volonté... De plus, par les soldats, nous obtenons une miche tous les deux jours et du vin d’Algérie (jusqu’alors réservé à la Wermacht). 17 h : L’électricité est enfin revenue. Mercredi 4 octobre (suite). Je viens de lire le n°1 (1ère année) du ”Démocrate de l’Est” remplaçant le trop célèbre “Express de l’Est” (R.Huin). Maire d’Epinal : Schwab (sorti des geôles allemandes) ; adjiont : Me Najean. Président du Comité de Libération : Savouret (prof de gym au lycée). Nous sommes en République. L’Etat français n’a pas existé et tous ses actes sont nuls. Nouvelles militaires : On se bat en Slovaquie. A l’Ouest, le mauvais temps sévit. On ne peut plus circuler sans laissez-passer. A l’heure actuelle, Bas et Haut Rhin, ainsi que la Moselle sont encore, en grande partie, occupés. Le 5 : Michel passe la journée à Portieux. Il n’a point été arrêté, mais il se munira néanmoins d’un laissez-passer pour repartir. Il a apporté un paquet de “Kensitas”. “as good as really good cigarettes can be” ! Avec un additif de quatre cigarettes “for your shipmate”! (made in London). La rentrée ne s’effectuera certainement pas avant le 1er novembre. On recense du 1er janvier 1897 au 1er janvier 1926. (et je suis du 4 / 2 / 26. Tranquille). Michel ne peut repartir le soir, pneu en trop mauvais état. On cherche, en vain, un camion. On entend le canon dans la soirée. Haut de page Le 6 : Toute la nuit le canon a tonné vers Rambervillers. Le vent ayant tourné nous apporte le bruit de la bataille sur les premiers contreforts des Vosges. Nouvelles militaires : Durs combats en Hollande, Rhénanie, Lorraine, territoire de Belfort. Dunkerque est encore aux mains d’allemands encerclés. Michel, après deux heures de boulot, a réussi à recoudre son pneu. Il est reparti cet après-midi. Je l’ai accompagné jusqu’à Vincey. Quel trafic sur la route nationale ! “caution ! keep right!”. Le 7 : Le Maréchal, interné par les allemands dans un château des Hohenzollern, sera, le moment venu, jugé par un tribunal militaire français. L’heure d’hiver française est rétablie. Combats violents près de Metz. Des milliers de civils ont été évacués de Dunkerque, pendant une trêve. On entend toujours le canon. Dimanche 8 octobre 1944. Séance de cinéma : film américain, en couleur, superbe... mais incompréhensible ! “La République de l’Est Libéré” redevient “L’Est Républicain” (56ème année, n°19 725) Prochaine rencontre Churchill-Roosevelt-Staline. Varsovie, au 62ème jour de siège, s’est rendue aux allemands. Les 3ème et 7ème armées américaines progressent de Metz à Belfort. FIN du manuscrit Haut de page |
| .Commentaires :
Bonsoir, En cherchant des infos sur les bombardements de Châtel pendant la guerre, je découvre la narration détaillée de MM. Charles et J.P. Girard et je me replonge dans mes années passées à Châtel (1943/1944/1945)qui sont imprimées en moi malgré mon jeune âge à l'époque;je suis né en 1938.La période de l'arrivée des troupes de libération est aussi fortement imprégnée en moi. Merci d'avoir mis ce si précieux document en ligne et merci à la famille Girard d'apporter ce témoignage précis. Que de souvenirs !!!! Très cordialement
Claude MATHIEU |